Jean Nouvel ne répond-il pas à des problématiques nouvelles par un projet ancien ?
Sa Tour est belle. Et alors ? Bien sût il faut que ces édifices soient de beaux objets - qu’on y retrouve un souffle créatif comme ce fut le cas à la Défense avec la Grande Arche par exemple. Mais la démarche première n’est-elle pas de s’interroger sur les spécifications pour répondre aux exigences nouvelles ? comme les contraintes énergétiques et d’environnement, la composition de leur peau et leur forme pour offrir la moindre résistance aux vents et alléger la construction, la commodité des circulations internes et des batteries d’ascenseurs qui ont nécessairement un impact sur le parti architectural, les circulations en pied d’immeubles qui ne doivent pas être balayées par des vents tourbillonnants pour assurer la continuité avec les autres édifices, les parkings sécurisés, etc., sans oublier les conditions même de leur construction, pour ne citer que quelques critères. Norman Foster a tenté de le faire à Londres : son « Cornichon » prend en compte ces critères nouveaux.
Une autre question qui se pose depuis que l’on a vu, un 11 septembre, à New York, des mouchoirs s’agiter par des fenêtres ouvertes au-dessus des zones d’impact des avions ; ces gens là étaient condamnés car il eût fallu aller les chercher avec des hélicoptères, ce qui était impossible. L’évacuation des personnes au-dessus d’un point critique résultant d’un sinistre n’est pas prise en compte dans ce projet. Or des solutions existent, comme celle qui consisterait, par exemple, à construire les Tours par bloc de deux, ou mieux de trois, en les reliant à différents niveaux par des passerelles, pour que les personnes bloquées dans l’une d’elles puissent passer dans une autre pour trouver des issues de secours.
La forme d’une Tour doit être aussi l’expression d’un programme. L’architecte ne saurait s’exprimer en sculpteur, laissant au maître d’ouvrage le soin de caser ce qu’il peut à l’intérieur. C’est de l’esthétisme pur associé à une l’idéologie constructiviste : construire haut pour faire beau et utiliser les techniques les plus sophistiquées, « les techniques limites ». Le projet présenté s’inscrit dans cette démarche : les mêmes idées, les mêmes méthodes, produisent les mêmes objets : des Tours originales, belles et en tous points parfaites, comme à Bilbao, Shanghai ou Dubaï par exemple, mais qui ignorent des critères qu’impose la raison et que la société a fait ailleurs, siens.
Jean Nouvel propose-t-il donc autre chose, malgré le Pultzer, que ce que rejette la population depuis bientôt quarante ans ? on a le sentiment, en regardant la maquette de cette « belle Tour », que rien ne change : l’objet est conçu, pour lui-même, comme une sculpture (il est une fin en soi) – et le discours ! (les concepts mis en avant par les architectes pour justifier leurs projets, sont souvent, comme l’a dit François Chaslin dans « Métropolitain » sur France Culture, « des concepts à la mors-moi le nœud ! »).
Peu donc nous chaut cette Tour Nouvel, qui peut certes faire rêver, car l’imagination n’est plus, aujourd’hui, sous ce crayon là.
Faut-il alors s’en remettre un fois encore à la réglementation – déjà surabondante et particulièrement les édifices de grande hauteur- pour faire naître ces Tour intelligentes, construites de façon rationnelle en réponse à ces critères environnementaux et énergétiques nouveaux qui s’imposent, qui soient autre chose que des sculptures gigantesques, un élément d’une sky line pour des dépliants touristiques ou des actions de communication ?
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