lundi, mars 30, 2015
Accueil » A C T U A L I T É » ? Risk ?, par Dan Gardner?? lire absolument!
? Risk ?, par Dan Gardner?? lire absolument!

? Risk ?, par Dan Gardner?? lire absolument!

 

MINARCHISTE

?Risk: The Science and Politics of Fear?, Dan Gardner, Emblem Editions, 2009, 416 pages.

Ce livre est excellent, c?est un des meilleurs que j?ai pu lire ? ce jour. Je le recommande fortement ? tous, peu importe votre profession ou votre id?ologie politique. Il fera de vous un meilleur individu.

L?introduction d?bute avec un fait tr?s int?ressant. Suite au 11 septembre 2001, les gens avaient peur de prendre l?avion. Ils ont donc davantage utilis? l?automobile, un moyen de transport pourtant beaucoup plus risqu?. Un chercheur a estim? que ce changement irrationnel de comportement a occasionn? des accidents routiers suppl?mentaires causant la mort d?environ 1,595 personnes, presqu?autant que l?attentat en lui-m?me! La morale de cette anecdote est qu?une mauvaise ?valuation du risque, souvent caus?e par une r?action trop ?motionnelle ou par un biais cognitif, nous pousse ? prendre de mauvaises d?cisions qui ont parfois de graves cons?quences.

 

Selon l?auteur, l?humain poss?de deux syst?mes de d?cisions : l?instinct, qui est rapide, mais souvent trop ?motif et irr?fl?chi, ainsi que la raison, qui est plus rationnelle, mais prend plus de temps ? op?rer et est souvent influenc?e par la r?action initiale de l?instinct.

Ensuite, Gardner ?num?re certains des plus importants biais cognitifs de l?humain, lesquels contribuent ? fausser l??valuation du risque. Il y a ?videmment le biais de confirmation, qui consiste ? accorder davantage d?importance aux faits qui confirment notre opinion qu?? ceux qui la contredisent. Il y a aussi la polarisation de groupe, qui survient lorsque plusieurs personnes partageant la m?me opinion se r?unissent et que cela renforci leur opinion tout en la rendant plus extr?me.

Des scientifique ont r?alis? une exp?rience durant laquelle ils montrent au sujet cinq lignes de diff?rentes longueurs sur un ?cran, la quatri?me ligne ?tant sans aucun doute la plus longue. Les sujets doivent ensuite r?pondre ? la question : ? quelle ligne est la plus longue des cinq? ?. Les quatre premiers ? r?pondre ?tant de connivence avec les scientifiques, r?pondent que c?est la cinqui?me ligne, ce qui est ?videmment faux. Malgr? l??vidence, 30% des gens ignorent ce qu?ils voient et suivent le groupe en r?pondant que c?est la cinqui?me plut?t que la quatri?me qui est la plus longue.

Les balises, ou heuristiques d?ajustement, sont aussi un biais r?pandu et souvent utilis? pour manipuler les gens. ? sa mort, Gandhi ?tait-il plus vieux ou plus jeune que 9 ans? Quel ?ge avait-il selon vous? En moyenne, les gens qui ont r?pondu ? ces deux questions successivement ont estim? l??ge de sa mort ? 50 ans, alors que ceux ? qui ont a remplac? le 9 ans par 140 ans ? la premi?re question ont r?pondu 67 ans ? la seconde question. La premi?re question cr?e donc une balise ? laquelle les gens s?accrochent, souvent sans le savoir. En choisissant bien la balise, on peut obtenir un r?sultat qui nous convient mieux ? la seconde question. Pensez aux questions d?un sondage ou ? la sentence propos?e ? un jury.

