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    • Emmanuel Simard
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    Opinion : Contrebande de cigarettes : nos gouvernements doivent prendre leurs responsabilités

    le 16 mai 2008 | 219 visites | 3.60 / 5 | 4 commentaire(s)

    La version originale de cet article a été publiée à cet endroit.

    Contrebande de cigarettes : nos gouvernements doivent prendre leurs responsabilités
    photo : marcbenton (Flickr)

    Afin de lutter contre le fléau du tabagisme et ses effets négatifs sur la santé publique, les deux paliers de gouvernement ont, au cours des dernières années, largement privilégié l’outil de la taxation afin de faire diminuer le plus possible la proportion de fumeurs au sein de la population. Selon les chiffres de Santé Canada (ici et ), cette stratégie a produit de bons résultats. Évidemment, nous ne pouvons attribuer à la seule hausse de taxe tout le mérite de la baisse de la proportion de fumeurs ; la diminution graduelle du nombre d’endroits où c’est possible de fumer y est certainement pour quelque chose. Tout comme l’éducation sociale.

    Si la stratégie gouvernementale a eu raison de plusieurs fumeurs, certains demeurent incorrigibles. Et pour ceux-là, la hausse de taxe est irritante, voire affligeante. C’est particulièrement le cas chez les plus pauvres de notre société et chez les jeunes. Probablement que s’il n’y avait pas d’alternative au marché légal, plusieurs de ceux-ci arrêteraient. Cependant, il y a bel et bien une alternative au marché légal : les cigarettes de contrebande.

    Majoritairement orchestrée par des criminels mohawks, cette contrebande a pris des proportions alarmantes. Certains avancent même que près du tiers des cigarettes fumées au Québec proviendraient du marché illégal (La Presse Actualités, vendredi, 9 mai 2008, p. A7 Cigarettes de contrebande Moins chères mais plus toxiques ! Lacoursière, Ariane). Ce qui ajoute encore plus à l’affaire, c’est que ce marché se fait de façon transparente, devant les yeux de tout le monde. Les différents médias nous ont présenté de nombreuses photos de ces « smoke shops » au cours des dernières semaines où l’on peut acheter 200 cigarettes pour la modique somme de 6$. Ces cigarettes sont produites et vendue de façon illégale, sans qu’aucune force loi n’intervienne. C’est donc dire qu’au Québec, il y a des zones territoriales où les lois et règlements ne s’appliquent pas et que certains groupuscules ont le privilège de se soustraire à certaines lois.

    Pourtant, tout semble soutenir une action rapide et efficace des forces de l’ordre dans ce dossier. Premièrement, cette industrie illégale atténue assurément tous les efforts qui sont faits pour lutter contre le tabagisme. En tant que société, nous avions fait le choix d’augmenter les taxes afin de motiver les fumeurs à tenter de vaincre leur dépendance. Si la contrainte de la taxe peut être contournée via la contrebande, il m’apparaît évident que la stratégie de la taxation sera atténuée et beaucoup moins efficace.

    Aussi, selon des analyses scientifiques des produits vendus dans ces « smoke shops », la fumée produite par ces cigarettes serait davantage toxique et néfaste pour le fumeur. « Une étude obtenue par La Presse montre que les taux de 34 substances chimiques y sont bien plus élevés que dans les cigarettes légales. Bien pire, certaines substances cancérigènes y sont jusqu’à sept fois plus concentrées » (La Presse Actualités, vendredi, 9 mai 2008, p. A7 Cigarettes de contrebande moins chères mais plus toxiques ! Lacoursière, Ariane).

