Trois ans après le massacre de Mayerthorpe qui coûta la vie à quatre agents albertains de la Gendarmerie Royale du Canada (GRC), bien des questions restent encore sans réponse. À en croire la version officielle, cette tuerie serait l’oeuvre d’un seul individu, un personnage controversé dénommé James Roszko qui, après avoir abattu les quatre policiers, Roszko se serait ensuite enlevé la vie.
Le carnage de Mayerthorpe dépasse l’entendement à plusieurs égards. Comment quatre agents de la GRC ont-ils pu devenir des cibles aussi faciles ? N’ont-ils pas été formés à se servir de leur arme à feu avant d’être acceptés au sein de la Gendarmerie ? En guise de réponse, les médias ont été unanimes à dépeindre Rozsko comme un individu exceptionnellement dangereux, un véritable as de la gâchette qui était réputé tant pour sa haine des policiers que pour sa passion des armes à feu.
Mais si les fantasmes meurtriers de Roszko étaient aussi notoires qu’on le dit, n’y a-t-il pas lieu alors de se demander si les quatre agents juniors décédés qui semblaient si mal préparés à affronter à une telle menace n’ont pas carrément été envoyés à l’abattoir ?
C’est peut-être la préoccupation qu’avait à l’esprit le mystérieux auteur d’un graffiti apparu dans les mois ayant suivi la tuerie sur le mur de brique du détachement de la GRC de Whitecourt, une ville voisine de Mayerthorpe, qui disait, avec une faute d’orthographe : « RCMP killed there own. » Traduction : « La GRC a tué les siens. » (1) À moins que le graffiti faisait référence aux rumeurs, vite démenties par la GRC, voulant qu’un des agents abattus aurait été atteint par le « tir ami » d’un de ses confrères...
Quand on compare le zèle cachottier que déploie aujourd’hui la GRC dans cette affaire avec la nonchalance lamentable dont elle fit preuve quelques années plus tôt relativement à une mort suspecte au sujet de laquelle Roszko aurait dû être considéré comme le principal suspect, qui sait quel sinistre secret la Gendarmerie essaie-t-elle de cacher ?
Chose certaine, quand on sait que les têtes dirigeantes de la GRC eurent la prudence de transférer la direction de l’enquête sur la mort des quatre policiers albertains à des officiers de la province voisine de Colombie-Britannique, il devient difficile de ne pas soupçonner qu’il n’y a pas anguille sous roche en quelque part dans cette affaire...
De troublantes incohérences sont d’ailleurs apparues dans la version officielle véhiculée par la GRC, notamment grâce à deux reportages chocs diffusés à la célèbre émission de journalisme d’enquête du réseau CBC, The Fifth Estate. À tel point que de plus en plus de gens se demandent si la GRC n’essaie pas d’étouffer la vérité au sujet du massacre de Mayerthorpe.
En juillet 2007, l’enquête policière connaît un premier développement d’importance alors que deux jeunes hommes sont arrêtés sous des accusations de complicité dans le quadruple meurtre. Toutefois, le scepticisme tant à l’égard de leur culpabilité qu’envers l’enquête de la GRC à leur sujet, n’a cessé de grimper depuis.
D’ailleurs, si les deux accusés ont bel et bien trempés dans la pire tuerie de membres de la Gendarmerie depuis les 120 dernières années, comment peut-on alors expliquer que d’anciens membres de la GRC prirent la peine de les défendre publiquement ? Et si leur arrestation n’était que le plus récent chapitre d’une opération de camouflage plus vaste comme le suggèrent certains ?
En attendant d’avoir la réponse à ces questions, nous vous proposons de jeter un regard nouveau sur cette funeste affaire.
La faute de la GRC ou du système ?
Le présumé tueur ayant été retrouvé sans vie, il fallait trouvé un coupable additionnel à qui faire partager le blâme concernant le plus important massacre de policiers de l’histoire moderne du Canada. Le système judiciaire est vite apparu comme un bouc émissaire idéal aux yeux de certains sympathisants de la GRC.
Il est vrai que Roszko s’est retrouvé plus souvent qu’à son tour devant les tribunaux. En tout et pour tout, Roszko a été accusé de trente-six infractions criminelles de son vivant. Sur ce nombre, il a été trouvé coupable pour douze d’entre elles. Par ailleurs, tous semblent s’entendre pour dire que Roszko était une véritable bombe à retardement qui faisait peser une menace sérieuse sur sa communauté. En plus d’être impliqué dans des trafics illicites allant du pot jusqu’aux pièces d’autos volées, Roszko était un prédateur sexuel réputé qui n’hésitait pas à jouer du fusil.
Certains croient donc que si les lois canadiennes étaient plus dures et les tribunaux davantage impitoyables, alors peut-être que Roszko aurait été derrière les barreaux au lieu d’être en liberté et peut-être que les quatre agents de la GRC seraient encore en vie aujourd’hui. Certains partisans de la surenchère sécuritaire ne se sont pas fait prier pour exploiter politiquement les retombées du massacre de Mayerthorpe.
Dès le lendemain de la tuerie, le président de l’Association canadienne de la police professionnelle, Tony Cannavino, s’est empressé de critiquer les sentences, jugées trop légères, qui sont imposées à ceux qui contreviennent à la législation sur les stupéfiants, tout en appelant Ottawa à augmenter les fonds alloués à la lutte contre la culture de cannabis. D’autres cherchèrent à utiliser le carnage pour dissuader le gouvernement libéral d’aller de l’avant avec son projet sur la décriminalisation de la possession de moins de 15 grammes de marijuana. (2)
Au-delà de la rhétorique anti-drogue, qu’en est-il au juste ? Le cas Roszko est-il le produit d’un système de justice qui aurait poussé le « laxisme » un peu trop loin ? Pour répondre adéquatement, il faudra examiner le parcours de Roszko dans le système judiciaire. Pour ce faire, nous nous sommes appuyés sur un rapport consacré à ce sujet rendu public par le ministère de la Justice de l’Alberta, en octobre 2005. (3)
Né le 8 novembre 1958, James Michael Roszko connaît ses premiers démêlés avec la loi avant d’atteindre l’âge adulte. En février 1976, il est en effet arrêté pour avoir cambriolé un magasin d’armes à feu d’Edmonton. Dans l’année qui suit, il est à nouveau arrêté pour d’autres infractions de vol, de recel et de cambriolage. Trouvé coupable de la plupart de ces accusations, Roszko écope d’amendes et doit se soumettre à des ordonnances de probation.
En avril 1979, Roszko est arrêté de nouveau, cette fois-ci pour sous l’accusation de s’être livré à du harcèlement téléphonique auprès de membres du détachement de la GRC de Mayerthorpe, en plus de devoir répondre de trois accusations de bris de probation. Comme on le voit, les tensions entre Roszko et la GRC ne datent pas d’hier.
Précisons le contexte dans lequel Roszko se lance dans cette série d’appels téléphoniques à la GRC. Désireux d’obtenir un cautionnement pour un ami qui vient de se faire épingler, Roszko se heurte à l’attitude des policiers, à qui il reproche « leur manque de coopération et leur propension à ne pas le prendre au sérieux ». Une fois déclaré coupable des quatre accusations, Roszko est condamné à purger des peines concurrentes de 15 et de 30 jours d’emprisonnement.
Au début des années ’90, Roszko sait comment se rendre populaire auprès des jeunes du coin. Il les invite sur sa ferme, où il tient des fêtes lors desquelles la bière coule à flots. Mais certains des jeunes découvrent à leurs dépens que la générosité de Roszko a aussi un prix. Car celui-ci a un faible pour les jeunes garçons. Il lui arrive même de leur forcer la main pour avoir des rapports sexuels avec lui, parfois à la pointe d’une arme à feu.
Roszko, qui mesure 1,75 mètre et pèse 65 kilos, passe aussi maître dans l’art de l’intimidation psychologique. Il lui arrive plus d’une fois de rôder autour de la maison de ceux qui pourraient être tentés de témoigner contre lui. Sa réputation de maniaque des armes à feu ne craignant ni la loi, ni personne, contribue aussi à refroidir les ardeurs de plus d’un dans un milieu rural où le prochain détachement de la GRC se trouve souvent bien plus loin qu’à une distance de quelques coins de rue.
En 1993, l’agent de la GRC Mike Statnyk du détachement de Mayerthorpe patrouille les rues lorsqu’une situation suspecte attire son attention. Un homme au volant d’un camion semble vouloir forcer un jeune homme à monter à bord de son véhicule. L’agent Statnyk intervient et demande au jeune si tout va bien. Celui-ci répond que oui, mais l’agent Statnyk éprouve des doutes car il estime que le langage corporel du jeune individu dit tout le contraire.
De fil en aiguille, le constable Statnyk réussit à faire parler le jeune, identifié sous le prénom de Bradley dans le rapport du ministère de la Justice. Une pluie d’accusations s’abat alors sur Roszko. En décembre 1993, il doit répondre de deux chefs d’accusation d’avoir pointé une arme à feu sur autrui, ainsi qu’un chef d’agression armée, de séquestration, de possession d’une arme dans un dessein dangereux, d’entrave à l’administration de la justice, de bris de condition et d’incitation à commettre un acte criminel, à savoir un homicide.
Cependant, l’affaire va se terminer en queue de poisson. D’abord, la hiérarchie de la GRC décide de retirer le dossier de Roszko des mains de Statnyk. Ses supérieurs motivent leur décision en invoquant une poursuite au civil intenté quelques mois plus tôt par Roszko contre Statnyk, qu’il accuse de détention illégale et de poursuite malveillante à son égard lors d’un incident distinct remontant au mois de mars précédent.
Le constable Statnyk avait alors arrêté Roszko sous l’accusation criminelle d’avoir fait du tapage en employant un langage obscène. Au moment de son arrestation, Statnyk avait interpellé Roszko pour deux infractions au code de la sécurité routière, soit avoir omis de porter une ceinture de sécurité et avoir circulé dans un véhicule aux vitres teintées.
