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    • Michel Monette
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    Opinion : Le grand ménage

    le 27 mai 2008 | 180 visites | 3.25 / 5 | 4 commentaire(s)

    La version originale de cet article a été publiée à cet endroit.

    Le grand ménage
    photo : Alexander Somma (Flickr)

    L’identité québécoise doit être enfin nettoyée d’un nationalisme basé sur la peur de disparaître qui ne mène nulle part.

    Les travaux de la commission Bouchard-Taylor et le rapport qui en découlent vont peut-être permettre de faire un grand ménage printanier. Le nationalisme québécois a besoin d’un nettoyage en profondeur. Dans ces dernières interventions, Pauline Marois confond crise identitaire et valeurs communes. C’est bien commode pour défendre l’idée que la culture québécoise est menacée tant que le Québec ne sera pas indépendant, mais c’est une attitude de pyromane qu’elle devrait laisser à Mario Dumont.

    Il y a des avenues intéressantes dans le rapport Bouchard-Taylor : d’abord une façon de sortir de l’opposition entre multiculturalisme et nationalisme québécois. Le multiculturalisme est une vision de la société inadéquate quand il est question du Québec. Il n’a d’ailleurs jamais vraiment été accepté par les Québécois, sauf peut-être les Québécois d’origine canadienne-anglaise. Il semble même que la société canadienne commence à se poser des questions. Sans l’existence d’une culture commune reconnue comme telle, comment en effet défendre l’existence d’une nation canadienne ?

    Le Québec doit construire son identité en fonction de la culture française d’origine « canadienne-française » devenue la culture québécoise. Il peut le faire cependant sans écraser les cultures persistantes de ceux qui sont venus s’installer ici.

    Les commissaires nous disent que nous devons cesser de nous sentir menacés par les nouveaux Québécois. Ils ont raison. Le pas à franchir, que plusieurs hésitent à faire, est de se débarrasser du nationalisme craintif, frustré, à la limite revanchard, qui présente une vision défaitiste de notre devenir.

    L’affirmation nationale doit emprunter une nouvelle avenue. Cette avenue existe d’ailleurs déjà. Elle a pris la forme de la Loi 101 qui affirme que le Québec est français tout en respectant sa minorité anglaise. Elle a pris la forme de la Charte des droits et libertés de la personne qui affirme que ces droits et libertés doivent primer tout en proclamant la liberté de culte. Elle a pris la forme des réussites québécoises qui ont inspiré à Jean-François Lisée un des plus beaux textes sur le rayonnement du Québec (La mondialisation ne serait pas la même sans le Québec).

    Il faudrait cesser de lier le débat sur la laïcité et celui sur l’identité. Le débat sur la laïcité est un débat universel. Il concerne au premier chef les individus. Pour pouvoir exercer pleinement ses libertés individuelles, chacun doit pouvoir compter sur la laïcité de l’État et des institutions publiques. L’identité collective n’a pas à être laïque ou non.

    En ce sens, je veux bien que le crucifix de l’Assemblée nationale soit un objet culturel, mais il est aussi et surtout un symbole religieux qui n’a pas sa place là où nos élus délibèrent et légifèrent. Nous avons une réserve muséale nationale qui pourrait très bien accueillir et préserver cet objet culturel.

    Il faut aussi faire la différence entre identité et respect des droits de la personne. L’égalité entre les femmes et les hommes, pour prendre cet exemple, ne relève pas de l’identité.

    On ne force pas un individu à adopter une identité. On l’accueille et on l’intègre par osmose.

    Une anecdote surgit en moi chaque fois que je pense à tout de débat sur les accommodements raisonnables. J’étais dans un restaurant montréalais du Centre-Ville où il faut faire la file pour commander. J’entendais parler un groupe de jeunes derrière moi. Tous parlaient le québécois. Je me retourne et je vois soudain le monde : blancs, noirs, jaunes...

    Une jeune fille, parmi ces « Québécois de langue », portait le voile.

    Mots-clés : canada , québec , Société et Politique

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  • 4 COMMENTAIRE(S) | Répondre à cet article

    • Gilles

    Le multiculturalisme […] n’a d’ailleurs jamais vraiment été accepté par les Québécois, sauf peut-être les Québécois d’origine canadienne-anglaise.