    Ces résultats sont très inquiétants, surtout quand on sait que les jeunes sont les clients parfaits pour ce type de cigarettes. Probablement attirés par le caractère « illégale » de la chose, mais surtout par leur bas prix, les jeunes sont de grands consommateurs de ces cigarettes. La consommation de cigarettes de contrebande est si omniprésente dans certaines écoles secondaires du Québec que des journalistes n’ont pas eu de difficultés à repérer les consommateurs et les vendeurs : « La cigarette de contrebande semble si répandue dans les écoles secondaires de Granby qu’il n’a fallu que quelques minutes à notre journaliste Nancy Beaulieu pour trouver des fumeurs - et des vendeurs - parmi les jeunes, lors d’une visite à proximité des établissements, hier. » (La Voix de l’Est, Actualité, jeudi, 8 mai 2008, p. 1 Se procurer des cigarettes de contrebande Rien de plus facile ! Dion, Alain)

    Donc, résumons-nous. 1. La contrebande amoindrit assurément nos efforts pour contrer le tabagisme au sein de notre population. 2. Les produits vendus par les contrebandiers sont davantage toxiques et cancérigènes que les produits légaux. 3. Nos jeunes sont des clients parfaits pour les contrebandiers. Devant ces faits, qu’attend-on pour agir ?

    Les différents gouvernements ne semblent pas pressés de poser des actions concrètes. Ce n’est certainement pas qu’on manque de preuve, les journaux sont pleins de photos incriminantes. Selon eux, il s’agit d’un problème complexe qui demande une collaboration de plusieurs gouvernements (provincial et fédéral au Canada, mais étatique et fédéral aux États-Unis aussi puisque les réserves chevauchent les deux pays). Cela demande donc du temps. Mais encore là, le démantèlement pur et simple des « smoke shops » ne semble pas envisagé. Une autre stratégie sera utilisée, a affirmé le ministre fédéral de la sécurité publique, Stockwell Day : « On étouffera la production en raréfiant la matière première, et on réduira la consommation en faisant appel au civisme des fumeurs » (Le Devoir, Éthique et religion, lundi, 12 mai 2008, p. b6 La guerre de la cigarette Trafiquants à plumes et exploitants en cravate, Leclerc, Jean-Claude)

    Je trouve que l’attitude des gouvernements face à ce problème est tout à fait irresponsable. Il est ici question de santé publique et nos dirigeants politiques ont des responsabilités à cet égard. Il ne faut pas tenter d’agir par ricochet en « raréfiant la matière première », il faut plutôt agir directement en démantelant les « smoke shops » et en saisissant le produit fini. Je crois que si les gouvernements n’osent pas agir c’est qu’ils craignent les conséquences d’une telle intervention en territoire mohawk. Ils sont terrorisés par les menaces de ces criminels qui sont en fait des terroristes. Non, ces individus ne menacent pas de crasher des avions dans des immeubles, mais ils nous menacent de bloquer des routes, des ponts et de faire intervenir des groupes paramilitaires comme les Warriors si nous faisons appliquer la loi par les agents de la paix. Ils se servent de la terreur pour arriver à leur fin, on peut donc les qualifier de terroristes. Mais nos gouvernements sont bien trop occupés à chasser les terroristes dans les grottes afghanes plutôt que de s’occuper de ceux qui nous menacent à quelques kilomètres de Montréal.

    Mots-clés : québec , Société et Économie

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  • 4 COMMENTAIRE(S) | Répondre à cet article

    Salut. Je crois personnellement que cette réalité a deux facettes disctinctes et qu’il faut analyser la situation calmement. Utiliser le terme "terroriste" me semble déplacé. Opter pour la confrontation ne règlera absolument rien.

    Primo, le peuple amérindien ne reconnaît pas la force des lois sur ses territoires. Il y a des principes de base à respecter et des négociations à poursuivre afin d’en arriver à des ententes. On a fait du chemin depuis quelques années mais il reste du chemin à faire.

    Secundo, la contrebande, qu’elle soit exercée sur des territoires amérindiens ou sur la rue Ste-Catherine, est avant tout une activité illégale. Elle doit être traitée comme telle et il ne faut pas dramatiser la situation. Partout dans le monde, des activités illégales se produisent et personne n’ose les identifier au terrorisme... Il faut donc calmer le jeu et négocier de bonne foi pour en arriver à une entente.