Estimant que le policier prenait trop de temps à rédiger les deux constats, Roszko aurait alors prononcé un gros mot, d’où l’accusation de tapage. Celle-ci tombera plus tard tandis qu’un tribunal rejettera éventuellement l’action au civil de Roszko, celui-ci ayant apparemment négligé de s’en occuper adéquatement.
Quant à Bradley, celui-ci se montre des plus réticent à témoigner contre Roszko. Ayant quitté l’Alberta pour la Colombie-Britannique, la poursuite va jusqu’à le faire arrêté pour s’assurer de sa présence à la cour. Bradley réussit toutefois à convaincre le tribunal de son intention de témoigner. Il est donc remis en liberté. Mais il fait faux bond le jour du procès. La poursuite n’a donc aucune preuve à présenter et le tribunal n’a d’autre choix que de prononcer l’acquittement de Roszko, en juin 1996.
L’affaire aurait pu en rester là. Mais Roszko cherche à se venger du policier Statnyk, qui est aujourd’hui à la retraite. En entrevue à Fifth Estate, Statnyk affirme avoir appris de la bouche d’un informateur que Roszko avait approché un individu dans le but de le faire assassiner. De plus, Roszko tourne aussi autour de sa maison familiale. (4)
Statnyk confie à Fifth Estate qu’il était devenu convaincu que l’embrouille avec Roszko allait finir par dégénérer en fusillade meurtrière sur sa propriété. L’ex-policier raconte même qu’à l’époque, il avait enseigné à sa fille de neuf ans comment se servir d’une arme à feu et avait mis des armes à feu chargées à différents endroits dans sa maison à la disposition des membres de sa famille.
Certains seront peut-être tentés de croire que Statnyk était en train de sombrer dans la paranoïa. Sauf que son récit ressemble à tellement d’autres que la tentation d’y croire l’emporte sur le doute. Pourtant, on s’explique mal que Roszko n’ai jamais été accusé d’avoir comploté pour faire assassiner Statnyk, ni pour avoir fait vivre la famille de ce dernier dans un climat de psychose. Après tout, ce n’est pas comme si Roszko ne possédait aucun antécédent en semblable matière, lui qui avait déjà été condamné pour harcèlement contre des membres de la GRC du même détachement où travaillait Statnyk.
En fait, à écouter Statnyk, on a l’impression d’entendre un homme qui ne peut compter que sur ses propres moyens pour défendre sa famille contre un maniaque que rien ne semble pouvoir arrêter. Pourtant, l’homme en question porte toujours l’uniforme à ce moment-là. Qu’est-il arrivé au légendaire esprit de corps qui unit supposément les membres de la Gendarmerie entre eux ? Mystère. La GRC aurait abandonné Statnyk à son sort, que le résultat aurait été le même.
Si Roszko peut s’en tirer indemne en faisant la vie dure à un policier et à sa famille, on ose à peine imaginer le calvaire qu’il pouvait faire vivre à de simples citoyens. Dans son reportage diffusé en décembre 2005, Fifth Estate révèle le cas pour le moins troublant de Dale Mindus, un jeune homme qui a perdu la vie dans des circonstances plutôt suspectes, en février 1998.
Dale Mindus fait parti de ces jeunes que Roszko a pris pour cible. À l’époque, Mindus vit chez sa soeur, Tracy, laquelle est mariée à un robuste gaillard du nom de Cash MacMillan. Quand Roszko traîne dans les parages, Mindus verrouille les portes et s’assure d’avoir un fusil chargé à portée de mains, se rappelle Tracy, qui était enceinte durant cette période. Elle raconte à Fifth Estate qu’à l’époque, Roszko prend l’habitude de se stationner sur la route à l’opposé de sa maison. Roszko peut alors rester dans son véhicule sans bouger pendant des heures. La plupart du temps, il disparaît quelques minutes avant que Cash MacMillan ne revienne de travailler.
Ce dernier déclare à Fifth Estate avoir contacté la GRC à une trentaine de reprises pour se plaindre du comportement de Roszko. À chaque fois, la police lui répond qu’elle ne peut rien faire tant que Roszko demeure sur la route. Un jour, Cash MacMillan les appelle pour se plaindre que sa femme Tracy a vu Roszko pénétrer à l’intérieur de sa cour. La police lui répond : avez-vous des témoins ?
Un des policiers va même jusqu’à suggérer à MacMillan que la chose la plus sécuritaire à faire est de déguerpir le plus loin possible pour fuir Roszko ! Excédé par l’inaction policière, MacMillan confie à un des agents qu’il ne voit d’autre choix que de se faire justice lui-même. Ce à quoi l’agent lui répond : fais-le dans la maison...
Un jour, Tracy téléphone à Cash, qui est encore à son travail. À bout de nerfs, elle lui dit que Roszko est encore devant la maison. MacMillan décide alors de quitter son travail prématurément. À la vue de Cash, Roszko démarre son véhicule. Mais cette fois-ci, MacMillan est bien décidé à mettre fin une fois pour toute au petit manège de Roszko. Il le prend en chasse sur la route et arrive à couper son véhicule. Un face à face s’ensuit, lors duquel MacMillan assène un coup de poing au visage de Roszko et lui dit de ne plus s’approcher de sa famille.
Roszko porte ensuite plainte contre Cash MacMillan pour voies de fait. Celui-ci ne s’inquiète pas outre-mesure de cette accusation, car il est persuadé qu’il aura une défense solide à faire valoir lors de son procès. MacMillan prévoit en effet faire témoigner son beau-frère, Dale Mindus, qui est le premier de la famille à avoir goûté à la médecine de Roszko.
Mais les choses se corsent une semaine avant l’ouverture du procès, lorsque MacMillan reçoit un appel de Mindus, qui est parti vivre dans un immeuble à appartements à ce moment-là. Mindus l’informe que Roszko vient de lui téléphoner pour lui demander s’il avait l’intention de témoigner au procès. Lorsqu’il répond ’oui’, Roszko lui dit qu’il n’en aura pas la chance, car il va mourir avant. Ce sinistre va d’ailleurs se concrétiser.
En effet, quelques jours plus tard, MacMillan est réveillé par un appel au beau milieu de la nuit. Un locataire de l’immeuble où loge Mindus l’informe que ce dernier est très mal en point. Lorsqu’il arrive sur place, MacMillan retrouve son beau-frère, gisant au pied d’un escalier de dix marches. Mindus est blessé à la tête et a déjà perdu beaucoup de sang. Il meurt peu de temps après.
Selon le compte-rendu officiel de l’incident, Mindus avait bu pas mal ce soir-là et sa tête aurait frappé un mur de brique. Or, comme le montrent les images filmées par Fifth Estate, on ne trouve aucun mur de brique dans cet escalier. De plus, une femme vivant dans un appartement dont la porte d’entrée donne directement sur ledit escalier affirme n’avoir entendu aucun bruit.
Mais ce n’est pas tout. Cash MacMillan constate la présence d’une empreinte de doigt au milieu d’une tache de sang sur une des portes de l’immeuble. Il prend une photo et contacte la GRC. Mais la Gendarmerie lui répond qu’il s’agit là de l’empreinte d’un des ambulanciers dépêchés sur les lieux. MacMillan demeure sceptique, car il sait pertinemment bien que les ambulanciers portent des gants pour faire leur travail.
Le reporter de Fifth Estate demande alors à MacMillan si les policiers prennent au moins la peine d’aller constater par eux-mêmes cette mystérieuse empreinte. « Non, ils ont refusés », répond MacMillan, qui ne cache pas qu’il ne croit pas un mot de la version officielle voulant que Dale Mindus ait chuté dans les escaliers après une soirée un peu trop arrosée, causant ainsi des blessures qui lui seront fatales. Il croit plutôt que le corps de son beau-frère a été placé délibérément à cet endroit.
L’attitude de la GRC dans ce dossier laisse pour le moins perplexe. D’un côté, on a une mort potentiellement suspecte d’une personne qui avait été elle-même menacée de mort quelques jours avant de perdre la vie. De l’autre, on a une force policière qui, jusqu’à présent, ne s’était jamais montrée d’un grand secours pour la famille MacMillan et qui semble avoir bâclé son enquête sur la mort de Dale Mindus.
Et au centre, on a évidemment un James Roszko qu’on imagine triomphant puisqu’il s’en tire tout à fait indemne une fois de plus, et ce, malgré son comportement des plus suspect, l’historique de ses rapports avec Dale Mindus et son intérêt manifeste à réduire ce dernier au silence. On voit bien qu’ici, ce n’est pas le soi-disant laxisme judiciaire qui est en cause, mais bien le manque de volonté, voire l’indifférence, de la GRC.
Mais vous n’entendrez probablement jamais personne dire : si la GRC avait mené une enquête digne de ce nom sur la mort de Dale Mindus, peut-être alors que Roszko aurait écopé d’une longue peine d’emprisonnement et peut-être que le massacre de Mayerthorpe aurait ainsi pu être évité. Car, plus de deux ans après la diffusion du fameux reportage de Fifth Estate, les révélations pourtant bouleversantes sur cette ténébreuse affaire n’ont trouvé aucun écho auprès de la presse écrite et se sont heurtées à un véritable mur de silence.
Notons toutefois que Roszko ne bénéficiera pas toujours d’une telle chance ? si c’est bien de la chance dont il s’agit ici. Car, à la même époque, ses tribulations judiciaires se poursuivent dans d’autres dossiers. Roszko traîne plus particulièrement une cause pendante d’agression sexuelle à répétition sur un jeune garçon d’âge mineur.
