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    Opinion : Merci Joël Le Bigot

    le 30 mai 2008 | 373 visites | 3.67 / 5 | 0 commentaire(s)

    La version originale de cet article a été publiée à cet endroit.

    Merci Joël Le Bigot
    photo : o2ma (Flickr)

    Conservez votre ton moqueur et impertinent, monsieur Le Bigot. Grâce à Dieu des gens comme vous existent.

    Dans un jugement récent, le comité des plaintes et de l’éthique de l’information du Conseil de presse du Québec a rejeté les prétentions d’Amina Benrhazi qui reprochait à Joël Le Bigot des propos qu’elle qualifie d’islamophobes. Selon elle, Le Bigot aurait fait preuve de sensationnalisme et aurait porté atteinte aux musulmans par des déclarations qu’elle juge discriminatoires et haineuses. Le Conseil de presse en a jugé autrement, et c’est tant mieux.

    S’il fallait qu’il ne soit plus possible aux Le Bigot de ce monde de s’en prendre à la bigoterie religieuse, quelque soit celle-ci, nous subirions un recul majeur qui nous ramènerait au temps des curés.

    Amina Benrhazi devrait lire l’entrevue que donnait en 2007 Benamar Médiène à propos de son ami et écrivain Kateb Yacine, mort en 1989. « La dérision devient l’arme de destruction massive contre le conformisme réactionnaire. Kateb va s’attaquer à tous ceux qui, au lieu de développer l’esprit, l’étouffent », répondait alors Médiène au journaliste d’El Watan à propos du besoin de liberté de la pensée.

    L’Algérie a subi l’envahissement arabe. Comme écrivain et homme de théâtre, Kateb s’en prenait à la bigoterie arabo-musulmane, la Gandourie. Pour situer le personnage, il était à l’Algérie ce que Michel Tremblay est au Québec.

    Prendre des propos antireligieux pour des propos haineux, c’est faire le jeu du conformisme réactionnaire. Amina Benrhazi devrait pourtant le savoir.

    Cet épisode s’inscrit dans une crise profonde qui va bien au-delà des accommodements raisonnables. Cette crise que peu osent nommer, c’est la crise de la rectitude. Le style pamphlétaire est le meilleur antidote contre cette lancinante rectitude qui voudrait nous empêcher de dire que le voile des musulmanes, par exemple, est un symbole religieux qu’il est légitime de pourfendre.

    Le Bigot a aussi reproché, dans une entrevue que lui accordait Max Gros Louis, la dérive vers l’immigration qu’avait prise la commission Bouchard-Taylor « alors qu’à l’origine s’était un problème de présence nouvelle de certaines religions très agressives. Faut-il lui reprocher les paroles suivantes : « Quand vous voyez les façons de faire qui sont très habiles de ces religieux, les extrêmes religieux très agressifs... » ? Il ne s’en prenait pas aux Arabes, où à tout autre peuple provenant de régions où domine la religion musulmane, mais aux dérives des religieux.

    Ce n’est pas la Marocaine, ou l’Algérienne, ou toute autre musulmane, ni tout autre musulman, qui sont attaqués, c’est une des formes de la religion qu’ils pratiquent. Par analogie, si je dénonce le discours des catholiques traditionnels, est-ce que j’incite à la haine ? Si je dénonce certains prêcheurs américains qui incitent à la violence, est-ce que j’incite à la haine ?

    J’avoue être un fan de Le Bigot dont je m’ennuie quand il prend congé. Désolé pour son remplaçant, mais il ne lui va pas à la cheville. Sauf Raymond Saint-Pierre qui avait relevé magistralement le lourd défi l’an passé.

    Le Bigot qui aime bien provoquer doit pouvoir conserver ce ton moqueur et impertinent. Que ceux qui n’aiment pas que l’on s’en prenne à leur croyance se bouchent les oreilles.

    Lire le jugement.

    Mots-clés : québec , Médias et Société

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