lundi, mars 30, 2015

japon

Fukushima, 4 longues années

Fukushima, 4 longues années

Le 11 mars 2015, la centrale nucléaire dévastée soufflait ses 4 vilaines bougies, et alors que certains sont convaincus que tout danger est écarté, en creusant un peu, on découvre qu’il n’en est rien.   J’ai publié le premier article sur le sujet, le 12 mars 2011, à 8h29, évoquant le risque de fusion d’un ou de plusieurs réacteurs…le premier ... Lire la suite »

Fukushima : des défis insurmontables

Fukushima : des défis insurmontables

Fukushima : des défis insurmontables

Fukushima : des défis insurmontables

 

Par David BOILLEY (ACRO.eu.org)

 

 

(Article original publié le 5 mars 2015)

 

Cela fait quatre ans que la catastrophe nucléaire japonaise a commencé. Après l’urgence et les mesures d’ajustement et de restructuration, aussi bien la compagnie TEPCo, qui exploitait la centrale, que les autorités se sont installées dans un chantier à long terme. Les défis sont immenses, tant au niveau de la centrale qui reste menaçante que dans les territoires contaminés où la population s’interroge sur son avenir, mais le pays y fait face avec les anciens réflexes de dissimulation et d’autoritarisme qui ne font qu’aggraver la situation.

 

L’été 2013 avait été marqué par une suite de scandales sur les fuites d’eau contaminée qui ont secoué le Japon, avec un fort retentissement médiatique international. Le Premier ministre japonais, Shinzô Abé, a pris le dossier en main et a déclaré devant le Comité olympique, où il défendait la candidature de Tôkyô, que la situation était « sous contrôle » et que la pollution radioactive était bloquée dans le port devant la centrale. Plus tard, devant le parlement, il précisera que « les effets de la radioactivité » sont bloqués dans le port, sans préciser ce qu’il entendait par « effets ». Plus de 18 mois plus tard, force est de constater que la situation n’est pas sous contrôle et l’eau contaminée reste le principal cauchemar de TEPCo.

 

 

La bataille de l’eau contaminée

 

Avant la catastrophe nucléaire, TEPCo pompait, chaque jour, environ 1 000 m3 d’eau souterraine pour rabattre la nappe phréatique et éviter les infiltrations dans les sous-sols des réacteurs nucléaires. Ce pompage s’est arrêté avec la catastrophe et environ 400 m3 d’eau souterraine y pénètrent chaque jour et se mélangent à l’eau de refroidissement fortement contaminée. Cette eau est stockée et TEPCo doit ajouter une cuve tous les deux jours. Il y a plus d’un millier de cuves sur le site de la centrale.

TEPCo doit ajouter une cuve tous les deux jours

TEPCo doit ajouter une cuve tous les deux jours

Inversement, de l’eau contaminée passe des sous-sols vers la nappe phréatique avant de rejoindre l’océan. Les fuites en mer, estimées à la louche à 300 m3 par jour, continuent. TEPCo s’est engagée dans une bataille pour « contrôler » la situation où elle enregistre peu de victoires.

 

Première idée, reprendre les pompages, mais l’eau près des réacteurs est fortement contaminée. Alors la compagnie a décidé de pomper plus en amont où la contamination est moindre. Mais, il lui a fallu un an pour convaincre les pêcheurs qui ont fini par accepter, en mars 2014, que cette eau soit rejetée dans l’océan. Il aura fallu du temps à la compagnie pour accepter un contrôle de l’eau par un laboratoire tiers.

 

En régime de croisière, ce sont entre 300 et 350 m3 qui sont ainsi rejetés quotidiennement en mer. La contamination en tritium (hydrogène radioactif) ne doit pas dépasser 1 500 Bq/L et celle en bêta total (hors tritium) 5 Bq/L. TEPCo avait annoncé une diminution attendue des infiltrations de 100 m3 par jour mais les effets ont mis du temps à se manifester. Ce n’est qu’à l’automne 2014 que la compagnie a pu observer une baisse de 50 à 80 m3 par jour en données corrigées des variations saisonnières. L’eau contaminée continue donc à s’accumuler jour après jour.

 

En parallèle, sur injonction des autorités, la compagnie a commencé à installer un système destiné à geler le sol tout autour des réacteurs accidentés pour limiter les échanges. C’est le gouvernement qui paye. En amont, les travaux progressent vite, mais, en aval, il y a de nombreuses galeries souterraines qui vont vers la mer. TEPCo a essayé, pendant des mois, d’en geler une à titre expérimental, mais cela n’a pas pris. Elle a eu beau rajouter de la glace, puis de la glace carbonique, rien n’y a fait, l’eau circulait toujours. Elle a ensuite tenté de cimenter la partie qui ne gelait pas, sans plus de succès. Elle a enfin décidé de remplir les galeries de ciment, mais il y a de nombreux câbles et tuyaux et il est peu probable que ce soit complètement étanche.

 

Le stockage de l’eau contaminée n’est pas durable. Une première station de traitement, Sarry, retire le césium, mais cela ne suffit pas. Une nouvelle station, ALPS, doit retirer 62 radioéléments, mais elle cumule les déboires. Les performances n’étaient pas toujours au niveau attendu et elle génère d’énormes quantités de déchets. TEPCo s’était engagée, en septembre 2013, après les scandales de l’été et les déclarations du premier ministre, à traiter tout son stock avant mars 2015. Il est rapidement apparu que ce ne serait pas possible. Elle a donc ajouté de nouvelles unités qui ne retirent que le strontium, très radiotoxique, en plus du césium. Mais, finalement, même en prenant en compte cette décontamination partielle, elle ne pourra pas tenir ses engagements. TEPCo affirme maintenant pouvoir y arriver en mai de cette année pour le strontium et en mai 2016 pour les autres radioéléments.

 

Même partiellement décontaminée, cette eau s’accumule dans des cuves. En cas de fuite importante, l’impact serait moindre, mais cela ne résout pas le problème du stockage à long terme. En effet, le stock total de tritium contenu dans les cuves, les combustibles, les sous-sols, et qui n’est pas retiré par les différentes stations de traitement, correspond à environ 150 ans de rejets en mer à la limite maximale autorisée. Pour déverser cette eau dans l’océan – le rêve de TEPCo et des autorités – il faudrait changer les autorisations de rejet, ce qui semble politiquement impossible.

 

La dernière carte de TEPCo consiste finalement à pomper l’eau souterraine au pied des réacteurs. Mais elle est très contaminée. La compagnie veut donc la traiter et la rejeter directement en mer. Elle tente d’obtenir l’accord des pêcheurs, en vain pour le moment.

 

A l’automne dernier, une majorité des 6 000 personnes qui travaillaient chaque jour sur le site de la centrale accidentée était engagée dans la bataille de l’eau contaminée. Ce chiffre est passé à 7 000 par jour et cela ne suffit toujours pas car la culture de la compagnie n’a guère changé. La pénurie de main d’œuvre qualifiée et la sous-traitance en cascade aggravent la situation. Depuis le début de la catastrophe, 40 000 personnes ont travaillé sur le site de la centrale accidentée.

 

TEPCo avait découvert, en janvier 2014, que la contamination de l’eau de pluie évacuée vers la mer était particulièrement élevée dans un drain. Elle a prévenu l’autorité de régulation nucléaire, la NRA, qui lui a demandé de trouver la cause. La compagnie a d’abord suspecté la contamination des sols : elle les a donc couverts, a nettoyé les drains, et multiplié les contrôles, mais la contamination de l’eau n’a pas baissé. TEPCo n’a rien dit à personne. Elle n’a pas signalé non plus que la contamination augmentait avec la pluie. Ce n’est qu’en février 2015, suite une autre fuite qui a déclenché une alarme, qu’elle a averti la NRA.

 

Suite aux fuites qui ont fait scandale par le passé, TEPCo contrôle l’eau de pluie récoltée autour des cuves et a mis des alarmes sur les drains qui s’écoulent vers le port, mais n’a pris aucune mesure particulière pour le drain où l’eau était particulièrement contaminée, qui lui, se jette directement dans l’océan, sans passer par le port où la compagnie a installé des barrières pour limiter les transferts.

 

Comment TEPCo peut prétendre être très précautionneuse en surveillant l’eau pompée avant rejet dans l’océan et d’un autre côté être si négligente pour cette eau de pluie ? La compagnie a encore des progrès à faire en terme de culture de sûreté. Les pêcheurs sont furieux et se sentent trahis. Comme d’habitude, la compagnie s’est excusée pour l’inquiétude créée, alors que ce n’est pas le seul scandale dû à la négligence.

 

 

La menace des piscines de combustible

 

Les piscines de combustible usé ont inquiété au début de la catastrophe nucléaire car elles ne sont pas protégées par l’enceinte de confinement. Si une secousse sismique ou une explosion provoquait une fissure et qu’il n’était plus possible de refroidir le combustible, il aurait fondu et dégagé une énorme quantité de radioéléments. La première semaine, le premier ministre avait sur son bureau le scénario du pire qui consistait en la fusion des combustibles de la piscine n°4, la plus chargée. Une estimation rapide avait montré qu’il aurait alors fallu évacuer jusqu’à environ 250 km de la centrale et donc probablement une partie de l’agglomération de Tôkyô. Le renforcement de la structure de soutènement de la piscine n°4 avait été une priorité dans les premiers mois.

 

TEPCo a fini de vider cette piscine le 20 décembre dernier. C’est une belle prouesse. Les combustibles usés sont dans la piscine commune de la centrale de Fukushima daï-ichi, qui est au niveau du sol. Les combustibles neufs sont dans la piscine du réacteur n°6.

Reportage à la piscine n°4 (source AFP)

Reportage à la piscine n°4 (source AFP)

Pour cela, la compagnie a dû démanteler toute la partie haute du bâtiment réacteur et reconstruire une structure neuve par dessus le tout. Le réacteur n°4, dont le cœur était entièrement déchargé en mars 2011, ne constitue donc plus une menace et son démantèlement se fera plus tard. Réduire la menace des autres réacteurs est la priorité.

 

La compagnie va s’attaquer aux trois autres réacteurs accidentés, en commençant pas le réacteur n°3 qui est très endommagé et dont la piscine contient du combustible MOx, très chargé en plutonium. Contrairement au réacteur n°4, il y a eu fusion des cœurs dans les réacteurs 1 à 3 et le débit de dose ne permet pas aux êtres humains d’y travailler.

 

TEPCo a commencé à démanteler le réacteur n°3 à l’aide de grues télécommandées. Cela n’a pas été sans incidents, mais elle a fini pour la partie haute. Le débit de dose y est si élevé qu’il faut trouver un moyen de l’atténuer suffisamment avant de construire une nouvelle structure tout autour. Ce n’est pas gagné pour le moment.

 

Contrairement au réacteur n°4, le démantèlement du n°3 a conduit à des rejets conséquents de poussières radioactives qui ont été détectées à grande distance. En août 2013, ces dégagements ont même conduit au déclenchement d’alarmes de surveillance et à la contamination de travailleurs qui attendaient le bus. Il faudra à TEPCo du temps pour soupçonner les poussières comme étant la cause des problèmes. L’incident semblait clos. Mais, en juillet 2014, le ministère de l’agriculture révèle que du riz récolté à Minami-Sôma à l’automne 2013 était contaminé au-delà de la limite de mise sur le marché, alors que ce n’était pas le cas l’année précédente. Le ministère soupçonne les retombées de poussières émises lors du démantèlement du réacteur n°3 durant l’été 2013. Les rizières affectées sont au-delà de la zone d’évacuation de 20 km.

 

 

Des rejets dissimulés

 

Le maire et les habitants de Minami-Sôma sont furieux, car ni TEPCo, ni le gouvernement, ne leur ont signalé les retombées radioactives sur la commune. On apprendra plus tard que ce sont des chercheurs de l’université de Kyôto qui ont alerté les autorités : ils contrôlaient la contamination des aérosols à Fukushima et ont détecté plusieurs pics de pollution radioactive. Le ministère a fait le lien avec le riz contaminé et a abordé ce problème avec TEPCo en mars 2014 sans prévenir la commune.

 

TEPCo a fini par reconnaître que le 19 août 2013, les travaux de démantèlement sur le réacteur n°3 ont entraîné un rejet aérien de 4 térabecquerels (4 000 milliards de becquerels), ce qui est 10 000 fois plus que les rejets habituels. Rien sur les autres pics. Ce chiffre sera revu à la baisse des mois plus tard. Et il faudra attendre le 31 décembre 2014 pour découvrir le pot aux roses : contrairement au réacteur n°4, TEPCo a négligé d’asperger une résine pour fixer les poussières avant de démanteler. Et quand cette résine, généralement utilisée pour fixer les poussières d’amiante, était aspergée, la dilution du produit était trop forte. Pour le fabricant, c’est comme avoir aspergé de l’eau. Suite aux problèmes, TEPCo a repris les procédures normales à partir d’octobre 2013, sans rien dire à personne. Pas vu pas pris. Les mauvaises pratiques auront duré presque un an ! La compagnie n’a pas été punie, mais s’est excusée pour l’inquiétude provoquée.

 

Cette affaire a entraîné un « glissement du calendrier » des travaux sur le réacteur n°1. Il est donc difficile de savoir quand les autres piscines seront vidées. Au-delà des piscines, il y a le combustible fondu qui a percé la cuve des réacteurs et qu’il faut continuellement refroidir en l’arrosant. TEPCo ne sait pas où il est exactement. La réduction de la menace que représentent les réacteurs accidentés va prendre des décennies. Après, la compagnie pourra envisager le démantèlement. Se pose aussi le problème des déchets radioactifs pour lesquels le Japon n’a aucune solution à proposer.

 

En attendant, l’environnement plus ou moins proche de la centrale nucléaire peut à nouveau être fortement contaminé suite à un accident. Que se passera-t-il en cas de forte secousse ou de nouveau tsunami ? Même sans accident, il est fort probable qu’il y ait encore des rejets intempestifs qui viennent s’ajouter aux rejets de routine. Chikurin, le laboratoire citoyen monté à Tôkyô avec le soutien de l’ACRO, a mis au point une méthode de prélèvement des poussières facile à mettre en œuvre à l’aide d’un simple linge suspendu. Elle a été comparée à des méthodes plus lourdes, avec préleveur automatique et filtre, et donne des résultats comparables.

 

Ces rejets inquiètent les habitants qui ne sont pas prêts à rentrer, même si, officiellement, ce ne sont plus ces retombées radioactives qui auraient contaminé le riz de Minami-Sôma. Mais les autorités n’ont aucune autre explication.

 

 

Le retour des populations

 

Il y a encore officiellement presque 120 000 personnes évacuées à cause de la pollution radioactive. L’indemnisation coûte cher aux autorités qui avancent l’argent à TEPCo. Elles rêvent donc d’une catastrophe réversible avec un retour des populations. L’ordre d’évacuer a été levé dans deux districts et l’indemnisation se tarira un an plus tard.

Baraquements de réfugiés (© Eric Cordier)

Baraquements de réfugiés (© Eric Cordier)

Le gouvernement a divisé la zone évacuée en trois sous-zones en fonction du débit de dose. Il prévoit un retour rapide dans celle où l’exposition est inférieure à 20 millisieverts par an. Cela correspond à la limite fixée pour l’évacuation en 2011. A l’époque, le Japon s’était vanté d’avoir choisi la valeur la plus basse des recommandations internationales. Mais la phase d’urgence est terminée depuis longtemps. Il est alors recommandé de fixer des niveaux de référence dans la partie basse de l’intervalle de 1 à 20 mSv/an.

 

Le Japon est en train de comprendre que la transition entre la situation d’urgence et la gestion à long terme des territoires contaminés est complexe. Comment passer d’un intervalle d’exposition maximale autorisée situé entre 20 et 100 mSv à la partie basse de l’intervalle de 1 à 20 mSv ? Les radioéléments comme le césium décroissent lentement. Le débit de dose moyen n’a diminué que de 40% en moyenne la première année au Japon et les travaux de décontamination se sont révélés très décevants.

 

Le Japon a bien adopté un retour à une limite de 1 mSv/an, mais sans donner de calendrier. La politique actuelle de retour des populations dans les zones évacuées est toujours basée sur une limite annuelle de 20 mSv/an choisie au moment de l’évacuation. Cette limite n’avait pas été acceptée par beaucoup au moment de l’urgence et elle n’est toujours pas acceptée pour le retour. Ainsi, de nombreuses personnes ne souhaitent pas rentrer, surtout quand il y a de petits enfants. Mais si le Japon adoptait une limite de retour plus basse, les populations non évacuées ne comprendraient pas et se sentiraient abandonnées.

 

Ces doses annuelles sont estimées en supposant que les personnes passent en moyenne 8 heures par jour dehors et 16 heures par jour à l’intérieur où l’exposition serait réduite de 60%. Ainsi, 1 mSv par an correspond à 0,23 microsievert par heure quand on ajoute le bruit de fond naturel de 0,04 microsievert par heure. Cela peut être mesuré directement avec un radiamètre. 20 mSv se traduisent par une limite de 3,8 microsieverts par heure par la même méthode. C’est cette valeur qui a été utilisée pour l’évacuation. Et c’est encore elle qui est retenue pour le retour.

 

Face à cette situation complexe, les autorités pensent avoir trouvé la parade : distribuer à chacun des « glass-badges », c’est à dire des dosimètres individuels, pour apprendre à vivre en territoire contaminé et limiter l’exposition en faisant attention. Il est alors possible d’avoir une dose reçue moins élevée que celle estimée précédemment. La ville de Daté s’est fixé une limite à 5 mSv mesurés par ces « glass-badges » et le maire met en avant le succès de l’opération.

 

Tous les élus ne sont pas convaincus et le conseil municipal a organisé, en janvier 2015, un séminaire avec un représentant de l’association Fukurô-no-kaï et le fabriquant du dosimètre, Chiyoda Technology. Lors de la réunion, le représentant associatif a souligné les limites de la méthode : il importe de protéger chacun. On ne peut pas se contenter de moyenne, comme le font les autorités. Par ailleurs, ces dosimètres sous-estiment la dose quand on vit dans un environnement entièrement contaminé. Lors de la réunion, le directeur de Chiyoda Technology a reconnu les faits et s’est excusé de ne pas l’avoir signalé. Suite à la parution d’un compte-rendu dans la presse, le site Internet de la compagnie reconnaît que les dosimètres sous-estiment la dose reçue de 30 à 40%. L’IRSN, qui commercialise ces dosimètres en France et accompagne le maire de Daté dans le cadre d’Ethos in Fukushima, n’aurait pas jugé utile d’apporter cette information ?