Dans cette affaire, Roszko avait été accusé en mars 1994 après que sa victime eut porté plainte pour divers abus sexuels, allant de la masturbation jusqu’au sexe oral, qu’elle commença à subir alors qu’elle n’était âgée que de 11 ans. Les abus se prolongèrent sur une période de sept ans, entre 1983 et 1989, au rythme d’une à trois fois par semaine, et cessèrent lorsque la victime quitta la région.
Déclaré coupable au terme d’un premier procès, en septembre 1995, Roszko est condamné à cinq années d’emprisonnement. Roszko, qui a toujours nié avoir posé les gestes reprochés, porte le verdict en appel et obtient gain de cause puisque la cour ordonne la tenue d’un nouveau procès, en juin 1997. Cependant, au second procès, le verdict de culpabilité est maintenu, bien que la sentence soit réduite à deux ans et demi d’incarcération. À cela s’ajoute une interdiction de posséder des armes à feu pour une période de dix ans.
À partir d’avril 2000, Roszko purge sa peine au pénitencier à sécurité médium de Bowden, en Alberta. Il bénéficie d’une libération conditionnelle en décembre 2001. Mais, en juin 2002, Roszko est renvoyé derrière les barreaux pour son manque de coopération avec son agent de probation. Deux mois plus tard, la Commission nationale des libérations conditionnelles le remet en liberté malgré son refus obstiné de suivre toute thérapie.
Ses tribulations judiciaires de Roszko ne sont pas terminées pour autant. Durant son séjour en prison, Roszko subit son enquête préliminaire relativement à cinq accusations d’agression armée et avoir pointé une arme à feu sur deux individus qui avait eue la témérité de s’aventurer sur sa propriété, en septembre 1999.
Il faut dire que Roszko n’a jamais fait un grand mystère du sort qu’il réserverait à ceux qui s’inviteraient sur ses terres sans sa permission. « Trespassers will be shot », pouvait-on lire sur un écriteau posé sur sa propriété. Traduction : les intrus se feront tirer dessus. Roszko va même jusqu’à couper les arbres autour de sa propriété pour être sûr de pouvoir voir venir de loin quiconque s’approcherait.
Cité à procès en mars 2001, Roszko est cependant libéré de toutes ces accusations en octobre 2003 lorsque la poursuite choisit de ne pas présenter de preuve, les deux victimes s’étant tellement empêtrées dans leurs menteries que la probabilité d’une condamnation était devenue plus qu’incertaine.
Après sa libération de prison, Roszko adopte un profil bas. Sa réputation de pédophile fait de lui un paria au sein de la petite communauté de Mayerthorpe, une ville comptant 1570 habitants située à 130 kilomètres au nord-ouest d’Edmonton. Ses seuls autres démêlés avec la loi surviennent en décembre 2004, lorsqu’il est inculpé de deux chefs de méfaits. Encore une fois, c’est le désir obsessionnel de Roszko de tenir à distance les intrus qui est à l’origine de cette affaire.
Ainsi, Roszko avait dissimulé une ceinture à clous dans son allée. Lorsqu’un employé d’Epcor vient prendre le relevé du compteur d’électricité, les pneus de son véhicule sont crevés. Les scrutateurs d’Élections Canada vivent une expérience identique. Roszko démontre une fois de plus qu’il est prêt à prendre tous les moyens nécessaires contre quiconque pour dissuader ceux qui auraient l’imprudence de venir fourrer leur nez dans ses affaires. C’est d’ailleurs précisément ce que des agents de la GRC s’apprêtent à faire...
Le jour du massacre
L’histoire commence de façon tout à fait banale. James Roszko avait fait l’acquisition d’un camion blanc de marque Ford vers la fin de l’année 2004. Peu de temps après, il découvre qu’un hayon arrière est cabossé. Lorsque Roszko soulève le problème auprès du concessionnaire Kentwood Ford, basé à Edmonton, celui-ci se dit prêt à offrir la réparation, mais pas à remplacer le hayon endommagé. Insatisfait, Roszko prend alors la décision de mettre fin à ses paiements sur le véhicule.
Entre-temps, le concessionnaire Ford ne parvient pas à valider les informations concernant le crédit de Roszko tandis que ce dernier ne retourne pas ses appels. Un bureau de huissier est donc mandaté pour reprendre possession du véhicule. Dans le milieu de l’après-midi du 2 mars 2005, deux huissiers s’annoncent à l’entrée de la propriété de Roszko, à Rochfort Bridge, une petite localité basée près de Mayerthorpe.
Roszko se montre immédiatement hostile envers les deux huissiers, à qui il refuse le droit d’entrer en plus de les envoyer promener. Il lâche ses deux Rottweiler avant de prendre la poudre d’escampette en démarrant en trombe sur la route à bord d’un camion blanc. Il s’agit vraisemblablement du même véhicule que les huissiers ont pour mandat de récupérer.
Il est possible qu’en quittant les lieux avec le camion recherché, Roszko se soit imaginé qu’il venait de priver les huissiers et les forces de l’ordre de tout motif légal pour pénétrer sur sa propriété, dont la dimension s’élève à 200 hectares. D’ailleurs, quand on sait ce que les policiers vont bientôt découvrir dans son hangar, on comprend facilement pourquoi il tient tant à les garder à distance.
Si tel était le but recherché, la manoeuvre se solde par un échec, car les deux huissiers ne tardent pas à contacter le détachement de la GRC de Mayerthorpe. Quatre policiers arrivent ensuite sur les lieux et fournissent aux huissiers des outils pour venir à bout du cadenas verrouillant la barrière en fer qui bloque l’accès à la propriété de Roszko. Puis, les policiers suivis des huissiers pénètrent à l’intérieur d’un hangar géant de type Quonset se trouvant sur la propriété de Roszko.
C’est à cet endroit qu’ils découvrent une plantation de marijuana, comptant environ 280 plants, ainsi qu’une génératrice qui avait récemment été volée. Ils remarquent aussi la présence d’un camion gris dernier cri de la marque Ford qui a été amputé de ses portières et de plusieurs autres pièces et d’un camion Chevy de type Sierra sur lequel les numéros de série ont été effacés. Les policiers voient aussi différentes pièces de véhicules, dont des pare-chocs, des tableaux de bord, des garde-boue et des pneus neufs. Ils en déduisent que Roszko trempe dans le recyclage de véhicules volés.
Le travail des policiers ne fait alors que commencer. Les détachements de Mayerthorpe et de Whitecourt sont contactés afin qu’ils envoient des renforts tandis qu’un mandat de perquisition est sollicité pour procéder à la saisie des plants de cannabis. La perquisition, qui débute en soirée, dure toute la nuit et se poursuit le lendemain.
Pendant tout ce temps, Roszko multiplie les appels téléphoniques pour dénicher un endroit sûr où il pourrait mettre son camion Ford à l’abri des huissiers. Le relevé des appels effectués sur son appareil cellulaire indique qu’il a cherché à joindre à de multiples reprises Shawn Hennessey, un mécanicien travaillant au magasin Kar Tire, de Barrhead, une ville située à 60 kilomètres de distance de chez Roszko.
Lorsque Roszko parvient à entrer en contact avec Hennessey, celui-ci se montre méfiant. Il refuse d’autoriser Roszko à planquer son camion chez lui parce que ce dernier ne veut pas lui expliquer les raisons de sa demande. Roszko téléphone également à sa tante et à sa mère dans le même but. À force d’insister, sa tante finit par céder. Roszko stationne le véhicule dans une remise située sur les terres de sa tante, lesquelles sont basées à 24 kilomètres de chez lui.
Le 3 mars, à 4h am, le hangar de Roszko a été vidé de tous les plants de marijuana qu’il contenait. À ce moment-là, la présence policière sur les lieux se limite à deux jeunes agents, soit les constables Leo Johnston, du détachement de Mayerthorpe, et Anthony Gordon, du détachement de Whitecourt. Vers 9h am, ceux-ci sont rejoints par les constables Peter Schiemann et Brock Myrol, tous deux du détachement de Mayerthorpe.
Puis, vers 9h15 am, ou vers 9h56 am, dépendamment des versions diffusées par la GRC, deux autres policiers viennent s’ajouter sur les lieux. Il s’agit des constables Steve Vigor et Garrett Hoogestraat de la section des vols de véhicules automobiles du détachement de la GRC d’Edmonton.
Selon un communiqué de la GRC diffusé le lendemain (5), les deux policiers d’Edmonton auraient entendu des détonations d’armes à feu provenant du hangar au moment même où ils descendaient de leur véhicule. Toujours selon cette version, un suspect armé aurait ensuite fait irruption du hangar et un échange de coups de feu serait survenu entre lui et les deux agents. Touché par balle, le suspect aurait alors fait marche arrière en retournant à l’intérieur du hangar.
À partir de ce moment, l’alerte est donnée à tous les corps policiers de la région. Les unités des groupes tactiques d’intervention (l’équivalent du SWAT) d’Edmonton et de Red Deer sont appelés sur les lieux, autour desquels un périmètre de sécurité est érigé. Les Forces armées canadiennes sont même contactées.
Si l’on se fie à la version officielle, les policiers présents ignorent à ce moment-là dans quel état se trouvent les quatre constables qui seraient toujours à l’intérieur du hangar. Tout ce qu’ils savent, c’est qu’aucun des quatre ne répond aux appels radio qui leur sont adressés. Bien qu’un tel silence ne soit sûrement pas bon signe, rien ne permet toutefois de conclure avec certitude que les quatre policiers ne sont plus de ce monde. Peut-être sont-ils à l’article de la mort ou en train de se vider de leur sang.
Dans un contexte où la vie de certains de ces quatre constables est peut-être sérieusement en péril, chaque minute peut compter. Or, que font donc leurs nombreux collègues policiers qui ont pris position autour des lieux pendant ce temps là ? Hé bien, à en croire la version officielle, ils auraient attendu plus de quatre heures avant d’intervenir !