Les medias v?hiculent souvent des statistiques vides de sens, voire m?me fausses. Par exemple, la fameuse statistique cit?e par un lecteur de nouvelles selon laquelle il y aurait 50,000 p?dophiles aux ?tats-Unis qui tentent d?entrer en contact avec des enfants. Lorsque l?on se donne la peine de remontrer ? la source, on se rend compte que celle-ci n?est qu?une vague estimation sans aucun fondement. Pourtant, elle a ?t? reprise des milliers de fois par des journalistes, des politiciens et des organisations diverses. Notez qu?on la retrouve notamment sur le site web de l?entreprise Spectorsoft, qui vend des logiciels permettant aux parents de superviser la navigation internet de leurs enfants. Cette entreprise a tout avantage ? amener les parents ? surestimer ce risque en citant une statistique bidon. M?me si ce chiffre n?a aucun fondement, le simple fait de le mentionner cr?era une balise qui pourrait vous pousser ? surestimer le chiffre r?el. Est-ce que le nombre de p?dophiles sur internet est inf?rieur ou sup?rieur ? 50,000? Quel est selon vous le nombre de p?dophiles sur internet? Vous avez certainement besoin de ce logiciel pour prot?ger vos enfants de ce fl?au, non?

Il y a aussi la r?gle des choses typiques. Cette r?gle se manifeste lorsque nous surestimons la probabilit? d?une s?quence d?affirmations parce que celles-ci forment une histoire coh?rente. Par exemple, est-il plus probable que 1) une inondation cause 1,000 morts en Am?rique du Nord ou que 2) un tremblement de terre en Californie engendre une inondation causant 1,000 morts? Le premier ?v?nement est nettement plus probable que le second (pensez-y!), pourtant 57% des gens croient que le second est plus probable parce qu?il s?ins?re mieux dans une histoire qui semble typique.

Autre exemple : Saddam Hussein a r?ussi ? d?velopper une arme nucl?aire, ? les remettre ? des terroristes, qui ont r?ussi ? les faire entrer aux ?tats-Unis et ? les faire sauter dans une grande ville. Cette suite improbable d??v?nements a r?ussi ? convaincre les am?ricains qu?il ?tait l?gitime d?envahir l?Irak. Pourtant, chaque maillon de la cha?ne est tr?s improbable et la faille d?un seul des maillons ferait ?chouer le sc?nario, ce qui rend cette suite d??v?nement tr?s improbable.

Aux ?tats-Unis, des sondages furent effectu?s avant et apr?s la sortie du film-catastrophe ? The Day After Tomorrow?. M?mes les scientifiques les plus convaincus de la gravit? des changements climatiques ont qualifi? le sc?nario de ce film de saugrenu et irr?aliste. Pourtant, suite au visionnement du film, une plus grande proportion de gens se sont dits inquiets des changements climatiques. Ce r?sultat s?explique parce que la suite d??v?nements d?crite dans l?histoire semble cr?dible ? nos yeux.

Gardner r?f?re ensuite ? la r?gle de l?exemple. Certains nomment ce biais ? heuristique de disponibilit? ?. Si nous pouvons facilement nous souvenir d?un exemple de quelque chose, nous en concluons que cette chose est plus probable qu?elle ne l?est r?ellement. Par exemple, lorsqu?une chose s?est produite r?cemment, nous avons tendance ? sur?valuer sa fr?quence ou sa probabilit?. Un tremblement de terre est un rel?chement de pression r?sultant du pliage graduel de la cro?te terrestre. G?ologiquement, il est peu probable que deux tremblements de terre surviennent dans une m?me r?gion dans un court laps de temps car il faut du temps ? la cro?te terrestre pour r?accumuler la pression. Pourtant, les ventes d?assurance-tremblement de terre sont plus ?lev?es imm?diatement apr?s un s?isme, ce qui est le moment o? le risque est le plus bas, et elles diminuent au fur et ? mesure que le temps passe. Cela devrait plut?t ?tre l?inverse!

