Chroniques

    • Bertrand C. Bellaigue
    • Bertrand C. Bellaigue

    • profil | site
    • 27 articles
    • 6 commentaires
    • 3.24 / 5 sur 322 votes
    • 11 fois en vedette
    • Fil RSS des articles de cet auteur:
    A A

    (3ieme et dernière partie) 1634 : Quarante percherons et la fondation de Québec

    le 28 octobre 2006 | 8681 visites | 3.12 / 5 | 4 commentaire(s)
    (3ieme et dernière partie) 1634 : Quarante percherons et la fondation de Québec
    photo : nori832

    L’IMMOLATION DU 19 EN AOUT 1942

    Dieppe, nom du port où a eu lieu le premier " grand départ " en 1634, évoque également pour les Québécois un jour tragique de la Seconde Guerre Mondiale : le 19 août 1942.

    Ce jour-là, les effectifs d’environ une demi-division composée notamment de régiments de blindés ’(parmi eux le " 14 th Canadian Army Tank Regiment ") et d’Infanterie mécanisée (notamment le " Fusiliers Mont-Royal ") s’embarquent en Angleterre pour le port de Dieppe en Normandie occupée par les armées allemandes depuis l’armistice franco-allemand de juin 1940. Il s’agit d’un puissant Commando composé de 5 000 Canadiens, 1 100 Anglais, une cinquantaine de Rangers américains et une poignée d’hommes de la France libre, avec le support de huit destroyers et de plusieurs dizaines d’escadrilles aériennes.

    Le nom de code de l’opération qui va commencer est « Mission Jubilee » Tel qu’il a été exprimé ce matin-là par l’Etat-Major général allié, son objectif principal est de tester et évaluer la défense et les dispositifs des troupes allemandes le long du Mur de l’Atlantique et montrer à l’URSS que ses Alliés occidentaux préparaient le second front réclamé Staline pour soulager le front oriental.

    La vérité a été découverte par la suite par les historiens. En fait, l’Etat-Major interallié, c’est-à-dire le général Eisenhower et ses officiers généraux avaient besoin - également - de mettre à l’épreuve le matériel militaire avec lequel il projetait de débarquer ultérieurement en Europe. Certains historiens estiment même que les enseignements de cette opération ont permis la réussite du débarquement de juin 1944.

    Mais ce fut un véritable massacre. La réaction de l’armée allemande fut terrible et plus puissante qu’apparemment, on ne l’avait prévu dans les hautes sphères stratégiques.

    Il y eut plus de cinquante pour cent de pertes. Sans parler de tout le matériel qui a été détruit ou abandonné intact sur place et qui a fait dire à l’époque au Commandement allemand qu’il devait être reconnaissant aux Alliés de leur avoir fourni un échantillonnage aussi complet de l’équipement et de l’armement de leurs armées.

    Quant à la liste des pertes alliées, elle fut longue et gardée secrète : 3 600 hommes, dont 2 753 morts 847 prisonniers, 106 avions, 1 destroyer, 30 chars d’assaut et 33 chalands de débarquement avaient été perdus.

    Sur les 4 963 Canadiens de ce grand commando, 2 753 furent tués au combat par la puissance de feu de l’artillerie allemande. Sur les 2 210 soldats qui purent rentrer en Angleterre, il y eut 617 sont blessés.

    Deux ans plus tard. Les soldats canadiens ont eu leur revanche. Ils « eurent l’honneur » de débarquer à Juno et libérèrent Dieppe le premier septembre 1944. Mais cela ne rendit pas la vie à tous ceux qui l’avaient perdue sur les plages de ce port normand d’où étaient partis leurs ancêtres.

    Honoré Mercier, l’un des descendants de ces pionniers, est devenu, au dix-neuvième siècle, ministre de son pays. Deux vitraux de l’église de Tourouvre, sortis sans dommage des destructions de la dernière guerre, avaient été composés en sa mémoire. L’un des deux représente son ancêtre Julien Mercier, au moment où, homme de peine, il quitte Tourouvre en 1634 pour être employé comme manœuvre, pendant trois ans, au service d’un des frères Juchereau, « hommes d’influence » et anciens agents recruteurs dans l’Orne, de la compagnie coloniale des « Cent-Associés ». Le second vitrail montre sur le côté droit de la nef, un illustre descendant de « l’homme à tout faire ». ll s’agit d’Honoré Mercier, reçu avec solennité, par l’évêque dans l’église de ses aïeux, deux cent cinquante-quatre ans plus tard.

