Selon le gouvernement du Canada, madame Louise Arbour est une « honte ».
Selon les grands personnages de la francophonie canadienne, madame Louise Arbour jouit d’un très grand respect de ses pairs et devient une figure internationale. En 1996, le secrétaire général des Nations-Unies, Boutros Boutros-Ghalie, annonce qu’il a choisi la Canadienne pour occuper le poste de procureur du Tribunal pénal international (TPI). Louise Arbour fait face à une tâche colossale. Elle doit superviser le travail de deux tribunaux qui ont été créés par les Nations-Unies en 1993-1994. En juin 1999, Louise Arbour est la juriste la plus connue de la planète. Elle décide de mettre un terme à sa chasse aux criminels de guerre. Elle accepte un siège à la Cour suprême du Canada et remplace le juge à la retraite Peter Cory. Elle apporte à la Cour suprême de son pays une somme incroyable d’expériences et une vaste connaissance du droit.
Le 25 février 2004, l’Assemblée générale de l’ONU approuvait la nomination, pour un mandat de quatre ans, de Mme Louise Arbour, proposée par Kofi Annan, au poste de Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme. Mme Arbour prenait ainsi la succession de Sergio Viera de Mello, tué le 19 août 2003, lors de l’attaque terroriste menée contre le siège de l’ONU à Bagdad.
Le 30 juin 2008, Louise Arbour, âgée de 61 ans, quittera son poste par décision personnelle de ne pas briguer un deuxième mandat. Ban Ki-Moon, le Secrétaire général des Nations-Unies, a regretté cette décision parce que madame Louise Arbour : « a relevé le défi de cette tâche difficile exactement comme je l’aurais espéré ». En effet, selon le Secrétaire général : « Louise Arbour n’a jamais hésité à s’exposer aux critiques des États ou d’autres entités, lorsqu’elle jetait la lumière sur les victimes des abus et sur les insuffisances des systèmes juridiques partout dans le monde. Elle a constamment représenté les idéaux les plus élevés des Nations Unies, et les nombreux hommages qui lui sont rendus aujourd’hui à travers le monde sont bien mérités ».
Une rumeur a circulé à Ottawa qui semble prendre forme. Stephen Harper aurait communiqué une consigne à ses ministres et sous-fifres d’éviter tout propos positif à l’égard de madame Louise Arbour. Pliant l’échine, le président du Conseil du Trésor, Vic Toews, a lâchement déclaré en Chambre que madame Louise Arbour : « Elle est une honte ! » À une demande de se rétracter, le ministre Toews en a remis : « les commentaires faits par Mme Arbour sur l’État d’Israël au cours de son présent mandat au Haut-Commissariat des droits de la personne sont une honte ».
Le gouvernement minoritaire de Stephen Harper est en pleine déconfiture. Il ne vit plus qu’au ras de la frange, du mensonge, de l’ignominie.
Dans une dépêche publiée par l’agence Reuters, madame Arbour déplorait le fait que plusieurs États membres cherchent à contrôler le Haut-Commissariat, organe indépendant du Conseil des droits de l’homme, qui regroupe 47 pays. Patrick Chinamasa, ministre zimbabwéen de la Justice, avait jugé madame Arbour coupable « de manquement répété à son devoir » et l’avait accusée d’avoir fait de ses services « un oracle déifié qui crache des diktats que nous devons tous suivre ». Bien que moins virulents, d’autres délégués de pays arabes et asiatiques s’étaient montrés très critiques à son endroit.
Fait à noter : ces pays dénonciateurs avaient été la cible de ses reproches, directs ou non, en matière de respect des droits de la personne.
Comme l’indique la Tribune de Genève : « La Canadienne a été souvent bousculée de tous côtés : en effet, les pays "du sud" lui reprochent de promouvoir une conception « occidentale » des libertés, en faisant passer les droits individuels avant les droits collectifs (droit au développement par exemple). Mais la Heritage Foundation, par exemple, un think tank conservateur américain, lui reproche au contraire de trop mettre l’accent sur les droits économiques et sociaux… Louise Arbour s’est aussi mis à dos les Etats-Unis en les accusant d’avoir miné la cause des droits de l’homme avec leur « lutte contre le terrorisme ».
Dans le même sens que la Tribune de Genève, Bakchich, un blogue engagé, note aussi que : « Louise Arbour a critiqué la guerre de Bush contre le terrorisme et l’emploi de la torture. Elle a critiqué la peine de mort, cette fois pas aux USA, mais en Chine. Elle a chatouillé la sensibilité de Poutine à propos des Tchétchènes et Israël pour ses bombardements aveugles et sa conception du droit. Tout cela, ça fait beaucoup d’ennemis. La Commissaire a dit la vérité ? Elle doit donc être exécutée ».
