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    Après le Colonel Kadhafi, Bachar El Assad, de la Syrie, sera-t-il le nouvel ami de la France ?

    le 17 juin 2008 | 729 visites | 4.11 / 5 | 0 commentaire(s)
    Après le Colonel Kadhafi, Bachar El Assad, de la Syrie, sera-t-il le nouvel ami de la France ?
    photo : elif ayse (Flickr)

    L’Union méditerranéenne ne serait qu’un forum d’échange annuel ou biannuel entre les pays riverains de la Méditerranée. Tel que défini par Nicolas Sarkozy, vingt-cinq pays du pourtour de la Méditerranée sont concernés, dont cinq pays d’Afrique du Nord (le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Mauritanie et la Lybie), ainsi que cinq États membres de l’UE (la France, l’Espagne, l’Italie, le Portugal et Malte). La création de cette union ne déboucherait sur la création d’aucune structure institutionnelle mais sa gouvernance serait assurée à l’image de celle du Conseil de l’Europe. Le projet, version améliorée de l’actuel et peu efficace processus de Barcelone mais édulcorée par rapport au projet initial, ne se voudrait en quelque sorte qu’une « union de projets » dont certains axes seraient privilégiés : coopération sur le crime organisé, le terrorisme, le développement durable, l’immigration clandestine et la sécurité des approvisionnements énergétiques.

    Pour le chef de l’État français : « la France a cru qu’en tournant le dos à la Méditerranée, elle tournait le dos à son passé alors qu’en réalité, elle tournait le dos à son avenir ».

    À l’exception de Mohammed VI du Maroc qui a, dès le départ, qualifié de « projet visionnaire et audacieux » l’idée d’Union de la Méditerranée, mais qui aujourd’hui n’est plus sûr de rien, d’autres ont manifesté leur scepticisme face à cette initiative française qui n’a fait l’objet d’aucune consultation préalable avant son lancement. Réserves clairement exprimées par l’Allemagne qui ont mené à une reformulation stratégique et édulcorée du projet. Valses hésitations en Algérie et en Turquie. Dépeçage à la tronçonneuse par l’ami de la France, le Colonel Kadhafi. Prévu par le président Nicolas Sarkozy pour 2008, le projet fait l’objet d’une mise en œuvre difficile et chaotique. Forte d’une expérience passée sur une tentative de rapprochement euro-méditerranéen qui a échoué, la commissaire européenne aux Relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, considère qu’un tel projet, prolongement du Processus de Barcelone de 1995, « peut donner une impulsion politique  », mais pour cela, il doit « se développer à partir de l’expérience et des structures établies par les politiques régionales existantes » avec une entière association de la Commission et de l’ensemble des États membres de l’Union européenne.

    L’Allemagne n’a pas, comme on le sait, apprécié cette initiative de Nicolas Sarkozy qui ne s’est guère concerté avec ses partenaires. Nicolas Sarkozy a dû reculer face à la chancelière allemande, Angela Merkel, qui refusait d’être exclue de l’UPM. Le projet qui en est ressorti a eu, à n’en pas douter, des conséquences sur les dirigeants arabes. Finalement, le 13 mars 2008, le projet d’Union pour la Méditerranée est officiellement adopté, dans sa forme revue et corrigée, par le Conseil Européen.

    Lors du Forum des pays de la Méditerranée, les 5 et 6 juin derniers à Alger, onze pays arabes ont demandé des « clarifications » sur la participation d’Israël à cette Union. Ces derniers craignent que la présence d’Israël ne sous-entende une normalisation de leurs relations avec l’État juif. En réponse, Nicolas Sarkozy avait déclaré, lors de son passage à Athène, que la présence d’Israël ne posait « pas de problème » à des pays arabes comme l’Égypte, la Tunisie et le Maroc.

    Sauf que l’Europe ne peut plus être seule à décider des objectifs à attribuer à ce nouveau cadre qui se veut un lieu de coopération. C’est ce qu’a rappelé le conseiller du Roi, André Azoulay : « Le temps est passé d’un partenariat euro-méditerranéen tiré de façon univoque et sans nuance par plus de marchés à la clef. Le Maroc en appelle à plus d’ambition sur le plan du partenariat économique mais dans une logique nouvelle où la parité et l’égalité de traitement auraient également leur place ».

    Il convient de rappeler qu’à l’ouest, le Maroc est toujours aux prises avec le conflit du Sahara occidental et à l’Est, le conflit israélo-palestinien n’en finit plus d’épuiser les plus impatients de voir cette région basculer du côté de la paix. Et le ministre algérien Medelci a rappelé que toute normalisation des relations avec Israël doit se fonder sur l’initiative arabe de paix de 2002, qui appelle Israël à se retirer des territoires occupés depuis 1967.

    Une autre crainte a été exprimée lors de ce forum du début de juin, celle de voir la commission européenne monopoliser le centre des décisions car, comme l’a expliqué le ministre algérien Mourad Médelci : « nos relations avec l’UE sont déséquilibrées et la décision appartient actuellement à celui qui dispose des fonds et du savoir-faire ». D’où, pour Mourad Medelci, la volonté des pays de la rive sud de la Méditerranée d’« inverser ce déséquilibre et construire un partenariat équilibré, égalitaire et transparent ». L’Algérie n’a pas oublié. Lorsque Nicolas Sarkozy avait, en juillet 2007, visité ce pays, il s’était engagé à faire de l’Algérie un des piliers majeurs de l’UPM. Le résultat en est autrement : la coprésidence serait vraisemblablement attribuée à l’Égypte, le poste de secrétaire général au Maroc et le secrétariat général sera basé à Tunis. L’Algérie est loin du compte. Une promesse qui n’a pas été suivie des effets escomptés.