 

Pas étonnant que les habitants hésitent à rentrer. Est-ce cela l’avenir que l’on veut proposer à ces enfants ? Tout contrôler, ne pas s’aventurer au-delà des zones non décontaminées… Selon l’Agence de la reconstruction, qui a sondé les habitants des territoires évacués de la province de Fukushima entre août et octobre 2014, seulement 19,4% des habitants de Namié originaires d’une zone où l’ordre d’évacuer va être levé, car l’exposition externe y est inférieure à 20 mSv par an, veulent rentrer. C’est 14,7% dans la même zone à Tomioka. Il s’agit souvent des personnes les plus âgées.

Carte des 3 zones (source METI)

Carte des 3 zones (source METI)

Pour les zones de « non-résidence », où l’exposition externe avant les travaux de décontamination est comprise entre 20 et 50 mSv par an, ces pourcentages descendent à 16,6% pour Namié et 11,1% pour Tomioka. Enfin, pour les zones classées en « retour difficile » car l’exposition externe avant décontamination y est supérieure à 50 mSv par an, 17,5% des personnes concernées à Namié espèrent pouvoir rentrer un jour. C’est 11,8% pour Tomioka.

 

Il faut donc s’adapter. Avant la catastrophe, il y avait 5 lycées dans les 8 communes évacuées du district de Futaba avec 1 500 élèves. Les cours continuent dans les villes refuge, mais il n’y avait plus que 337 élèves inscrits en mai 2014, juste après la rentrée scolaire. Un nouveau lycée va ouvrir à Hirono à la rentrée prochaine, en avril 2015, à la place des 5 lycées abandonnés qui fermeront officiellement en avril 2017. Il y aura un pensionnat car les enfants vivent loin du futur lycée.

 

Deux cliniques qui étaient en zone évacuée, dans le district d’Odaka à Minami-Sôma et à Namié, vont licencier le personnel car les indemnisations de TEPCo s’arrêtent. Seuls les directeurs restent en poste pour trouver une façon de rouvrir. 45 personnes dans chaque clinique vont perdre leur emploi. Deux autres cliniques ont déjà fermé définitivement après la catastrophe nucléaire. Minami-Sôma espère lever l’ordre d’évacuer en avril 2016 et Namié en 2017. S’il n’y a plus de services de soins, le retour sera plus difficile.

 

Les autorités se doivent de laisser le choix aux populations quant à leur retour, sans discrimination, et les aider à refaire leur vie, quel que soit le lieu de résidence choisi. Au-delà du rétablissement de conditions de vie digne, se pose, à plus long terme, le problème du devenir des territoires et des immenses volumes de déchets radioactifs.

 

 

Les déchets radioactifs

 

Que ce soit en territoires évacués ou en zone contaminée, les déchets radioactifs issus des travaux de décontamination s’accumulent. A Fukushima, il devrait y en avoir 30 millions de mètres cube. Les autorités veulent les entreposer sur un site de 16 km2 qui entoure la centrale de Fukushima daï-ichi dans les communes d’Ôkuma et Futaba. Pour vaincre la réticence des habitants, les autorités se sont engagées, par la loi, à reprendre ces déchets au bout de 30 ans pour les stocker définitivement en dehors de la province de Fukushima. Qui peut croire qu’il sera possible de trouver un site et de transporter à nouveau 30 millions de mètres cube ? Le nombre de voyages en camion pour apporter ces déchets se compte aussi en millions. Si les autorités locales ont donné leur accord, les propriétaires des terrains refusent de vendre ou même de louer. Le processus est bloqué. Un sondage effectué en avril 2014 a montré que 82,7% des habitants de Fukushima ne croient pas à cette fable des 30 ans. Le gouvernement n’a donné aucune piste sur la façon dont il compte s’y prendre.

 

Dans les autres provinces aussi la situation est bloquée. Le gouvernement a trouvé des sites de stockage définitif cette fois-ci mais les riverains et les maires des communes proches s’y opposent. Ils ont barré l’accès aux ingénieurs venus étudier les terrains.

 

Même en temps normal, il est difficile de trouver un site d’accueil pour les déchets radioactifs. Après un accident de grande ampleur, c’est encore plus difficile car les populations ont moins confiance dans les autorités et le volume de déchets est beaucoup plus grand. Le gouvernement maintient sa politique traditionnelle qui consiste à « décider, annoncer et défendre ». Le précédent ministre de l’environnement avait expliqué que l’argent viendrait à bout des réticences. Les faits lui donnent tord. L’accord des élus locaux ne suffit pas.

 

En attendant, les déchets s’accumulent partout. Il y a plus de 54 000 sites d’entreposage temporaire. A Iitaté, par exemple, ils couvrent un tiers des 800 hectares de surfaces agricoles. Souvent, le bail pour l’utilisation du terrain arrive à échéance sans qu’il y ait de solution en vue. Dans les zones non évacuées, les maires et les populations ne veulent pas garder les déchets et souhaitent leur départ au plus vite. Des enfants ont été vus jouer sur ces montagnes de sacs radioactifs. Parfois, l’emballage ne tient pas.

Déchets à Tomioka (source Japan Times)

Déchets à Tomioka (source Japan Times)

 

La catastrophe au quotidien

 

Au-delà de ces défis insurmontables, tout le parc nucléaire japonais est à l’arrêt complet depuis septembre 2013. Seuls quatre réacteurs ont vu leur dossier de sûreté validé et il n’y aura probablement pas de redémarrage avant l’été. D’un autre côté, 5 réacteurs anciens devraient être officiellement arrêtés définitivement. Ce n’est qu’un début. Dans ce contexte, le gouvernement peine à définir sa politique énergétique, même s’il s’est engagé à rendre sa copie avant la conférence sur le climat de Paris.

 

Mais ce sont surtout les populations qui souffrent. Il y a encore 120 000 évacués de la catastrophe nucléaire qui ne savent de quoi leur avenir sera fait. Beaucoup vivent encore dans des préfabriqués peu confortables. Les familles sont parfois éclatées. Que faire quand les indemnisations s’arrêteront ? Dans les territoires contaminés, les enfants ne jouent plus dehors.

 

Et il y a les cancers de la thyroïde qui sont source d’inquiétude. L’université médicale de Fukushima, mandatée par les autorités, a ausculté une première fois la thyroïde de 368 000 enfants. Parmi eux, 86 enfants avaient un cancer confirmé et 23 autres suspecté. Des examens complémentaires sont en cours. Il y a un cas qui s’est révélé être bénin après l’intervention chirurgicale. Le taux d’occurrence observé est beaucoup plus élevé à Fukushima qu’ailleurs au Japon ou dans d’autres pays. En effet, cela fait environ 30 cas sur 100 000 enfants, contre 1,7 cas sur 100 000 enfants à Miyagi.

 

Les autorités médicales affirment cependant que ce n’est pas lié à la catastrophe nucléaire, mais au dépistage systématique. Si c’est le cas et que les cancers ne se seraient pas déclarés avant des années, fallait-il effectuer les interventions chirurgicales ? Les cancers papillaires de la thyroïde ne se développent pas toujours et les enfants auraient peut-être pu vivre longtemps en bonne santé avec leur glande. Une fois opérés, ils ont une cicatrice au cou et certains doivent prendre des médicaments toute leur vie. Des experts critiques réclament donc que les autorités régionales, qui mènent ce programme, rendent publiques les informations relatives à la glande après chirurgie et au niveau de progression du cancer. L’université de Fukushima refuse pour préserver la confidentialité des données patients et les autorités régionales n’ont pas le pouvoir d’accéder au dossier médical.

 

Les autorités régionales de Fukushima ont entamé la deuxième vague de dépistage du cancer de la thyroïde chez les 385 000 enfants de la province. 8 enfants sur 75 000 chez qui l’on n’avait pas détecté de cancer lors de la première échographie sont suspectés d’avoir un cancer après un deuxième examen. Parmi eux, il y a un cas confirmé. Les 7 autres vont subir d’autres examens médicaux. Ils avaient entre 6 et 17 ans au moment des rejets radioactifs massifs. Les tumeurs font entre 6 et 17,3 mm. Ces enfants étaient classés dans les catégories A lors du premier dépistage, signifiant « pas de problème ».

 

Par ailleurs, sur les 75 000 enfants ayant subi une deuxième échographie de la thyroïde, 611 sont classés B et vont subir des examens complémentaires. Parmi eux, 441, ou 72,2%, avaient été classés A lors de la première campagne. Le nombre de cas de cancer pourrait malheureusement augmenter encore… L’inquiétude des populations est donc sans fin.

 

 

La catastrophe ne fait que commencer

 

Force est de constater que la catastrophe ne fait que commencer. Les défis auxquels fait face le pays sont immenses. Même en temps normal, il n’est pas simple de démanteler une installation nucléaire ni de trouver une solution pour les déchets. Les fuites d’eau contaminée sont difficiles à colmater dans un environnement si hostile. Les problèmes sont exacerbés après une catastrophe et des populations souffrent. Mais ni TEPCo ni le gouvernement n’ont changé. Les excuses répétées n’y changent rien. Selon un sondage récent, 71% des habitants de Fukushima ne sont pas satisfaits par la gestion de la crise par le gouvernement et TEPCo.

 

La compagnie fait preuve de négligences si elle n’est pas contrôlée strictement. Les quelques exemples présentés ici affectaient l’extérieur du site et sont donc connus. Il y a beaucoup d’autres problèmes qui restent internes. Des ouvriers ont, par exemple, actionné le mauvais interrupteur et mis en marche une pompe de secours qui a déversé de l’eau contaminée dans un sous-sol. Il leur a fallu plus d’un mois pour se rendre compte de la bourde. Deux ouvriers sont décédés en janvier et la compagnie a dû revoir toute la sécurité des travailleurs. Dans de telles conditions, comment peut-elle prétendre pouvoir exploiter du nucléaire à sa centrale de Kashiwazaki-Kariwa ?

 

Quant au gouvernement, il est toujours dans sa stratégie « décider, annoncer, défendre » qui laisse peu de place à la concertation alors qu’il lui faudrait être plus à l’écoute des populations et inventer de nouvelles formes de démocratie plus participatives. Car les initiatives citoyennes sont nombreuses et ne demandent qu’à être reconnues et encouragées. Dans les années à venir, de nouvelles difficultés vont surgir avec la fin de l’indemnisation des victimes sans que les problèmes soient réglés.

 

David BOILLEY

 

Toutes ces informations sont détaillées sur le site Fukushima.eu.org

 

________________________

Photo d’entête : le bâtiment réacteur 3 en 2012

Lire la suite »

Ce que j’ai pensé à Akita

Ce que j’ai pensé à Akita

Voici le deuxième témoignage de Permaria.

" Ça fait déjà plus de sept mois que je suis allée à Akita, ville provinciale qui donne sur la mer du Japon. C’était un voyage de retour au pays natal pour ma tante bientôt nonagénaire, qui habite maintenant dans le département de Kanagawa.

Elle a longtemps travaillé pour Tohokuden (Tohoku Electric Power Company) qui alimente de courant électrique la région du Tohoku ( Nord-Est de l’île principale qu’est Honshu au Japon ) et aussi dans le département de Niigata.

La nouvelle de son arrivée à Akita a vite circulé parmi quelques ex-collègues beaucoup plus jeunes qu’elle. Ils étaient trois, dont une femme fraîchement retraitée et deux hommes, tous d’une soixantaine d’années. Ils ont rendu visite pour dire bonjour à son aînée du bureau.

Au moment du gigantesque séisme du 11 mars 2011, l’ex-employée travaillait dans la Centrale thermique à Noshiro, au nord du département d’Akita. Le tremblement de terre a automatiquement arrêté tous les réacteurs thermiques et cet arrêt n’a pas été provisoire : le séisme a provoqué une panne difficilement réparable et la centrale n’a pu produire d’électricité jusqu’à l’année suivante.

« C’était vraiment embêtant, nous a-t-elle dit, parce qu’on n’avait rien à vendre. » Rien à vendre, donc rien de profit pour la société. A cette difficulté de gestion s’est ajouté des voix démoralisantes venant des clients particuliers contre l’énergie nucléaire. La retraitée a dit : «  Maintenant, on sait bien que l’énergie nucléaire est dangereux. Avant, c’était différent.

 

Avant, avant… Est-ce vrai qu’avant on croyait à l’intégralité de la centrale nucléaire ?

Je me souviens bien d’un dîner de fin mars 1979 où ma tante a beaucoup parlé, excitée malgré son calme d’habitude, de l’accident nucléaire de Three Mile Island. D’après elle, c’était plutôt beaucoup de cadres du bureau, tous hommes à cette époque-là, qui avaient parlé, déboussolés, à haute voix, du danger de l’énergie nucléaire avérée originellement incontrôlable. Depuis cet accident, une méfiance est née vis-à-vis de cette énergie du rêve et a été couvée même parmi les employés de la compagnie d’électricité. Mais, j’ai compris que cette méfiance a été bien diluée avec le temps, malgré l’accident de Tchernobyl qui a eu lieu sept ans après l’accident de TMI.

   

Deux retraités très gentils, maintenant jardiniers amateurs, n’ont rien dit sur l’accident de Fukushima Daiïchi ni de l’avenir de leur employeur.

 

Maison mère de Tohoku-den, Tohoku-epco à Sendai, dans le département de Miyagi

Maison mère de Tohoku-den, Tohoku-epco à Sendai, dans le département de Miyagi

Tohokuden est l’exploitant de deux centrales nucléaires : Onagawa dans le département de Miyagi et Higashidôri dans celui d’Aomori. L’entreprise a eu beaucoup de protestations contre un éventuel redémarrage de leurs centrales, justement comme moi qui le fais contre Tepco à chaque payement de frais d’électricité.

« L’énergie est le sang de la société moderne basée sur les activités économiques », j’ai trouvé cette phrase citée dans le bulletin de l’association des retraités de l’entreprise. Tohokuden a longtemps soutenu et soutient l’industrie de sept départements nord-est de l’archipel en choisissant et changeant parmi des carburants et des ressources naturelles : charbon, essence, eau, uranium, plutonium, vent, rayon du soleil, chaleur de la terre et biomasse.

Selon le bulletin, dans un an, Tohokuden, comme toutes les compagnies d’électricités, doit faire face à la libéralisation du marché de l’électricité. Tout le monde peut en vendre et en acheter. Pour se préparer, cette entreprise a l’intention de construire trois nouvelles centrales thermiques et une centrale hydroélectrique, en visant la stabilisation de l’alimentation du courant. C’est ainsi qu’elle compte regagner la confiance des clients, une fois perdue à cause de l’arrêt des centrales thermiques mais aussi nucléaires lors du 11 mars 2011.

Est-ce qu’elle va redémarrer Onagawa et Higashidôri ? La prévision est difficile, mais, il peut y avoir de l’espoir pour les générations futures."

 

Permaria

Lire la suite »

Ren Yabuki, un homme de cœur et d’engagement

Ren Yabuki, un homme de cœur et d’engagement

Ren Yabuki, un homme de cœur et d'engagement

J’ai rencontré Ren Yabuki il y a juste un an, alors qu’il accompagnait Naoto Matsumura dans son périple en Europe. Depuis 2010, il milite pour que les hommes respectent la vie animale. Il considère que tous les êtres vivants – humains, vaches, chiens, insectes, etc. – ont la même valeur. C’est pourquoi il n’est pas rare de le voir sauver les animaux qu’il rencontre sur son chemin, comme un insecte ou un ver égaré sur une route. Il a un respect total envers tout ce qui est vivant. Durant son voyage en France, il a fait preuve d’une grande curiosité envers notre pays. Partout où il allait, il tenait à s’excuser, au nom des Japonais, pour la catastrophe de Fukushima. Bien qu’il soit loin d’être responsable de ce désastre, il ressent une culpabilité collective que nous, Occidentaux, aurions du mal à exprimer ou même à ressentir. Nous ne parlions pas beaucoup à cause de la langue et du manque de temps – programme chargé de Naoto oblige – mais nous étions sur la même longueur d’onde : il fallait tout faire pour prévenir les gens afin qu’une catastrophe nucléaire ne se produise à nouveau. Photographe, il tenait aussi beaucoup à présenter ses œuvres montrant les animaux morts suite à leur abandon après l’évacuation. Des images chocs pour faire réagir les esprits endormis. Quatre ans après le début de la catastrophe, il m’a fait parvenir ce témoignage par l’intermédiaire de Fonzy qui en a réalisé la traduction. Merci à eux pour ce partage, pour ne pas oublier, et pour peut-être éveiller des consciences encore insouciantes.

PF

___________________

 

Bonjour à tous ! Je m’appelle Ren Yabuki. Je suis le président de l’ONG Life Investigation Agency (LIA), une association qui cherche à protéger l’environnement, la nature, et surtout les animaux. Je milite depuis la catastrophe de Fukushima avec Naoto Matsumura pour sauver les animaux qui vivent dans les zones interdites.

 

Je présente mes excuses tout d’abord du fait que nous, les Japonais, avons provoqué l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima. Notre faute a été de rester indifférents en matière de politique énergétique et du « village nucléaire » au Japon. Je suis tellement désolé que Fukushima ne cesse de disperser d’énormes quantités de radionucléides et de contaminer notre Terre.

 

 

(avec Naoto Matsumura)

(avec Naoto Matsumura)

Après la catastrophe de Fukushima, en 2012, j’ai travaillé avec Naoto Matsumura pendant un certain temps. J’habitais avec lui dans sa maison à Tomioka situé dans la zone interdite de Fukushima, où je travaillais sans masque, ni combinaison Tyvek, ni gants, de sorte que j’ai eu la gorge toute gonflée et la langue tuméfiée. Cela me faisait très mal même quand j’avalais de la salive.

