Dans la tradition politique canadienne, comme dans celle de bien des pays, le poste de ministre des Affaires étrangères est généralement occupé par un politicien d’envergure, ou du moins, par un politicien qui est promis à un bel avenir. Bien souvent, les fonctions de ministre des Relations étrangères (ou secrétaire d’État à l’époque) ont même servi de préparation pour le rôle de Premier ministre. Nous avons qu’à penser à Mackenzie King, Louis St-Laurent, Lester B. Pearson, John Diefenbaker et Jean Chrétien. Évidemment, Maxime Bernier ne fera pas partie de cette tradition.
En fait, si différents Premiers ministres ont eu le même réflexe de nommer de grands politiciens au poste de ministre des Affaires étrangères, c’est que ce rôle est d’une importance cruciale. Le député qui occupe cette fonction ne représente rien de moins que l’image du Canada à l’étranger. Il est aussi le chef de la diplomatie canadienne. Laissez-moi vous dire que lorsque cette personnalité défraye la manchette avec une boîte de Jos. Louis à la main dans un pays en guerre, ce n’est pas très prometteur pour la suite des choses.
Et cette suite des choses, que tout le monde connaît, ne fut pas très reluisante. C’est un nombre impressionnant d’erreurs qui ont été commises par le ministre Bernier. Tellement, qu’il n’a eu d’autres choix que de remettre sa démission au Premier ministre Harper. Incontestablement, Maxime Bernier n’avait pas les compétences pour combler un tel rôle au sein du gouvernement canadien.
Devant un tel constat, je ne peux faire autrement que de me questionner sur les compétences de celui qui l’a engagé, c’est-à-dire Stephen Harper. Comme je l’ai dit plus haut, le poste de ministres des Affaires étrangères est d’une importance capitale. La nomination du ministre doit donc se faire avec la plus grande rigueur. Avec l’échec monumental qu’a connu l’ex-ministre Bernier, nous sommes légitimement en droit de nous questionner à savoir si le Premier ministre à respecter la rigueur nécessaire à la dotation d’un poste d’une telle envergure.
Maxime Bernier est un spécialiste de la chose économique. Il possède une formation en Économie. Il n’avait donc pas de formation académique qui aurait pu atténuer, un tant soit peu, son manque d’expérience. Plusieurs erreurs ont rapidement confirmé cela. Si cela ne le prédisposait pas à un échec certain – d’autres ont déjà réussi avec le nombril aussi vert –, il m’apparaît évident que cela l’handicapait lourdement. Mais le Premier ministre Harper est passé outre son manque d’expérience pour les relations internationales et il a pris le risque de le nommer ministre. Avec les conséquences qu’on connaît.
Pourquoi le Premier ministre a-t-il pris un tel risque. Probablement pour plaire aux électeurs québécois ; pour leur montrer qu’ils ont une présence forte au sein du gouvernement fédéral. Peut-être aussi pour tenter de sensibiliser l’électorat québécois au bien-fondé de la mission afghane. C’était peut-être aussi pour tenter de transformer Bernier en chef d’État, de la même façon que le ministère des Affaires étrangères a réussi à transformer les King, St-Laurent ou Pearson. (Il ne faut pas oublier qu’au début du gouvernement Harper, Maxime Bernier était vu par plusieurs comme étant le dauphin de Stephen Harper. Tellement, que certains le surnommaient « Flipper ») En fait, c’est surement un peu pour toutes ses raisons que Stephen Harper a misé sur Bernier. Il croyait faire un gain politique important en nommant M. Bernier. Malheureusement, il a perdu.
Les conséquences de ce pari perdu sont assez lourdes. Et, selon moi, c’est le Premier ministre Harper qui doit en assumer toute la lourdeur. C’est lui qui a fait le choix de nommer un incompétent sans envergure pour représenter le Canada sur la scène internationale. C’est lui qui a préféré courtiser une partie de son électorat nécessaire à sa réélection plutôt que de choisir le candidat le plus compétent. C’est aussi lui qui a continué à défendre son ministre incompétent jusqu’à lundi en fin de journée malgré la rogne des partis d’opposition. Pour toutes ses raisons, M. Harper perdra assurément de la crédibilité aux yeux des électeurs.
Quand le ministre des Affaires étrangères d’un pays quitte ses fonctions pour incompétence, cela affecte assurément l’aplomb du gouvernement. Cependant, quand nous sommes en face d’un gouvernement qui, en plus d’avoir perdu un ministre d’une importance capitale, voit la compétence de son chef remise en question, nous sommes en présence d’un gouvernement qui est en train de plier les genoux. C’est précisément ce qui est en train d’arriver sur le ring de la politique fédérale canadienne. L’opposition tentera-t-elle de passer le K.O. avant la fin de la session parlementaire ? C’est à suivre …
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