Vers 14h00, un robot équipé d’une caméra vidéo aurait été envoyé en éclaireur pour filmer des images de l’intérieur du hangar. Puis, vers 14h15, les unités du SWAT donnent l’assaut. Les corps sans vie de quatre agents de la GRC auraient été découverts dans le hangar, de même que celui du suspect, qui sera vite identifié comme étant le propriétaire des lieux, soit James Roszko.
Selon la GRC, Roszko portait trois armes à feu sur lui, soit une carabine semi-automatique Heckler & Koch, modèle 91, de calibre .308, équipée d’une lentille télescopique, un pistolet Beretta 9mm et enfin un fusil à long canon. Roszko n’était pas seulement armé jusqu’aux dents, il semblait également vachement bien préparé.
Selon un rapport d’autopsie obtenu par CBC, Roszko a même mis des bas noirs par-dessus ses bottes, un vieux truc de chasseur pour couvrir le bruit de ses pas et ses traces dans la neige. Il portait d’ailleurs plusieurs couches de vêtements, cinq sur le haut de son corps et trois sur le bas. (6)
À en croire la GRC, Roszko aurait donc pris par surprise les quatre agents, lesquels n’auraient pas été en mesure d’opposer une résistance digne de ce nom. Blessé par balle, Roszko aurait ensuite préféré se donner lui-même la mort plutôt que de se rendre ou encore d’être abattu à son tour par la police.
Un homme qui semble aussi bien préparé ne peut donc pas avoir agi sur un coup de tête. Mais il y a seulement un hic : si le projet de Roszko consiste vraiment à abattre un maximum de policiers, quitte à y laisser sa propre peau, comment alors expliquer qu’il déploie autant d’efforts durant les dernières heures qu’il lui reste à vivre à chercher un endroit sûr pour planquer un camion dont il n’aura vraisemblablement bientôt plus aucun besoin ? Mystère !
Place aux doutes
Le massacre de Mayerthorpe donne d’abord lieu à toute une gamme d’émotions. Les sentiments d’horreur, de consternation, de tristesse, de colère et d’indignation se succèdent chez les proches des quatre policiers tués, qui eux font l’objet de funérailles à grand déploiement. Bref, il ne fait aucun doute que cet événement passera à l’histoire.
Compte tenu des circonstances particulièrement funestes, on se serait attendu à ce que la grande famille de la GRC resserre les rangs et fasse preuve d’unité dans le deuil. Mais la poussière n’est même pas retombée que déjà certains officiers à la retraite de la GRC choisissent de laver leur linge sale en public et n’hésitent pas à tirer à boulets rouges sur la manière dont les opérations ont été gérées sur la propriété de Roszko. C’est ainsi que l’émotion laisse vite place au doute.
Al Kirbyson est un ancien sergent d’état-major de la GRC qui a pris sa retraite en 1994, après 36 années de service. Il croit qu’il y a eu confusion au niveau des priorités et que les policiers qui se trouvaient sur la propriété de Roszko étaient trop au-dessus de leurs affaires. Selon lui, la Gendarmerie aurait dû prioriser la capture de Roszko, sans quoi les policiers présents sur les lieux ne se trouvaient pas en sécurité. (7)
Clyde Kitteringham, un ancien surintendant de la GRC qui consacra une bonne partie de ses 39 années de service à travailler dans l’Alberta rurale, va encore plus loin dans ses critiques. Il dénonce sans détour ce qu’il appelle « un manque flagrant de protection des policiers qui ont été tués la semaine dernière par James Roszko ». (8) Convaincu qu’il y a eu négligence au niveau de la supervision ce jour-là, l’officier à la retraite appelle même à la tenue d’une enquête indépendante pour examiner cette question ainsi que celle de l’évaluation du risque que représentait Roszko.
Il est vrai que les quatre agents assassinés étaient tous d’assez jeunes policiers, leur âge variant de 25 à 32 ans. Aucun d’entre eux n’a d’ailleurs eu affaire à Roszko durant les années ’90, soit la période lors de laquelle il est réputé avoir fait la pluie et le beau temps à Mayerhtorpe et ses environs. Avec ses quatre années et trois mois de service, le Cst Schiemann était celui qui comptait le plus d’expérience alors que le Cst Myrol, qui avait commencé à travailler dans la GRC depuis seulement un mois, était le plus novice des quatre policiers assassinés.
Paradoxalement, le policier comptant le plus grand nombre d’années d’expérience était aussi celui qui était le moins outillé parmi les quatre constables décédés. En effet, lors de la journée fatidique, l’agent Schiemann ne portait ni arme à feu, ni gilet pare-balles. En fait, il était habillé en civil et n’avait même pas été affecté à cette opération ce jour-là. Que faisait-il là, alors ? La GRC a une explication à ce sujet.
Si le Cst Schiemann ne portait ni arme, ni uniforme, c’est parce qu’il devait se rendre à Edmonton pour aller faire des emplettes pour son détachement ce jour-là et que le port de l’uniforme est « généralement inapproprié » dans de pareilles circonstances. Quant à sa présence sur la propriété de Roszko, la GRC l’explique en disant que le policier qui devait transporter le Cst Myrol sur les lieux afin de relayer l’agent Gordon avait été rappelé à son détachement à la dernière minute, et que le Cst Schiemann s’est alors offert spontanément d’aller le conduire à cet endroit.
D’après Kitteringham, les responsables de la GRC auraient dû dépêcher le SWAT pour sécuriser les lieux avant d’y envoyer des agents juniors. Une opinion que le responsable aux relations avec les médias, le caporal Wayne Oakes, balaie du revers de la main. « Si nous avions envoyé plus de monde là-bas, nous aurions plus de monde à enterrer », rétorque-t-il. (9)
Mais comment la GRC peut-elle prétendre avec une si grande certitude que la présence du SWAT ou d’un nombre additionnel de policiers n’aurait fait aucune différence alors que du même souffle la Gendarmerie est la première à admettre qu’elle est parfaitement incapable d’expliquer comment Roszko a pu s’y prendre pour éliminer quatre policiers ?
Car ce même Cpl Oakes reconnaît lui-même que la GRC ne sait même pas si Roszko s’est d’abord caché dans son hangar à attendre que les policiers y entrent pour ensuite les abattre ou s’il a plutôt attendu que les policiers pénètrent d’abord dans son hangar pour ensuite y entrer à son tour et aller les descendre une fois rendu à l’intérieur. En d’autres mots, la GRC semble nager en plein mystère.
Malgré leur prétention à l’ignorance, les porte-parole de la GRC ne se privent pourtant pas de répéter sur toutes les tribunes que la tuerie de Mayerthorpe est le résultat d’une embuscade meurtrière tendue par Roszko. (10) N’y a-t-il pas quelque chose de légèrement contradictoire entre ces deux affirmations ? Soit, vous ne savez vraiment rien ou soit savez quelque chose. Ce ne sont pas là les seules incohérences dans les prises de position publiques des porte-parole officiels de la GRC dans le dossier Mayerthorpe.
Normalement, si nous avions affaire au pire massacre de policiers de l’histoire moderne du Canada, on s’attendrait à ce que la GRC crie sur tous les toits qu’elle ne ménagera aucun effort pour découvrir ce qui s’est passé ce jour-là, quitte à retourner chacune des pierres se trouvant sur la propriété de Roszko s’il le faut. C’est le genre de baratin que nous servent habituellement les porte-parole policiers lorsqu’ils veulent convaincre l’opinion publique qu’ils sont bien déterminés à aller jusqu’au fond des choses.
Or, trois jours à peine après la tuerie, certains responsables de la GRC laissent déjà entendre que l’on ne connaîtra peut-être jamais toute la vérité sur le massacre de Mayerthorpe. « Nous n’avons pas de boule de cristal avec laquelle nous pouvons recevoir toutes les réponses en soufflant la poussière dessus », dit le Cpl Oakes. (11) La Gendarmerie donne ainsi l’impression qu’elle cherche à réduire les attentes de l’opinion publique en la préparant subtilement à accepter de vivre avec le fait qu’elle ne saura peut-être jamais le fin fond de l’affaire. Disons que ça augure plutôt mal pour la recherche de la vérité...
Quatre enquêtes sur un massacre
Le massacre de Mayerthorpe va faire l’objet d’au moins quatre enquêtes distinctes. D’abord, il y a bien sûr l’enquête criminelle classique menée par la GRC. Il s’agit ici d’enquêter sur la mort des quatre agents, mais aussi sur celle de Roszko, en reconstituant l’ensemble des faits en vue de déterminer s’il existe des motifs de porter des accusations criminelles.
Fait intriguant, ce ne sont pas des membres de la Division ’K’ de la GRC, basée en Alberta, qui sont aux commandes de l’enquête. La direction de l’enquête a plutôt été confiée à un officier de la Division ’E’, en Colombie-Britannique, qui travaillera avec une équipe de l’Unité des crimes majeurs de la Division ’E’. La raison invoquée par la GRC est la suivante : il s’agit d’exercer une « surveillance indépendante » sur l’enquête. (12)
Cette façon de procéder n’est pas sans rappeler la politique ministérielle en vigueur au Québec voulant qu’une enquête policière soit automatiquement confiée à un autre corps policier dans le cas d’une intervention policière causant une mort d’homme ou des blessures graves chez des citoyens. Quand des policiers sont confrontés à la possibilité d’avoir à répondre d’accusations criminelles aussi graves qu’homicide, la tenue d’une enquête indépendante et transparente va de soi et s’impose d’elle-même.
Mais à quoi rime le besoin d’exercer une « surveillance indépendante » dans le cas des événements de Mayerthorpe ? Les quatre policiers abattus ne sont-ils pas les victimes ? Si oui, quel problème pouvait-il possiblement y avoir à ce que des membres de la Division ’K’ assument la direction de l’enquête ? En fait, le transfert de la direction de l’enquête de la Division ’K’ à la Division ’E’ ne fait de sens uniquement que si certains agissements de la police sont eux aussi sous enquête. Encore reste-t-il à savoir lesquels.