 

(mesure à Tomioka)

(mesure à Tomioka)

J’ai donné le biberon à un veau qui m’a mordu le pouce. Je me suis aussi fait mordre par un chien que je protégeais. Puisqu’il n’y avait pas d’eau courante, je lavais mes plaies dans une rivière contaminée... Les radionucléides pouvant entrer dans le corps par une plaie par exemple, j’ai trouvé, en rentrant chez moi, une tumeur noire dans mon talon gauche. Le médecin m’a dit que cela pourrait être un cancer, et que je devrais être hospitalisé.

 

(une tache noire sur mon pied)

(une tache noire sur mon pied)

Je me suis fait opérer et j’ai guéri. D’après le médecin, il y a des gènes qui sont endommagés que je dois faire se réparer tout en prenant une grande quantité de vitamines. Les vitamines seraient efficaces pour la réparation des gènes endommagés selon des recherches scientifiques. Toutefois, je suis tellement occupé avec mes animaux à protéger que j’oublie facilement de prendre des tablettes de vitamines. En plus, elles sont si coûteuses que je ne peux pas en prendre tous les jours.

Ren Yabuki, un homme de cœur et d'engagement

La radioactivité est une entité invisible qui n’a même pas d’odeur. Vous ne pourrez connaître sa présence qu’avec un compteur Geiger qui vous montre la contamination en microSievert, mais qui n’est jamais saisissable avec vos sens.

 

Tant qu’il y aura des centrales nucléaires et des armes atomiques, nous aurons à nouveau un accident comme celui de Fukushima. Une fois dispersés, les radionucléides contamineront toute la Terre, causeront maladies et morts précoces chez les humains et aussi chez les animaux.

 

Ren Yabuki, un homme de cœur et d'engagement
Ren Yabuki, un homme de cœur et d'engagement
(les photos que j’ai prises dans la ville de Tomioka, à 12km de la centrale de Fukushima Daiichi. Ce sont des animaux abandonnés et morts.)

(les photos que j’ai prises dans la ville de Tomioka, à 12km de la centrale de Fukushima Daiichi. Ce sont des animaux abandonnés et morts.)

Le nucléaire n’est pas nécessaire pour nous. Il faut abandonner les centrales nucléaires  dès maintenant. Il faut éliminer les armes atomiques dès maintenant.

 

 

Lire la suite »

Travailleurs à Fukushima Daiichi

Travailleurs à Fukushima Daiichi

Travailleurs à Fukushima Daiichi

Texte de HORI Yasuo rédigé le 23 février 2015

traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN avec l’aide de Paul SIGNORET

.

Sommaire

  • Les accidents se multiplient
  • Travaux difficiles dans les centrales nucléaires
  • Craintes à cause de maladies
  • Prolifération des déchets contaminés
  • Poème écrit par un ouvrier de Fukushima

____________________

 

Travailleurs de la Centrale Nucléaire N°1

 

Les accidents se multiplient

Travailleurs à Fukushima Daiichi

     Le 19 janvier, à la centrale nucléaire n°1 de Fukushima, un travailleur est tombé du bassin et il est mort, et à la centrale nucléaire n° 2, et le 20 janvier un autre travailleur est mort également, écrasé sous une machine. En 2014, jusqu'à fin novembre, 40 travailleurs ont été blessés. Ce chiffre est trois fois plus important que l'année dernière.

    Maintenant, dans la centrale nucléaire n°1 de Fukushima, travaillent chaque jour 6000 personnes. Il manque non seulement des forces de travail, mais aussi la qualité du travail. Un travailleur dit ceci : "Il manque certes des travailleurs, mais tout aussi grave est le manque de travailleurs expérimentés. Déjà sont partis la plupart des ouvriers expérimentés qui travaillaient avant l'accident, car leur norme d'exposition était dépassée. Maintenant, la politique de TEPCO est que nous finissions le travail donné  le plus rapidement possible et à moindre coût. Sa politique axée sur le seul profit engendre des accidents."

 

Travaux difficiles dans les centrales nucléaires


    Je traduis maintenant un article paru dans le journal Fukushima Minjū le 11 décembre 2014:

«Je suis sans famille, donc je peux subvenir à mes besoins, mais si j'avais  de la famille, il me serait difficile de la nourrir", a déclaré un homme de 50 ans qui travaille à la centrale nucléaire n°1 depuis trois ans déjà. Auparavant, il s'occupait d'enlèvement de déchets et de construction de réservoirs pour l'eau contaminée, mais maintenant il transporte l'eau contaminée qui s'est accumulée sous les bâtiments des réacteurs. Son salaire est de 200 000 yens  (200 euros) par mois.


 

Travailleurs à Fukushima Daiichi

La radioactivité dans la centrale est encore si forte qu'il porte un vêtement de protection et un masque qui lui couvre toute la tête. Il est si lourdement couvert qu'il ne peut pas se déplacer facilement, c'est pourquoi un travail d'une heure et demie est sa limite mais, en raison de la longueur des procédures pour pénétrer dans l'usine et en sortir et à cause des préparatifs, il prend la route à 5 heures du matin, depuis son appartement à Iwaki, à 40 km de la centrale, et il rentre chez lui seulement dans la soirée. Il partage sa chambre avec quelques personnes. Il achète et mange des aliments déjà prêts dans un magasin qui lui convient pour trois repas. Il se distrait parfois en jouant au pachinko (genre de machine à sous).

 

Au cours du dernier mois, il a été exposé à 1,8 millisievert de radioactivité. Il est légalement permis aux travailleurs d'être exposés à un maximum de 50 millisieverts par an, cependant de nombreuses entreprises ont leur propre norme par exemple de 20 millisieverts, donc s'il travaille et se trouve exposé à ce rythme, il devra quitter son lieu de travail au bout d'un an. «Je sens que le public a commencé  à se désintéresser de l'accident nucléaire, mais des travaux plus dangereux se multiplieront certainement dans les bâtiments des réacteurs. Je souhaite que l'on puisse connaître ce fait ".

(fin de la traduction)

 

 

Craintes à cause de maladies


    TEPCO a enquêté chez 4587 travailleurs à la centrale nucléaire n°1 en août et septembre 2014.
    2003 travailleurs (43,7%) ont peur en raison du travail à la centrale, et leur plus grande crainte était l'éventualité d'une maladie due à la radioactivité.
    Le ministère a fait savoir que les travailleurs des centrales ont davantage de risques de cancers de la vessie, du poumon et du pharynx lorsqu'ils sont exposés à plus de 100 millisieverts.

      Cependant il est étrange que l'Autorité de Régulation Nucléaire prévoie d'augmenter la norme maximale d'exposition des travailleurs, en passant de  100 à 250 millisieverts. Le responsable a dit: "La norme internationale est comprise entre 250 et 500 millisieverts par an, mais plus le niveau est bas mieux c'est. S'il arrive un accident de même niveau qu'à Fukushima, les travailleurs pourront s'occuper des réparations avec une exposition maximale de 250 millisieverts."

     Peut-être n'est-ce applicable qu'en cas d'accident grave, mais TEPCO et d'autres compagnies profiteront de ce changement pour faire travailler plus dur les ouvriers.

 

Prolifération des déchets contaminés


    Maintenant, on a commencé à démanteler les quatre réacteurs de la centrale nucléaire n°1. Tous les déchets, tels que morceaux de béton des réacteurs détruits et arbres abattus pour faire place aux réservoirs sont fortement radioactifs. On n'a pas le droit de les transporter à l'extérieur, de sorte que tous les déchets s'accumulent sur le  site. TEPCO  prévoit que jusqu'à 2027 s'amasseront 560 000 tonnes de déchets contaminés. Déjà 200 000 tonnes de déchets ont commencé à arriver, qui occupent 60% de l'espace de stockage.

   Les travailleurs des centrales portent un casque, un vêtement de protection, des gants et plusieurs autres effets. On réutilise casques,masques et chaussures, mais on jette les autres articles. On les met  dans de grandes caisses et on en fait des monticules à huit endroits sur le terrain. TEPCO prévoit de les brûler et d'en réduire la quantité, mais n'y parviendra pas, car le nombre de travailleurs est de plus en plus grand.

 

Poème écrit par un ouvrier de 53 ans employé à la centrale N°1 de Fukushima

 

Avec mes de gants de caoutchouc doubles
Mes doigts se meuvent difficilement.
Avec peine et patience
je tourne une vis.

 

Je travaille dans ce lieu

où je ne peux pas aller aux toilettes.

La couche pour personnes âgées

n'est pas agréable à mes fesses.

 

Les bassins d'eau polluée

se dressent comme de grands arbres.

parmi eux j'ai la sensation

de suffoquer.

 

Entre TEPCO et ma compagnie,

des sous-traitants bouffent mon salaire.

Puisse l'eau polluée diminuer

 

Lire la suite »

Est-ce que les générations d’irradiés s’additionnent ?

Est-ce que les générations d’irradiés s’additionnent ?

Le site lundimatin a commencé à mettre en ligne une série de trois témoignages concernant des Japonais qui ont réagi de manières différentes à la catastrophe nucléaire. Le premier entretien est consacré à Yuki qui a choisi de rester à Tokyo. Voici quelques extraits de son témoignage que vous pourrez lire en entier ou écouter dans l'édition originale « Rester à Tokyo ».

 

(source photo : lundimatin)

(source photo : lundimatin)

 

(…)

 

Est-ce que les générations d’irradiés s’additionnent ?

 

J’ai un ami qui fait partie de la troisième génération des irradiés, la première génération c’est ceux qui ont vécu les bombes de Hiroshima et Nagasaki, leurs enfants sont la deuxième génération et leurs petit-enfants la troisième, mon ami fait parti de ceux là.

 

Après l’accident, cet ami m’a dit : « Maintenant je suis irradié, donc je suis devenu un de la première génération des irradiés de Fukushima sans pour autant perdre ma qualité de membre de la troisième génération des irradiés de Hiroshima et Nagasaki, donc qu’est ce que je suis maintenant ? Est-ce que les générations d’irradiés s’additionnent ? Est-ce que je suis de la quatrième génération ? Qu’est ce que je suis devenu ? ». Je me suis rendu compte qu’un petit pays comme le Japon avait vécu plusieurs catastrophes nucléaires, dans une temporalité très courte.

 

La contamination n’est pas visible, elle n’a ni goût, ni odeur, pour cela, c’est seulement la peur qui s’accumule au fur et à mesure.

 

Je vis à Tokyo qui est une ville contaminée, mais la contamination n’est pas visible, elle n’a ni goût, ni odeur, pour cela, c’est seulement la peur qui s’accumule au fur et à mesure. Donc pour survivre dans ces conditions, j’ai établi plusieurs règles. La règle n°1 chez nous, c’est qu’on a mis un seau à côté de l’entrée et dès que l’on rentre dans la maison, on enlève tous nos vêtements pour les mettre dedans. Mon copain a très froid en hiver, ça me désole, mais je n’ai pas le choix. Et comme je me vois difficilement dire aux gens qui viennent chez moi de se mettre à poil, je n’invite personne... C’est une vie horrible.

 

J’adore les chats, j’ai toujours été une bonne amie des chats mais comme les chats vivent au sol, ils accumulent des radio-particules et de ce fait maintenant ils me font peur, donc je ne suis plus une bonne amie des chats. En hiver maintenant, je ne porte plus de pulls en laine, ni les chapeaux ou les écharpes, je préfère les matières plus lisses. Je me trouve assez dingue, donc je suis allé à l’hôpital psychiatrique, parce que mon copain n’éprouve pas cette radiophobie que je ressens et il trouvait que je m’inquiétais trop. Quand j’ai consulté le docteur, il m’a dit que je n’allais pas bien. Il m’a conseillé d’entamer une thérapie et m’a prescrit différents médicaments.

 

L’important ce n’est pas tellement la contamination mais l’ambiance générale qui règne à Tokyo, le tabou qui règne, et le fait que j’ai peur de dire que je suis effrayé par la radiation. Et quand je croise les gens qui s’en foutent complètement, ça me soulage tout de même parce que je me dis qu’il y a quand même des gens qui ont réussi à ne pas se faire reformater par l’accident de Fukushima.

 

« Et bien, il faut rentrer maintenant, c’est fini »

 

Lorsque je suis allé à Nagoya, la semaine que j’ai passé après l’accident chez Yabu, il y avait cette jeune femme avec un nourrisson. Cette dame, dont le mari est resté travailler à Tokyo, l’appelle au téléphone et lui dit « Et bien, il faut rentrer maintenant, c’est fini ! » et elle avait l’air très déstabilisée parce qu’elle est partie à Nagoya parce qu’elle avait peur des radiations et là, son mari qui exige d’elle qu’elle revienne... Alors si l’on met la famille en priorité, peut-être que j’ai tort mais j’ai voulu dire à cette femme : « ton choix de quitter Tokyo avec ton bébé était juste, tu avais raison de partir ».

 

Un mois après, il y a eu la grande manifestation à Tokyo à laquelle je me suis rendue. Là-bas, un ami m’a dit : « Mais pourquoi es-tu ici ? Tu vas être contaminée ».

 

 

(...)

 

 

 

________________________

 

 

Lire l'article en entier ou écouter le témoignage audio en cliquant sur le lien suivant :

 

 

Rester à Tokyo

Après Fukushima Le 29 janvier dernier, l'Agence Internationale de l'Energie (AIE) annonçait ses préconisations en matière de production énergétique à l'échelle mondiale pour les années à ...

https://lundi.am/Rester-a-Tokyo

Lire la suite »

Nous ne serons jamais japonais !

Nous ne serons jamais japonais !

Le Japon est incontestablement le laboratoire du monde, et pas seulement pour son irrésistible et catastrophique déclin démographique. Ce pays moderne prouve aujourd’hui qu’il est possible de vivre – ou à tout le moins de continuer à exister – sans marché obligataire! La troisième puissance économique du monde – du haut de son quadrillion de...

The post Nous ne serons jamais japonais ! appeared first on .

Lire la suite »

Visite aux réfugiés dans la ville de Aizuwakamatsu

Rapport de HORI Yasuo, rédigé le 30 décembre 2014

traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET

 

 

________________________

 

Visite aux réfugiés dans la ville de Aizuwakamatsu

 

Le 29 décembre 2014 la « Société de la ville de Maebashi visant à la suppression de tous les réacteurs nucléaires du Japon » a organisé une visite aux réfugiés qui habitent la ville d’Aizuwakamatsu, dans le département de Fukushima.

La centrale nucléaire n°1 de Fukushima est située sur le rivage de l'Océan Pacifique. Les gens qui logeaient autour de cette centrale ont dû chercher refuge en d'autres lieux. Nous avons visité le quartier des réfugiés venus de la ville d'Ōkuma. Ce quartier se trouve dans Aizuwakamatsu, ville située dans la montagne, dans le département de Fukushima.

Visite aux réfugiés dans la ville de Aizuwakamatsu

Quelle ville est Ōkuma ?

 

Dans la ville d'Ōkuma se trouvent quatre réacteurs de la centrale nucléaire n°1 de Fukushima endommagés par le tsunami. La ville avait environ dix mille habitants. Presque 60% d'entre eux travaillaient dans les centrales nucléaires de Fukushima. Il y avait de vingt à trente compagnies liées aux centrales. Le budget municipal dépend donc principalement de la subvention gouvernementale pour la centrale et des impôts  versés par TEPCO, ces compagnies et les employés.

 

Suite à l'accident, tous les habitants se sont réfugiés dans d'autres villes. À présent 4 211 d'entre eux logent dans la ville d'Iwaki, 2 071 dans Aizuwakamatsu, 1 133 dans d'autres villes du département de Fukushima, et les autres hors du département : il y en a par exemple 402 dans le département de Saitama, 408 dans celui de Ibaraki et 308 dans celui de Tokyo.

 

Le plan de restauration de la ville de Ōkuma est le suivant :

1. Retour des habitants dans la ville quand les conditions le permettront.

2. Entre-temps, l'administration municipale – actuellement réfugiée dans la ville de  Aizuwakamatsu – veillera aux conditions de vie des habitants.

3. La ville future comprendra trois districts :  une zone naturelle, une zone commerciale et une zone de logement.

4. On dépolluera d'abord deux districts, Ōkawara et Shimo-Ōno, qui serviront de base au renouvellement à partir desquels seront ouverts de nouveaux espaces logeables.

    5. Calendrier de réalisation du plan :

2018 : ouverture de ces deux districts de base.

2023 : ouverture du bureau municipal et des hôpitaux autour de la gare.   Réoccu-pation des logements dans les districts de base.

2028 : aménagement de nouveaux quartiers d'habitation. Ouverture de bureaux et de compagnies.

                  2033 : mise en place d'une information sur l'accident de la centrale nucléaire.

 2053 : déclaration du démantèlement complet des réacteurs endommagés.

 Préparation de la fondation du musée de la restauration de la ville d'Ōkuma.

 6. Prévisions par la ville de la réduction de la radioactivité dans les districts  suivants (en millisieverts/an. Le maximum prévu par la norme gouvernementale pour le logement  est de 1 millisievert/an):

 

 

2014

2018

2023

2O28

2033

2038

Ōkawara

Kuma

Kumagawa

Otosawa

5,7

22,9

53,6

118,6

3,2

5,4

12,6

65,1

2,1

3,7

8,6

19,0

1,7

2,9

6,8

15,1

1,4

2,4

5,6

12,4

0,7

1,1

2,6

5,8

 

 

Voici ce que je pense de ce plan :

1. Jusqu'à présent, la loi sur la radioactivité stipulait, et stipule encore, que l'on n'a pas le droit d'habiter un lieu dont la pollution est supérieure à 1 millisievert/an. Ce chiffre est officiellement considéré comme principe intangible, or s'il est interdit aux gens de loger dans de tels lieux, il leur sera impossible de revenir chez eux quasiment pour l'éternité, ce qui signifie que le gouvernement et TEPCO devront les prendre éternellement en charge par des subventions ou par d'autres moyens. C'est pourquoi le gouvernement tente à présent d'obliger les habitants à revenir dans les logements qu'ils ont quittés, si ceux-ci n'ont pas une pollution supérieure à vingt millisieverts. Ceci est absolument contraire à la loi, mais l'État impose aux habitants cette illégalité.