    Tourouvre ! Le centre de la ville a été reconstruit après les incendies allumés les troupes allemandes, déchaînées contre les civils de la région, après avoir été boutées hors de Normandie par les troupes Alliés qui venaient de débarquer à Omaha-Beach. Des unités de soldats canadiens en passant par le Perche avaient retrouvé la terre de leurs ancêtres 308 ans après avoir quitté la côte normande par un matin pluvieux de mars 1 634. Les archives d’état-civil de la paroisse, les actes de naissances et de baptême, tels qu’ils ont été inscrits dans les registres de Saint-Aubin depuis l’an de grâce 1 580, et ceux de la commune et des archives départementales constituent un véritable trésor pour les Québécois et les Français. Grimoires écrits mi en latin, mi en français de l’époque.

    Tourouvre ! : Ils sont tous là ces pionniers. Sur une plaque de marbre sont gravés trente noms patronymes que portaient les familles, les jeunes gens et les jeunes filles qui ont quitté leur village en 1634. Une autre plaque rend hommage à la famille Gagnon et porte deux dates 1 640-1 964, scellée par quelque pieuse main paraissant ignorer que les premiers émigrés de cette famille, dont seule la mère demeurera et mourra à Tourouvre, partirent en réalité en 1634.

    En ce temps-là, ce bourg était isolé du reste du monde par une épaisse forêt. Une seule piste, très étroite allant vers le Nord et vers Paris, avait été taillée à travers les chênes et les hêtres millénaires qui couvraient toutes les collines. Elle passait par le hameau de la Gagnonière, berceau de tous les Gagnons du Canada, où une vielle laiterie fonctionne encore à l’ancienne.

    La forêt était profonde, parcourue par des bandits de grands chemins, de coupes jarrets et aussi affirmait-on, par des elfes et des âmes errantes dont certains disaient avoir entendu fréquemment les hurlements dans la nuit. Ils avaient traversé tout cela, à pieds, parcouru plus de cent kilomètres jusqu’à la côte en emportant quelques pauvres objets utiles. Les historiens estiment qu’il leur avait fallu plus d’une semaine de marche pour atteindre les quais du port, où ils avaient attendu, transis, blottis les uns contre les autres, pour se protéger du vent d’hiver, l’appareillage de leur quatre voiliers.

    Et leur voyage était loin d’être terminé. Ils avaient été entassés à bord des navires, comme du « bois d’ébène », esclaves consentants sans autre nourriture que leurs provisions de pain et de fromage déjà amenuisées et les biscuits de seigle moisis que leur distribuait l’équipage. Ensuite, le vaste océan qu’ils n’avaient jamais vu. Ils avaient entendu dire que « les mers sillonnées de corsaires » venus d’Espagne, d’Angleterre et de Barbarie, étaient encore plus dangereuses que les chemins creux de leurs profondes et sombres forêts hantées par les brigands. Ils allaient apprendre, à leurs dépens, qu’à l’inconvénient de tous ces périls s’ajouterait la rigueur des conditions bestiales de leur vie à bord. Les marins de l’époque n’étaient pas des petites sœurs de la Charité. D’ailleurs, les moniales et leurs frères de congrégations voyageaient séparément, aux frais de leur ordre dans des navires spécialement affrétés pour eux.

    Les paysans qui quittaient leur pays pour toujours étaient le plus souvent « parqués à fond de cale, au milieu de toute la cargaison composée en grande partie d’instruments aratoires et de sacs de semences. Ils n’emportaient comme bagage qu’un baluchon ou un coffre contenant leurs hardes, une boite à outils s’ils étaient artisans, des ustensiles de cuisine, des graines de semence pour le potager, une paillasse parfois. Ils ne possédaient pas d’autres biens. »

    Il fallait être aussi riche que des « personnes de qualité » pour emporter avec soi quelques meubles. peu encombrants, ou même disposer de moyens suffisants pour affréter un voilier à bord duquel on pourrait emporter tout son mobilier, sa famille, voire ses domestiques. Les Jésuites, par exemple, les hauts fonctionnaires du Roi ou les religieuses fondatrices des diverses communautés hospitalières ou enseignantes du Québec, dont, le rôle dans le développement du pays a été prépondérant, ne voyageaient pas autrement.