À l’enquête criminelle s’ajoute la tenue d’un examen interne mené par l’Équipe des enquêtes sur les situations comportant des risques (EESCR) de la Division ’K’. Le but ici est d’examiner la gestion policière de l’événement, incluant les questions controversées touchant à la supervision des agents qui étaient présents sur la propriété de Roszko. L’EESCR doit aussi faire une évaluation de la formation et de l’équipement des membres de la Gendarmerie ainsi qu’une analyse des implications que l’événement pourrait avoir au niveau des politiques et des procédures de la GRC.
Puis, il y a l’enquête réglementaire du ministère des Ressources humaines et Développement social Canada (RHDSC) menée en vertu du Code canadien du travail, partie II. Cette enquête porte sur la sécurité au travail des membres de la Gendarmerie et vise notamment à émettre des recommandations à la GRC dans le but d’éviter la répétition d’une telle situation à l’avenir. Notons que le ministère des RHDSC initie ce type d’enquête chaque fois qu’un employé du fédéral perd la vie au travail.
Enfin, une enquête médico-légale est également prévue. Il s’agit d’une enquête publique dont l’objectif consiste à identifier les facteurs ayant contribué aux décès et à mettre de l’avant des recommandations visant à empêcher qu’un tel événement ne se reproduise dans le futur. Bien que le Procureur général de l’Alberta eut ordonné la tenue d’une enquête médico-légale dans cette affaire, il faudra cependant attendre la conclusion de l’enquête criminelle avant qu’elle ne puisse débuter.
Par une curieuse coïncidence, un projet de loi limitant l’accès des médias et du public aux enquêtes médico-légales est déposé par le gouvernement albertain moins de deux semaines après l’hécatombe de Mayerthorpe. En effet, le Bill 24, ou Fatality Inquiries Amendment Act, a vite été dénoncé par les médias en raison de ses dispositions resserrant les critères d’admissibilité au statut d’intervenant et élargissant les pouvoirs du juge présidant à l’enquête en matière de restriction de divulgation d’information au public. (13) Malgré les critiques, le Bill 24 fut adopté tel quel quelques mois plus tard.
Parallèlement à tout ceci, il y a les médias qui mènent leurs propres enquêtes, lesquelles sont rarement vues d’un bon oeil par la GRC. Il faut dire que dès la journée du carnage, la version officielle voulant que le quadruple meurtre se soit déroulé à l’intérieur du hangar soulève déjà quelques points d’interrogation chez certains membres des médias.
Comme le révèle un reportage diffusé à Fifth Estate, une vue aérienne de la propriété de Roszko permet en effet de voir clairement que trois des quatre corps des policiers se trouvent non pas l’intérieur, mais bien à l’extérieur du fameux hangar. De plus, des photographies prises ce jour-là, que l’on peut aujourd’hui visionner sur le site internet de Fifth Estate, suggèrent également que la scène de crime se trouve à l’extérieur du hangar.
Cherchant à dissiper les doutes, la GRC offre l’explication suivante dans un bref communiqué émis le 4 mars 2005 : « L’enquête en cours a confirmé que quatre policiers de la GRC ont été abattus mortellement lorsqu’ils étaient dans la cabane Quonset. Les images des médias qui suggèrent que les policiers ont été tirés à l’extérieur n’ont pu capter l’intervention faite par le groupe tactique d’intervention pour évaluer leur condition, préserver la sécurité des policiers et possiblement offrir des soins médicaux. Les lieux ont dû être traités comme un environnement mortel jusqu’à ce qu’ils soient considérés comme sécuritaires. » (14)
Cette explication pour le moins boiteuse laisse encore place à bien des questions. Par exemple, pourquoi les corps ont-ils été déplacés à des endroits différents ? Et pourquoi seulement trois corps sur quatre ont-ils été changés d’endroit ? Quant à la question des soins médicaux, ce motif ne tient tout simplement pas la route.
On voit mal en effet quel intérêt les policiers pourraient trouver à se donner tout ce mal à déplacer les corps dans un tel contexte. Pour savoir s’ils ont affaire à des êtres mourants ou à des cadavres, il aurait suffi aux policiers de prendre le pouls, ce qui n’est qu’une affaire de quelques secondes. En fait, les corps devaient être si froids qu’un simple touché aurait probablement suffi à trancher la question.
Mais il y a plus. Si l’on accepte sans sourciller la version officielle voulant que la tuerie ait pris place dans le hangar, alors le déplacement des corps devient bien plus grave qu’un geste dépourvu d’utilité. Car une telle initiative aurait pour conséquence d’altérer irrémédiablement la scène de crime, ce qui reviendrait à toute fin pratique à saboter l’enquête policière.
En effet, comment les enquêteurs pourront-ils comprendre ce qui s’est passé dans le hangar et reconstituer le fil des événements dans leur ordre chronologique si les corps ne se trouvent même plus à l’endroit où ils sont tombés sous l’effet des balles ? Si les enquêteurs héritent d’une scène de crime modifiée, cela leur complique lourdement la tache au point de la rendre pratiquement impossible.
De deux choses l’une. Soit la présence des corps à l’extérieur est le résultat de l’altération de la scène de crime, ce qui aurait pour conséquence de brouiller les pistes au point où les responsables de l’enquête n’arriveront peut-être jamais à découvrir comment quatre des leurs auraient trouvé la mort dans le hangar de Roszko.
Ou soit la présence des corps dehors signifie que la tuerie s’est plutôt déroulée à l’extérieur du hangar, ce qui impliquerait que la version officielle du massacre de Mayerthorpe n’est rien d’autre qu’un vulgaire mensonge et que la GRC cherche à tromper le public. Advenant un tel un cas, il resterait alors à savoir pourquoi.
Au lieu de faire disparaître les doutes, l’explication peu crédible de la GRC semble avoir eu l’effet inverse sur les journalistes de l’émission The Fifth Estate, laquelle décide de mettre sur pied sa propre équipe pour enquêter plus à fond sur les événements de Mayerthorpe dès le lendemain du carnage. Notons d’ailleurs que la GRC refusera toute collaboration avec les membres de l’équipe de Fifth Estate.
Lorsque ceux-ci se mettent à poser des questions à gauche et à droite, les responsables du dossier au bureau du procureur général se présentent discrètement devant le juge H.W.A. Fuller pour lui demander d’ordonner à ce que plus de 200 pages de documents relatifs à cinq mandats de perquisition émise dans le cadre de l’enquête de la GRC soient mis sous scellés pour une durée de temps indéfinie. Après avoir accordé cette requête, le juge Fuller met à son tour sa propre décision sous scellé.
Les petits secrets de l’enquête policière sont donc verrouillés à double tour... enfin, c’est à tout le moins ce que croit la GRC. Car l’existence des paquets scellés finie par se savoir, avec pour résultat que les avocats de CBC et du quotidien The Edmonton Journal s’adressent au juge T.D. Clackson de la Cour du banc de la Reine de l’Alberta afin de demander la révision de l’ordonnance de mise sous scellé. Le 25 octobre, le juge Clackson en vient à la conclusion qu’« il n’y a rien qui puisse suggérer que l’enquête pourrait être compromise par la divulgation des matériaux sous scellés », et accorde la requête des médias. (15)
Le 31 octobre, les documents scellés sont rendus publics. Les médias révèlent notamment une partie de l’inventaire des divers biens saisis sur la propriété de Roszko, parmi lesquels on retrouve douze armes à feu, plusieurs boîtes de munitions, une arbalète, un balayeur d’ondes, des menottes, du poivre de cayenne, du matériel pornographique, de la littérature sur le satanisme, etc.
Mais la plus grande surprise, c’est peut-être de voir à quel point Roszko semblait s’être familiarisé avec les policiers locaux. On apprend en effet que celui qui avait la réputation d’haïr la police pour mourir détenait une liste manuscrite détaillée des noms de chacun des policiers des détachements de la GRC de Mayerthorpe, Whitecourt et d’Evansburg, ainsi que les indicatifs d’appel et numéros de téléphones cellulaires qui sont habituellement assignés à chacune de leurs autos patrouille. (16)
On ignore comment cette précieuse mine de renseignements a pu atterrir entre les mains de l’auteur présumé du massacre de Mayerhtorpe, qui, soit dit en passant, comptait parmi les membres de sa famille un neveu du nom de Mike Roszko qui travaille comme constable à la police municipale d’Edmonton. (17)
De son côté, la GRC digère plutôt mal le jugement de Clackson. La journée même, une conférence de presse est tenue au quartier général de la Division ’K’, à Edmonton. L’inspecteur Gary Brine ne cache pas sa frustration. « Si nous ne pouvons retenir certaines informations concernant notre stratégie, nous perdons notre capacité à enquêter sur la possible implication de certains membres de la communauté », se plaint-il.
Pour la première fois, la GRC confirme publiquement qu’elle enquête sur la possibilité que Roszko puisse avoir bénéficié de l’aide d’un ou de plusieurs de complices dans la perpétration du quadruple homicide. Les soupçons de la GRC s’arrêtent plus particulièrement sur ceux que Roszko contacta lors de ses dernières vingt heures d’existence. Cela inclut certains membres de sa famille, mais aussi Shawn Hennessey.
Les soupçons policiers sont aussi attisés par le fait qu’une des trois armes à feu que portait Roszko le jour du massacre, soit une carabine à long canon, était enregistrée au nom du grand-père de Hennessey. Les mandats de perquisition contiennent également des allégations à l’effet que Hennessey aurait été impliqué dans la culture de marijuana avec Roszko.