La moyenne des gens croient que les accidents de la route et les maladies tuent environ le m?me nombre de gens. En fait, les maladies tuent 17 fois plus de gens que les accidents de la route. Les gens pensent que les accidents de la route tuent 350 fois plus de gens que le diab?te alors que le v?ritable chiffre est 1.5 fois plus. Pourquoi? Parce que les bulletins de nouvelles sensationnalistes sont remplis d?images d?accidents routiers meurtrier alors qu?on y parle rarement (voire jamais) de gens qui sont morts pr?matur?ment du diab?te. C?est la r?gle de l?exemple ? l??uvre?manipul?e par les m?dias!

La derni?re r?gle mentionn?e par l?auteur est l?heuristique d?affect, qu?il surnomme la r?gle du bon et du mauvais. Si une chose est risqu?e, mais ? bonne ? (par exemple prendre du soleil sur une plage du Mexique), nous sous-estimons son risque (cancer de la peau caus?e par les radiations du soleil), alors que si cette chose est ? mauvaise ? (une explosion nucl?aire g?n?rant des radiations canc?rig?nes), nous surestimons son risque. Bien que le risque de cancer caus? par les radiations solaires soit beaucoup plus grand que le risque de mourir d?une explosion nucl?aire, les gens estiment que le second est beaucoup plus risqu?.

Aux ?tats-Unis, les incendies caus?s par les sapins de no?l causent 500 morts et 2,000 bless?s par ann?e tout en causant $500 million en dommages, mais comme la f?te de no?l est per?ue comme une chose positive, nous sous-estimons ce risque.

Le radon est un gaz mortel qui ?mane naturellement de la terre dans certaines r?gions. Aux ?tats-Unis et dans l?Union Europ?enne, il cause environ 41,000 morts par ann?e. Pourtant les m?dias et les gens y sont compl?tement indiff?rents. La nature est per?ue comme ?tant un ? bonne chose ? et les bonnes choses ne sont pas risqu?es. Pourtant, le radon a tu? beaucoup plus de gens que les radiations nucl?aires, qui sont le sujet d?un plus grand niveau de crainte aupr?s de la population.

La m?me chose s?applique aux enl?vements d?enfants, une crainte excessivement ?lev?e chez les parents. Pourtant, en moyenne, un enfant a 2.5 fois plus de chances de se noyer dans une piscine et 26 fois plus de chances de mourir dans un accident d?auto que d??tre enlev? par un ?tranger. Cependant, les voitures et les piscines sont des ? bonnes choses ? pour l?humain, donc les risques qui y sont associ?s sont sous-estim?s.

C?est aussi pour cette raison qu?une ?tude men?e par les psychologues Michael Siegrist et George Cvetkovich a d?montr? que les gens accordent g?n?ralement plus de cr?dibilit? aux ?tudes scientifiques qui d?montrent un danger ou un risque, qu?? celles qui d?montrent qu?il n?y en a pas.

Pour une raison obscure, la couleur noire a un impact n?gatif sur l?humain. Dans la National Football League, les ?quipes portant un uniforme noir obtiennent plus de verges de p?nalit? que la moyenne saison apr?s saison. Au hockey, en 1979-80, les Pingouins de Pittsburgh on port? un uniforme bleu durant les 44 premiers matchs de la saison, obtenant en moyenne 8 minutes de p?nalit? par partie. Ils ont ensuite opt? pour un chandail de couleur noire pour les 35 derniers matchs de la saison et ont obtenu une moyenne de 12 minutes de p?nalit? par match, avec les m?mes joueurs et entra?neurs. Les arbitres sont des humains apr?s tout! Et ceux-ci ont un affect n?gatif pour la couleur noire, ce qui fausse leur jugement.

L?heuristique d?affect se manifeste aussi dans notre perception des chiffres. Nous pr?f?rons du boeuf maigre ? 75% ? du boeuf ayant 25% de gras (parce que le gras est une ? mauvaise chose ?), m?me si c?est la m?me chose. Les gens acceptent davantage de subir une op?ration chirurgicale ? laquelle ils ont 68% de chance de survie, que de subir une chirurgie ? laquelle ils ont 32% de chance de mourir.