Dans une pétition signée, le 27 mai dernier, par des intellectuels français, sous le parapluie de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA), madame Arbour est durement prise à partie par suite de son silence après une conférence à laquelle elle participait. « En septembre 2007, la Haute Commissaire aux droits de l’homme, Mme Louise Arbour, participait à une conférence à Téhéran consacrée aux droits de l’homme et la diversité culturelle ». Portant le voile, comme la loi de la République islamique l’exige, la Haute commissaire a été le témoin passif de l’énoncé des principes à venir ainsi résumés : « offense aux valeurs religieuses considérée comme raciste ». Bien pire, c’est dès le lendemain de cette visite que 21 iraniens, dont plusieurs mineurs, furent pendus en public. C’est en sa présence que le président Ahmadinejad a renouvelé son appel à la destruction d’Israël, pays membre de l’ONU créé par cette dernière. Interrogée sur son silence, la Haute Commissaire a justifié sa passivité par le respect de la loi iranienne auquel, en tant que juriste, elle s’estimait tenue et par souci de « ne pas offenser ses hôtes ».
Les pétitionnaires ont profité de l’occasion pour mettre en exergue ce qu’ils qualifient de dysfonctionnement du Conseil des droits de l’homme (CDH). « Le CDH est devenu une machine de guerre idéologique à l’encontre de ses principes fondateurs. Ignorée des grands médias, jour après jour, session après session, résolution après résolution, une rhétorique politique est forgée pour légitimer les passages à l’acte et les violences de demain ». Ils écorchent au passage Doudou Diène, l’expert onusien en charge du racisme, en lui reprochant une série de propos. Les signataires du texte comprennent Elizabeth Badinter, Mohamed Sifaoui, Chahdortt Djavann, Elie Wiesel, Pascal Bruckner et de nombreux autres.
Le Canada est heureux de donner le coup de grâce à cette canadienne illustre, après la dénonciation des pétitionnaires intellectuels français. Ces derniers, ainsi que le gouvernement minoritaire de Stephen Harper, omettent de préciser, que lors de cette même visite à Téhéran, Mme Arbour a rencontré plusieurs militants des droits humains, notamment Shirin Ebadi, lauréate du prix Nobel de la paix, et les organisatrices d’une campagne pour les droits des femmes visant à recueillir un million de signatures contre les lois discriminatoires qui violent ces droits.
Shirin Ebadi dirige le Cercle des défenseurs des droits de l’homme. Cette ONG illégale en Iran est affiliée à la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH). Sur le port du foulard par Micheline Calmy-Rey, ministre suisse des Affaires étrangères, et par Louise Arbour, haut Commissaire aux droits de l’homme, sa réaction est simple : « Cela m’est égal qu’elles se voilent la tête. Ce qui m’a déçue, c’est l’attitude de Micheline Calmy-Rey, lors de sa visite. Sur place, pas une fois je ne l’ai entendue mentionner la situation des droits de l’homme. De plus, Micheline Calmy-Rey n’a pas voulu rencontrer les défenseurs des libertés, même pas moi-même. Louise Arbour a eu une attitude totalement différente. Dès le premier jour, elle a rencontré des représentants de la société civile, elle a visité des prisons de femmes et montré que les gens étaient aussi importants ».
Le gouvernement conservateur minoritaire reproche à madame Arbour sa prise de position, lors de la guerre entre Israël et le Liban à l’été 2006, selon laquelle Israël pourrait être accusé de crimes de guerre si des mesures n’étaient pas prises pour protéger les civils pendant les bombardements au Liban. Mme Arbour avait lancé le même avertissement au Hezbollah.
Le 12 mai 2006, prévenant qu’une « crise des droits de l’homme se profilait » sur le Territoire palestinien occupé, Louise Arbour appelait Israël et l’Autorité palestinienne à respecter les droits fondamentaux, comme le demande une Avis de la Cour internationale de justice (CIJ). Avis qui rappelait qu’Israël est « responsable du bien-être de toutes les populations sous sa juridiction » et qui demandait aussi « le démantèlement et l’arrêt de la construction du mur en Cisjordanie ».
« Les civils, en particulier les plus vulnérables comme les enfants, les femmes et les personnes âgées, ne doivent pas payer le prix du mépris pour les droits fondamentaux et les obligations dans le domaine humanitaire », affirmait la Haute-commissaire. Madame Arbour a réitéré ce principe international : « En tant que puissance occupante, Israël a la responsabilité du bien être de la population palestinienne dans le Territoire palestinien occupé, en vertu du droit international humanitaire, et notamment de la quatrième Convention de Genève de 1949 », a-t-elle estimé.
Et madame Arbour a parallèlement rappelé que l’Autorité palestinienne avait « le devoir urgent de faire tout ce qui est en son pouvoir pour maintenir l’ordre public, empêcher les attaques contre les civils israéliens, enquêter sur les attaques qui ont eu lieu et traduire en justice les responsables ».