Cependant, Steve Hunter, le patron de Hennessey au magasin Kal Tire, n’en croit rien. N’hésitant pas à se porter publiquement à sa défense, Hunter insiste sur le fait que Hennessey travaille 60 heures par semaine, ce qui lui laisse peu de temps pour jouer au trafiquant de drogue. « Avec la quantité d’heures que je lui donne, il faudrait qu’il soit Superman », dit-il au sujet de Hennessey, qui est aussi le père de deux petites filles. (18)
Il reste qu’une question continue de faire l’objet d’une intense spéculation depuis le jour du carnage. Comment Roszko a-t-il pu se rendre de la propriété de sa tante, à Cherhill, où il abandonna son camion Ford blanc, jusqu’à ses propres terres, à Rochfort Bridge ? La distance séparant les deux endroits est de 35 km en empruntant la route, mais elle peut être raccourcie à 24 km si le marcheur est prêt à couper au travers de champs et à sauter par-dessus quelques clôtures.
En fait, celui que plusieurs ont décrit comme un paria vivant en ermite sur ses terres n’était peut-être pas aussi solitaire qu’on le dit. Après tout, Roszko ne trempait-il pas dans la production de marijuana en quantité industrielle et dans le recyclage de pièces de véhicules volés, deux activités nécessitant l’existence d’un réseau, ne serait-ce que pour assurer l’écoulement de la marchandise ?
« C’était nouveau pour lui », confie à un journaliste du quotidien The Globe and Mail un résident qui dit avoir déjà travaillé sur la propriété de Roszko et l’avoir connu depuis les vingt dernières années. « Il ne faisait définitivement pas ça avant d’aller en prison », ajoute l’homme qui a requis l’anonymat par crainte de représailles de la part des complices de Roszko. Selon lui, Roszko ne travaillait pas en vase clos, mais bien main dans la main avec ce qu’il croit être une petite « équipe de criminels de carrière ». (19)
D’ailleurs, à bien y penser, ces derniers auraient pu y trouver beaucoup à gagner à s’associer avec un individu de la trempe de Roszko. Défendue comme une forteresse, sa propriété était la planque rêvée pour n’importe quel adepte de l’argent facile désireux de se livrer à toutes sortes de trafics illicites à l’abri des curieux et des regards inquisiteurs des hommes de loi. Les ramifications possibles de Roszko avec le milieu criminel albertain demeurent encore toutefois du domaine de la théorie.
Ce qu’on sait par contre, c’est que derrière des apparences de petite ville-dortoir de campagne, Mayerthorpe cache de forts penchants pour la consommation de drogues dures, plus particulièrement le redoutable cristal meth. Un article paru dans le journal local Mayerthorpe Freelancer en février 2004 suggère, que le phénomène du cristal meth a pris des proportions épidémiques dans cette ville. (20) « Tu vas dans un party et tout le monde en fait », raconte notamment un adolescent. « Elle est considérée comme la capitale du cristal meth en Alberta », affirme de son côté Joel Giebelhaus, en parlant de Mayerthorpe. (21)
Ce n’est donc pas l’effet du hasard si deux projets de loi privés visant à s’attaquer à la production et au trafic de cristal meth sont l’initiative du député conservateur Rob Merrifield, qui représente la circonscription de Yellowhead, dont le territoire couvre la ville de Mayerthorpe.
Le premier prévoyait de rendre illégale la possession de certaines substances utilisées dans la production de méthamphétamine, soit l’acide iodhydrique et le phosphore rouge. Quant au deuxième, il prévoyait notamment d’imposer des peines minimales pour le trafic de cristal meth, mais aussi de cocaïne et d’héroïne, allant de deux ans d’emprisonnement pour une première infraction à cinq ans pour toute récidive.
Blanchir la GRC deux fois plutôt qu’une
Le 12 décembre 2006, l’Équipe des enquêtes sur les situations comportant des risques (EESCR) de la GRC remet son rapport sur le massacre de Mayerthorpe au ministère des Ressources humaines et Développement social Canada (RHDSC). Moins de deux mois plus tard, c’est au tour de l’agent de santé et sécurité des RHDSC, Bryan Lloyd, de faire de même en remettant son rapport d’enquête au sujet du même événement au commandant de la Division ’K’ de la GRC, Rod Knecht. (22)
Le rapport de l’EESCR laisse plusieurs questions sans réponse. Les auteurs disent ne pas savoir comment Roszko a mis la main sur trois armes à feu, ni comment il est revenu sur sa propriété sans se faire détecter. Ils admettent aussi ne pas avoir la certitude de connaître les circonstances exactes de la mort des quatre policiers « Ce qui s’est passé à l’intérieur du hangar n’est pas entièrement certain parce qu’aucun témoin n’a survécu », notent-ils. (23)
Quant au rapport des RHDSC, son auteur écrit que la GRC a contrevenu au Code canadien du travail, partie II, en fournissant à ses agents des gilets pare-balles légers dont le niveau de protection se révéla inadéquat face à une arme à feu d’un calibre puissant, comme la carabine HK 91 que Roszko avait en sa possession. (24) « Les victimes auraient dû se faire fournir, une plaque pare-balles appropriée avec leurs gilets pare-balles légers », mentionne, le rapport, qui se montre également critique à l’égard du fait que l’agent Schiemann était dépourvu de toute protection pare-balles ce jour-là. (25)
Toutefois, le poids de ces omissions est rapidement amoindri par le fait que tant le rapport de l’EESCR que celui des RHDSC en arrivent à la même conclusion à l’effet que la tuerie qui coûta la vie à quatre policiers de la GRC est le résultat direct d’une action meurtrière préméditée qui était à la fois imprévisible et sans précédent. Cette conclusion épargne donc la hiérarchie de la Gendarmerie de toute responsabilité par négligence dans la mort des quatre constables.
Dans son rapport, l’EESCR met de l’avant le caractère unique des événements de Mayerthorpe dans les annales policières canadiennes. « Il est sans précédent de voir un homme recherché par la police revenir sur les lieux où il est recherché dans le but précis de tuer des policiers. Ce serait la première fois qu’une telle chose se produit », peut-on lire. (26)
Dans ce contexte, on doit donc comprendre qu’il serait pour le moins déraisonnable de critiquer les dirigeants de la GRC pour ne pas avoir pris des mesures à l’égard d’une situation hypothétique qui relève du jamais vu. En d’autres mots, comment peut-on leur tenir rigueur de ne pas avoir su prévoir l’imprévisible ? D’ailleurs, c’est justement le soi-disant caractère imprévisible du comportement de Roszko qui est considéré comme l’une des causes indirectes de la mort des quatre constables dans le rapport de l’EESCR.
« Avant la fusillade, Roszko n’avait pas été identifié comme posant une menace mortelle pour la police », lit-on. (27) « Bien que Roszko était bien connu de la police, son comportement n’était pas compatible avec celui d’une personne qui pourrait être considérée comme étant une menace mortelle pour des policiers. À ce moment-là, il n’y avait rien de disponible qui aurait suggéré que Roszko avait l’intention de planifier et d’exécuter une attaque mortelle contre des policiers. » (28)
De son côté, le rapport des RHDSC identifie cette même prétendue imprévisibilité comme étant le premier facteur ayant contribué au décès des quatre policiers. « James Roszko n’a pas manifesté un comportement ou des intentions qui aurait mené la GRC à croire qu’une situation de blessures graves était imminente, basée sur l’actuel outil d’évaluation des risques utilisé par la GRC, le Modèle d’intervention pour la gestion d’incidents », écrit l’auteur du rapport. (29) « Compte tenu de l’information disponible, le comportement sans précédent manifesté par James Roszko ne pouvait pas être anticipé raisonnablement », lit-on quelques pages plus loin. (30)
Il est pourtant difficile de croire que le comportement meurtrier de Roszko est aussi inattendu et imprévisible que le prétendent les deux rapports. On voit en effet mal comment la GRC pouvait ignorer les fantasmes meurtriers notoires de Roszko, ce dernier n’ayant jamais fait de grands efforts pour faire un secret de ses désirs d’enlever la vie à des policiers. C’est ce qui ressort des témoignages que certaines des personnes ayant côtoyé Roszko livrèrent à des journalistes après le massacre de Mayerthorpe.
John Roszko, l’un de ses frères aînés, a déclaré à plusieurs médias que son frère James lui avait fait part, en 1992, de son intention d’assassiner un maximum de policiers avant de mourir. « Si jamais je dois partir, je vais en prendre un sacré paquet avec moi », lui avait-il déclaré. (31) Même son de cloche du côté de Brendan Duff, qui fit connaissance avec Roszko au cours de son adolescence. « Il nous l’a toujours dit, il nous l’a dit si souvent, qu’il allait tirer un policier », se rappelle-t-il. (32)
Selon le journaliste de La Presse André Cédilot, qui écrit depuis nombre d’années sur l’actualité touchant aux affaires de libérations conditionnelles, Roszko était si transparent dans ses penchants pour l’homicide qu’il aurait même laissé entendre à son agent de gestion de cas qu’il aurait la peau d’un policier. C’est ce qu’indiquent les sources de Cédilot à la Commission nationale des libérations conditionnelles (CNLC).
À lumière de tout ceci, peut-on envisager sérieusement que ceux qui étaient les premiers concernés par d’aussi sinistres propos, c’est-à-dire les membres de la GRC, aient pu restés bêtement dans l’ignorance alors qu’autant des gens étaient au courant du potentiel meurtrier de Roszko ? La chose apparaît d’autant plus improbable quand on sait que les policiers de Mayerthorpe étaient si peu enclins à minimiser le péril incarné par Roszko qu’ils avaient eux-mêmes avisé son agent de libération conditionnelle de ne jamais se présenter seul chez lui, écrit encore Cédilot.