L?humain est g?n?ralement ? aveugle aux probabilit?s ?, c?est-?-dire que nous avons de la difficult? ? ?valuer les probabilit?s, surtout lorsque nous nous fions sur notre instinct. Lorsqu?ils jouent ? pile ou face, la plupart des gens croient qu?apr?s avoir obtenu face 5 fois de suite, il est plus probable qu?ils obtiennent pile au sixi?me lancer, ce qui est faux.

Dans le m?me ordre d?id?es, l?auteur relate une semaine particuli?re durant laquelle 5 meurtres ont ?t? commis ? Toronto. Les m?dias s??taient affol?s et parlaient d?une s?rie noire, soulevant les craintes dans la population. Pourtant, avec une moyenne de 1.5 meurtres par semaine, il y a une probabilit? de 1.4% que la ville de Toronto connaisse une semaine de 5 meurtres. En fait, une telle semaine devrait se produire ? toutes les 71 semaines en moyenne. Cette semaine n?avait donc rien de bien extraordinaire. Il y a aussi 22% de probabilit? qu?une semaine soit sans meurtre, et cela arrive tr?s souvent. Pourtant, la une des journaux n?a jamais affich? ? Pas de meurtre cette semaine! ?. Le m?me ph?nom?ne s?observe lorsque les m?dias rel?vent un nombre particuli?rement ?lev? de cancer dans une ville ou un arrondissement, g?n?rant une panique irrationnelle. Plus souvent qu?autrement, ces cas ne sont rien d?autres que le fruit du pur hasard.

La plupart des gens ont une peur bleue du cancer. Nous avons l?impression que cette maladie est en forte croissance et fait de plus en plus de victimes. En fait, le premier facteur de risque de cancer est l??ge. Donc plus nous vivons vieux, plus nous avons de chance d?avoir le cancer. Et comme l?esp?rance de vie augmente et que la population vieillit, il est normal d?observer plus de cas de cancer. Si on ajuste les statistiques pour l??ge, on se rend compte que les taux d?incidence de cancer sont ? la baisse, tout comme le taux de mortalit? suite ? un cancer.

L?auteur fait r?f?rence ? une publicit? sanctionn?e par l?American Cancer Society avertissant les gens du risque de mourir du cancer de la peau en raison du soleil. Pourtant, les cancers de la peau caus?s par le soleil sont rarement mortels. En fait, cette publicit? ?tait financ?e par Neutrogena, donc l?un des principaux produits est la cr?me solaire.

Concernant le cancer du sein, nous entendons souvent parler de jeunes femmes qui en sont atteintes et de l?importance de lever des fonds pour la recherche contre cette maladie. En 2001, une ?quipe de chercheurs men?e par Wylie Burke de l?Universit? de Washington a publi? une analyse sur les articles portant sur le cancer du sein paru dans des magazines am?ricains entre 1993 et 1997. Environ 84% des femmes atteintes du cancer du sein figurant dans ces articles ?taient plus jeunes que 50 ans, presque la moiti? avait moins de 40 ans. Pourtant, seulement 16% des femmes diagnostiqu?es d?un cancer du sein ont moins de 50 ans et seulement 3.6% ont moins de 40 ans. Celles qui courent le plus grande risque (67% des cas) sont celles qui ont plus de 60 ans; elles ne sont pourtant pr?sentes que dans 2.3% des articles.

En 2007, un sondage r?alis? par l?Universit? d?Oxford demandait aux gens ? quel ?ge une femme est-elle plus susceptible d?avoir le cancer du sein? 56% des gens ont r?pondu que l??ge n?avait pas d?importance, alors que c?est le facteur le plus important. 9% ont r?pondu que c??tait dans la quarantaine, 21 % dans la cinquantaine, 7% dans la soixantaine et 1.3% dans la soixante-dizaine. La r?ponse correcte ? cette question ?tait ? 80 ans et plus ?, mais elle n?a recueilli que 0.7% des r?ponses!