    Je ne comprends pas le sens que peut avoir l’expression d’origine canadienne-anglaise ou canadienne-française, d’ailleurs. Quand on parle d’origine, il ne peut s’agir que de l’ethnie ; la langue ne définit pas l’origine (par ex., les Écossais, les Indiens et les Jamaïcains parlent anglais), ni le territoire (par ex., les Inuits habitent la Sibérie et l’Amérique du Nord). Autrement dit, les Québécois sont d’origine française, ou irlandaise, ou pakistanaise, ou japonaise, etc. quelle que soit la langue qu’ils parlent.

    Je pense que c’est par idéologie "individualiste" à la Trudeau que S. Dion a parlé, un des premiers parmi nos penseurs politiques, d’origine canadienne, et la notion est reprise par Bouchard et Taylor. La notion à occulter par tous les moyens étant que la majorité des Québécois est d’origine française.

    27 mai 2008 | répondre | permalien

    Je vous invite à lire cet article sur les États généraux du Canada français (1967-1969). C’est à cette époque que s’est faite la rupture et qu’on s’est mis à se désigner sous le nom de Québécois.

    L’origine des "Canadiens-français", comme se nommaient nos ancêtres à partir de la formation du Canada-Uni suite à l’échec de la lutte de libération de 1837-38, est beaucoup plus diversifiée qu’on ne se l’imagine (Français, mais aussi Allemands, Irlandais (surtout les Irlandais catholiques qui se sont installés dans les paroisses des seigneuries), autochtones, sans compter les Italiens, Polonais et autres Européens qui se sont assimilés). Je crois qu’on peut dire d’origine canadienne-française pour parler de la nation québécoise qui continue de se diversifier avec les nouveaux arrivants. Je souhaite vivement que nous devenions indépendants, mais ça ne changerait pas cette dynamique qui traverse toute notre jeune histoire.

    Quant à nos compatriotes canadiens-anglais du Québec, c’est à eux de choisir leur nomination. Je crois comprendre que plusieurs préfèrent l’expression Anglo québécois, mais c’est mon hypothèse. Je veux bien vous concéder que l’expression "Canadien anglais" est plus tardive que l’expression "Canadien français" et qu’en ce sens j’aurais peut-être dû écrire "d’origine britannique", mais aurais-je alors soulevé une polémique par rapport à l’origine américaine de nombreux canadiens ?

    27 mai 2008 | répondre | permalien
    • Gilles

    Merci pour le lien vers les États généraux.

    L’origine […] est beaucoup plus diversifiée […] Français, Allemands, Irlandais, autochtones, Italiens, Polonais […]

    J’ai mal posé ma question, je vois. Je voulais savoir si l’origine n’est pas synonyme d’ethnie — tu en cites quelques-unes — et qu’en conséquence, si c’est le cas, il ne peut pas y avoir d’origine canadienne car il n’y a pas d’ethnie "canadienne", le territoire étant peuplé de… diverses ethnies venues d’ailleurs au cours des siècles.

    Autrement dit, je pense que le fait que les ethnies soient très diverses est un argument contre l’accusation de "nationalisme ethnique" qu’on veut coller aux Québécois, dans certains milieux.

    27 mai 2008 | répondre | permalien

    C’est une très bonne question. Il faut relire Balthazar (voir le texte de Pascale Guéricolas : Nationalisme : êtes-vous "ethnique" ou "civique" ?). Les Québécois ont beau provenir de plusieurs souches (pour reprendre une image que certains n’aiment pas), ils n’en ont pas moins développé une conscience commune qui peut facilement devenir "ethnique" comme on l’a vu lors de la crise des accommodements. Selon moi, il faut que cette conscience soit civique, mais le sans y perdre notre âme. Sinon que sera la musique, la poésie et les autres formes d’expression de notre culture. C’est compliqué, mais le contraire, comme le prônent l’ADQ et dans une moindre mesure le PQ, risque de nous entrainer sur le dangereux terrain de la xénophobie.

    La réaction qui me semble la plus sensée jusqu’à présent est celle de Québec solidaire. Le jour où nous serons indépendants, nous pourrons enfin nous débarrasser de nos "canadiennes" que nous rangerons dans un musée, à côté du crucifix de l’Assemblée nationale. Ce qui ne nous empêchera nullement d’en confectionner au goût du jour, influencés, pourquoi pas, par les cultures venues se greffer à la culture québécoise.

    27 mai 2008 | répondre | permalien

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