2. Certaines personnes âgées veulent revenir chez elles, même dans cette situation, mais cela signifie qu'alors elles ne recevront plus d'indemnités. Il leur sera difficile de gagner de l'argent par l'agriculture. Pourront-elles vivre avec seulement une petite retraite ?

3.  Les jeunes couples ne reviendront pas, car ils craignent pour la santé de leurs enfants. Sans attendre le moment où leur foyer redeviendra suffisamment dépollué, ils vont chercher à gagner leur vie dans d'autres villes et ils ne retourneront pas dans leur district d'origine.

Selon une enquête menée dans la ville en février 2014, presque la moitié des habitants ont déjà décidé qu'ils ne reviendraient pas :

Question : Voulez-vous emménager dans les districts de base ?

                       11,2% : Oui

13,3% : J'examinerai la situation et si c'est possible je veux revenir à Ōkuma.

45,8% : Je n'ai pas l'intention de revenir.

22,4% : Je ne peux pas prendre de décision.

 

Visite du quartier où sont les réfugiés d'Ōkuma

 

Nous sommes partis à sept heures du matin de ma ville de Maebashi par un bus plein de riz, de motchi (plat de riz pétri pour le Nouvel An) et de légumes, et nous avons atteint la ville de Aizuwakamatsu à onze heures. À ma grande surprise, il y avait beaucoup de neige et la couche sur les toits était épaisse de trente centimètres.

 

L'endroit auparavant était un parc,  dans lequel on a construit quatre-vingts maisons provisoires comportant chacune deux petites pièces, un wc, une salle de bains et une cuisine  Nous avions préparé du matériel d'aide pour quatre-vingts familles, mais trente cinq d'entre elles avaient déjà quitté le quartier. La plupart logent maintenant dans la ville de Iwaki, afin que les maris puissent travailler dans les centrales nucléaires de Fukushima.

Sous un ciel de neige les maisons provisoires se dressent, silencieuses.

Sous un ciel de neige les maisons provisoires se dressent, silencieuses.

Une trentaine de personnes âgées et deux jeunes étaient venus dans la salle  commune. Le chef du district, un ancien employé de la centrale, était fier d'être en excellente santé, bien qu'il ait travaillé là-bas pendant quarante années et qu'il ait été fortement exposé aux irradiations. Il avait parfois avalé ou inspiré des matières radioactives et on lui avait alors recommandé de boire beaucoup de bière pour les éliminer de son corps. Il soulignait que dans le manga  « Oishinbo » on voit des hommes souffrir de saignements de nez consécutifs à l'explosion des réacteurs, or d'après lui la chose est complètement fausse, car beaucoup de ses collègues n'ont jamais saigné du nez. Je lui ai opposé avec un peu d'hésitation que d'après certains rapports, des mères réfugiées avaient témoigné que leurs enfants avaient des saignements de nez, mais cet homme insistait, disant que ces rapports étaient mensongers.

 

Nous avons distribué du riz et des motchis.

Nous avons distribué du riz et des motchis.

Un autre homme a fait rire les gens présents en racontant sa vie future : « Lorsque je reviens provisoirement chez moi, j'y vois souvent des sangliers avec des petits très mignons. Les chiens viverrins et les faisans s'y multiplient. La ville dispose pour sa restauration d'un plan sur vingt ans. J'ai soixante-dix ans, mais je pourrai revenir à la maison … sous forme de cendres. J'ai exigé de la ville qu'elle construise en priorité une maison de retraite car presque tous les habitants ici sont vieux, et c'est donc la construction la plus nécessaire. Nous pourrons ainsi revenir chez nous, d'abord à la maison de retraite dans le district de base, ensuite dans notre tombe sous forme de cendres. »

 

Sa prévision se vérifiera, car ils sont originaires d'Otozawa et d'autres  districts, qui sont situés près de la centrale nucléaire. La radioactivité y est très forte, exemple dans le n°1 d'Otozawa, elle était de 184,4 millisieverts/an en 2012, et même en 2053 elle sera de 5,8 millisieverts/an.

 

Ensuite j'ai donné un concert avec des instruments de musique insolites, originaires du monde entier, et j'ai beaucoup fait rire les spectateurs. Ce fut le seul moment où leurs visages ont rayonné de joie comme jadis, mais le concert fini, leurs mines se sont de nouveau rembrunies. Il m'a semblé qu'ils n'avaient ni colère ni animosité à l'égard de TEPCO, seulement de la résignation.  Avant la construction des centrales nucléaires, la ville était pauvre, et donc ses habitants l'étaient aussi. Pour subvenir aux besoins de leur famille, les hommes travaillaient dans Tokyo l'hiver. Mais, grâce aux centrales, leur niveau de vie s'est élevé de plus en plus. C'est ainsi que leur existence est devenue très dépendante de TEPCO, et ils acceptent donc leur situation et leur sort en silence.

 

Les gens ordinaires, surtout les personnes âgées, ont une existence banale, sans dessein précis. Ils sont contents s'ils peuvent vivre sans soucis, voir grandir leurs enfants et leurs petits-enfants, avoir des amis autour d'eux et s'impliquer un peu dans la société. C'est ainsi que vivaient ces réfugiés et ils pensaient mourir chez eux, mais  l'accident nucléaire leur a fait perdre leur vie tranquille et ils doivent désormais vivre difficilement et d'une façon qui ne leur est pas coutumière. Ils ne savent pas comment affronter cette nouvelle situation. Le gouvernement et TEPCO ont précipité les habitants dans l'abîme, cependant ils ne font nullement leur auto-critique, ni ne demandent pardon, et ils essaient de payer le moins possible d'indemnités aux victimes dont ils attendent sûrement la mort prochaine.

 

 

 

______________________________

 

Texte original en espéranto

 

______________________________

 

 

La 30an de decembro 2014

 

Vizito al rifuĝintoj en la urbo Aidu-Ŭakamacu

 

La 29an de decembro 2015 « la Societo de la urbo Maebaŝi celanta nuligi ĉiujn nukleajn reaktorojn el Japanio » organizis viziton al rifuĝintoj loĝantaj en la urbo Aidu-Ŭakamacu de la gubernio Fukuŝima.

   La nuklea centralo n-ro 1 de Fukuŝima troviĝas laŭ la marbordo de la Pacifika Oceano en Fukuŝima. La loĝantoj, kiuj loĝis ĉirkaŭ tiu centralo, devis rifuĝi en aliaj lokoj. Ni vizitis la kvartalon de rifuĝintoj el la urbo Ookuma. Tiu kvartalo situas en la urbo Aidu-Ŭakamacu, la urbo en la montaro de la gubernio Fukuŝima.

 

Kia urbo estas Ookuma ?

En tiu urbo Ookuma troviĝas 4 reaktoroj de la nuklea centralo n-ro 1 de Fukuŝima damaĝitajn de la cunamo. La urbo havis/as ĉirkaŭ 10 mil loĝantojn. El tiuj preskaŭ 60% laboris por la nukleaj centraloj de Fukuŝima. Troviĝis 20-30 kompanioj rilatantaj al la centraloj. Do la urba buĝeto ĉefe dependas de la subvencio pri la nuklea centralo de la registaro kaj impostoj el TEPCO, tiuj kompanioj kaj la laboristoj.

Pro la akcidento de la centralo ĉiuj loĝantoj rifuĝis en aliaj urboj. Nun 4,211 homoj loĝas en la urbo Iŭaki, 2,071 en la urbo Aidu-Ŭakamacu, 1,133 loĝas en aliaj urboj en Fukuŝima kaj la aliaj loĝas ekster la gubernio Fukuŝima, ekzemple 402 en la gubenrio Saitama, 408 en Ibaraki kaj 308 en Tokio.

La plano de la urbo Ookuma por revivigi ĝin estas :

1. La loĝantoj revenu al la urbo Ookuma, kiam la kondiĉoj por tio estos pretaj.

2. Ĝis tiu tempo la urba administracio (nun en la urbo Aidu-Ŭakamacu) prizorgos la loĝantojn pri vivado.

3. La estonta urbo dividiĝos en la tri distriktojn: naturriĉa zono, komerca zono kaj loĝzono.

4. Komence oni purigos du distriktojn Ookaŭara kaj Ŝimo-Oono kiel bazojn por reviviĝo, de kiuj oni disvastigos loĝeblajn lokojn.

5. Laŭjara efektivigo de la plano:

2018 : ekfunkciigo de tiuj du bazaj distriktoj.

2023 : ekfunkciigo de la urba oficejo kaj hospitaloj

ĉirkaŭ la stacidomo. Ekloĝado en la bazajn

distriktojn.

2028 : aranĝo de novaj loĝkvartaloj. Malfermoj de

oficejoj kaj kompanioj.

  2033 : aranĝo por informi la mondon pri la akcidento

de la nuklea centralo.

  2053 : deklaro de perfekta forĵetado de la damaĝitaj

reaktoroj. Preparo por la fondo de la muzeo pri la reviviĝinta urbo Ookuma.

6. La urbo antaŭvidas la reduktiĝon de radioaktiveco jene en jenaj distriktoj (milisivertoj/jare. La registara maksimuma normo por loĝado estas 1 miliziverto/jare):

 

            2014  2018  2023  2028  2033  2053

Ookaŭara     5,7    3,2    2,1   1,7   1,4    0,7

Kuma               22,9      5,4    3,7   2,9   2,4    1,1

Kumagaŭa  53,6  12,6    8,6   6,8   5,6    2,6

Otosaŭa    118,6   65,1   19,0  15,1  12,4    5,8

 

Jen estas miaj opinioj pri tiu plano :

1. Ĝis nun la legistara leĝo pri radioaktiveco estas/is, ke oni ne rajtas loĝi en lokoj pli poluitaj ol 1 milisiverto/jare. Oficiale ĝi tenas tiun ciferon kiel la principon, sed se estas ne permesite al homoj loĝi en lokoj pli poluitaj ol 1 siverto/jare, ili ne povos reveni hejmen preskaŭ eterne, kaj tio signifas, ke la registaro kaj TEPCO devos zorgi pri ili eterne per subvencio kaj aliaj rimedoj, do nun la registaro provas devigi la loĝantojn reveni al siaj hemlokoj, se tiuj ne estas poluitaj je pli ol 20 milisivertoj. Tio estas tute kontraŭleĝa, sed ĝi trudas al la loĝantoj tiun kontraŭleĝecon.

2. Iuj maljunuloj volas reveni hejmen eĉ en tiu situacio, sed tio signifas, ke tiam ili ne povos ricevi kompensan monon. Estos malfacile al ili gajni monon per agrikulturo. Ĉu ili povos vivteni sin nur per malmulta pensio?

3. Junaj gepatroj ne revenos, ĉar ili estos maltrankvilaj pro la sano de siaj gefiloj. Ili ne atendas la tempon, kiam iliaj hejmon fariĝos sufiĉe puraj kaj dume ili serĉos vivrimedojn en aliaj urboj kaj forlasos sian distrikton.

Laŭ enketo farita de la urbo en februaro 2014 preskaŭ duono de la loĝantoj jam decidis ne reveni:

Demando : Ĉu vi volas loĝi en la bazaj distriktoj ?

   11,2% : Jes

13,3% : Mi konsideros la situacion kaj se eblos, mi volas reveni al Ookuma.

45,8% : Mi ne havas intencon reveni.

22,4% : Mi ne povas decidi.

 

Vizito al la kvartalo de la rifuĝintoj el Ookuma

   Ni ekveturis je la 7a matene de mia urbo Maebaŝi per buseto plena de rizo, moĉio (knedita rizaĵo por la nova jaro) kaj legomoj, kaj atingis la urbon Aidu-Ŭakamacu je la 11a. Post tagmanĝo, ni atingis la kvartalon Oogimaĉi proksima al la stacidomo de la urbo. Je mia surprizo estis tre neĝe kaj sur tegmentoj estis 30-centimetroj da neĝtavolo.

   La loko antaŭe estis parko, sur kiu oni konstruis 80 provizorajn domojn kun du malgrandaj ĉambroj, necesejo, banejo kaj kuirejo. Ni preparis helpomaterialojn por 80 familioj, sed jam 35 familioj forlasis la kvartalon. Plejmulte de tiuj 35 familioj nun loĝas en la urbo Iŭaki por ke la edzoj povu labori en la nukleaj centraloj de Fukuŝima.

 

Venis al la komuna salono ĉirkaŭ 30 gemaljunuloj krom 2 junuloj. La distriktoestro estis eksa laboristo en la centralo, kaj li fieris, ke kvankam li laboris tie 40 jarojn kaj elmetiĝis al multe da radioaktiveco, li estas tute sana. Li foje englutis aŭ enspiris radioaktivaĵojn en sian korpon, kaj tiam oni rekomendis, ke li trinku multe da biero por eligi ilin el la korpo. Li substrekis, ke en la manga-o « Oiŝinbo » aperas homoj, kiuj suferis pro nazsangado post la eksplodoj de la reaktoroj, sed tio estas tute mensoga, ĉar multaj liaj kolegoj neniam nazsangis. Mi heziteme argumentis, ke en kelkaj raportoj de la rifuĝintaj patrinoj iliaj gefiloj nazsangis, sed tiu viro insistis, ke tiuj raportoj estas falsaj.

 

Alia viro rakontis sian estontan vivon, ridigante la ĉeestantoj: « Kiam mi provizore revenas hejmen, mi ofte vidas aprojn kun tre amindaj idoj. Multiĝas niktereŭtoj kaj fazanoj. La urbo havas 20-jaran planon pri sia revivigo. Mi nun estas 70-jara, sed mi povos reveni hejmen…kiel la cindro. Mi postulis de la urbo, ke ĝi unue konstruu maljunulejon, ĉar preskaŭ ĉiuj loĝantoj ĉi tie estas maljunaj, do maljunulejo estas la plej necesa. Tiamaniere ni povos reveni hejmen, komence al la maljunulejo en la baza distriko, kaj poste kiel cindro al mia tombo ».

Lia antaŭvido estos prava, ĉar ili devenas de la distrikto Otozaŭ kaj aliaj, kiuj situas apud la nuklea centralo. La radioaktiveco estas tre forta, ekzemple en n-ro 1 de Otozaŭa ĝi estis 184,4 milisivertoj/jare en 2012, kaj eĉ en 2053 ĝi estos 5,8 milisivertoj/jare.

 

Poste mi havis etan koncerton pri nekutimaj muzikiloj el la mondo kaj ridegis la ĉeestantojn. Nur tiun momenton iliaj mienoj estis brilaj kiel antaŭe, sed kiam finiĝis la koncerto, iliaj mienoj denove fariĝis nebulaj kaj mallumaj. Ŝajnias al mi, ke ili havas nek koleron nek batalemon kontraŭ TEPCO, sed nur rezignacion. Antaŭ la konstruado de la nukleaj centraloj la urbo estis malriĉa, do ankaŭ la loĝantoj estis malriĉaj. Por vivteni la familion, viroj laboris en Tokio en vintro. Sed dank’ al la centraloj ilia vivnivelo pli kaj pli altiĝis. Tiamaniere ilia vivado multe dependis de TEPCO, do ili nun silente akceptas la situacion aŭ la sorton.

 

Ordinaraj homoj, precipe gemaljunuloj, vivas tre ordinale sen specifaj vivceloj. Ili estas kontentaj, se ili povas vivi sen zorgoj, ĝui kreskon de siaj gefiloj kaj genepoj, havi amikojn ĉirkaŭe kaj iom kontribui al la socio. Tiuj rifuĝintoj vivis tiamaniere kaj planis morti en sia hejmo, sed pro la nuklea akcidento ilia trankvila vivo perdiĝis kaj ili devas vivi malfacile kaj malordinare. Ili ne scias, kiel fronti al tiu nova situacio. La registaro kaj TEPCO faligis la loĝantojn en la abismon, sed ili nek kritikas sin, nek petas pardonon, kaj provas plejmalmulte pagi kompenson al la loĝantoj kaj certe atendas ilian baldaŭan morton.

 

 

Lire la suite »

Décontamination à Fukushima : Si on ferme les yeux, tout est propre !

Rapport de HORI Yasuo du 13 décembre 2014

traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN

 

_____________________

 

 

Nouvelle visite au mont Shinobu


Profitant de la fête de Zamenhof* organisée par l'Association d'Espéranto de Fukushima qui avait lieu le 10 décembre, j'ai voyagé vers la ville de Fukushima et j'ai visité à nouveau le mont Shinobu.

 

*Note de la traductrice : Les espérantistes ont l'habitude de fêter chaque année la naissance du créateur de l'espéranto, qui est né le 15 décembre 1859.

 

Intensité de la radioactivité à divers endroits


J'ai mesuré la radioactivité sur le quai de la gare du train rapide Shinkansen, et le chiffre était de 0,09 microsieverts. Ce chiffre n'était pas inquiétant, car la norme du gouvernement pour la pollution radioactive commence à 0,23 microsieverts par heure (1 millisievert par an). A l'échelle mondiale, on accepte cette norme comme  irradiation acceptable pour l'homme. Selon la loi japonaise, les gens ordinaires ne sont pas autorisés à (ne peuvent pas) vivre dans les lieux contaminés par plus de 0,23 microsieverts par heure. Dans le département de Fukushima (et dans certaines villes voisines) on nettoie ces sites, en raclant la terre contaminée et en lavant les murs et les toits pollués, pour que ces endroits descendent sous le chiffre de 0,23 microsieverts.

 

À côté de la gare de Fukushima, j'ai emprunté un vélo. J'ai immédiatement allumé mon dosimètre et ai constaté que le chiffre était de 0,29. Ce chiffre m'a effrayé. Il dépassait la norme ! Plus tard, toujours à bicyclette vers le mont Shinobu et en circulant dessus, j'ai mesuré la radioactivité dans de nombreux endroits. Les résultats sont les suivants:

 

1-Trottoir à 10 m de la gare : 0,24~0,27

2- Ruelle jouxtant le musée départemental : 0,23~0,24

3- Rigole au pied du mont Shinobu: 10,7!!!