Cette mauvaise perception du risque relatif au cancer du sein est presque enti?rement attribuable aux m?dias, qui exploitent les biais cognitifs des gens pour faire du sensationnalisme.

L?autre domaine auquel Gardner s?attaque est la criminalit?. ? ?couter les m?dias, le crime est un fl?au de plus en plus important. En 2005, au Royaume-Uni, un sondage a d?montr? que 63% de la population croyait que le crime ?tait en hausse au pays. Pourtant, entre 1995 et 2005, le taux de criminalit? a diminu? de 44%. Beaucoup de gens ont avantage ? ce que les gens croient cela : les politiciens qui tentent d?obtenir des votes en promettant des mesures anti-crimes, les syndicats des policiers qui veulent plus d?effectifs et de budget, les ONGs en pr?vention de crime qui veulent des subventions et, surtout, les entreprises de s?curit? et de syst?mes d?alarme qui veulent faire de bonnes affaires.

Les fusillades dans les ?coles ont ?t? des ?v?nements marquants partout o? elles se sont produites. Elles ont presque toujours donn? lieu ? des peurs irrationnelles de ces ?v?nements. Pourtant, les statistiques d?montrent que malgr? ces ?v?nements tragiques, mais extr?mement rares, les jeunes sont davantage en s?curit? ? l?int?rieur des murs de leur ?cole qu?? l?ext?rieur. En fait, la violence dans les ?coles est en baisse de 50% par rapport ? la derni?re d?cennie et le taux de crimes s?rieux est en baisse de 67%. La probabilit? qu?un enfant soit assassin? dans une ?cole am?ricaine est si petite qu?elle ne peut ?tre consid?r?e statistiquement diff?rente de z?ro!

Le cancer chez les enfants est une autre chim?re effrayante pour la population. D?s 1962, le cancer ?tait la principale cause de mortalit? chez les enfants, non pas parce que son incidence a augment?, mais bien parce que les autres causes mortalit? infantiles, telles que la dipht?rie, ont ?t? ?limin?es.

En fait, selon Gardner, la lutte contre le cancer a ?t? soulev?e par les environnementalistes qui ont r?ussi ? rallier beaucoup de gens ? leur cause en leur faisant croire que la pollution est responsable de nombreux cancers. En inculquant cette peur aux gens, les groupes ?colos ont r?ussi ? obtenir plus d?attention et de financement pour mener leurs activit?s.

Pourtant, ce que les faits scientifiques d?montrent est que les substances chimiques synth?tiques que l?on retrouve en infimes quantit?s dans le sang des humains ne sont pas des causes significatives de cancers. Selon l?American Cancer Society (2006), seulement 2% de tous les cancers r?sultent d?une exposition ? une substance canc?rig?ne provenant de l?environnement. Notez que cela inclut la pollution humaine, mais aussi les substances naturelles telles que le radon. En fait, beaucoup de v?g?taux que nous mangeons produisent naturellement des substances canc?rig?nes (caf?, carottes, c?leris, noix, etc). Selon Bruce Ames, un chercheur sur le cancer de Berkeley, 99.99% des pesticides di?t?tiques que nous absorbons sont naturels et la moiti? de ces compos?s chimiques causent le cancer ? forte dose. Selon lui, les substances chimiques produites par l?humain sont la cause de bien moins que 1% des cancers.