    Mais la foi des pionniers était si fervente que lorsqu’ils furent arrivés à bon port, le premier geste qu’ils firent fut de rendre au Seigneur et à Sainte-Anne en leur exprimant leur reconnaissance d’être sains et saufs en mettant les pieds sur cette terre non bénite, qu’on leur avait décrite « dure et glacée », sans merci à l’égard de ceux qui n’étaient pas assez vigoureux pour résister à son étreinte mortelle.

    La mémoire de tous ces voyageurs est encore présente en l’église de Saint Aubin. Leurs âmes flottent dans l’air comme des fantômes qui hantent à jamais ses murs épais. Y compris celle de « Johannes » fils de Jacobi Guyon et de « Maria eus uxoris « Jean Guyon, fils de Jacob Guyon et de sa femme, Maria, dont le jour du baptême fut le 18 septembre 1592 - il y a 408 années. Cet homme était compagnon maçon. La mémoire populaire sait encore qu’il est l’auteur de l’escalier de pierre en colimaçon, chef-d’œuvre qui est demeuré, comme le fait d’être l’ancêtre de la chanteuse Céline Dion, la cause de sa renommée dans le pays.

    UN PRÉLAT SANS ETAT D’ÂME

    Au moment où s’installaient les Percherons autour de Québec, la France continuait à vivre sous la férule du redoutable ministre qu’était le cardinal de Richelieu. Les Protestants du Royaume en savent quelque chose C’est lui, Armand Duplessis, duc de Richelieu, qui est l’instigateur d’un nouvel Édit visant les « hérétiques » de l’Eglise réformée. L’édit d’Ales qu’il a signé et promulgué en 1629 vidait de son sens l’édit de Nantes promulgué le 13 avril 1598 par Henri IV, le généreux, dans un but d’apaisement après les guerres de religion.

    Au moyen de cet édit, Henri roi de Navarre puis de France, converti au catholicisme (« Paris valait bien une messe ! » avait commenté Sully) avait imposé, pour la première fois en Europe, la tolérance. Il accordait une liberté religieuse et politique « surveillée » aux Protestants de France. C’était mieux que rien. Grâce à cette mesure les activités économiques du pays, bouleversées par les guerres civiles, avaient repris peu à peu. Mais la volonté du pouvoir royal de faire du Catholicisme la seule « vraye-foy » du royaume, était devenue une véritable obsession chez les quatre successeurs du premier de la dynastie des Bourbons. Une telle attitude, allait aboutir en 1 685 sous Louis XIV à la révocation de l’édit de Nantes. Cette décision était intervenue après et pendant les sanglantes « dragonnades » perpétrées par les armées royales. Ces dernières, et notamment, des régiments de Dragons, se livrèrent au nom du Roi à des massacres qui ne sont toujours pas oubliés dans les pays d’Oc méridionaux et sont loin d’ajouter à la gloire du « roi Soleil ». Ces exactions avaient pour but de contraindre les Protestant à « abjurer leurs erreurs » ou à s’exiler. Elles ont contribué largement à provoquer le retard considérable pris par le royaume de France dans tous les domaines de l’économie, des finances et de la navigation marchande, en le privant d’une des minorités les plus la plus innovantes du pays.

    À l ‘époque évoquée, Armand du Plessis, ce puissant homme, vêtu de pourpre cardinalice, immortalisé en 1 642 par un triptype du peintre Philippe de Champaigne, terrorise son monde.Que l’on soit manan, aristocrate ou « mousquetaire du Roy », on le vénère dans la mesure où on le craint. Bons catholiques, puissants ou non, dévots, vaillants capitaines, redoutent sa puissance.

    EN UN SIECLE : INTEGRATION ET ABANDON

    Dès 1662, Colbert avait pris en main les « affaires coloniales ». L’objectif principal que visait le gouvernement royal était le succès et les bénéfices que rapportaient l’import-export, à ceci prêt qu’on prenait beaucoup plus de risques à importer de l’or, de la soie et des épices qu’à se livrer au trafic régulier du « bois d’ébène » entre l’Afrique et les Amériques. Ce négoce a fait, notamment, la fortune de la ville de Nantes dont les agents maritimes troquaient des esclaves ou « prisonniers de guerre » des rois africains contre des colliers de perles en cloisonné de verre. En 1663, Louis XIV fait le point. Il s’aperçoit que la Compagnie Des Cent-Associés » n’est pas parvenue à créer une forte colonie de peuplement. En trois décennies le nombre des colons français est évalué officiellement à peine une dizaine de mille. C’était dérisoire et loin d’être suffisant pour équilibrer le nombre de colons anglais qui étaient plus d’un million et demi en Amérique du Nord.