4- Jardin du musée : 0,18

5- Le temple Henshō-in : 0,26~0,42

6- Un endroit sur la route dans la montée : 0,53~0,90

7- Plus haut dans la montée : 0,35

8- Le belvédère No2 :0,23

9- Le parc sur le mont : 0,17 (là, une information datant du 9 septembre indique que le chiffre était de 1,25)

10- Au sommet, près de la tour de la télévision: 0,73

11. Le temple Haguro : 0,32

12- Le lycée Tōryō au pied de la montagne: 0,31

Décontamination à Fukushima : Si on ferme les yeux, tout est propre !

Dans l'image ci-dessus, la pancarte montre le chemin vers le temple shintoïste appelé "Grand Dieu de l'Air". C'est la première fois que je voyais un nom de temple aussi étrange. Le dosimètre montrait 0,90 microsieverts. Un lieu bien impur pour un temple... Sur la pancarte à côté du mot "Grand Dieu" on lit sur la gauche "Dieu Inari gardien des aliments». J'ai prié ces dieux de tout mon cœur, en leur demandant: «Si vous êtes des dieux de l'air et de la nourriture, purifiez l'air et la nourriture de Fukushima ! »

 

Efficacité du nettoyage


Au pied du mont Shinobu, côté sud, immédiatement derrière le Musée départemental, il y a un temple, et plus de dix maisons. Quand je suis arrivé ici en novembre, des ouvriers avaient nettoyé la terre autour des maisons près du temple. J'ai mesuré la  radioactivité à trois endroits, et les chiffres étaient de 0,36, 0,32 et 043. L'effet du nettoyage n'était pas bien grand. Et où avait-on porté cette terre polluée qu'on avait raclée ? Voyez l'image.

 

Décontamination à Fukushima : Si on ferme les yeux, tout est propre !

Devant l'entrée de la maison, il y a quelque chose dans un plastique vert. Dedans il y a de la terre raclée, d'abord couverte de terre non polluée et ensuite recouverte d'une toile plastique. Il semble que cette maison ne soit plus habitée. Peut-être les habitants ont-ils fui quelque part en raison de la forte radioactivité. Même si la maison et le jardin étaient assez propres, ils ne voudraient pas vivre ici, obligés de faire toujours face à cette montagne de déchets.

 

Dans un autre quartier, des ouvriers nettoyaient la maison et le terrain. Ils sont venus du département d'Aichi, à 1000 km de Fukushima. Certes, il manque des ouvriers dans le département de Fukushima, alors viennent maintenant de nombreux travailleurs d'autres départements. Ils raclaient le sol et le mettaint dans des caisses en plastique, puis ils faisaient un monticule de caisses et le couvraient avec une toile en plastique. J'ai mesuré la radioactivité de la terre dans cette caisse. Le chiffre était de 0,78.

 

J'ai mesuré la radioactivité du jardin dépollué. Les chiffres étaient 1,10, 0,96 et 0,98, donc, à ma surprise, les zones dépolluées étaient plus contaminées que la terre raclée et l'herbe. Le nettoyage n'a eu aucun effet. Les ouvriers ont réellement travaillé, donc j'ai dû en conclure que le nettoyage n'était pas très efficace. Par la suite, bien sûr, arrivera de la montagne de l'eau contaminée et elle continuera d'augmenter la pollution du sol. Donc, certains prétendent que le nettoyage est inefficace et constitue du gaspillage d'argent, et qu'il faudrait utiliser l'argent pour des choses plus vitales.

Décontamination à Fukushima : Si on ferme les yeux, tout est propre !

Si on ferme les yeux, tout est propre.


Dans la soirée, nous avons passé un joyeux moment dans les bains chauds de la station thermale d'Iizaka. Le 11 décembre au matin, j'ai mesuré la radioactivité du terrain de l'hôtel. Les chiffres étaient 0,65 ~ 0,72. A un autre endroit sur la pelouse, les chiffres étaient de 0,82 ~ 0,90. Je me suis hâté vers les gens de Fukushima, qui faisaient la pause dans le vestibule de l'hôtel, et j'ai montré mon dosimètre, mais personne n'a manifesté d'intérêt pour ces chiffres. Ces chiffres n'ont rien de nouveau pour eux. Ils ne peuvent pas changer la situation, si bien qu'ils doivent bon gré mal gré s'y adapter.

 

Cependant, je ne peux pas les critiquer pour leur attitude. La même chose arrive dans mon département. Après les explosions des réacteurs, des nuages radioactifs   sont venus jusqu'à mon département et ont contaminé la terre, mais à présent on n'en a jamais parlé, et on ne mesure pas la radioactivité. Nous vivons en accord avec le proverbe : "Si on ferme les yeux, tout est propre." Et le gouvernement agit avec l'énergie nucléaire selon un autre nouveau proverbe: «Si on ferme les yeux, tout est sûr."

 

Nettoyage dans le village d'Iitate


De retour du mont Shinobu, j'ai visité la "Place du nettoyage" située à côté de la gare. Elle a été fondée et parrainée par le gouvernement et le département de Fukushima afin de donner aux habitants des informations sur la radioactivité et le nettoyage. Dans le bureau, j'ai trouvé des informations sur l'état actuel de la décontamination dans divers villes et villages. J'ai été surpris de voir les informations sur le village d'Iitate.

 

Iitate n'est pas situé à proximité des centrales nucléaires mais à 60 km de celles-ci, donc les 6 500 habitants ont d'abord pensé que les explosions concernaient d'autres personnes, mais ensuite ils ont su que les nuages nucléaires étaient passés à travers le village et l'avaient beaucoup contaminé, et maintenant tous les habitants se sont réfugiés dans d'autres villes et personne ne vit dans le village. A l'intérieur de celui-ci travaillent maintenant 7 500 ouvriers, pour la plupart venus d'autres villes et départements pour le nettoyage. Chose bien surprenante !

 

Dans le livre "Le courageux village d'Iitate" les auteurs M. et Mme Hasegawa Kenichi et Hanako, qui étaient des habitants du village, décrivent en détail  comment on le nettoie. Je vais en traduire un résumé :

 

   "En janvier 2012, le ministère de l'environnement a publié le plan du nettoyage de 11 villes et villages, dans les régions à pollution intense. Selon lui, la décontamination sera achevée pour mars 2014.
    En septembre 2013, il a publié, que la décontamination ne sera pas terminée selon les prévisions et que, concernant Iitate, le nettoyage des maisons durera jusqu'en 2016.

   Dans le plan pour le nettoyage à Iitate, le ministère a pour objectif  5 millisieverts par an, tandis que dans d'autres villes et villages l'objectif est de 1 millisievert par an. Le maire Kanno veut faire rapidement revenir les habitants dans le village, et il a donc décidé de ce chiffre comme objectif, mais est-ce que les habitants pourront vivre tranquillement dans des lieux plus pollués que ne le sont des locaux spécialement autorisés dans les hôpitaux et centres d'exploration sur la radioactivité et les villages à Tchernobyl?

Décontamination à Fukushima : Si on ferme les yeux, tout est propre !

Modèle de nettoyage
   
   Selon le plan du ministère, on nettoie les endroits suivants: logements, bureaux, bâtiments communaux, rues, champs et forêts autour des maisons. On nettoie  bâtiments et rues par des jets d'eau à haute pression, on racle la terre jusqu'à une profondeur de 5 centimètres, dans un rayon de 20 mètres autour des maisons et on essuie les murs et les toits avec du papier absorbant, mais 75% de la ville est couvert de forêts, de sorte qu'à court terme l'eau, la terre et les feuilles contenant de la radioactivité voyageront jusqu'aux jardins et champs "nettoyés", et les pollueront à nouveau."

Décontamination à Fukushima : Si on ferme les yeux, tout est propre !

   Alors savoir où l'on doit mettre ces terre, herbe, branches, feuilles, papier pollués est un problème important. Dans le département de Fukushima on devra conserver 28 millions de tonnes de déchets quelque part, et le ministère projette de construire des entrepôts dans les villes autour de la centrale nucléaire n° 1 de Fukushima et de les faire fonctionner en janvier 2015. Jusqu'à ce moment-là, on devra conserver les déchets provisoirement au village, c'est pourquoi on voit partout des  monticules de  sacs noirs ((fle-con-bag, fleksible container bag, sac poubelle flexible) avec des déchets à l'intérieur. 

   Mais ces entrepôts restent encore à l'état de plan. Les responsables du ministère répondent sans arrêt : «Nous ne savons pas quand ces entrepôts seront achevés». (Fin du résumé)

 

Sur la "Place du nettoyage", j'ai demandé à l'employé si les ouvriers pour la dépollution ne viendront pas à manquer. La réponse a été : "La plus grande menace, ce sont les Jeux olympiques de Tokyo. on va payer des salaires plus élevés aux ouvriers du bâtiment pour les Jeux Olympiques, donc beaucoup de travailleurs quitteront Fukushima et on manquera alors d'ouvriers pour le nettoyage ".


La situation est grave, mais le gouvernement et le premier ministre sont très optimistes ou irréfléchis. Ils agissent selon le proverbe: " Si je vais bien, tout est en ordre."

 

 

____________________________________

 

Texte original en espéranto

____________________________________

 

La 13an de decembro 2015

 

Denove la monto Ŝinobu

   Profitante Zamenhofa Festo de la Fukuŝima-Esperanto-Societo okazinta la 10an de decembro, mi vojaĝis al la urbo Fukuŝima kaj denove vizitis la monton Ŝinobu.

 

Forteco de radioaktiveco en diversaj lokoj

   Mi mezuris radioaktivecon sur la kajo de la kugla trajno Ŝinkansen, kaj la cifero estis 0,09 mikrosivertoj. Tiu cifero tute ne estis timiga, ĉar la legistara normo pri radioaktiva poluo komenciĝas ekde la cifero 0,23 mikrosivertoj hore (1 milisiverto jare). Tutmonde oni akceptas tiun normon kiel akcepteblan homan elmetiĝon al radioaktiveco. Laŭ la japana leĝo ordinaraj homoj ne rajtas/povas loĝi en la lokoj poluitaj pli ol 0,23 mikrosivertojn hore. En Fukuŝima (kaj en iuj najbaraj urboj) oni purigas tiajn lokojn, skrapante poluitan teron kaj lavante poluitajn murojn kaj tegmentojn, por ke la lokoj fariĝu malpli poluitaj ol 0,23 mikrosivertojn.

   Apud la stacidomo de Fukuŝima mi pruntprenis biciklon. Mi tuj ŝaltis mian dozmetron kaj trovis, ke la ciferoj estas 0,29. Tiu cifero timigis min. Ĝi superis la normon! Poste, biciklante al kaj en la monto Ŝinobu, mi mezuris radioaktivecon en multaj lokoj. La rezultoj estis jenaj :

1. Trotuaro 100 metrojn for de la stacidomo : 0,24~0,27

2. Strateto apud la gubernia muzeo : 0,23~0,24

3. Flueto piede de la monto Ŝinobu: 10,7!!!

4. Ĝardeno de la muzeo : 0,18

5. La templo Henŝoo-in: 0,26~0,42

6. Loko sur la vojo en la monto : 0,53~0,90

7. Pli alta loko sur la vojo en la monto : 0,35

8. La belvidejo n-ro 2 : 0,23

9. La parko en la monto : 0,17 (tie estis informo pri radioaktiveco de la 9a de septembro kaj la cifero estis 1,25.)

10. Ĉe la pinto apud la televidturo: 0,73

11. La templo Haguro : 0,32

12. La supera mezlernejo Toorjoo piede de la monto : 0,31

 

   En la maldekstra foto la ŝildo montras la vojon al ŝintoisma templo nomata «  Aera Granda Dio ». Unuan fojon mi vidis tian strangan templan nomon. La dozmetro montris 0,90 mikrosivertojn. La templo staras en tiom malpura loko. En la ŝildo apud « la Granda Dio » estas skribita maldekstre « Manĝaĵkonserva Inari-dio ». Mi elkore preĝis al tiuj dioj, petante: « Se vi estas dioj de aero kaj manĝaĵoj, purigu la aeron kaj la manĝaĵojn de Fukuŝima! »

 

Efiko de purigado

   Sur la suda piedo de la monto Ŝinobu tuj malantaŭ la Gubernia Muzeo estas templo kaj pli ol dek domoj. Kiam mi venis ĉi tien en novembro, laboristoj purigis la teron ĉirkaŭ la domoj apud la templo. Mi mezuris radioaktivecon en tri lokoj, kaj la ciferoj estis 0,36, 043 kaj 0,32. La efekto de la purigado ne estis granda. Kaj kien oni portis tiun skrapitan poluitan teron ? Vidu la foton.

Antaŭ la enirejo de la domo estas io verde kovrita. En ĝi estas skrapita tero, unue kovrata de sakoj da nepoluita tero kaj due de la plasta tuko. Ŝajnis, ke tiu domo jam ne estas priloĝita. Eble la loĝantoj fuĝis ien pro alta radioaktiveco. Eĉ se la domo kaj la ĝardeno estus sufiĉe purigitaj, ili ne volus loĝi ĉi tie, ĉiam frontante al tiu monto de radioaktivaĵo.

En alia distrikto laboristoj purigis la domojn kaj teron. Ili venis de la gubernio Aiĉi, 1000 kilometrojn for de Fukuŝima. Certe mankas laboristoj en Fukuŝima, do nun venas multaj laboristoj el aliaj gubernioj. Ili skrapis la teron kaj enmetis ĝin en plastajn kestojn, kaj poste faris monton da kestoj kaj kovras ĝin per plasta tuko. Mi mezuris radioaktivecon de la tero en tiu kesto. La cifero estis 0,78.

Mi mezuris radioaktivecon de la purigita ĝardeno. La ciferoj estis 1,10, 0,96 kaj 0,98, do surprize la purigitaj lokoj estis pli poluitaj ol la skrapitaj tero kaj herboj. La purigado tute ne efikis. La laboristoj sincere laboris, do mi devis konkludi, ke purigado mem ne efikas multe. Poste, certe envenos de la monto akvo enhavanta radioaktivecon kaj denove plipoluos la teron. Do iuj argumentas, ke purigado estas senutila kaj misuzo de mono, kaj ke oni uzu monon por pli valoraj aferoj.

 

Se ni ne vidas, ĉio estas pura 

   Vespere ni havis tre ĝojan tempon en la varmfontejo Iizaka. Matene la 11an de decembro mi mezuris radioaktivecon de la tereno de la hotelo. La ciferoj estis 0,65~0,72. En alia loko sur la gazono la ciferoj estis 0,82~0,90. Mi hastis al la fukuŝima-anoj, kiuj paŭzis en la vestiblo de la hotelo, kaj montris la dozmetron, sed neniu montris intereson pri tiuj ciferoj. Tiuj ciferoj tute ne estas novaĵo al ili. Ili ne povas ŝanĝi la situacion, do ili devas vole nevole adaptiĝi al la situacio.

Tamen mi ne povas kritiki ilin pro ilia sinteno. Samo okazas en mia gubernio. Post la eksplodoj de la nukleaj reaktoroj radioaktivaj nuboj venis al mia gubernio kaj poluis la teron, sed nun oni neniam menciis tion, nek mezuras radioaktivecon. Ni vivas laŭ la proverbo: « Se ni ne vidas, ĉio estas pura ». Kaj la registaro agas pri atomenergio laŭ alia, nova proverbo: « Se ĝi ne vidas, ĉio estas sekura ».

 

Purigado en la vilaĝo Iitate

   Revenante de la monto Ŝinobu, mi vizitis « Placon pri purigado » situantan najbare al la stacidomo. Ĝi estis fondita aŭ aŭspiciita de la registaro kaj la gubernio Fukuŝima por doni informojn pri radioaktiveco kaj purigado al la loĝantoj. En la oficejo mi trovis informon pri la nuna stato de purigado en diversaj urboj kaj vilaĝoj. Mi estis surprizita vidi la informojn pri la vilaĝo Iitate.

   Iitate situas ne proksime al la nukleaj centraloj, sed 60 kilometrojn for de tiuj, do la 6500 vilaĝanoj komence opiniis, ke la eksplodoj estas aferoj de aliaj homoj, sed poste ili sciis, ke la nukleaj nuboj pasis tra la vilaĝo kaj multe poluis ĝin, kaj nun ĉiuj vilaĝanoj rifuĝis en aliajn urbojn kaj neniu loĝas en la vilaĝo. En tiu vilaĝo nun laboras 7500 laboristoj, plejmulte el aliaj urboj kaj gubernioj, por purigi ĝin. Tre eksterordinara afero !

   En la libro « Madei-a vilaĝo Iitate » la aŭtoraj ges-roj Hasegaŭa Keniĉi kaj Hanako, kiuj estas/estis loĝantoj de la vilaĝo, detale skribas, kiel oni purigas la vilaĝon. Mi resume tradukos ĝin.

*Madei: loka vorto, kiu signifas « sincere, zorege, diligente ».

 

   En januaro 2012 la ministerio pri medio publikigis la planon de purigado en dense pouitaj 11 urboj kaj vilaĝoj. Laŭ ĝi la purigado finiĝos ĝis la fino de marto 2014.

   En septembro 2013 ĝi publikigis, ke la purigado ne finiĝos laŭplane kaj ke rilate al Iitate la purigado pri domoj daŭros ĝis 2016.

   En la plano pri purigado en Iitate la ministerio celas 5 milisivertojn jare, dum en aliaj urboj kaj vilaĝoj la celcifero estas 1 milisiverto jare. La vilaĝestro Kanno volas plej frue revenigi la loĝantojn en la vilaĝon kaj pro tio li decidis tiun ciferon kiel la celon, sed ĉu la loĝantoj povos vivi trankvile en la lokoj pli poluitaj ol en la speciale permesitaj lokoj en hospitaloj kaj esplorejoj pri radioaktiveco kaj en la vilaĝoj en Ĉernobil?

 

 Modelo de purigado

 

Laŭ la plano de la ministerio ĝi purigas jenajn lokojn: domoj, oficejoj, komunaj konstruaĵoj, stratoj, kampoj kaj arbaroj ĉirkaŭ la domoj. Oni purigas konstruaĵojn kaj stratojn per altapremaj akvoŝpruciloj, skrapas teron ĝis la profundo de 5 centimetroj 20 metrojn radiuse ĉirkaŭ la domoj kaj viŝas murojn kaj tegmentojn per paperaj tualetoj, sed 75% de la vilaĝo estas kovrata de arbaroj, do baldaŭ akvo, tero kaj folioj enhavantaj radioaktivecon vojaĝos en la « purigitajn » ĝardenojn kaj kampojn kaj denove poluos tiujn.