    Que les amérindiens produisent et consomment des cigarettes qui ne sont pas reliées au monopole des manufacturiers de tabac est une chose. Que ces cigarettes soient distribuées un peu partout sans les autorisations habituelles en est une autre.

    La meilleure façon de briser les trafics illégaux est de convaincre les "honnêtes" citoyens de ne pas les encourager ! Si vous achetez des cigarettes de contrebande, êtes-vous terroriste ?

    17 mai 2008 | répondre | permalien

    Je demeure convaincu que le mot terroriste n’est pas trop fort. Comment appeler une organisation criminelle, les Warriors, qui se servent de la terreur et de la menace de représailles violentes pour dissuader le gouvernement à agir contre eux ? Dans plusieurs dictionnaires, on appelle ça des terroristes.

    « Elle doit être traitée comme telle et il ne faut pas dramatiser la situation. »

    33% des cigarettes fumées au Québec proviennent de la contrebande, ce n’est pas assez dramatique. Est-ce que c’est parce que vous croyez que le Québec est riche et qu’il n’a pas besoin de cet argent ? Imaginez juste un instant la somme que ça représente. Et la cochonnerie de tabac qu’ils font fumer aux jeunes, il n’est pas encore assez toxique ?

    « La meilleure façon de briser les trafics illégaux est de convaincre les "honnêtes" citoyens de ne pas les encourager ! »

    Comment voulez-vous demander à une personne sur l’aide sociale de choisir entre un paquet de 25 cigarettes à 10$ et un sac de 200 pour 6$ ? Même chose pour un jeune. Voyons, il ne faut pas être naïf.

    « Si vous achetez des cigarettes de contrebande, êtes-vous terroriste ? »

    Elle je ne la comprends pas .... Ce n’est pas de vendre des cigarettes qui est un acte terroriste, mais de menacer le gouvernement de représailles violentes s’il intervient, ça, c’est clairement une stratégie terroriste. Et le pire, ça marche.

    « Il faut donc calmer le jeu et négocier de bonne foi pour en arriver à une entente. »

    Quelle négociation peut-on avoir ? Voudriez-vous négocier avec un Raymond Tremblay de Chicoutimi qui ferait de la contrebande d’alcool ? Ou encore avec Nihad Cherki de Montréal qui ferait de la contrebande d’armes à feu ? J’ose croire que non. Nous avons des lois, quand ces lois ne sont pas respectées, on doit intervenir, peu importe l’identité de la personne, son ethnicité, sa langue, sa religion, etc... On ne peut pas négocier avec des criminels. C’est mon opinion.

    17 mai 2008 | répondre | permalien

    Je ne suis pas en désaccord avec vous, je dis simplement qu’il faut éviter la confrontation. Les Warriors doivent être traités comme un groupe organisé qui n’est pas directement associé à toute la population du territoire d’une tribu et la question d’une intervention policière doit être gérée avec tact et une complète coopération avec les structures locales. Autrement, ça peut virer au vinaigre, on l’a déjà vu. Il faut que les gouvernements s’entendent pour nommer un négociateur compétent en la chose.

    Il est tentant de démontrer l’intransigeance et la menace de la force. Mais ultimement, il faudra négocier. Aussi bien le faire dès le départ.

    Et je ne suis toujours pas d’accord pour utiliser le terme "terroristes". La question « Si vous achetez des cigarettes de contrebande, êtes-vous terroriste ? » est un clin d’oeil à la doctrine de Karl Rove qui força l’appui à la lutte anti-terroriste, au risque de démontrer que vous êtes "avec eux"...

    17 mai 2008 | répondre | permalien

    Je suis d’accord avec vous, l’intervention policière doit être gérée avec tact et elle doit se faire avec intelligence plus qu’avec force. La question, combien d’années attendrons-nous encore ? Ça fait des années que ces Warriors menacent les autorités à toutes les occasions ... Un bon ménage dans ces réserves serait bénéfique pour les honnêtes citoyens qui y vivent.

    17 mai 2008 | répondre | permalien

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