Le premier principe de toxicologie ?nonc? par Paracelsus au 16e si?cle stipule que toutes les substances sont poison, sans exception. C?est la dose qui diff?rencie un poison d?un rem?de. Ce qui compte n?est pas la nature des substances qui sont en nous, mais plut?t la quantit? qui s?y retrouve. Et il s?av?re que les quantit?s de pesticides et autres substances chimiques retrouv?es dans le corps humain sont de 100,000 ? 1 million de fois moins ?lev?es que les quantit?s qui seraient susceptibles de causer un cancer (selon le scientifique Lois Swirsky Gold). Selon beaucoup de scientifiques, le message v?hicul? par les diverses organisations environnementalistes est carr?ment faux et trompeur. Leurs objectifs sont davantage d?effrayer les gens que de les informer.

En fait, ce sont surtout les habitudes de vie qui causent le cancer : le tabac, l?alcool, l?ob?sit? et le manque d?exercice (65% de tous les cancers). Il faut ?tre critique envers les ?tudes alarmistes. Par exemple, certaines ?tudes d?montrent que les gens qui vivent pr?s des raffineries ont plus souvent le cancer. Cependant, les gens qui vivent dans ces quartiers sont g?n?ralement plus pauvres, et les gens plus pauvres pratiquent davantage le tabagisme. Une fois les donn?es corrig?es pour la cigarette, on ne d?note aucune diff?rence au niveau des taux de cancer, raffinerie ou pas. Cependant, l??ge est le principal facteur de risque concernant le cancer, c?est pourquoi le taux de cancer est trois fois plus ?lev? en Floride qu?en Alaska (parce que la population y est plus vieille).

Il y a plusieurs ann?es, un journaliste publiait un article ? sensation mentionnant que le taux de cancer chez les enfants canadiens avait augment? de 25% en 30 ans. En fait, l?augmentation est survenue entre 1970 et 1985, puis s?est arr?t?e. En 1970, on d?notait 13 cas de cancer par 100,000 enfants, augmentant ? 16.8 cas par 100,000 en 1985. Cependant, il faut noter qu?au cours de ces ann?es, les techniques de d?pistage du cancer se sont beaucoup am?lior?es et qu?un bien plus grand nombre de d?pistages a ?t? effectu?. L?utilisation des ordinateurs a permis de mieux compiler, organiser et partager les donn?es. Donc, l?augmentation du taux de cancer ne signifie pas que plus d?enfants ont le cancer, mais plut?t que plus de cancer sont d?pist?s, diagnostiqu?s et compil?s dans les statistiques. Par ailleurs, en 1970, 7 enfants sur 100,000 sont d?c?d?s du cancer, alors qu?en 2000, ce chiffre avait diminu? ? 3, ce qui prouve que le taux de cancer n?a pas augment?.

Dans un chapitre subs?quent, Gardner s?en prend au principe de pr?caution. Ce principe implique que l?on doive interdire un produit ou une activit? tant que nous n?avons pas la certitude que ce produit ou cette activit? est sans risque. Il existe possiblement un risque que le chlore utilis? pour traiter l?eau potable cause le cancer? Cette pratique fut interdite en Am?rique du Sud. R?sultat? 2,000 cas de cholera.

Sommes-nous s?rs que les pesticides causent le cancer? Non, mais ce que nous savons est que si nous cesserions de les utiliser, la production de fruits et l?gumes diminuerait, tout comme leur consommation. Quel serait alors l?impact de cette mesure sur la sant? des gens et sur les taux de cancer? Sommes-nous pr?ts ? subir une perte certaine pour nous prot?ger d?un risque hypoth?tique? C?est ce que le principe de pr?caution sugg?re. Tel qu??nonc? pr?c?demment, un grand nombre de compos?s chimiques naturels contenus dans les fruits et l?gumes peuvent possiblement causer le cancer, m?me s?ils sont produits par des techniques purement biologiques. Devons-nous bannir les fruits et l?gumes pour cela? C?est pourtant ce que le principe de pr?caution sugg?re.