En mars 2008, il n’y a pas si longtemps, donc, la Haute-commissaire aux droits de l’homme, cette même Louise Arbour, condamnait les lancements de roquettes palestiniennes sur des civils israéliens et demandait au gouvernement d’Israël de mener une enquête impartiale sur la mort de dizaines de civils à Gaza, en rappelant que le droit international interdit les punitions collectives. Selon madame Arbour, Israël, en tant que puissance occupante, porte une responsabilité particulière, au regard du droit humanitaire international et des droits de l’homme, dans la protection de la population et des installations civiles à Gaza.
Le 10 juin 2008, Louise Arbour se dit préoccupée par des informations selon lesquelles quatre mineurs sont sur le point d’être exécutés en Iran. Elle a engagé le gouvernement iranien à ajourner ces exécutions, conformément au droit humanitaire international, indique un communiqué du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH).
Le 12 juin dernier, Louise Arbour avait salué la décision prise par la Cour suprême des États-Unis qui étend l’application de la Constitution des États-Unis aux détenus de la base américaine de Guantánamo à Cuba. « La Cour suprême a envoyé un message d’une importance vitale qui indique que la protection que garantissent les droits de l’homme fondamentaux doit s’appliquer à ces individus et que des recours efficaces doivent être mis à leur disposition », avait estimé Mme Arbour.
Sous la pression de pays du groupe arabe, le président du Conseil, l’ambassadeur roumain Doru Romulus Costea a intimé, lundi dernier, l’ordre à un orateur représentant des ONG de ne pas mentionner la charia (loi musulmane). M. Costea a réaffirmé mercredi que « le Conseil n’avait pas l’expertise suffisante pour débattre, à n’importe quel moment, des liens fascinants entre religion et droits de l’homme ». « C’est un sujet sur lequel nous devons être très prudents ». Les foudres de l’Égypte, du Pakistan et de l’Iran s’étaient abattues sur l’orateur lisant une déclaration conjointe des ONG - Association for World Education (AWE) et International Humanist and Ethical Union (IHEU) - qui dénonçait notamment la lapidation des femmes adultères dans les pays « qui appliquent la charia ». Louise Arbour a jugé « très préoccupant » de voir imposer « des contraintes et des sujets tabous » dans les débats au Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Le Conseil des droits de l’homme « doit être, entre autres, le gardien de la liberté d’expression », a souligné madame Arbour.
« Oui, certains ont fait pression pour que je parte, déclare-t-elle, mais je quitte l’Onu pour des raisons avant tout personnelles ». Virulente combattante pour les droits de l’homme, Louise Arbour s’est illustrée dans son mandat en augmentant les effectifs du Haut Commissariat et en renforçant sensiblement sa présence sur le terrain. « Ce travail est très dur. Je ne suis pas prête à me consacrer à cet engagement pour encore quatre ans » a-t-elle précisé.
Au revoir, madame Arbour.
(Sources : AFP, Cyberpresse, La Tribune de Genève, Le Monde, Libération, Nouvel Observateur, Presse canadienne, 7sur7)
/BOUCLE_video>Qu’est-ce que les partis d’opposition attendent pour réclamer la démission de Vic Toews ? c’est un casus belli qui permettrait même à Dion de gagner contre Harper qui est à son plus faible.
Pierre JC Allard
Un ange passa...
Le VRAI pouvoir est parfaitement à l’aise avec les obscurantistes à Harpeur au volant. C’est "business as usual" le nez bien enfoui dans le cul de l’amerloque. Charest fini de dépecer l’État québécois en distribuant des médailles. Tout baigne dans l’huile…
"The tyrant, who in order to hold his power, suppresses every superiority, does away with good men, forbids education and light, controls every movement of the citizens and, keeping them under a perpetual servitude, wants them to grow accustomed to baseness and cowardice, has his spies everywhere to listen to what is said in the meetings, and spreads dissension and calumny among the citizens and impoverishes them, is obliged to make war in order to keep his subjects occupied and impose on them permanent need of a chief." - Aristotle
"Plus on est ignorant, moins on s’en aperçoit." – Louis Pasteur
En fait, le terme "une honte" ne redonne pas la parure que Vic Toews a employé en anglais. Les paroles exactes étaient "She’s a disgrace".
Je trouve honteux, pour ma part, qu’un représentant de notre Parlement aille cracher sur une femme actuelle qui est vue par bien des jeunes, et à juste titre, comme une icône vivante de la défense des droits de l’Homme et de la justice Internationale.

Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.
À propos de Cent papiers | Tous droits réservés, Cent Papiers 2006-2007 | Roule sous Spip 1.9.2b | Design: Olivier Niquet | Écrivez-nous !