    De plus le gouvernement royal estime que les actionnaires de ces entreprises et ses représentants au Québec, avaient fait « danser l’anse du panier » en profitant de l’étendue des pouvoirs qui leur avaient été conférés par la charte en 1 629. Ce qui dans un régime aussi autoritaire que celui de Louis XIV était considéré comme de nature à saper la toute puissance du Roi. Nicolas Foucquet, vicomte de Vaux, surintendant des finances allait en faire la dure expérience l’année suivante quand poursuivi par Colbert, jugé et condamné, enfermé à perpétuité au Piémont, dans la forteresse de Pignerol, pour avoir défié le « roi soleil » avec son immense fortune et la munificence du château de Vaux qu’il venait de faire construire non loin de Versailles en Ile de France.

    En conclusion, Louis XIV décide que les privilèges de la « Compagnie » sont abolis. Il déclare que la « Nouvelle France » est devenue une province française dont il confie l’administration directe à un gouvernement royal, constitué d’un gouverneur, d’un intendant et du Conseil Souverain. Le nouvel organisme souverain dépendra du Ministère de la Marine. Jean-Baptiste Colbert, aussi puisant et redoutable que l’a été Richelieu son temps, est chargé de veiller au bon fonctionnement ce cette province qui est élevée au statut de « province française ».

    En 1665 Jean Talon fut nommé intendant général de la Nouvelle France. Les historiens lui attribuent les succès économiques et la croissance qui se manifestent en « Nouvelle France. » Au même moment pour calmer les impatiences iroquoises, le ministère de la guerre, sur l’ordre du roi, va leur opposer un régiment de 1 300 hommes, le « Régiment Carignan-Salières ». Au XVIII° siècle les rotations d’unités de l’armée n’étaient pas aussi rapides que de nos jours dans le cadre de l’OTAN dans les Balkans. Le « Carigan-Salères » une fois déployé dans la « Nouvelle province » allait y demeurer suffisamment longtemps pour que certains de ses hommes, ayant finalement atteint l’âge de la retraite, décident de demeurer au Québec où ils avaient déjà fondé une famille.

    C’est à cette époque que les fonctionnaires du royaume eurent l’idée d’envoyer des jeunes femmes célibataires, surnommées « les filles du Roy » pour « donner » des épouses aux colons qui en manquaient. Il y en eut un contingent connu de 750 dont le succès fut assuré dès leur arrivée dans la province. C’était dit-on de « braves filles ! » qui leur firent de beaux enfants.

    « POURQUOI SE BATTRE POUR QUELQUES ARPENTS DE NEIGE... ? »

    Dans le royaume et surtout à Versailles, une majorité de Français et de courtisans considéraient le mercantilisme comme le seul moyen de développer l’économie du pays. C’était la théorie avancée par l’aristocratie financière, la haute bourgeoisie des marchands et des banquiers. qui estimaient le négoce international infiniment plus rentable que l’installation d’improbables colonies de peuplement, semblables à celles que préconisaient « quelques illuminés » venus du Grand Nord américain.

    Pour la haute bourgeoisie financière, ceux-là même qui, en 1789 provoqueraient la Révolution française contre la monarchie et son aristocratie affairiste, les colonies de peuplement n’auraient jamais dû être autre chose que des comptoirs commerciaux. Elles ne pourraient être utiles au négoce que dans la mesure où - en se défendant des autres nations -. elles permettraient d’imposer dans ces pays, un monopole des échanges, comme celui de la fourrure ou des épices. C’était le seul aspect réconfortant, vraiment le seul, aux yeux des « hommes d’affaires » de Paris et des grands ports, financiers à courte vue, et plus âpres au gain que philosophes où écrivains visionnaires.

    La rivalité qui s’était établie entre tenants des colonies de peuplement et partisans du commerce spéculatif ne cessa pas.