L?une des grandes peurs du 21e si?cle est certainement le terrorisme, surtout depuis le 11 septembre 2001. Cet attenta fut certes terrible, mais m?me en pr?sumant qu?un tel ?v?nement survenait tous les mois aux ?tats-Unis, le terrorisme ne serait pas un risque significatif pour l?am?ricain moyen. La probabilit? de mourir dans un attentat serait alors similaire ? la probabilit? de mourir dans un accident de la route.

Selon la base de donn?es RAND-MIPT, il y a eu 10,119 attentats terroristes dans le monde entier entre 1968 et 2007, lesquels ont co?t? la vie ? 14,790 personnes, soit 379 morts par ann?e. Aux ?tats-Unis seulement, il y a ? chaque ann?e 497 personnes qui suffoquent accidentellement dans leur lit, 396 personnes qui s??lectrocutent accidentellement, 515 qui se noient dans une piscine et 347 qui sont tu?s par des policiers.

De plus, la majorit? de ces attentats sont survenus en Asie et au Moyen-Orient. Seulement 4,998 morts furent attribuables au terrorisme aux ?tats-Unis et en Europe Occidentale entre 1968 et 2007. En fait, le terrorisme n?est d?finitivement pas un risque significatif pour les citoyens des pays occidentaux et il est d?ailleurs en d?clin au cours des derni?res d?cennies.

Le risque que repr?sente le terrorisme a ?t? grandement augment? par les politiciens ainsi que par les lobbys des entreprises faisant partie du complexe militaro-industriel am?ricain. Lorsque l?on s??loigne de cette rh?torique fallacieuse, on r?alise vite que cela ne tient pas debout. La fabrication d?armes de destruction massive requi?re des ressources financi?res et scientifiques tr?s importantes, ainsi que des ?quipements tr?s difficiles ? obtenir. Ces armes sont hors de port?e des organisations terroristes, voire m?me de plusieurs ?tats.

Dans les ann?es 1990s, Aum Shinrikyo, une organisation terroriste japonaise disposant de centaines de millions de dollar en actifs, de connections internationales, de laboratoires avanc?s ainsi que de scientifiques de calibre mondial form?s dans les meilleures universit?s, a commis 17 attaques terroristes visant ? tuer le plus grand nombre de gens possible. Au total, ils n?ont r?ussi ? tuer qu?une centaine de personnes, soit beaucoup moins que les 168 personnes qui sont mortes ? Oklahoma City quand un seul homme, Timothy McVeigh, a fait exploser une bombe artisanale fabriqu?e avec du fertilisant et de l?essence.

Selon Georges W. Bush en janvier 2002 : ?le monde civilis? fait face ? des dangers sans pr?c?dent (?) si nous n?agissons pas, une nouvelle vague de terrorisme impliquant potentiellement les armes les plus destructrices du monde pourrait survenir en Am?rique (?) c?est le d?fi le plus formidable auquel notre nation n?a jamais fait face (?) la nation, voire m?me la civilisation sont en danger ?. Il serait utile de rappeler ? M. Bush que Al-Quaeda a r?ussi sont coup gr?ce ? 19 fanatiques arm?s d?un couteau-exacto. Il va sans dire que c?est un ennemi puissant et sophistiqu??

En juin 2007, des terroristes ont tent? de commettre un attentat ? l?a?roport JFK de New York. Les quatre hommes planifiaient de faire exploser un r?servoir de carburant de l?a?roport. Pourtant, ils ne disposaient d?aucun contact ? l?a?roport, n?avaient pas d?argent et, surtout, n?avaient pas d?explosifs en leur possession! Finalement, leur plan n?aurait pas fonctionn? car selon un expert de l?a?roport, il est excessivement difficile de faire exploser ces r?servoirs et m?me s?ils avaient r?ussi, l?explosion n?aurait pas pu se propager aux autres r?servoirs par les tuyaux de connections comme ils l?avaient pr?vu. En fait, cet attentat ?tait vou? ? l??chec, comme dans la plupart des cas.

