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    • Pierre R. Chantelois
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    Nicolas Sarkozy - En attendant Toulon

    le 25 septembre 2008 | 271 visites | 2.60 / 5 | 0 commentaire(s)
    Nicolas Sarkozy - En attendant Toulon
    Photo : Abd Rabbo

    Nicolas Sarkozy a beaucoup de raisons de réfléchir par les temps qui courent. D’abord, il est toujours au plus bas dans les sondages. En septembre, seulement 37% des Français sont satisfaits de leur président, selon un sondage « Ifop » publié par«  Le Journal du dimanche » daté du 21 septembre. En d’autres termes, 62% des personnes interrogées se disent mécontentes du chef de l’État, soit trois points de plus qu’en août. Ce n’est pas rien.

    Autre élément de réflexion, l’économie. Jusqu’à jeudi, le président réfléchit. Il donnera sa vision avant l’examen, vendredi, en conseil des ministres, du projet de budget 2009 de la France. Le président de la France, aussi incroyable que cela puisse paraître, s’est abstenu jusqu’ici de commenter les derniers rebondissements de la crise financière américaine. Il est vrai que le président peine à régler ces petits soucis domestiques qui sont fort ennuyeux car ils indisposent le peuple : citons notamment la réduction de 68 milliards d’euros des prélèvements obligatoires en cinq ans, le retour des finances publiques à l’équilibre en 2012 ou la hausse de 25% du minimum vieillesse.

    Selon la ministre de l’Économie, Christine Lagarde, le président est « en situation d’analyse avant de proposer jeudi soir toute une présentation de sa politique économique ». Qu’importe que la crise financière internationale et ses éventuelles conséquences pour l’économie française inquiètent 81% des Français ! Le président réfléchit. Un proche du président a prévenu qu’il ne faudrait pas s’attendre à des « propositions bouleversantes ». Que l’on aime ou non Georges W. Bush, il a pris la situation bien en main. Le président de la France, lui, réfléchit. Comment expliquer au peuple, après des promesses insensées tout au cours de la campagne électorale, que le président ne dispose à proprement parler d’aucune manœuvre tant l’économie de son propre pays est à plat ? Christine Lagarde prépare le terrain : « Je pense que nous avons encore toute une série d’obstacles à franchir et de difficultés à surmonter, » tout en réitérant sa confiance dans la « solidité de notre système bancaire ».

    Comment Nicolas Sarkozy expliquera ce rapprochement soudain avec Georges W. Bush dont le crédo économique a toujours été fondé sur l’ultralibéralisme ? Comment expliquer au peuple que le modèle américain connaît de sérieuses ratées et que ces ratées peuvent influer directement sur l’économie de la France, tellement fragilisée par des années d’imprévoyance ? Le réformateur n’a plus les moyens de réformer. Alors, il réfléchit.

    Nicolas Sarkozy a beau donner des leçons d’économie, il ne dispose pas d’un équipage vigoureux pour le mener à bon port. Le président était à New York. Depuis samedi. Il a profité de son séjour pour recevoir deux prix : le prix humanitaire de la fondation Elie Wiesel, lundi soir dernier et celui de l’homme d’État de l’année, par la fondation « Appeal of conscience  » » (Appel de la conscience) mardi.

    À quelques encablures de Wall Street, il s’est adressé aux Nations Unies dans le cadre d’une réunion sur les « besoins de développement de l’Afrique ». Et le hasard veut que Nicolas Sarkozy soit monté à la tribune après George W. Bush dont c’était le dernier discours comme président des États-Unis. Et c’est aux États-Unis que Nicolas Sarkozy a affiné ses convictions avant de parler d’économie au peuple Français inquiet par cette folle spirale financière. Il lui faudra écouter ce qui se dit à Washington : Chris Dodd, président de la commission bancaire du Sénat, dénonce le plan de sauvetage de 700 milliards de dollars présenté par l’administration Bush.

    Il y avait fort à parier que Nicolas Sarkozy allait s’improviser à nouveau chantre, comme lors de son intervention de l’an passé, de la « moralisation du capitalisme financier » et formuler à ses hôtes des propositions pour prévenir de futures crises. Il y avait fort à parier qu’il allait répéter avoir averti en 2007 l’humanité de la crise imminente qui frappe l’économie mondiale. Tout cela dit avec style et diplomatie. Il lui fallait être prudent : « il y a des questions qui ne se traitent pas sur la place publique » ou « comme dans des foires agricoles », surtout après le discours d’un président comme Georges W. Bush qui s’est toujours réclamé contre la régulation et pour le néolibéralisme économique. Et le président lui-même convenait que, pour traiter d’un sujet aussi grave, « il faut être très reposé pour affronter la crise financière internationale ». Le président devra prendre en compte dans les affaires internes de la France que L’Europe rejette toute idée d’un plan de sauvetage des banques à l’américaine après la crise financière et qu’elle veut se concentrer sur le renforcement de la surveillance du secteur.

    Le président, de retour en France, devra mettre bon ordre dans cette invraisemblable cacophonie en matière de taxes, du financement controversé du RSA à la multiplication de mesures de bonus-malus écologique. Nicolas Sarkozy aura eu le temps de s’inspirer de ses homologues européens qui n’ont pas hésité à commenter la conjoncture économique actuelle. Gordon Brown a appelé à identifier les « comportements irresponsables » à l’origine de la crise financière internationale. José Luis Rodriguez Zapatero a qualifié la crise financière « de grande envergure  » » et a estimé qu’ « elle avait mis le système financier mondial dans une situation extrêmement difficile ». Angela Merkel a expliqué que le gouvernement suivait le dossier « avec une grande attention  » » et qu’elle était « en contact étroit avec les responsables de l’industrie bancaire allemande, tout comme avec les autres gouvernements ». Joaquin Almunia, commissaire européen aux Affaires économiques, a plaidé pour une plus grande coordination, à l’échelle européenne, dans le domaine de la régulation financière. George W. Bush a dit partager les inquiétudes des Américains et il a invoqué les mesures « extraordinaires » prises récemment par son gouvernement et la Réserve fédérale.

    Le président français s’expliquera le 25 septembre, dans un discours de 45 minutes au Zénith de Toulon devant 3.000 à 4.000 personnes, sur sa politique économique. Le but de ce grand rassemblement est « de remettre en perspective la politique économique de la France », « un peu comme il l’avait fait, en juillet 2007, à Epinal, pour présenter la réforme des institutions ». La tentation sera forte pour le président Sarkozy de « justifier le bien-fondé » des réformes conduites depuis son élection en mai 2007.

    Il faut dire que, en Charente-Maritime, Nicolas Sarkozy s’était hasardé à commenter la crise financière en ces termes : « Bien sûr, il y a une crise économique mondiale et européenne, mais ce n’est pas une raison pour arrêter les réformes, c’est au contraire une raison pour aller plus loin ».

    Va pour la poursuite des réformes mais il n’en demeure pas moins vrai que des doutes planent sur le pouvoir réel du président de les mener à termes, au vu, encore une fois, des prévisions de croissance du gouvernement et de sa capacité à maintenir les déficits publics en-deçà de la barrière des 3% du PIB fixée par Bruxelles.

    En terminant, que dire de ce député du gouvernement, Bernard Carayon, qui a jugé le message des grands argentiers européens « désastreux » ? Est-ce le sentiment d’un seul député ou un avis partagé par l’ensemble de la droite ministérielle ?

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