    Colbert lui-même n’avait-il pas écrit qu’il « ne serait pas de la prudence du Roy de dépeupler son Royaume comme il faudrait le faire pour peupler le Canada. » Il avait ajouté que « Le Pays se peuplera de lui-même, insensiblement. Avec la succession d’un temps raisonnable, il pourra devenir fort considérable, d’autant plus qu’à proportion que Sa Majesté aura plus ou moins d’affaires au-dedans de son Royaume. Elle luy donnera les assistances qui seront en son pouvoir. »

    Le ministre apportait ainsi une preuve de plus selon laquelle la politique royale française en matière d’affaires étrangères et de colonisation, était alors déjà fort prudente, frileuse pourrait-on dire, On aurait pu en résumer les principes de la façon suivante, en deux propositions : « Grand commerce outremer ? « Réponse : Oui « Colonisation de peuplement ? « Réponse : Oui, mais...

    Finalement, il n’y avait pas eu beaucoup plus de « 300 percherons » et « quatre-vingts familles » pour accepter de quitter leur pays afin de peupler et construire la « Nouvelle France. »

    La « Compagnie » avait importé au total, en trente années, 3 855 hommes et femmes dont le taux élevé de natalité porta la population française à une dizaine de mille. On peut argumenter, sans se tromper, que Tourouvre a été la seule commune à fournir à elle seule, la proportion la plus importante de pionniers à la compagnie des « Cent-Associés ». Mais les émigrés vinrent de beaucoup d’autres provinces aussi différentes les unes des autres que la Normandie et le Poitou, la Charente et les pays de Loire et même le Bourbonnais en Auvergne.

    Il est vrai également que les Percherons ont été particulièrement prolifiques, puisque leurs descendants - et seulement leur progéniture - sont au nombre aujourd’hui de plus d’un million six cent mille. Pourtant, jamais l’émigration française au Canada ne fut un raz de marée humain. Au début du 18° siècle, les immigrés français de toutes provenances avaient atteint péniblement atteint le chiffre de 14 393 immigrants Et encore comptait on parmi 5 400 soldats déployés pour combattre les Iroquois et les troupes anglaises, 359 prêtres missionnaires et 56 moniales, venus enseigner ou soigner la nouvelle population.

    La vérité était éclatante : Les Français ne voulaient pas quitter leur pays. Les Corses ne faisant pas encore partie du Royaume n’étaient pas encore disponibles, comme ils l’ont été pendant le second empire et la III° république auxquels ils ont fourni - en raison de la pauvreté de leur île, une majorité de militaires de tous grades, policiers, douaniers, et fonctionnaires dans l’administration générale des colonies d’Afrique et d’Asie. Colbert qui avait projeté et tenté de promouvoir l’établissement d’une « importante » colonie de peuplement au Québec, tenta d’inciter des départs de plus en plus importants, de « spécialistes » en donnant des avantages professionnels aux artisans qui acceptaient de signer pour six ans. Un décret royal prévoyait qu’ils obtiendraient, à leur retour, un brevet de « compagnon » et qu’ils « pourraient exercer leur métier en ouvrant boutique à Paris ou dans n’importe quelle ville de province. » Ce fut un échec. Colbert fit proposer aux soldats de demeurer au Canada après leurs années de service, pour cultiver la terre et créer de vastes domaines agricoles, comme Rome l’avait institué dans l’antiquité au profit de ses Légions en créant dans son Empire, des colonies romaines de peuplement. Ce fut à nouveau un échec.

    Les fonctionnaires du royaume avaient noté qu’à l’occasion de « vacances en France » après le terme de leurs contrats, les « volontaires » ne revenaient pas au Québec et provoquaient ainsi, une véritable hémorragie démographique qui finirait par nuire à la colonie. Il fut alors décidé par Colbert qu’aucun « Québécois » ne pourrait partir pour la France sans fournir la preuve qu’il était en possession d’un billet de retour payé. Ce fut un nouvel échec. En 1756, après le « grand déménagement « imposé par les Anglais, la France avait tenté de trouver une solution de compromis en envoyant Montcalm jouer les modérateurs, mais à l’époque, les colons anglais étaient déjà 1 200 000 en Amérique du Nord et les francophones 62 000 à peine. Tout était perdu, irrémédiablement.