    Pourtant, Bernard Kouchner a bien tenté de rassurer les sceptiques en déclarant que le projet de l’Union pour la Méditerranée « n’est plus une initiative française. C’est une initiative entre le Nord et le Sud ».

    Cette vision de Bernard Kouchner n’est certes pas partagée par le colonel Mouammar Kadhafi qui a déclaré au mini-sommet de Tripoli : « L’UPM est un affront fait aux pays de la rive sud ». Le guide libyen n’est pas prêt à prendre, en aucun cas, le risque de déchirer l’unité arabe ou africaine. Selon ce dernier, du fait que la coopération s’adresse uniquement aux pays riverains de la Méditerranée, « ce projet porterait atteinte à l’unité africaine et arabe ». « Si Bruxelles est la capitale qui dirige cette union de la Méditerranée, alors nous ne suivons pas Bruxelles... et nous pouvons pas autoriser la mise en pièces des organisations auxquelles nous appartenons », a ajouté Moammar Kadhafi. « Mais nous pouvons accepter la coopération arabo-européenne et africano-européenne ».

    Y aurait-il ici répétition du front anti-israélien qui avait paralysé le processus de Barcelone ? La Libye s’était objectée au processus de Barcelone parce l’Europe y détenait une place de choix et qu’Israël y était présent. Cette fois, encore, les mots de Kadhafi ont été très durs à l’encontre du projet de la France : « Nous ne sommes ni des affamés ni des chiens pour qu’ils nous jettent des os  ». Le dirigeant libyen a exhorté les autres pays arabes à ne pas participer à cette Union.

    À ce mini-sommet de Tripoli, convoqué par Mouammar Kadhafi, étaient également présents les présidents algérien, Abdel Aziz Boutiflika, mauritanien, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, tunisien, Zine Abidine Ben Ali, syrien, Bachar El Assad et du Premier ministre marocain, Abas El Fassi. Étaient par contre absents le roi du Maroc et le président égyptien, Hosni Moubarak, qui ont évité le déplacement, prenant ainsi une distance avec le dirigeant libyen. De ce mini-sommet apparaît clairement un front commun d’opposition mené par l’Algérie, la Libye et la Tunisie. Dans ce dernier cas, il faut comprendre qu’Ankara a aussi été échaudée par Nicolas Sarkozy qui s’objecte toujours à son entrée dans l’Union européenne.

    Selon le porte-parole du gouvernement français, Luc Chatel, l’avis du Colonel Kadhafi « n’est pas l’avis des autres chefs d’État et de gouvernement qui ont fait valoir tout l’intérêt qu’ils portent à ce projet d’Union pour la Méditerranée ». Monsieur Chatel a toutefois reconnu ne pas savoir, à ce jour, quels chefs d’État des pays riverains du Sud de la Méditerranée seront présents au sommet du 13 juillet à Paris. « Les pays européens ont donné leur accord. Pour le reste, il y a encore des discussions ».

    En terminant, le 14 juillet, jour symbolique pour la France, indispose sérieusement des observateurs algériens : « Comment M. Sarkozy ose t-il inviter les présidents des anciennes colonies françaises à Paris, à la veille de la Fête nationale française ? », s’est notamment interrogé un haut responsable de l’État algérien. Bachar al-Assad est également sur la liste des invités du 14 juillet au même titre que la cinquantaine de chefs d’État et de gouvernement. « C’est une insulte faite aux Libanais et aussi aux Français », a tranché le chef druze Walid Joumblatt pour qui « la Syrie c’est une chose, mais Bachar c’est autre chose… Un régime tortionnaire, c’est autre chose ! ». La France peut se réclamer maintenant des États-Unis pour sa politique d’ouverture à l’égard du dirigeant syrien : la France et les Etats-Unis ont appelé dimanche, dans un texte commun, le Liban et la Syrie à établir des relations diplomatiques « à part entière » ainsi que des « relations de bon voisinage ». Georges W. Bush a exhorté, depuis Paris et en présence de son homologue, la Syrie à cesser d’être de « connivence avec les Iraniens » et « d’héberger des terroristes ». De son côté, le chef de l’Etat français a souhaité que la « Syrie se désolidarise le plus possible de l’Iran dans sa quête pour avoir une arme nucléaire ». De quoi faire réfléchir Bachar El Assad jusqu’au 13 juillet. Qui sait si ce jour-là Bachar El Assad ne sera pas redevenu fréquentable, comme son voisin le Colonel Kadhafi. Et comme l’indique Vincent Jauvert, grand reporter au Nouvel Observateur : « Washington sape discrètement l’initiative française, considérée comme nuisible pour les intérêts américains dans la région ». Il serait même question d’un minisommet entre le premier ministre, Ehoud Olmert, et le président syrien, Bachar el-Assad. La rencontre pourrait être organisée le 13 juillet à Paris, en marge du sommet de l’Union pour la Méditerranée. La Syrie acceptera-t-elle une rencontre directe avec Israël ? Rien n’est moins certain.

    Ce qui fait dire au commentateur de Libération : « Le jeune président [Bachar El Assad] ne sera pas seul : tous les participants au sommet marquant la naissance de l’Union pour la Méditerranée (UPM) seront aussi dans la tribune, dont d’autres autocrates comme le président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali. C’est d’ailleurs la raison du tapis rouge déroulé pour Al-Assad : il vient conforter, par sa présence, un sommet qui suscite bien des réserves, dont précisément la Syrie. Il est d’ailleurs certain que le chef de l’État baasiste ne se risquerait pas à Paris sans une invitation à la tribune officielle ».

    Sources : AFP, Cyberpresse, Le Matin, Le Monde, Libération, Nouvel Observateur, Presse canadienne)

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    Mots-clés : Mouammar Kadhafi et syrie

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