La r?alit? est que l?administration Bush avait comme objectif de lier le terrorisme aux armes de destruction massive, ce qui justifierait de combattre Saddam Hussein. Le principe de pr?caution fut alors fortement utilis? par les politiciens pour justifier cette guerre contre l?Irak. Le risque de ne pas agir ?tait pr?sent? comme ?tant plus grand que le risque d?agir. Suite aux attentats, le taux d?approbation du pr?sident Bush ?tait parfaitement corr?l? au niveau de risque terroriste. Aucun politicien ne pouvait donc se permettre de d?clarer que le risque n??tait pas si grand. Bush a parfaitement utilis? la tactique consistant ? faire peur aux gens pour ensuite leur promettre de les prot?ger en ?change de leur vote et de leur contribution financi?re. Par ailleurs, le nombre de lobbyistes oeuvrant aupr?s du d?partement de Homeland Security est pass? de 15 en 2001 ? 861 en 2004. La guerre au terrorisme est donc devenue une source de revenus importante pour les partis politiques am?ricains ainsi que pour les entreprises impliqu?es. Les m?dias ont aussi saisi l?opportunit? de captiver les auditoires en faisant du sensationnalisme. Tout ce qui indiquait que la menace terroriste ?tait r?elle faisait la une. Toute ce qui indiquait que le risque n??tait pas si grand ?tait ignor?. Ils ont ainsi cr?? une ?norme boucle r?troactive contribuant ? faire croire aux gens que le terrorisme est un risque de tous les instants.

En fait, tout cela d?montre que les terroristes ont parfaitement r?ussi leur coup : ils ont r?ussi ? cr?er une atmosph?re de peur qui a men? ? des sur-r?actions et qui a contribu? ? faire avancer leur cause. L?invasion am?ricaine de l?Afghanistan et de l?Irak a convaincus les musulmans les plus extr?mistes que la cause de Ben Laden ?tait juste; ils ont donc joint le mouvement jihadiste. En menant une ? guerre contre le terrorisme ?, les am?ricains ont transform? les fanatiques en soldats et Al-Quaeda en arm?e. En exag?rant ?norm?ment l?ampleur de la chose, au point de d?clarer qu?il s?agissait de la ? Troisi?me Guerre Mondiale ?, les am?ricains d?claraient implicitement que le jihad pourrait ?tre assez puissant pour r?ussir ? vaincre les ?tats-Unis, ce qui fut une grande source de motivation pour ces extr?mistes. Les actions de l?administration Bush ont donc fortement contribu? ? renforcir le terrorisme. Elles ont aussi contribu? ? faire des ?tats-Unis une nation affaiblie et effray?e.

La question que Gardner pose ensuite est la suivante : est-ce que les centaines de milliards engloutis dans ces guerres auraient pu ?tre mieux utilis?s? Chaque ann?e, la malaria tue 67 fois plus de gens que tous les gens tu?s par des attentats terroristes dans le monde depuis 40 ans. Cela vous donne un bon indice quant ? la r?ponse?

L?auteur conclu son ouvrage remarquable en se demandant pourquoi les humains les plus en s?curit? de l?histoire du monde (c?est-?-dire nous!) sont-ils aussi effray?s. La r?ponse est que le marketing de la peur est omnipr?sent. Les politiciens s?en servent pour obtenir des votes. Les entreprises s?en servent pour vendre leurs produits. Les activistes et ONGs s?en servent pour obtenir des dons et des subventions. Ces gens utilisent constamment nos biais cognitifs pour fausser notre jugement. Le message du livre est donc : fiez-vous ? votre raison plut?t qu?? votre instinct et soyez conscients de vos biais cognitifs. Soyez critiques envers ceux qui veulent vous faire peur avec des risques sur?valu?s. Questionnez les statistiques et demandez-vous si l??tude qui vous est pr?sent?e est r?ellement scientifique.

A propos de

avatar

Bad Behavior has blocked 9802 access attempts in the last 7 days.