    De telle sorte qu’on peut comprendre que la véritable cause de l’abandon du Canada par la France n’a pas été, comme il est expliqué par l’histoire, le traité de Paris signé en 1763 qui mettait fin à la « guerre de sept ans » perdue par la France devant les Anglais. L’esprit de vaincre, la volonté de conserver ses possessions d’outremer ne s’étaient pas manifestés à Versailles. Ces territoires étaient déjà perdus à l’avance. Il y avait déjà des esprits assez pernicieux pour jouer à la roulette de leurs « nouvelles illuminations » l’ensemble des intérêts du Royaume. Il n’y avait pas que des « philosophes » pour défendre les idées nouvelles.

    « Pourquoi aller se battre pour quelques arpents de neige » avait écrit le financier/philosophe/écrivain Voltaire, sept ans après cette cuisante défaite, exprimant ainsi un type de d’ânerie qui ne demeurerait pas son monopole exclusif.

    Au même moment une partie de la noblesse « progressiste » en avait assez d’être à la merci d’un pouvoir absolu. Les « hauts bourgeois » qui par ailleurs, demeurant terre à terre, se servirent du « petit peuple des faubourgs », pour mettre fin au système qui consistait à devoir « graisser des pattes » aristocratiques pour mener leurs affaires.

    UN PEUPLE OPINIÂTRE

    En dépit du désarroi dans lequel les avaient laissés le gouvernement royal et les « grandes compagnies maritimes de développement outremer » qui avaient abandonné « le Nouvelle France » à la cloche de bois, les Québécois avaient eu la force de caractère de faire croître pour et par eux-mêmes de nouvelles racines, en demeurant fidèles à leur religion, fidèles à leurs traditions, à leur langue, à leur culture, fidèle à leur « francité » à la manière du président Léopold Sédar Senghor, président du Sénégal de 1960 à 1980.

    De telle sorte que les origines du miracle que constitue la permanence en Amérique du Nord de l’entité franco québécoise doivent être recherchées dans l’extraordinaire volonté de ces Français immigrés, percherons ou d’autres origines régionales, qui « durs à la tâche » ont su, les armes à la main, en dépit de l’indifférence de Versailles, résister avec courage et ténacité, avec la patience des paysans de leurs régions d’origine, à un environnement hostile composé d’animaux sauvages, d’hommes de toutes origines amérindiennes ou anglaises qui furent leurs adversaires permanents et souvent leurs bourreaux, pendant près de deux siècles. Leur mérite fut de préserver intacts leurs moyens d’expression et leurs traditions ancestrales. En 1634 ils y étaient 300. (trois cents). En 1663 un peu plus de 3 300 (trois mille trois cents), en 1 763 de 62 000 à 100 000, selon les diverses estimations des historiens.

    En l’an 2001, il y en a 6 500 000 au Québec, sur une population de 7 700 000 habitants.

    On parle le Français dans l’ensemble des dix provinces fédérées et au sein des trois territoires de la Fédération canadienne, sauf dans le territoire de Nunavut où l’on ne parle que le Nanuk et un peu de « basic english ».

    Des descendants des immigrés de France donc 7 457.600 sur une population totale de 30 millions 600 mille habitants, à manier comme langue maternelle le Français - une des deux langues officielles de cet état.

    Car ainsi que le faisait chanter Jerry Bock « Fiddler on the Roof, » - « Un violon sur le toit », comédie musicale de 1969, sur le roman de adapté de « Tevye and His Daughters » - « Tervye et ses filles », une « nouvelle » de l’écrivain Sholom Aleichem à propos de l’émigration aux Etats-Unis des paysans juifs de Russie, victimes des pogroms des russo-cosaques :

    « Sans traditions, nous ne serions plus des violoneux en déséquilibre sur un toit. »

    En trois siècles et demi de labeur acharné les pionniers venus du royaume de France et leur progéniture nombreuse allaient transformer le Québec en un grand pays industriel de langue française sur ce continent nord américain où, l’Anglais l’ultime conquérant de leur pays, les voyant isolés du reste du monde et sans défense, avait tenté de leur imposer, en plus de leurs lois, la langue anglaise comme « moyen vernaculaire d’expression ». Le souvenir de cette population courageuse est conservé dans leur pays d’origine. Tourouvre est devenu un lieu de pèlerinage pour les Canadiens d’origine française, pour les Français et les touristes venus visiter les plages du débarquement de juin 1944 en Normandie. Des milliers de touristes ont déjà visité le petit musée de ce bourg du Perche, isolé jadis par ses forêts marécageuses, aujourd’hui à une heure et demie de Paris par la route nationale 12.

