Si vous vous êtes enrichis sur Second Life, et que vous perdez tout à la suite d’un bug système, votre vie quotidienne n’en sera pas bouleversée. Au pire votre psy devra vous rappeler que votre compte en banque à la SocGé n’a pas bougé, et vous expliquer que vous n’avez rien perdu... puisque vous n’aviez rien gagné – Second Life c’est du vent, de l’illusion, et l’argent que l’on peut y gagner n’a pas plus de valeur qu’au Monopoly !
Cette parabole prétend expliquer la crise actuelle des subprimes. Des organismes financiers au premier rang desquels figurent d’honorables banques qui gèrent des placements de « père de famille » - mais qui jouent aussi sur les marchés dérivés et ont fait de la tritisation une source importante de profits – sont en fait dans la position de l’internaute qui s’investit dans Second Life : à côté du monde réel, celui de l’économie au quotidien où des personnes physiques ou morales achètent vendent empruntent et remboursent, ces honorables institutions – qui sont installées dans des sièges sociaux prestigieux pour montrer leur pouvoir – ont inventé des jeux, qui leur permettent de jouer entre elles, comme « pour de vrai », avec des valeurs qu’elles ont créées pour cela, mais qui n’en sont pas. Il y a bien évidemment un zeste de réalité dans un produit de tritisation, par exemple quelques milliers de prêts accordés à des particuliers pour acheter leur maison, mais l’essentiel est fait d’éléments dépréciés, de prêts qui ne seront pas remboursables mais figurent à l’actif des bilans ou dans les stocks, et de valeurs virtuelles fruits de l’imagination de zélés collaborateurs, qui peuvent être, par exemple, rien d’autres que les commissions et les marges considérables qu’ils ont pris pour accorder ces prêts immobiliers. Comme sur Second Life, s’il y a un vendeur il y aura un acheteur et le « paquet » passe ainsi de mains en mains en prenant chaque fois de la valeur, chacun y ajoutant ses commissions et ses marges.
Que quelque chose qui vaut 100 au départ dans la vie réelle, en valent au bout d’un mois ou d’un an 1.000 ou 10.000, c’est, comme dans Second life, possible. On pourrait dire, en d’autres termes, que cette finance là, c’est le nouveau royaume du Père Ubu.
Mais comme dans le royaume du Père Ubu, il y a toujours quelqu’un pour dire que le « roi est nu » : c’est le bug informatique qui remet à zéro tous les comptes de Second Life, c’est le vent qui emporte les billets du Monopoly... et c’est la crise des subprimes ! Les paquets de valeurs titritisés, inscrits dans les bilans des organismes financiers, ont été valorisés en fonction des montants de transactions et de leur réévaluations comptables, mais lorsque le bruit a couru que ces paquets n’étaient que des sacs vides il a fallu sen débarrasser. Comme il n’y a plus d’acheteurs on passe des pertes dans les comptes. Mais ces pertes ne sont pas autre chose que l’effacement de ces survaleurs, de ces montants virtuels, que les transactions de titrisation avaient donné aux produits. C’est dire que l’on enlève du circuit financier réel, ce qui s’échangeait sur un circuit financier virtuel. Où est la perte financière réelle ? Il y a eu mille milliards de dollars créés sur un système bancaire virtuel, (sur Second Life Phynance) ; on les enlève sans que l’économie réelle en soit affectée – en dehors de quelques dégâts collatéraux dus à la naïveté de certains présidents de banque qui ont confondu le monde réel et les jeux en ligne sur des sites pour piéger le gogo...
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