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    « J’ai été l’ami du monstre ! Pire ! Je l’ai fait disjoncter ! »

    le 28 février 2008 | 765 visites | 3.95 / 5 | 0 commentaire(s)
    « J'ai été l'ami du monstre ! Pire ! Je l'ai fait disjoncter ! »
    Dans l’ombre de Marc Lépine

    D’aucuns ont dit de lui qu’il était doué d’une intelligence supérieure. Il avait une mémoire exceptionnelle. Il était également un type très nerveux. Sur les lieux de son emploi, la cuisine de l’institution privée pour malades chroniques, l’hôpital Saint-Jude de Laval, il suscitait des commentaires, voire des plaintes, sur sa façon de travailler. De son vrai nom, Gamil Gharbi, étudiant brillant, a 25 ans. Nous en sommes en 1989. Treize ans plus tôt, lors du divorce de ses parents, Rachid Liass Gharbi et Monique Lépine, Gamil change de nom pour celui de Marc Lépine. Marc Lépine a été décrit comme étant peu communicatif, replié sur lui-même, sauf lorsqu’il parlait d’ordinateurs et d’informatique. Le 6 décembre 1989, Marc Lépine se rend à l’École Polytechnique de Montréal et commet le drame irréparable que l’on connaît : 14 étudiantes tuées, 14 blessés dont 4 hommes, en plus du suicide de Marc Lépine.

    Dans une lettre qui se retrouve sur Internet, Marc Lépine écrit : « Même si l’épitète Tireur Fou va m’être attribué dans les médias, je me considère comme un érudit rationnel que seul la venu de la Faucheuse on amméné à posé des gestes extrèmistes. Car pourquoi persévéré à exister si ce n’est que faire plaisir au gouvernement. Etant plûtot passéiste (Exception la science) de nature, les féministes ont toujours eux le dont de me faire rager. Elles veulent conserver les avantages des femmes (ex. assurances moins cher, congé de maternité prolongé précédé d’un retrait préventif, etc.) tout en s’accaparant de ceux des hommes ». Les fautes n’ont pas été corrigées dans cet extrait.

    Dans un premier roman, Luc Labbé, ingénieur de son état, raconte la vie pas très heureuse de Stéphane, étudiant, mal dans sa peau, dans ses fringues, qui vit difficilement ses relations avec les femmes, et qui ne sait à qui adresser sa poésie. À vrai dire, Stéphane maitrise les stratégies de séduction. Le résultat en est qu’il rejeté par les belles femmes qu’il convoite secrètement. Par le plus grand des hasards, se cherchant une place au laboratoire de physique, se retrouve au côté d’une fille plutôt moche qui a bien voulu l’accepter comme coéquipier.

    Des liens vont se tisser entre Stéphane et Marie-Ève. Cette coéquipière héritait du fardeau des travaux de laboratoire pendant que Stéphane s’échinait à réciter des passages du Voyage au bout de la nuit, de Ferdinand Céline. Stéphane se croyait subtil en posant la question suivante aux filles de son entourage : « Vous saviez que l’amour pour Céline, c’est l’infini à la portée d’un caniche ?  »

    Stéphane rencontre, un jour, un étudiant qui, peu populaire avec les filles, avait un drôle d’accent. Avec le temps, il s’est mis à jouer aux échecs avec son nouveau partenaire. Stéphane le trouve « cool mais dangereusement blasant ». Cet étudiant peu cool fait connaître à Stéphane l’École Polytechnique. Il en parle comme un enfant qui rêve d’un voyage à Disneyland. Et ce bizarre étudiant lui avoue qu’il se croit amoureux de sa coéquipière, Marie-Ève. Stéphane va désormais vivre dans l’environnement de Marc Lépine.