    Des associations entre le département de l’Orne et le Québec se sont formées. Plus récemment le maire de la petite ville, également a imaginé un projet qui est entrain de prendre forme :

    La construction d’une « Maison de l’Émigration française en Canada. » qui devrait ouvrir ses portes en l’an 2004.

    BIBLIOGRAPHIE

    • Archives of Tourouvre - Mairie et archives paroissiales • F. F Hubert-Rouleau : « Petit récit historique de l’émigration percheronne au Canada ». (Cahiers d’Histoire du Musée, N° 3) • Madame Pierre Montagne : « de Tourouvre au Perche à la Nouvelle France. » (1 984) • « L’émigration touvraine au Canada », J. Nortier, Maire de Tourouvre. • « Naissance d’une population - Les Français établis au Canada au XVII siècle » • Champlain doit céder Québec, Hare, p. 16 • Débarquement à Québec d’un premier contingent de 40 personnes qui viennent réclamer le poste à l’Angleterre. [Hare, p. 16.] • Les Jésuites remplacent les Recollet, [Brown, Craig. p. 135 Raymond Bélanger • Arrivée des Jésuites, Lacoursière, p. 56 • Pierre Trudel, in « Histoire de la Nouvelle France ». pp.5,6 • Encyclopédia Universalis. • Dictionnaires le Robert et Littré.

    Publie.ca!
    Mots-clés : québec , Société et Pauvreté

    Évaluez ce texte

    • Currently 3.12/5
    • 1
    • 2
    • 3
    • 4
    • 5

    3.1 sur 5.0 (34 votes)

  • 4 COMMENTAIRE(S) | Répondre à cet article

    • ANONYME

    On parle le Français dans l’ensemble des dix provinces fédérées et au sein des trois territoires de la Fédération canadienne,

    Non. Foutaise. On ne parle Québécois qu’au Québéc. Les États-Unis parle plus francais que les "Britaniens" de l’ouest :)

    Merci pour votre article qui nous fait prendre conscience que l’essence du Canada, sa culture, son âme, son histoire, c’est nous.

    Le "Québécois" n’est une invention identitaire crève coeur pour le peuple francais d’Amérique. Patrie volé dans une partie de bras de fer (royal).

    28 octobre 2006 | répondre | permalien

    enxa39s-heawtjl-tw6q3033-0 http://hometown.aol.com/vilalam/viagra_without_prescription.html#1 ultram [url=http://www.mimundo.americaonline.com.mx/fioric3t/#3]fioricet[/url] [url]http://www.ultimatetopsites.com/coolsites/cqsin0s/#4[/url]

    21 décembre 2006 | répondre | permalien
    • marie- ève dupuis

    • site

    pour quois en voiyee les fille du roy en nouvelle france

    20 mars 2007 | répondre | permalien
    • André Archambault

    Je n’avais jamais très bien compris pourquoi la Nouvelle-France tenait si peu de place dans l’histoire de France.

    Vous venez de m’éclairer comme aucun de nos livres d’histoire (ici même au Québec) ne l’avait fait.

    Nous n’avons pas été conquis mais plutôt abandonné.

    Il y avait un continent à explorer, à peupler et à conquérir...et c’est malheureusement l’influence de minables marchands de peaux de castors qui, au bout du compte, pesait le plus lourd dans la balance.

    On ne refait pas l’histoire, mais on peut tout de même imaginer comment une politique hardie de peuplement à compter de 1663 sur l’ensemble du continent américain aurait changé la donne et la carte politique d’aujourd’hui.

    Mon ancêtre, Jacques Archambault, venait de Dompierre-sur-Mer, en Aunis. Il a quitté la France en 1645 avec sa femme, Françoise Tourault, et ses sept enfants. Il avait deux garçons : Denys et Laurent. Le premier est mort au combat contre les Iroquois sans laisser de descendants. Les 20 000 Archambault d’Amérique aujourd’hui leur sont reconnaissants.

    6 octobre 2007 | répondre | permalien

Les plus populaires

la communauté centpapiers

Ailleurs sur le Web

Loading...

Droits

Creative Commons License
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.