Poste kien oni metu tiujn poluitajn teron, herbojn, branĉojn, foliojn, paperajn tualetojn, estas grava problemo. En la gubernio Fukuŝima oni devos konservi 28 milionojn da poluitaĵoj ie, kaj la ministerio planas konstrui konservejojn en la urboj ĉirkaŭ la nuklea centralo n-ro 1 de Fukuŝima kaj funkciigos ilin en januaro 2015. Ĝis tiu tempo oni devas konservi la poluitaĵojn provizore en la vilaĝo, tial ĉie oni vidas montetojn de nigraj sakoj (fle-con-bag, fleksible container bag) enhavantaj  poluitaĵojn.

 

   Sed la plano de tiuj konservejoj ankoraŭ restas plano. Respondeculoj de la ministerio respondadas : « Ni ne scias, kiam tiuj konservejoj finkonstruiĝos ». (Fino de la resumo)

 

   En « Placo pri purigado », mi demandis la oficiston, ĉu ne mankos laboristoj de purigado. La respondo estis : « La plej granda minaco estas Tokiaj Olimpikoj. Oni pagos pli da salajro al laboristoj pri la konstruado rilata al Olimpikoj, do multaj laboristoj forlasos Fukuŝima-on kaj sekve mankos laboristoj pri purigado ».

   La situacio estas serioza, sed la registaro kaj la ĉefministro estas tre optimismaj aŭ senpensaj. Ili agadas laŭ la proverbo: « Se mi estas en ordo, ĉio estas en ordo ».

 

 

Lire la suite »

Appel de Kazuhiko Kobayashi : Aidez les enfants de Fukushima, arrêtez les centrales nucléaires !

Appel de Kazuhiko Kobayashi : Aidez les enfants de Fukushima, arrêtez les centrales nucléaires !

KAZUHIKO KOBAYASHI adresse au monde un message important : Aidez les enfants de Fukushima, arrêtez les centrales nucléaires !

 

Traduction française : Odile Girard (Fukushima is still news)

d’après la traduction anglaise http://vimeo.com/114145144 diffusée par  Projekt Soziales Europa

 

 

" Je m’appelle Kazuhiko Kobayashi et j’ai vécu en Europe pendant près de 29 ans. En 1997, je suis retourné au Japon. Depuis l’accident de Fukushima, le pire accident qui se soit jamais produit, je fais chaque année le tour de l’Europe pour faire des conférences pendant six semaines sur les armes et les centrales nucléaires. Cette fois-ci, je récolte des dons pour les enfants, qui sont les victimes de cette catastrophe. L’autre soir, j’ai fait une conférence en Autriche dans la ville de Krems où j’ai passé la nuit et c’est de là que je m’adresse à vous, mes chers auditeurs japonais.

 

Tepco, les ministères responsables et en particulier l’actuel ministère de l’Économie et de l’Industrie ainsi que tous les partis au pouvoir au Japon jusqu’à présent, n’ont pas tenu compte du fait pourtant essentiel que le Japon est connu pour être un pays extrêmement sujet aux séismes. Ils étaient bien conscients que d’un point de vue technique, il n’y a pas de sécurité absolue quant aux accidents qui peuvent se produire dans les centrales nucléaires. Malgré cela, ils ont répandu largement et délibérément parmi tous les citoyens japonais le mythe des “centrales nucléaires sans danger”; ce faisant ils ont trahi la confiance de la population. L’accident de Fukushima démontre sans conteste la grave responsabilité et le remords qu’ils ont à porter. Malgré cela, tous les responsables n’ont fait que déclarer que la magnitude du séisme et du tsunami avaient largement dépassé ce qu’ils avaient imaginé. Tout ce qu’ils ont fait jusqu’ici, c’est donc d’essayer de se débarrasser de leur responsabilité.

 

Tous les Japonais savent pertinemment qu’un séisme des plus violents peut frapper n’importe où et à n’importe quel moment au Japon. Ceux qui gèrent les centrales nucléaires dans un pays où la probabilité de séisme est si forte auraient dû avant tout mettre au point et appliquer les mesures de sécurité les plus fiables. Mais ils savaient que ces techniques n’existaient pas. Et malgré cela, ils ont poursuivi leurs programmes nucléaires.

 

On ne peut que qualifier cette attitude d’absolument criminelle ! Or, ces responsables ne sont toujours pas prêts à admettre leur culpabilité dans cette catastrophe. En outre, ils ont l’intention de redémarrer leurs centrales, bien qu’on soit encore très loin d’avoir éliminé les conséquences de l’accident de Fukushima. Les sommes nécessaires pour compenser les dommages dépassent de loin les capacités  financières de Tepco.

 

Comment se fait-il que Tepco ne soit pas encore en faillite ?

 

Compte tenu des principes de l’économie de marché et de l’éthique des affaires, tous les actifs de l’entreprise devraient être mis sur le marché. Les actifs de Tepco ont une valeur élevée et il existe suffisamment d’entreprises douées de pouvoir financier et de compétences techniques qui seraient intéressées pour assurer le fonctionnement. Tous les revenus obtenus par la vente des actifs et des droits de Tepco devraient servir à aider les gens qui ont été touchés par la catastrophe. Ce n’est qu’une fois que tout cet argent a été dépensé que les deniers publics devraient venir à la rescousse.

 

En réalité, c’est tout le contraire qui se passe. Les ministères en charge et le gouvernement veulent sauver Tepco de la faillite. Sans hésiter, ils utilisent l’argent public pour préserver de pertes gigantesques les grandes banques, qui sont en fait les plus gros actionnaires de Tepco. Ils veulent aussi absolument ne pas perdre le contrôle et leur pouvoir sur l’alliance qui relie les politiciens, les employés du gouvernement ainsi que les directeurs de Tepco.

 

Par contre, les paiements versés aux victimes innocentes que sont les citoyens de Fukushima sont calculés au centime près !

 

Tel est le vrai visage d’une politique fondamentalement mauvaise et injuste.

 

En vérité, on demande à la population japonaise de payer des sommes énormes pour sauver Tepco. En même temps les gens – et cela concerne tout particulièrement les gens de Fukushima - sont loin de recevoir une indemnisation suffisante pour les blessures physiques et psychiques incommensurables causées par la catastrophe. C’est donc comme s’ils étaient doublement punis.

 

Parmi les gens vivant à Fukushima, nombreux sont ceux qui non seulement s’inquiètent pour leur propre santé, mais sont en outre terrifiés à l’idée des malformations génétiques qui peuvent frapper leurs enfants. Ils n’ont pas suffisamment accès aux traitements médicaux et thérapeutiques. Ils sont obligés de rester à Fukushima, sans soutien suffisant du gouvernement.

 

Et surtout il y a là-bas 300 000 enfants en grand danger, car ils sont 6 à 8 fois plus affectés par la contamination radioactive que les adultes.

 

Toutes les instances responsables du Japon sont parfaitement conscientes que le danger des radiations de faible niveau a été prouvé scientifiquement. Elles n’hésitent pas cependant à laisser des gens vivre dans la région dangereuse qu’est Fukushima, et tout particulièrement ces enfants innocents qui vont porter notre avenir, en leur disant tout simplement : “il n’y a aucun danger”.

 

C’est à nous d’empêcher des actes aussi irresponsables et injustes. Pendant mes interventions en Europe, j’ai l’intention  d’informer la communauté internationale de la situation et de lui demander son soutien pour dénoncer publiquement les coupables. En même temps, je demande aux gens en Europe de faire des dons pour les victimes les plus durement touchées, c’est-à-dire les enfants de Fukushima qui sont bien sûr obligés de rester et de vivre là-bas.

 

Et partout où je vais durant cette tournée, les gens expriment leur profonde inquiétude et leur compassion pour la population de Fukushima et donnent beaucoup d’argent. Mais on entend simultanément de violentes accusations et des accès de colère contre les ministres japonais responsables, le gouvernement et Tepco. On se demande si les fonctionnaires, les hommes politiques japonais et les directeurs de Tepco ont la moindre parcelle de conscience ou le moindre sens moral ou éthique.

 

Quand on regarde leur façon d’agir, on ne peut qu’être choqué de cette démonstration de leur énorme avidité et de leur soif de pouvoir.

 

Toutes les technologies développées par l’homme peuvent s’avérer défectueuses. L’application de la sécurité maximum durant le déploiement d’une technologie dépend entièrement de l’existence de mesures de sécurité extensives et adaptées même aux pires des scénarios. 

 

Dans un tel cas, nul ne peut mettre un terme aux dégâts provoqués. Les conséquences de la contamination radioactive s’étalent que des milliers et des milliers d’années, voire plus. Elle détruit entre autres le patrimoine génétique de tous les êtres vivants, mettant ainsi en péril les générations suivantes. Comment les opérateurs de centrales, qui vont vivre au maximum cent ans, pourraient-ils prendre la responsabilité des dommages permanents et de la destruction à long terme causés par la contamination radioactive ?

 

Et même sans parler d’accidents, chaque centrale nucléaire produit des déchets nucléaires. À cette date nous ne disposons d’aucune technologie capable de neutraliser les déchets nucléaires qui sont quasiment éternels. Ils sont tout simplement  déposés sous le sol dans des conteneurs spéciaux. Peut-on parler ici de technologie responsable ?

 

Aujourd’hui les lobbies représentant les intérêts des partisans de l’énergie nucléaire font pression sur les gouvernements et répandent le mythe de la sécurité nucléaire qui n’est qu’un tissu de mensonges, juste pour pouvoir faire fonctionner leurs centrales et en construire de nouvelles. L’AIEA ne peut pas être considérée comme un organisme indépendant, puisqu’elle ne fait que représenter les intérêts des industries nucléaires du monde entier.

 

Nous avons aujourd’hui atteint un stade où de plus en plus de gens dans le monde entendent parler des dangers et de l’irresponsabilité de la technologie nucléaire. Je peux le confirmer durant mon tour actuel à travers l’Europe, où de plus en plus de gens crient de plus en plus fort : Nucléaire ? Non merci !

 

Chers concitoyens japonais, l’énergie nucléaire implique un risque de contamination irréparable et permanent pour toute la population, toute la nature et l’environnement.

Nous devons donc empêcher toute expansion future dans le monde !

 

Unissons nos efforts pour lutter contre les centrales nucléaires en ignorant les frontières !

 

_______________________________

Vidéo en français :

https://www.youtube.com/watch?v=29F-a86NX4o

ou

https://vimeo.com/115666657

 

 

 

Lire la suite »

7ème séance du procès en assises concernant l’accident nucléaire de Fukushima

7ème séance du procès en assises concernant l’accident nucléaire de Fukushima

Rapport de HORI Yasuo du 22 décembre 2014

traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET

Carte de la Région Océan Pacifique du département de Fukushima

Carte de la Région Océan Pacifique du département de Fukushima

La 7ème séance publique de Cour d'Assises concernant l'accident nucléaire a eu lieu dans ma ville

 

Dans ma ville, Maebashi, située dans le département de Gunma et distante de 250 kilomètres de la centrale nucléaire de Fukushima, logent environ 1 500 personnes réfugiées du département de Fukushima. 137 d'entre elles ont porté plainte, le 11 septembre 2013, afin d'obtenir une indemnisation de la compagnie TEPCO. Aujourd'hui s'est tenue la septième séance du procès en assises, au cours de laquelle une femme de 59 ans, qui habitait Minami-Sōma, ville voisine de la centrale nucléaire n°1 de Fukushima, a raconté sa vie après la catastrophe.

 

 

 "À cause de l'accident nucléaire, nous avons perdu notre vie"

 

« Mon mari, ma fille et moi-même habitions dans le district Takanokura de la ville de Minami-Sōma. Ce district de montagne, distant de plus de trente kilomètres de la centrale, est situé hors de la zone évacuée, cependant il est très radioactif.

 

Quand s'est produit le séisme du 11 mars 2011, tout a continué à fonctionner normalement dans notre maison, mais de plus en plus d'habitants du district se sont enfuis. Mon mari travaillait alors à la centrale nucléaire de Fukushima et il croyait qu'elle était la plus sûre au monde, si bien qu'en entendant parler des explosions des réacteurs, nous avons pensé que l'information était mensongère. Mais quand par la suite, la ville a fait savoir qu'il ne fallait pas boire l'eau, nous avons compris que la situation était sérieuse et nous nous sommes réfugiés chez ma fille aînée, dans le département de Saitama. Cependant, comme sa maison est petite, nous ne pouvions loger longtemps chez elle et nous avons fini par atteindre le département de Gunma, où nous habitons à présent, dans un appartement de la ville de Tatebayashi.

 

Ma fille, qui était alors étudiante, ne pouvant plus se rendre à l'Université a dû interrompre ses études et a fini par abandonner car nous n'avions plus suffisamment d'argent. C'est une fille d'un milieu simple aussi pensions-nous qu'il serait bon qu'elle se dirige vers des études polytechniques mais, en raison de l'accident nucléaire, elle a perdu tout espoir de travailler dans ce secteur. À présent, elle cherche du travail mais sans succès, car elle est considérée comme étant du niveau de fin d'enseignement secondaire. Et de plus, au cours des entretiens d'embauche, quand elle dit qu'elle vient de Fukushima, on lui demande combien de temps elle pourra travailler. Je comprends qu'on doive lui poser la question, mais ces interrogatoires la rendent nerveuse et elle ne réussit pas à avoir un emploi stable. Or elle a bénéficié d'une bourse qu'elle doit à présent rembourser, mais comment pourra-t-elle y arriver avec un travail précaire et un salaire bas ?

 

Après notre départ forcé, je suis devenue très malade. Mon diabète s'est aggravé. Je dois désormais m'injecter de l'insuline chaque jour et en outre je ne vois plus très bien de l'œil gauche. Ma tension artérielle a augmenté. Je souffre de stress, je pleure pour un rien et je dors mal. Ces difficultés m'amènent à me quereller pour des bagatelles avec mon mari et ma fille. Sans cet accident nucléaire jamais je n'aurais souffert de tous ces maux ni ne me serais disputée avec les miens. 

 

Dans notre ville de Minami-Sōma, nous vivions dans une ambiance amicale, nous rencontrions souvent des copains. Je travaillais dans un supermarché. Parfois j'indiquais aux clients de nouvelles recettes, et en remerciement, ils me faisaient cadeau de plats qu'ils avaient eux-mêmes cuisinés. Je travaillais aussi comme bénévole pour aider des personnes handicapées. Mais à présent, tout cela est fini. Je suis malade, je n'ai pas d'amis, j'ai perdu confiance en moi et je n'ai plus le courage d'entreprendre des choses nouvelles. J'habite au cinquième étage d'un immeuble sans ascenseur, il m'est donc difficile même de sortir.

 

Mon mari travaille maintenant dans la ville de Iwaki du département de Fukushima et il est seul dans l'appartement. Il part très tôt le matin au travail, il ne peut donc pas faire d'achats, même pour son petit déjeuner. C'est un homme très taciturne et très laborieux. Il travaille trop. L'été il a souffert de diarrhée et il est tombé malade à cause de la canicule. Si j'étais avec lui, je pourrais l'aider et il ne souffrirait pas.

 

Notre maison est détruite, nous ne pouvons plus y habiter. Elle était le foyer au cœur duquel se retrouvait toute la famille. Nous avons perdu non seulement nos biens, mais aussi notre cœur. Il faut que le gouvernement et que TEPCO comprennent combien lourdes sont nos pertes. Nous voulons retrouver notre vie d'antan. Si cela est impossible, qu'on nous assure au moins une existence stable et tranquille. 

 

Jusqu'à la catastrophe, nous étions très optimistes, mais à présent nous souffrons beaucoup, financièrement et mentalement. Logeant loin de la centrale nucléaire, nous nous étions persuadés que nous n'endurerions pas des souffrances aussi graves que ceux qui habitaient près d'elle, mais maintenant nous ne pouvons plus nous taire. Le gouvernement et TEPCO ont eux-mêmes fixé la norme selon laquelle ils nous indemnisent, mais nous ne voulons plus vivre selon cette norme-là. Aujourd'hui, j'ai la possibilité de parler de nos souffrances. Je remercie ceux qui nous soutiennent. »

(Fin de son témoignage)

 

Après la séance d'assises a eu lieu une réunion des avocats, des réfugiés et de leurs soutiens. Les avocats ont fait savoir qu'aujourd'hui ils avaient présenté à la cour les témoignages de tous les 137 plaignants, mais qu'ils ne pouvaient les rendre publics, car ils contiennent des informations confidentielles. J'ai proposé que nous ayons chaque mois une réunion au cours de laquelle les plaignants pourraient parler de leurs souffrances. Les réfugiés, originaires de diverses villes du département de Fukushima, logent à présent en divers endroits et il est donc malaisé de leur venir en aide groupés. En de telles réunions, ils auront l'occasion de s'exprimer et nous, leurs soutiens, nous aurons avec eux une  relation plus intime. Cela aidera beaucoup notre mouvement.

 

25 km séparent la centrale (qui fuit toujours) de Minamisoma

25 km séparent la centrale (qui fuit toujours) de Minamisoma

_____________________________________

 

Article original de Hori Yasuo en espéranto

_____________________________________

 

 

La 22an de decembro 2014

 

La 7a Publika asizo pri la nuklea akcidento okazis en mia urbo

 

   En mia urbo Maebaŝi de la gubernio Gunma, 250 kilometrojn for de la nuklea centralo de Fukuŝima, ĉirkaŭ 1500 homoj el Fukuŝima rifuĝinte loĝas. El tiuj fukuŝima-anoj, 137 homoj metis sian aferon al juĝo la 11an de septembro 2013, postulante kompenson de TEPCO. Hodiaŭ okazis la 7a asizo, en kiu 59-jara virino el la urbo Minami-Sooma, najbara urbo de la nuklea centralo n-ro 1 de Fukuŝima rakontis pri sia vivo post la katastrofo.