« Compte tenu de l’information disponible, le comportement sans précédent dont a fait preuve James Roszko ne pouvait pas être anticipé raisonnablement », affirme pourtant le rapport des RHDSC, avant d’ajouter : « À partir du moment où James Roszko s’enfuit de sa propriété, selon son interaction initiale avec les forces de l’ordre, le risque continua à diminuer. Alors que les heures passèrent, le niveau de risque sur les lieux fut réduit symbiotiquement. » (34)
Or, cette prétention est contredite par l’agent à la retraite Mike Statnyk, pour qui l’absence de Roszko sur sa propriété n’avait rien de nécessairement rassurant. Ainsi, Statnyk raconte au Edmonton Journal qu’à l’époque où il travaillait au détachement de Mayerthorpe, la propriété de Roszko n’était jamais fouillée avant que l’on ne s’assure d’abord que celui-ci était bel et bien sous les verrous. La GRC négligea de prendre cette précaution élémentaire lors de la perquisition du 2 mars 2005, avec les résultats que l’on connaît. (35)
Maintenant, comment peut-on expliquer que tant les enquêteurs de l’EESCR que ceux des RHDSC choisirent de passer sous silence dans leurs rapports cette masse d’information sur le niveau élevé de menace que représentait Roszko ? Après tout, on parle d’informations qui leur étaient pourtant des plus faciles à obtenir puisque les enquêteurs avaient tant accès aux articles de journaux qu’aux rapports de la GRC et ceux de la CNLC.
Voilà qui ne peut faire autrement que de soulever de sérieuses questions quant au véritable but visé par les enquêtes de l’EESCR et des RHDSC. A-t-on décidé à l’avance que les deux enquêtes doivent aboutir à la conclusion que la GRC ne portait aucune responsabilité dans la mort de ses quatre agents ? La question mérite d’être posée puisque les deux rapports donnent nettement impression d’avoir été rédigés de manière à écarter tout élément susceptible de nuire à cette conclusion.
Le 5 mars 2007, soit deux jours après le deuxième anniversaire du massacre de Mayerthorpe, la GRC annonce qu’elle donne suite au rapport des RHDSC en dévoilant son intention de fournir des gilets pare-balles renforcés aux membres de tous les détachements albertains. (36)
Mais si les quatre policiers tués avaient porté ces nouveaux gilets pare-balles, seraient-ils encore en vie aujourd’hui ? Le sergent d’état-major Robert Meredith, qui est représentant au niveau des relations de travail pour l’Alberta en plus d’être membre du Comité national de la Santé et de la Sécurité au Travail de la GRC, croit que non. « Ça n’aurait rien changé, même s’ils avaient porté des vestes balistiques en céramique », affirme le Sgt Meredith, qui a d’ailleurs contribué à la rédaction du rapport. (37)
De son côté, l ?Association des Membres de la Police Montée du Québec AMPMQ, qui agit en tant que syndicat officieux des membres de la GRC, se montre peu impressionnée par le rapport des RHDSC. L’AMPMQ n’a d’ailleurs eu aucune hésitation à mettre en doute l’indépendance de l’enquête des RHDSC dans son mémoire présenté au Groupe de travail sur la gouvernance et le changement culturel à la GRC que le gouvernement canadien a mise sur pied suite au scandale du régime de retraite et d’assurance de la Gendarmerie. (38) L’AMPMQ appuie ses dires en évoquant notamment la « flagrante similarité » entre les rapports de l’EESCR et des RHDSC.
L’affaire n’en reste pas là puisque, à quelques jours du troisième anniversaire du massacre de Mayerthorpe, l’Association canadienne de la Police Montée (ACMP), lance un pavé dans la marre en rejetant publiquement le rapport des RHDSC sur la tuerie. L’insatisfaction de l’ACPM est telle qu’elle exige ni plus ni moins des RHDSC de recommencer son enquête. (39)
Pour l’ACPM, le fait que l’auteur du rapport, Bryan Lloyd, a depuis été embauché à titre d’employé civil à la GRC, où il occupe un poste de responsabilité en matière de santé et sécurité au travail, est un motif supplémentaire pour douter de l’indépendance de l’enquête des RHDSC. Notons que le poste pour lequel Lloyd a été engagé a été annoncé seulement un mois après le dépôt de son rapport.
Des arrestations controversées
Le 7 juillet 2007, l’enquête criminelle connaît son premier développement significatif depuis la tuerie alors que la GRC annonce l’arrestation de deux hommes vivant à Barrhead, une ville située à environ 60 kilomètres de Mayerhtorpe. Shawn Hennessey, 28 ans, et son beau-frère, Dennis Cheeseman, 23 ans, doivent désormais répondre de quatre accusations de meurtre au premier degré relativement à la mort des quatre policiers abattus sur la propriété de James Roszko, 28 mois plus tôt.
Précisons qu’en droit canadien, lorsque la victime d’un homicide est un policier, l’accusation qui sera portée sera invariablement celle de meurtre au premier degré, et ce, peu importe que l’accusé ait planifié ou non la mort de l’agent. De plus, une personne peut être trouvée coupable de meurtre même si elle n’a pas appuyée sur la gâchette, en autant que la preuve soit faite qu’elle contribuât, ou participât, en toute connaissance de cause à rendre possible le meurtre pour lequel elle est accusée.
Bizarrement, malgré les arrestations, la GRC continue de s’obstiner à entourer son enquête du plus grand secret. La seule chose que la GRC accepte de révéler, c’est que son enquête incluait « une longue opération d ?infiltration », sans en dire davantage. Pour le reste, le public devra s’armer de patience. (40)
« Certaines questions resteront sans réponse tant que le processus judiciaire, qui pourrait comprendre un procès et un appel, n’aura pas abouti », dit le communiqué de la GRC. Ce qui veut dire encore plusieurs années d’attente. Ce délai a également pour effet de repousser aux calendes grecques l’enquête publique que prévoit tenir le gouvernement albertain sur le massacre de Mayerthorpe.
De plus, à part de reconnaître qu’aucun des deux accusés ne se trouvait sur la propriété de Roszko la journée même du carnage, la GRC n’a divulgué aucune précision relativement aux faits qui leur sont reprochés. En agissant ainsi, la GRC ne fait qu’alimenter le scepticisme grandissant des membres de la communauté de Barrhead à l’égard de son enquête criminelle.
Famille, amis, voisins, collègues de travail, ex-copines, tous réagissent avec la même incrédulité face aux graves accusations qui ont été portées contre Hennessey et Cheeseman. (41) Une employée de Kal Tire va même jusqu’à soupçonner la GRC d’avoir monté de toutes pièces les accusations dans le but de camoufler les erreurs qu’elle a commises le jour du carnage. « La police essaie juste de couvrir ses arrières », croit-elle. (42) Le doute est si répandu que même plusieurs anciens membres de la GRC se portent publiquement à la défense des deux accusés.
C’est ce que fait Steve May dans une lettre ouverte publiée dans le Barrhead Leader, le journal local, où il écrit que ni Hennessey, ni Cheeseman, n’étaient une source de problèmes pour la police ou la communauté durant ses dix-sept années de service comme policier au détachement de la GRC de Barrhead. Notons qu’avant de prendre sa retraite, en 2006, May avait fait parti des nombreux policiers qui furent dépêchés sur la propriété de Roszko suite à l’hécatombe du 3 mars 2005. (43)
Dirk DeJong, un officier de la GRC à la retraite comptant trente années de service, notamment à titre de commandant du détachement de Barrhead de 2003 à 2006, est du même avis. Il dit avoir bien connu Hennessey puisqu’il était un client régulier de Kal Tire à l’époque où il portait encore l’uniforme. Enfin, Dave McKenzie, un autre ancien agent de la GRC de Barrhead, a également des bons mots pour Hennessey lors d’un entretien avec un reporter du Edmonton Journal.
De son côté, Steve Hunter, le patron de Kal Tire, se dit choqué d’apprendre que la GRC déploya le SWAT pour procéder à l’arrestation de Hennessey, en face de chez lui. « Il est au travail chaque jour. Ils savent où ils peuvent le trouver », dit Hunter, qui révèle aussi que Hennessey participait à une réunion avec une vingtaine d’autres personnes, à Edmonton, le matin du 3 mars 2005. (44)
Chose certaine, les proches des deux accusés n’ont pas fini de tomber des nues, car ils risquent d’en voir de toutes les couleurs lorsqu’ils connaîtront les détails de cette « longue opération d’infiltration » qui aboutissais aux arrestations. Car tout porte à croire que nous avons ici affaire à une enquête policière particulièrement sophistiquée.
Ainsi, huit mois avant l’arrestation de Cheeseman, la vie sans histoire de ce jeune homme réputé timide bascula lorsqu’il fit une rencontre inattendue avec une jeune demoiselle attrayante disant s’appeler « Mary ». Prétextant que sa voiture venait de tomber en panne juste en face de Sepallo Food Ingredients, le lieu de travail de Cheeseman, « Mary » affirmait avoir besoin d’aide. (45)
Cheeseman tomba rapidement sous le charme de « Mary ». Les membres de la famille de Cheeseman, qui trouvaient qu’il était temps qu’il se fasse une copine, voyaient en « Mary » une jeune femme sympathique pleine de bonnes manières. Cheeseman se mit donc à sortir avec « Mary ». Lui qui n’était pas très sorteux de nature se mit à multiplier les aller-retour entre Barrhead et la grande ville d’Edmonton. Un soir, « Mary » l’amena à une fête à Edmonton. Puis, prétextant devoir quitter tôt, « Mary » abandonna Cheeseman sur place. Mais avant de partir, elle le présenta à un dénommé « Mike ».
À partir de ce moment, « Mike » fit plonger Cheeseman dans un monde où l’argent, les vêtements dispendieux et la drogue circulaient apparemment en abondance. « Mike » et Cheeseman devinrent vite des inséparables. Ils voyagèrent sans arrêt en Colombie-Britannique et en Saskatchewan. Un ami de Cheeseman raconta à Fifth Estate que celui-ci se faisait offrir jusqu’à 1000$ pour transporter une valise, supposément remplie d’argent, d’une province à l’autre.
