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    • Thierry Ternisien d'Ouville
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    Grève des transports : billets d’humeur

    le 23 novembre 2007 | 247 visites | 4.20 / 5 | 1 commentaire(s)
    Grève des transports : billets d'humeur
    photo : (flickr.com) drizdan

    Pourquoi tant de haine (13 novembre)

    Courage, nous serons bientôt débarrassés du, parait-il, dernier privilège existant en France : celui des régimes spéciaux. Mais pourquoi tant de haine, alors qu’il serait si facile, dans un contexte de défaite politique majeure à gauche, de réformer en douceur ? C’est une conception du pouvoir vu comme la domination sur les autres qui est simplement en cause. Une bonne vieille lutte des classes. Dommage que bien des citoyens (plus de 90% de salariés) ne comprennent pas que s’ils sont pris en otage, expression horrible quand on pense aux vrais otages, c’est plutôt par un système économique et politique fou qui leur demande soit de travailler de plus en plus non pour gagner plus mais pour survivre et consommer ou de disparaître de l’espace public (cachez ces pauvres que je ne saurai voir comme dirait la très chrétienne Madame Boutin).

    Ceci dit les suppôts de Sarkozy et bien des dirigeants socialistes sont plus dangereux que notre président lui-même qui a conservé le goût du politique. Eux ne sont plus intéressés que par la gestion, (c’est si facile de gérer plutôt que de s’exposer aux risques de l’action) , l’exclusion et la charité.

    Une réforme injuste (14 novembre)

    La réforme des retraites est triplement injuste.

    1. Injuste parce que ne prenant pas en compte l’ensemble du problème en ne se limitant qu’à un seul indicateur : la durée de cotisation. Sont ainsi évacués le taux de cotisation et le taux de remplacement qui seuls permettent de mesurer l’effort demandé et le gain obtenu.

    2. Injuste parce que ne prenant pas en compte l’âge réel de départ en retraite et le refus actuel des entreprises de maintenir dans l’emploi les salariés âgés de plus de 55 ans voire de plus de 50 ans ainsi que des nouvelles organisations du travail de plus en plus usantes.

    3. Injuste parce que ne prenant pas en compte, au delà même de la pénibilité, la différence de nature des activités rassemblées sous la dénomination travail : simple moyen de gagner sa vie, possibilité d’oeuvrer à construire un monde durable et habitable ou, plus rare, possibilité d’agir.

    Prise d’otages, disent-ils (16 novembre)

    Prise d’otages. Ce terme est scandaleux quand on pense aux vrais otages. Utilisation serait le terme juste. Utilisation par le gouvernement et par les syndicats. Logique puisque notre société de marché est basée sur l’utilitarisme. Chacun utilise l’autre. Le collectif n’intéresse plus personne…L’économie a tout gangrené y compris le politique réduit à la dimension de la domination sur l’autre. Analysé et décortiqué dès 1958 ( !) par Hannah Arendt dans The Human Condition.

    Usager ou client ? (16 novembre)

    Étonnant la résurgence du terme usager chez les adeptes de la relation client-fournisseur et donc de la marchandisation généralisée. L’esprit de service public aurait-il survécu même chez les plus libéraux ?

    Une remarque de bon sens (21 novembre)

    Alors que les réformes (régressions) allongent la durée de cotisation, l’âge de départ effectif en retraite ne bouge nulle part en Europe du fait de la mise sur la touche généralisée des “senior” considérés comme inaptes à des organisations du travail de plus en plus usantes. C’est donc le niveau des retraites qui s’effondre dans le cadre d’une perte généralisée de pouvoir d’achat sauf pour les plus riches. Rien de cela n’est inéluctable. Il s’agit d’un choix politique non assumé et présenté comme une loi économique ou démographique. Cela rappelle de tristes temps…

    Publie.ca!
    Mots-clés : france , Société et Paris

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    En complément le billet de ce jour

    Revenons sur l’utilisation du terme usager (23 novembre)

    Le terme Usager a été longtemps associé à Service Public. Il était employé au singulier par les défenseurs de ce dernier et symbolisait avec un grand U la grandeur de leur mission et l’absence d’esprit marchand qui y régnait . Les utilisateurs de ces services traités le plus souvent de façon anonyme se vivaient plutôt comme des usagés n’existant pas comme individus. Avec la mise en concurrence le terme client a pris le dessus en général au pluriel pour bien marquer la nécessité de répondre à des personnes bien réelles. Par contre ce double changement a eu pour conséquence une diversification importante des réponses appelées offres, un traitement de plus en plus marchand et donc très inégalitaire des clients éliminant progressivement l’intérêt collectif qui se cachait derrière le singulier de Usager

    La réforme des régimes spéciaux, absolument inutile au niveau économique voire même contreproductive, a eu pour seule justification « l’équité de traitement devant la retraite » (vaste fumisterie quand on connaît les détails techniques du dossier et comme devrait le démontrer le résultat concret des négociations). Les JT et politiques ont mis alors l’accent sur la prise en otage des usagers. Ce retour du terme usager n’est pas fortuit. Il permet de remettre au centre l’égalité de traitement dans les transports. Mais il le fait dans une situation négative, quand les usagers sont privés de l’aide que leur apportent les transports en commun pour aller travailler. Par contre dans une situation positive on voit réapparaître les clients et leur inégalité de traitement comme le démontrait tous les jours la direction de la SNCF par ses choix de lignes desservies : par ordre Eurostar, Thalys, TGV vers et de Paris, Transiliens, TER, et enfin TGV de province à province (aucun pendant toute la grève).

    Je reviendrai prochainement sur ce point dans l’analyse que je poursuis sur la mise en œuvre de l’idéologie de la concurrence libre et non faussée dans la construction de l’Europe.

    23 novembre 2007 | répondre | permalien

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