 

Ni perdis vivon pro la nuklea akcidento

 

Mi, mia edzo kaj mia filino loĝis en la distrikto Takanokura de la urbo Minami-Sooma. Tiu ĉi montara distrikto estas pli ol 30 kilometrojn for de la centralo kaj ekster la rifuĝiga zono, sed estas tre radioaktiva.

Kiam okazis la tertremo la 11an de marto 2011, ĉio funkciis bonorde en mia domo, sed el mia distrikto pli kaj pli da loĝantoj fuĝis eksteren. Mia edzo laboris por la nuklea centralo de Fukuŝima, kaj kredis, ke la nuklea centralo de Fukuŝima estas la plej sekura en la mondo, do kiam ni aŭdis pri la eksplodoj de la reaktoroj, ni opiniis, ke tiu informo estas mensoga. Sed poste la urbo avertis, ke ni ne trinku akvon, kaj ni unuan fojon eksciis la seriozecon de la situacio, kaj ni fuĝis ĉe mia plej aĝa filino en la gubernio Saitama. Sed ŝia domo estas malgranda, kaj ni ne povis loĝi ĉe ŝi longe, kaj fine ni atingis la gubernion Gunma kaj nun ni loĝas en la apartamento en la urbo Tatebajaŝi.

Mia filino, kiu tiutempe estis studento, ne plu povis viziti la universitaton, do interrompis la studadon, kaj fine forlasis la universitaton, ĉar mankis al ni sufiĉa mono. Ŝi estis ordinara knabino, do ni opiniis, ke estos bone, ke ŝi studu en politeknika kampo, sed pro la nuklea akcidento ŝi perdis esperon labori en tiu kampo. Ŝi nun serĉas laboron en Gunma, sed vane, ĉar ŝi estas rigardata kiel fininto de supera mezlernejo. Krome kiam ŝi intervjuas kun la kompanianoj kaj diras al ili, ke ŝi devenas de Fukuŝima, ili demandas ŝin, kiom longe ŝi povos labori. Mi komprenas, ke ili devas demandi ŝin pri tio, sed pro tiuj demandoj ŝi fariĝas nervoza kaj eĉ nun ŝi ne povas akiri stabilan laboron. Ŝi ricevis stipendion, do ŝi devas redoni ĝin, sed kiamaniere ŝi povos, laborante malstabile kun malalta salajro?

Rifuĝinte, mi fariĝis tre malsana. Mia diabeto pliserioziĝis. Nun mi devas injekti insulinon ĉiun tagon kaj mi ne povas vidi bone per la maldekstra okulo. Mia sangopremo altiĝis. Mi suferas pro streso, mi facile larmas kaj mi ne povas dormi bone. En tiuj malfaciloj mi facile kverelas kun miaj edzo kaj filino pro bagatelaj aferoj. Se ne okazus la nuklea akcidento, mi neniam suferus pro malsano kaj neniam spertus tiajn kverelojn.

En la urbo Minami-Sooma ni ĝuis la vivon kun amika etoso, ofte renkontiĝante kun amikoj. Mi laboris en superbazaro. Mi foje montris novajn kuirmanierojn al la klientoj, kaj dankante al mi, ili donacias al mi memkuiritajn manĝaĵojn. Mi laboris ankaŭ por helpi handikapulojn kiel volontulo. Sed nun ĉio estas perdita. Mi nun estas malsana, ne havas amikojn kaj mi perdis memfidon, kaj ne havas kuraĝon alfronti al novaj aferoj. Mi loĝas en la 5a etaĝo de la apartamentaro sen lifto, do estas malfacile eĉ eksteren iri.

Mia edzo nun laboras en la urbo Iŭaki de Fukuŝima sola en apartamento. Li iras al la laborejo tre frue matene, do li ne povas aĉeti eĉ matenmanĝon. Li estas tre silenta kaj diligenta homo. Li laboras tro multe. En somero li suferis pro diarero kaj malsaniĝis pro varmego. Se mi estus kun li, mi povus helpi lin kaj li ne suferus.

Nia domo estis perdita, ni ne plu povos loĝi en tiu domo. Ĝi estis nia hejmo por ĉiuj familianoj, kaj nia koro. Ni perdis ne nur niajn posedaĵojn, sed ankaŭ nian koron. La registaro kaj TEPCO komprenu, kiom multe ni perdis. Ni volas reakiri nian eksan vivon. Se tio ne eblus, donu al ni minimume nian stabilan, trankvilan vivon.

Ĝis la katastrofo ni vivis tre optimisme, sed nun ni suferas multe finance kaj mense. Mi loĝis for de la nuklea centralo, do ni persvadis nin, ke nia sufero estas ne tre severa, kiel aliaj homoj loĝintaj najbare de la centralo, sed ni jam ne povas deteni nin de la silentado. La registaro kaj TEPCO mem decidis la normon kaj donas al ni kompensan monon laŭ ĝi, sed ni ne plu volas vivi laŭ tiu normo. Hodiaŭ mi havas okazon paroli pri nia sufero. Mi dankas al la subtenantoj.

(Fino de ŝia rakonto)

 

   Post la asizo okazis kunsido de la advokatoj, rifuĝantoj kaj subtenantoj. La advokatoj raportis, ke hodiaŭ ili prezentis atestojn de ĉiuj 137 akuzantoj al la juĝejo, sed ili ne povas publikigi tiun atestojn, ĉar tiuj enhavas personajn sekretojn. Mi proponis, ke ni havu kunsidon ĉiun monaton, en kiu la akuzantoj povu havi okazon paroli pri siaj suferoj. Rifuĝintoj el diversaj urboj de Fukuŝima loĝas dise en diversaj lokoj, do estas malfacile helpi ilin grupe. Tamen en tiuj kunsidoj ili havos okazon paroli kaj ni, subtenantoj, havos intiman rilaton al ili. Tio multe helpos nian movadon.

 

Lire la suite »

Fukushima : des entreprises nucléaires accusées de négligence

Fukushima : des entreprises nucléaires accusées de négligence

S’adressant au ministre de l’Économie du Japon, Brian Victoria revient sur le procès intenté à Tepco par des « marines » américains, pour avoir été irradiés durant l’opération humanitaire menée au large de Fukushima après la catastrophe du 11 mars 2011.

Risqué ? Les membres de l'équipage de la marine américaine nettoient le pont d'envol pour éliminer la radioactivité du porte-avion USS Ronald Reagan le 23 mars 2011.| AP

Risqué ? Les membres de l'équipage de la marine américaine nettoient le pont d'envol pour éliminer la radioactivité du porte-avion USS Ronald Reagan le 23 mars 2011.| AP

Des entreprises nucléaires accusées de négligence dans une cour américaine à propos des retombées de Fukushima

 

 

Titre original : “Question of negligence hangs over nuclear firms in U.S. case over Fukushima fallout

Traduction : Odile Girard (Fukushima is still news)

 

 

Au ministre de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie, M.Yoichi Miyazawa,

 

Monsieur le Ministre,

 

Comme vous le savez peut-être, un juge fédéral américain a décidé récemment qu’une action collective pouvait être engagée par quelque 200 marins américains contre Tokyo Electric Power Company et d’autres défendeurs à qui ils attribuent la responsabilité de maladies provoquées par l’exposition à la radioactivité suite à la fusion des réacteurs nucléaires de Fukushima n° 1.

 

Les marins allèguent qu’en toute connaissance de cause et par négligence, Tepco a donné au public, en particulier la marine américaine, des informations fausses et trompeuses sur la véritable situation de la centrale nucléaire de Fukushima n° 1. Ils allèguent en outre que Tepco savait que les marins de l’USS Ronald Reagan seraient exposés à des taux de radiation dangereux, parce que l’opérateur était au courant que trois des réacteurs nucléaires de la centrale avaient déjà fondu (1).

 

À cet égard, l’action en justice indique que le 14 décembre 2013, Naoto Kan, Premier ministre au moment de la catastrophe, a déclaré à un groupe de journalistes en parlant de la première fusion : «  Les gens pensent que ça s’est passé le 12 mars, mais la première fusion a eu lieu en fait cinq heures après le séisme. »

 

Les marins concernés participaient à l’Opération Tomodachi, une mission d’aide humanitaire engagée pour répondre aux demandes d’assistance du gouvernement japonais. En accord avec le Traité de sécurité États-Unis-Japon, ces marins ont littéralement risqué leur vie pour venir au secours et protéger la population japonaise.

 

Les marins ont neuf motifs de réclamation de dommages et intérêts ; ils accusent notamment Tepco de négligence et de manquement au devoir d’avertir des dangers et des défauts de conception dans la construction et l’installation des réacteurs. À ce jour, les marins souffrent de maladies - leucémie, ulcères, cancer du cerveau, tumeurs au cerveau, cancer des testicules, saignements utérins anormaux, maladies de la thyroïde, problèmes d’estomac – et toutes sortes d’autres affections inhabituelles chez des adultes aussi jeunes.

 

L’une des questions principales qui doivent être décidées par ce procès est de savoir qui paiera les traitements médicaux actuels et peut-être les traitements à vie des marins. Non seulement il va falloir faire face à des maladies spécifiques, mais il faudra aussi financer à l’avenir le suivi médical des marins eux-mêmes et de leurs enfants, pour surveiller notamment les risques de mutations génétiques radio-induites. En effet, certaines des particules radioactives inhalées par les membres de l’équipage ont des demi-vies longues, allant de six à 50, voire 100 ans.

 

Il n’y a aucun doute que le gouvernement japonais dispose d’une mine d’informations sur ce qui s’est réellement passé à Fukushima n° 1 et à quel moment. Il semblerait donc juridiquement et moralement souhaitable que le gouvernement partage ces informations sur Fukushima avec la Cour fédérale du district sud de Californie.

 

Ceci pourrait se faire par exemple par l’intermédiaire d’un mémoire d’amicus curiae, c’est-à-dire soumis par une personne non-partie à une procédure judiciaire mais qui est cependant en possession d’informations pertinentes pouvant éclairer la cour. Ma première question, Monsieur le Ministre, est la suivante : êtes-vous, vous-même et le Gouvernement japonais, d’accord pour soumettre ce genre de mémoire ?

 

Un point extrêmement important est que les constructeurs des réacteurs de Fukushima n° 1, General Electric, EBASCO, Toshiba and Hitachi, sont également les défendeurs. La raison est que les réacteurs des unités 1, 2 et 6 ont été fournis par General Electric, ceux des unités 3 et 5 par Toshiba et ceux de l’unité 4 par Hitachi. C’est toutefois General Electric qui a conçu les six réacteurs et les plans architecturaux ont été réalisés par EBASCO.

 

Notons en particulier que GE savait, il a déjà plusieurs décennies, que la conception de ses réacteurs de type Mark I installés à Fukushima était défectueuse. Il y a trente-cinq ans, Dale G. Bridenbaugh et deux de ses collègues de General Electric ont donné leur démission, après avoir acquis la conviction que la conception du Mark I était si défectueuse qu’elle pouvait provoquer un accident catastrophique. Ils ont témoigné publiquement devant le Congrès américain de l’incapacité du Mark I à faire face aux niveaux de pression énormes qui résulteraient d’une perte du système de refroidissement du réacteur.

 

Leurs inquiétudes ne se sont révélées que trop exactes à Fukushima n° 1, une catastrophe qui est loin d’être terminée, vu la contamination radioactive massive et incessante de l’océan.

 

Compte tenu de tous ces éléments, Monsieur le Ministre, je me permettrai de terminer ce message avec une dernière question : pourquoi le Gouvernement japonais n’a t-il pas, comme l’ont fait les marins américains, engagé des poursuites contre les entreprises susnommées pour établir leur responsabilité légale ? En d’autres termes, pourquoi la population japonaise devrait-elle payer les actes potentiellement négligents de certaines des plus grandes entreprises mondiales ?

 

BRIAN VICTORIA

Auteur de Zen at War, ancien directeur du Programme d’Études bouddhistes au Japon de l’Université d’Antioch. Brian vit actuellement à Kyoto.

 

 

________________________

 

Note du blog de Fukushima

 

(1) Effectivement, Tepco savait que les cœurs avaient fondu. L’opérateur a attendu le mois de mai 2011 pour divulguer l’information. Il porte donc la lourde responsabilité d’avoir caché une information cruciale. Mais que penser de la responsabilité de l’armée étatsunienne ? Comment imaginer que ce porte-avion militaire ne disposait pas d’appareils de mesure de la radioactivité ? Qui a donné l’ordre d’envoyer des soldats nettoyer le pont sans masque ni combinaison "adéquate" (en réalité, il n’existe pas d’équipement adéquat face aux rayons gamma qui traversent toute chose) ? Incompétence, ignorance ou ordre en connaissance de cause ?

Lire la suite »

Kizuna « le Lien » : une association pour aider Naoto Matsumura

Kizuna « le Lien » : une association pour aider Naoto Matsumura

Kizuna « le Lien » : une association pour aider Naoto Matsumura

Une nouvelle association vient de naître, Kizuna « le Lien ». Suite à la lecture du livre d’Antonio Pagnotta sur Naoto Matsumura, la journaliste Sophie Mouton-Brisse a souhaité aider Naoto sur ses terres irradiées en créant cette organisation à but non lucratif. Elle espère ainsi rassembler une communauté prête à parrainer les animaux de Naoto via un site web qui sera en ligne dès le mois prochain. On peut d’ores et déjà prendre contact avec son projet par sa page Facebook Kizuna pour Naoto et en lisant sa présentation sur cette page.

Kizuna « le Lien » : une association pour aider Naoto Matsumura

« Depuis avril 2011, une zone interdite a été décrétée autour de la centrale nucléaire de Daii Ichi située dans la préfecture de Fukushima. La zone est interdite aux humains parce qu’elle a été fortement irradiée lors de la fusion des cœurs de trois réacteurs nucléaires de la centrale le 12 mars 2011. Presqu’un million d’animaux sont morts de faim et de soif lorsqu’ils ont été abandonnés lorsque la population a été contrainte à l’évacuation. Malgré l’ordre d’abattage systématique donné par les autorités préfectorales, aujourd’hui quelques centaines d’animaux abandonnés survivent dans les radiations. Certains sont sauvages, d’autres d’élevage ou de compagnie et ils sont vivants grâce à un homme seul.

 

Des bovins, des chats, des chiens, quelques chevaux et une autruche sont les survivants de cette catastrophe qui a produit l’évacuation obligatoire de 200 000 personnes et l’exode volontaire de 500 000 autres. Cette zone irradiée, un territoire sans hommes, reste le seul refuge de ces animaux désorientés sans les humains, leurs maîtres. Ils erraient condamnés à mourir de faim et de soif ou par les mains des vétérinaires de la préfecture chargés de l’abattage. Si l’Homme n’a pas su rester humble devant les technologies qu’il imaginait maîtriser, il est profondément injuste que ces vies animales innocentes – des vies dont il était responsable –, connaissent une fin atroce et douloureuse. C’est pourquoi nous avons décidé d’aider un homme qui depuis trois ans les protège.

 

Agriculteur, Naoto Matsumura a refusé l’évacuation et vit toujours dans sa ferme à Tomioka en partageant le sort des animaux : solitude et radiations au cœur de ce désert humain au silence accablant. Au péril de sa vie –  il est gravement irradié – Naoto Matsumura nourrit et soigne les rescapés de ce drame sans fin. « Toutes les vies sont égales » aime-t-il à dire.

 

Chaque jour, il nourrit avec affection ces animaux abandonnés et promis à une mort certaine.

 

Naoto Matsumura, en choisissant le respect de la vie, de toutes les vies, y compris les plus humbles, accomplit un geste de résistance infime mais pourtant de résonnance planétaire : « Être ici est ma façon de combattre » dit-il. C’est sa manière de lutter face à une technologie qui détruit l’humanité dans ses gènes et au cœur. Pour ce combat en solitaire, il a été surnommé « le dernier homme de Fukushima ».

 

Ne nous méprenons pas, le message du « dernier homme de Fukushima » est un message d’amour pour les animaux mais surtout un message pour notre humanité en danger : seul le respect de toutes les formes de vie qui pourra donner un sens à cette absurde tragédie qui sème la mort et produit le vide autour d’elle. Seule la compassion fera renaître l’espoir, celle d’un renouveau sur notre planète.

 

En perpétuant le lien avec le vivant sur cette terre meurtrie et abandonnée, Naoto Matsumura nous montre la voie de la dignité. Par l’exemple de Naoto Matsumura, si symbolique, nous pouvons nous reconnecter avec la nature et la vie ; redonner aussi un sens à notre vie où le lien fragilisé avec la nature doit être recréé.

 

Sans appartenance politique ou religieuse, nous souhaitons tout simplement, ici, créer une étincelle pour un monde plus humain, cette étincelle d’espérance que Naoto a su faire naître dans les pires conditions qui soient, pour que s’exprime notre compassion pour cette terre vivante dont nous sommes, tous, responsables.

 

Pour continuer son combat de compassion envers les animaux, Naoto Matsumura a besoin de notre aide. Nous proposerons dès janvier de parrainer un survivant de Fukushima, un des animaux de sa ferme, via notre site Web (actuellement en construction).

 

*En japonais, « Kizuna » signifie « lien » : il est le lien sacré qui unit l’homme à la terre, la mère à son enfant, l’époux à sa femme. C‘est un lien profond, de respect, de bienveillance et de protection. »

 

Kizuna « le Lien » : une association pour aider Naoto Matsumura
Lire la suite »

Ce  Japon qui ne répond plus au keynésianisme !

Ce Japon qui ne répond plus au keynésianisme !

Les trillions de yens déversés par surprise en ce mois de novembre par la Banque du Japon afin de ressusciter son économie ont eu les effets très prévisibles d’affaiblir davantage sa monnaie et de propulser notoirement son marché boursier. Au total – et à ce jour – le Yen aura perdu près de 13% de...

The post Ce Japon qui ne répond plus au keynésianisme ! appeared first on .