Ces divers éléments ne vont pas sans rappeler le fameux scénario de « Mr. Big », une tactique à laquelle GRC a déjà eu recours à plusieurs reprises dans le passé pour manipuler un suspect de façon à l’amener à avouer un crime grave, généralement un meurtre. Voici comment fonctionne le stratagème policier.
Des policiers en civil se faisant passer pour des membres d’une organisation criminelle fictive entrent peu à peu dans la vie du suspect ciblé. Celui-ci est invité à effectuer certaines tâches pour le compte du faux gang. De fil en aiguille, les tâches deviennent toujours plus importantes de façon à ce que le suspect trempe de plus en plus profondément dans les activités faux gang.
Un jour, on présente le suspect au leader du faux gang, qui se fait généralement appelé « Mr. Big », mais qui n’est en réalité qu’un autre policier en civil. C’est souvent à ce moment-là que les policiers en civil cherchent à soutirer la confession recherchée auprès du suspect. Après lui avoir fait goûter à un train de vie princier, on lui fait miroiter la possibilité de se joindre au faux gang et de gagner encore plus d’argent. On lui fait aussi comprendre qu’il a atteint un point de non-retour, car il en sait trop sur le faux gang. Maintenant qu’il connaît les petits secrets du faux gang, alors c’est à son tour de partager ce qu’il a de plus secret...
S’il est tombé dans le panneau et qu’il croit vraiment avoir à avoir affaire à un puissant caïd du monde interlope, alors il est possible que le suspect soit tenté de confesser à « Mr. Big » le crime qui intéresse au plus haut point les policiers et qui est à l’origine de cette vaste supercherie. Il est même déjà arrivé qu’un suspect confesse un crime qu’il n’a pas commis. Autrement dit, dire à « Mr. Big » ce que « Mr. Big » à envie d’entendre, que ce soit par crainte de le contrarier ou par désir d’être admis au sein du gang, ou un mélange des deux.
Il peut être difficile de concevoir qu’une personne saine d’esprit confesse un crime qu’il n’a pas fait, en particulier lorsqu’il s’agit d’un meurtre crapuleux. C’est pourtant ce qui est arrivé au Manitobain George Mentuck, qui avait été la cible d’une opération de type « Mr. Big », en 1998. La police soupçonnait Mentuck d’être l’auteur de l’assassinat d’une jeune fille de 14 ans, mais manquait de preuve pour l’inculper formellement.
Des policiers se faisant passer pour des gangsters se mirent alors à tisser une toile autour de lui. Ils offrirent à Mentuck beaucoup d’alcool et lui payèrent 1800$ en une semaine. Le policier en civil lui affirma que son organisation, le faux gang, « savait » qu’il avait tué cette jeune fille. Il insista pour que Mentuck l’avoue, en lui disant que cela instaurait un climat de confiance entre lui et l’organisation et qu’il pourra ensuite s’enrichir rapidement. Mais Mentuck nia. Il nia même à au moins douze reprises.
Le policier en civil changea alors de tactique. Il chercha à culpabiliser Mentuck en se plaignant que son « patron » lui mettait beaucoup de pression à cause de son refus d’avouer le meurtre, et qu’il allait peut-être même perdre son « boulot ». « Alors je suppose que je l’ai fait », rétorqua ensuite Mentuck, qui offrit une confession vague, bourrée d’inexactitudes et de contradictions. Deux ans plus tard, un juge l’acquitta. Le tribunal estima que cette confession, si elle n’était pas fausse, n’était certainement pas suffisamment fiable pour qu’elle soit considérée comme une admission de culpabilité. (46)
Seul le temps dira si l’opération d’infiltration de la GRC correspond à une des multiples variantes du scénario « Mr. Big » et si les policiers ont réussi à soutirer des aveux d’une valeur quelconque à Cheeseman relativement au massacre de Mayerthorpe. Notons que l’enquête préliminaire des deux accusés doit débuter le 12 mai 2008.
En attendant, leurs proches font des pieds et des mains pour réunir les fonds nécessaires pour payer les frais liés à leur défense, qui pourraient s’élever jusqu’à 200 000$. On rapporte même que l’épouse de Hennessey a commencé à vendre la maison et d’autres biens afin d’y arriver. (47) Une campagne de levée de fonds a aussi été lancée, incluant la mise sur pied d’un site Internet dédié aux deux accusés via lequel il est possible de verser une donation. (48)
Quoiqu’il advienne du verdict, une chose est sûre : la vie de Shawn Hennessey et de Dennis Cheeseman, ainsi que celle de leurs proches, ne sera plus jamais la même. (33)
Sources :
(1) The Globe and Mail, « What have the Mounties learned from a tragedy ? », Dawn Walton and Katherine Harding, February 25, 2006, p. A4.
(2) La Presse, « La dépénalisation du pot suivra son cours », Nathaëlle Morissette, 5 mars 2005, p. A1.
(3) Pour lire le rapport : www.justice.gov.ab.ca/ministers/default.aspx ?id=4293
(4) Pour voir le reportage de Fifth Estate : http://www.cbc.ca/fifth/hailofbullets/
(5) Communiqué de la GRC, « La GRC pleure la perte de quatre membres », Mayerthorpe, Alberta, 4 mars 2005.
(6) The Globe and Mail, « Roszko shot self, autopsy concludes », Dawn Walton, June 22, 2005, p. A5.
(7) The Edmonton Journal, « What went wrong ? - Questions raised about RCMP decisions at Roszko’s farm », Ryan Cormier, March 12, 2005, p. A2.
(8) La Presse, « Le sombre passé de Roszko révélé », Sara Champagne, 11 mars 2005, p. A13.
(9) The Globe and Mail, « Questions multiply in RCMP slayings », Dawn Walton and Katherine Harding, March 8, 2005, p. A1.
(10) The Toronto Sun, « It was an ambush », Mike D’amour, March 6, 2005.
(11) The Calgary Herald, « Some answers may be buried with the victims », Ryan Cormier, March 7, 2005, p. A4.
(12) Pour lire le communiqué de la GRC
(13) The Edmonton Journal, « Province seeks to limit fatality inquiry evidence available to media ? critics », Jason Markusoff, March 29, 2005, p. A6.
(14) http://www.rcmp-grc.gc.ca/ab/news/2005/Mayerthorpe_Shooting_Mar04-05_NR05.htm
(15) http://www.canlii.org/en/ab/abqb/doc/2005/2005canlii41768/2005canlii41768.html
(16) The Edmonton Journal, « Police mum on accomplice », Ryan Cormier, November 1, 2005, p. A3.
(17) The Edmonton Journal, « Vision for Justice — Slain RCMP officers remembered on eve of tragedy’s anniversary », David Staples, March 2 2007.
(18) The Edmonton Journal, « Shroud of secrets », David Staples and Ryan Cormier, February 26, 2006, p. D6.
(19) Ibid.
(20) The Mayerthorpe Freelancer, « Meth Problem Hits Local Teens », Rosemary Austen, February 18, 2004.
(21) The Province, « Killer had a reputation in town for being violent and mentally unstable », David Carrigg, March 4, 2005, p. A4.
(22) Les deux rapports sont disponibles en format pdf à l’adresse suivante :http://www.cbc.ca/fifth/baddayatbarrhead/
(23) « Hazardous Occurrence Investigating Team (HOIT) Report on Mayerthorpe Multiples Fatalities », December 12, 2006, p.7.
(24) Human Ressources Social Developpement Canada, « Hazardous Occurrence Investigation Report », February 5, 2007, p.14.
(25) Op. cit., p.16.
(26) Op. cit., p.8.
(27) Op. cit., p.4.
(28) Op. cit., p.8.
(29) Op. cit., p. 12.
(30) Op. cit., p. 15.
(31) The Edmonton Journal, « Inside a murderer’s mind », David Staples, April 29, 2007, p. D5.
(32) The Toronto Star, « Alberta killer left long trail of victims », Andrew Chung and Daniel Girard, March 10, 2005, p. A1.
(33) La Presse, « Roszko détestait les agents de la GRC », André Cédilot, 17 mars 2005, p. A7.
(34) Op. Cit., p. 15.
(35) Ibid.
(36) http://www.rcmp-grc.gc.ca/ab/news/2007/Mayerthorpe_HRSDC_Mar05_f.htm
(37) La Presse Canadienne, « Les quatre agents de la GRC morts instantanément à Mayerthorpe », 9 mars 2007.
(38) http://www.ampmq.ca/documents/Brown_report_FR.doc
(39) www.cbc.ca/canada/story/2008/ 02/29/mayerthorpe-report.html ?ref=rss
(40) http://www.rcmp-grc.gc.ca/ab/news/2007/Edmonton_MayerthorpeArrests_Jul08_f.htm
(41) The Edmonton Journal, « Friends defend ’Smilin’ Shawn’ », David Staples and Ryan Cormier, July 9, 2007, p. A1.
(42) The Globe and Mail, « Accused is a good man, friends and family say », Joe Friesen, July 10, 2007, p. A6.
(43) The Edmonton Journal, « Ex-Mounties speak out for Mayerthorpe suspects », David Staples and Josh Wingrove, July 12, 2007, p. A1.
(44) The Globe and Mail, « Police question relatives of suspect », Joe Friesen, July 11, 2007, p. A6.
(45) The Edmonton Journal, « Massacre suspects ’set up’ », David Staples, July 14, 2007, p. A1.
(46) The National Post, « RCMP turns to ’Mr. Big’ to nab criminals », Brian Hutchinson, December 18, 2004.
(47) The Calgary Herald, « Accused in RCMP slayings face long wait », David Staples, August 10, 2007, p. A10.
(48) http://hennesseycheeseman.com/

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