    Cette révélation de Marc éveille l’intérêt de Stéphane pour cette fille moche, Marie-Ève. De fil en aiguille, après quelques tentatives de séduction, les deux conviennent de se fréquenter plus assidument. En amoureux. Stéphane découvre de plus en plus les charmes insoupçonnés de Marie-Ève. Stéphane cache également cette liaison à Marc qui, bien évidemment, a découvert bien vite ce secret mal gardé. Une altercation verbale, au cours d’une partie d’échec, tourne à la violence physique. Marc terrasse Stéphane et lui administre une gifle.

    L’arrivée de Stéphane à Poly nous laisse penser que Marc n’est plus dans son environnement immédiat. Jusqu’à un certain 6 décembre 1989. Stéphane se retrouve au milieu des tirs fous sans savoir de qui ils « originent ». Il s’inquiète pour Marie-Ève. Au moment des faits, elle n’était pas sur les lieux. Ce n’est qu’au Téléjournal que Stéphane apprend les faits : « À la fin du Téléjournal de vingt-deux heures, le nom du tueur avait été révélé. Il s’appelait Marc Lépine. En observant la photo, dans le journal du lendemain matin, j’avais eu un choc : le monstre m’était familier ».

    Et là commence pour Stéphane un long questionnement. « J’en reviens pas. J’ai été l’ami du monstre ! Pire ! Je l’ai fait disjoncter ! Je l’ai poussé au meurtre ! J’ai volé sa vie ! C’est lui qui voulait étudier à Polytechnique et sortir avec Marie-Ève ! Tu vois ce que je veux dire, ou ça t’apparaît au-delà du réel ? » Stéphane ne peut que s’interroger sur la vie et sur le destin de l’homme. « Est-il vrai qu’en tout homme il y a un Marc Lépine potentiel ? N’y avait-il pas parmi nous quelques justes qui n’avaient jamais rêvé d’assassiner leur prochain ou de violer leur prochaine ? N’y avait-il pas parmi nous des hommes réellement en deuil, atterrés par ce qu’il venait d’arriver ? »

    Marc Lépine vient de s’incruster à demeure dans la vie de Stéphane. Il ne l’en quittera plus au point de la rendre infernale. Puis il y eut le mariage. Les années ont passé. L’étudiant est devenu ingénieur. Marie-Ève s’est mise à l’enseignement. Tout concourt pour rendre lourde la vie de Stéphane. Les rappels du passé. Une remarque d’un pompiste : « Tout le monde sait de quoi les gars de Polytechnique sont capables ! Quand vous « pognez » les nerfs, mettons que vous êtes pas tendre tendre avec les femmes ».

    La « tête de Stéphane bouillonne comme une grosse marmite de souper sur les braises d’un feu de camp. Les souvenirs, les espoirs et les projets confus y barbotent pêle-mêle ». La vie de Stéphane s’embrouille. Dans la vie de Stéphane, outre Marie-Ève dont il sent davantage l’éloignement, les femmes occupent une place importante. Presqu’à l’obsession. De sa mère aux copines et à l’épouse, Stéphane leur semble soumis comme il se soumet au destin : « J’étais seul depuis six mois. Ma vie n’avait plus vraiment de sens, mais je continuais mon train-train quotidien comme un brave petit zombie qui ne veut décevoir personne ». Même les défaites de son club préféré Les Canadiens l’enfoncent dans la morosité. Stéphane finira-t-il par s’en sortir ? Cette réponse se trouve dans ce premier roman de Luc Labbé. Le jeune auteur ingénieur a eu plus de chances que Stéphane. Ce dernier n’a jamais pu publier ses romans. Luc Labbé nous arrive avec un premier roman, écrit de façon alerte, plein d’action, qui se laisse lire rapidement. Avis au lecteur. Il est important de bien comprendre que ce roman n’est pas un essai sur Marc Lépine.

    Dans l’ombre de Marc Lépine, Luc Labbé, Édition Amerik Media, 2008

    Mots-clés : québec , montréal , Médias et Livres

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