Lire la suite »

Nouvelles de Fukushima ? l?automne 2014

Nouvelles de Fukushima ? l?automne 2014

Au moment où Tepco s’apprête à faire de grosses dépenses de communication pour annoncer la fin du transfert du combustible de la piscine de l’unité 4, nous continuons à recevoir des nouvelles du Japon par HORI Yasuo dont les 3 derniers rapports sont riches d’enseignements : Tepco, qui a du mal à dévier l’eau de la nappe phréatique, ne réussit pas plus à geler l’eau des conduits souterrains, le système ALPS sensé décontaminer l’eau pompée tombe régulièrement en panne, on ne sait pas encore comment on va démanteler les 3 réacteurs dont les cœurs ont fondu, on recommence à commercialiser du riz issu de territoires contaminés, la route nationale n°6 a été rouverte malgré sa forte contamination, les Japonais s’opposent toujours à la réouverture des réacteurs nucléaires et les territoires décontaminés par le passé sont à nouveau radioactifs. Tepco, qui ne se reconnaît toujours pas responsable de la catastrophe et qui s’arrange pour diminuer les dédommagements aux victimes, va donc bientôt communiquer sur autre chose…

PF

__________________

 

Rapports de HORI Yasuo

traduits de l'espéranto par Ginette MARTIN et Paul SIGNORET

 

Sommaire

 

- Comment pourra-t-on diminuer la quantité d'eau contaminée?
- Retirer  les barres de combustible nucléaire des réacteurs
- Message du maire de Hirono
- Récolte de riz dans la ville de Tomioka

- La route nationale n° 6 dans la préfecture de Fukushima a été ouverte

- Deux compagnies d'électricité ont commencé à discuter du démantèlement de leurs réacteurs

- 61% des gens s'opposent à la remise en service des réacteurs
- Un procès public d'assises sur l'accident nucléaire a eu lieu dans ma ville

- Ce qu'endure la réfugiée, madame E.

- Radioactivité autour du mont Shinobu, dans la ville de Fukushima

 

__________________

 

Rapport du 16 octobre 2014
Traduction : Ginette Martin


Nouvelles à propos de Fukushima et de la situation nucléaire

L'accident de la Centrale nucléaire de Fukushima n° 1 est déjà devenu pour beaucoup de gens une chose du passé, mais à présent les problèmes n'ont pas encore été résolus et ils font planer des menaces sur notre vie. Aujourd'hui, je vais parler de la situation concernant les problèmes nucléaires au Japon.

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

Comment pourra-t-on diminuer la quantité d'eau contaminée?


    Lorsque le Japon a invité les Jeux Olympiques de 2020, le Premier ministre a déclaré au monde entier que l'eau contaminée était sous contrôle et ne causerait pas de problème aux participants, mais les faits sont tout à fait différents. Il a invité les Jeux Olympiques au Japon avec des mensonges.

 

La centrale nucléaire n°1 se trouve au-dessus de flux d'eau souterraine, et chaque jour 400 tonnes d'eau pénètrent sous les réacteurs endommagés et se contaminent. Si on ne fait rien de cette eau, elle finira sa course dans la mer, donc elle polluera l'ensemble des mers dans le monde. Pour éviter cela, TEPCO puise cette eau et la met dans d'énormes bassins sur le sol de la centrale. La manière de réduire cette quantité d'eau qui entre est donc cruciale. TEPCO tente de le faire par trois moyens.


1) retirer l'eau avant qu'elle n'arrive à la centrale

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

TEPCO a commencé à puiser cette eau en mai dernier, avec l'intention d'en réduire la quantité à 100 tonnes, mais le résultat n'est pas encore évident. Depuis août, TEPCO a rendue publique la mise en œuvre d'un autre moyen : retirer l'eau à partir des ponts proches des réacteurs et la rejeter dans la mer après en avoir retiré les substances radioactives, mais les pêcheurs de la préfecture de Fukushima s'y opposent fermement, parce qu'ils ne croient pas TEPCO et ils craignent que cela n'accroisse leur mauvaise réputation ou bien n'augmente le discrédit à propos des poissons qu'ils  pêchent.

 

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

2) Construire un mur de terre gelée autour des réacteurs détériorés
   On prévoit de construire un mur de terre gelée de 1,5 km de long et 30 mètres de profondeur. Pour le construire, on a commencé d'abord par geler les jonctions des bâtiments des réacteurs avec les tunnels souterrains pour retirer l'eau polluée des tunnels, mais pour l'instant on n'a pas réussi. Beaucoup de gens doutent maintenant que l'on réussisse à construire un si grand mur de terre.

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

3) Retirer les substances radioactives par le procédé ALPS
    ALPS est une machine qui peut extraire de l'eau 62 sortes de substances radioactives, sauf le tritium. On prévoit de mettre pleinement en service trois ALPS, et, d'ici à la fin de mars prochain, de dépolluer 400 000 tonnes d'eau contaminée sur les 470 000 tonnes conservées sur le terrain, mais  des dysfonctionnements successifs se produisent sur ces machines et on ne peut toujours pas les faire fonctionner à pleine puissance. En outre, même si on réussit, il restera du tritium dans l'eau "purifiée". On n'a pas encore décidé comment traiter cette eau. TEPCO et le gouvernement, bien sûr, veulent la rejeter à la mer.

 

Retirer  les barres de combustible nucléaire des réacteurs
   

   Pour démanteler définitivement les réacteurs endommagés, on doit d'abord en retirer les barres de combustibles. On a commencé à retirer de leur bassin celles du réacteur No 4 en novembre 2013 et, à ce jour, 80 % d'entre elles ont été enlevées.
    Dans les réacteurs n° 1, 2 et 3, les combustibles nucléaires ayant fondu sont tombés vers le bas et on ne sait même pas dans quel état est l'intérieur de ces réacteurs parce que le rayonnement est si fort que les gens ne peuvent pas s'en approcher.

 

Message du maire de Hirono


    La ville de Hirono est située juste au sud de la Centrale nucléaire de Fukushima. Mais déjà depuis quatre ans, on a permis aux habitants de retourner chez eux en raison d'une radioactivité faible. Cependant, de nombreux habitants ne veulent pas revenir, par crainte de la radioactivité et à cause de mauvaises conditions de logement. A l'occasion du 4e anniversaire de la permission de revenir, le maire Endō a fait un discours en citant les paroles de Yoshida Shōin (penseur, 1830 - 1859):

"Nous voulons aller de l'avant pour restaurer notre ville, en gardant toujours un rêve, comme l'a écrit Yoshida Shōin :
     Ceux qui n'ont pas de rêve n'ont pas d'idéal,
     Ceux qui  n'ont pas d'idéal n'ont pas de plan,
     Ceux qui n'ont pas de plan n'ont pas d'action,
     Ceux qui n'ont pas d'action n'ont pas de réussite,
c'est pourquoi ceux qui n'ont pas de rêve ne peuvent pas réussir."
(Le journal de Fukushima-Minp
ō,  3 Octobre 2014)

 

Cependant, la restauration sera très difficile. Maintenant 1679 personnes, un tiers des habitants, sont revenus et vivent dans la ville, mais ils ne sont pas les seuls, 3000 étrangers y logent également. Ils travaillent pour les centrales nucléaires. La ville a décidé de se faire attribuer un travail de réparation et de démantèlement des six réacteurs de la centrale nucléaire n°1. Dans cette situation, quel rêve pourront avoir les habitants ?

 

Récolte de riz dans la ville de Tomioka

 

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

    La ville de Tomioka, où se trouve la centrale nucléaire n° 2 de  Fukushima, est proche des réacteurs détruits, de sorte qu'on ne peut y loger. L'année dernière, dans certains champs on a essayé de cultiver du riz pour étudier l'influence de la radioactivité, et tout le riz récolté a été jeté. Cette année, pour la première fois après l'accident nucléaire, dans les champs du district de Shimo-Kōriyama, on a récolté du riz pour le vendre. Les cultivateurs, qui habitent dans la ville de Kōriyama loin de leur foyer, vont de temps en temps sur les champs. "L'agriculture est une industrie de base de la ville. Cette récolte est la première étape pour la restauration de la ville ", a déclaré M. Watanabe Yasuo. On essaie de produire du riz plus savoureux et moins coûteux pour l'année prochaine.
(Le journal de Fukushima-Minpō, 3 Octobre 2014)

 

La route nationale n° 6 dans la préfecture de Fukushima a été ouverte

 

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

Le 15 septembre 2014, la  route nationale n° 6 entre les villes de Futaba et Tomioka (14 km) a été ouverte aux voitures. Cette partie avait été fermée après l'accident en raison de la radioactivité intense. La route nationale n° 6 est très importante, elle relie Tokyo à Sendai, donc nous nous félicitons de l'ouverture. Cependant les piétons, les cyclistes et les motocyclistes ne peuvent pas y accéder, car la radioactivité est forte. Le 24 septembre,  l'un de mes amis est allé en voiture sur ce tronçon et il a détecté 19,51 microsieverts/h de radioactivité. Pour rappel, la limite maximale que le gouvernement a décrétée est de 0,23 microsieverts/h.

 

Deux compagnies d'électricité ont commencé à discuter du démantèlement de leurs réacteurs
 

   Au Japon, il existe maintenant 18 vieux réacteurs, qui ont plus de 30 ans. Après l'accident nucléaire, les règles sur les centrales nucléaires sont devenues plus sévères, si bien que, pour prolonger la vie de ces réacteurs au-delà de 40 ans, on doit les adapter à ces nouvelles règles en dépensant beaucoup d'argent. A cause de cela, deux compagnies d'électricité, Kansai et Kjūshua, ont commencé à explorer la possibilité d'en arrêter quelques-uns. Par ailleurs, en déclarant qu'ils vont arrêter les vieux réacteurs, ils visent à mettre de leur côté les populations pour la remise en service des réacteurs récents.

 

61% des gens s'opposent à la remise en service des réacteurs
 

   Les 27 et 28 septembre, la Société d'enquête a fait un sondage sur divers sujets, et a reçu une réponse de 1675 personnes sur 3000 interrogées. A propos de la remise en fonctionnement des réacteurs, les gens ont répondu ainsi :
Question: Le gouvernement a l'intention de remettre en service les  réacteurs que l'Autorité de Sûreté Nucléaire aura constaté comme sûrs. Êtes-vous pour ou contre cette remise en service ?
   Pour: 34,2%   Contre: 60,5%
   Autres: 5,3%
Hommes :  pour : 44%, contre : 52%
Femmes: pour: 24%, contre : 69%

 

__________________

 

Rapport du 24 octobre 2014

Traduction : Paul SIGNORET

 

 

Un procès public d'assises sur l'accident nucléaire a eu lieu dans ma ville

 

Dans ma ville, Maebashi, dans le département de Gunma, à 250 kilomètres de la centrale nucléaire de Fukushima, logent environ 1 500 réfugiés du département de Fukushima. Quatre-vingt-dix d'entre eux, appartenant à trente-deux familles, ont déposé plainte le 11 septembre 2013, en demandant à être indemnisés par TEPCO. De même, dans 21 départements et régions, 8276 personnes ont déposé plainte et se battent contre TEPCO et le gouvernement.

Aujourd'hui s'est tenue la cinquième séance de la cour d'assises du tribunal de Maebashi. Comme il s'agissait d'une séance de préparation aux séances ultérieures, la présidente du tribunal s'est entretenue avec les avocats des deux parties et, après trente minutes, la séance a été levée. Y avaient assisté environ vingt avocats défendant la cause des réfugiés, tant de mon département que d'autres départements où des plaintes avaient été déposées. Pour TEPCO et le gouvernement il n'y avait qu'un seul avocat, mais beaucoup de fonctionnaires appartenant aux ministères concernés étaient également venus (aux frais du contribuable !).

Ensuite nous – les plaignants et leurs soutiens – nous nous sommes réunis dans la salle de l'Association des avocats et avons écouté les explications concernant la séance d'assises qui venait d'avoir lieu et sa signification.

L'argumentation comporte deux points principaux : premièrement, la compagnie TEPCO est-elle coupable de la survenue de l'accident ? TEPCO n'entend pas discuter de ce point et fait plaider qu'elle indemnise les dommages subis conformément à la Loi de compensation de pertes dues à des accidents nucléaires, et qu'il n'y a donc pas lieu d'argumenter sur sa culpabilité. Deuxièmement, ce tsunami était-il prévisible ? TEPCO plaide qu'il a été si extraordinairement grand, qu'elle ne pouvait pas en prévoir l'éventualité, et que par conséquent elle ne porte aucune culpabilité dans l'accident. Ainsi, TEPCO et le gouvernement visent à ne pas verser les indemnités ou à en amoindrir le montant.

Pour les plaignants, cette attitude de TEPCO est tout à fait inacceptable. Avant l'accident, à maintes reprises il lui a été demandé si les centrales nucléaires de Fukushima ne deviendraient pas dangereuses lorsque se produiraient de grands tsunamis, et au Parlement M. Yoshii Hidekatsu, membre du Parti Communiste Japonais, a interrogé Abe Shinzō – alors l'une des personnalités marquantes et actuel Premier ministre – sur ce danger, mais TEPCO et Abe n'ont jamais pris ces questions au sérieux, se contentant de répéter que TEPCO mettait en œuvre des contre-mesures parfaites et que jamais ne se produiraient de graves accidents.

Et même après l'accident, TEPCO et le gouvernement ne se conduisent pas correctement à l'égard des victimes. TEPCO indemnise, non en fonction de la situation et des exigences des victimes, mais selon ses propres règles égoïstes, et souvent elle refuse de payer. Elle veut même remettre en fonction les réacteurs dans le département de Niigata, bien qu'elle ne réussisse pas à maîtriser les quatre réacteurs accidentés de Fukushima. Le gouvernement, lui aussi, tente de faire taire les victimes en les payant et a l'intention de remettre en route la centrale située dans l'île méridionale de Kyushu.

Au cours de la réunion qui a suivi la séance d'assises, des gens ont exprimé leurs opinions. Certaines m'ont particulièrement frappé :

 

1. Les gens qui sont partis, fuyant une radioactivité supérieure à 0,23 microsievert* / heure, ont le droit d'exiger une indemnisation.

  * Selon la loi, un lieu pollué à plus de 0,23 microsieverts / heure doit être dépollué. Cela siginifie, que la loi précise bien que personne ne peut loger dans un tel lieu.

 2. Du début jusqu'à la fin d'un processus de pollution du milieu, le plus important est de ne pas oublier les souffrances des victimes.

 3. À Fukushima, ce qui pèse le moins c'est la vie humaine et les indemnités.

 

Ce qui motive les plaignants n'est pas l'argent. À preuve, leurs slogans :

Rendez nous notre cher foyer
et notre existence paisible !
Ne privez pas les enfants d'avenir !
Que TEPCO et le gouvernement reconnaissent leurs fautes !

 

Ce qu'endure la réfugiée, madame E. ?

 

Dans le dossier de l'accusation figure le témoignage de l'une des victimes. En voici la traduction :

 

"Je vivais avec mon mari et mes deux fils dans la ville de Nahara, proche de la centrale nucléaire n° 1 de Fukushima. Après le séisme du 11 mars 2011, nous nous sommes réfugiés chez mes parents, dans la même ville. Au matin du 13 mars est venu l'ordre donné à tout le monde de partir pour la ville voisine, et nous avons fui en hâte. Nous savions qu'il y avait eu un accident nucléaire, mais nous ignorions quel était le danger de la situation, et donc nous avons tous été exposés à une forte irradiation nucléaire. Je redoute que les suites n'en apparaissent plus tard.

J'ai été, à l'époque, très inquiète pour la santé de mes enfants et je me suis réfugiée dans la ville de Fukushima, distante de soixante kilomètres. Ensuite, sur le conseil de mon frère qui habite dans la ville de Tabasaki dans le département de Gunma, nous avons fui vers cette ville, où, après quelques séjours transitoires dans des refuges, nous avons trouvé un appartement dans lequel, depuis, nous logeons.

En 2005, ma famille, après avoir épargné longtemps, avait acheté dans la ville de Naraha une maison où tous ses membres vivaient tranquilles en compagnie d'un chien. Quand je suis revenue chez moi, après l'accident, la maison sentait très mauvais et partout grouillait de la vermine. Le jardin était couvert de mauvaises herbes. J'ai pleuré et j'étais désespérée.

Avant, nous étions fiers de travailler et nos ressources étaient suffisantes. Mes parents m'aidaient à élever mes enfants. Depuis que nous avons emménagé dans la ville de Takasaki, mes enfants sont psychiquement très instables, et comme mes parents sont loin, j'ai renoncé à travailler hors de chez moi. La firme de mon mari, dans le département de Fukushima, a fermé. Il a retrouvé un emploi, mais son salaire a été divisé par trois.

À cause de l'accident, j'ai dû vivre loin de mes parents, et mes enfants ont perdu leurs amis. J'ai dû abandonner mon chien qui faisait partie de la famille. J'éprouve à ce sujet un sentiment de culpabilité.

Nous sommes tristes d'être coupés de nos parents et amis, nous regrettons la maison et le travail perdus, nous sommes inquiets et perdons quasiment la tête face à notre avenir nébuleux, et outre ces soucis, nous devons craindre le risque que la radioactivité ne ruine notre santé. Mon mari et moi, nous sommes dans un tel état d'esprit que nous n'arrivons plus à bien dormir. Avant j'étais en bonne santé, mais à présent je sens le désordre dans mon corps.

Avant l'accident, je vivais tranquillement chez moi, j'avais plaisir à voir mes enfants pousser dru. Cette vie-là, nous l'avons perdue. Nous avons été précipités en enfer. Nous n'avons plus aucun avenir, aucun espoir. Nous avons été réduits à l'état de loques, physiquement et moralement. Que TEPCO et le gouvernement regardent donc quelle est notre quotidien et qu'ils sachent dans quelles conditions vivent les victimes ! L'accident nucléaire a blessé notre dignité d'hommes. Qu'ils assument donc pleinement leurs responsabilités !"

 

_____________________

 

Rapport du 10 novembre 2014

Traduction : Paul SIGNORET

 

Radioactivité autour du mont Shinobu, dans la ville de Fukushima

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

Les 2 et 3 novembre a eu lieu le Congrès Tōhoku, dans la ville de Morioka, du département de Iwate. Cette ville est distante de six cents kilomètres de chez moi, j'ai donc jugé que revenir tout de suite était une perte d'argent, et j'ai décidé de m'arrêter en route à Fukushima pour mesurer la radioactivité autour du mont Shinobu.

 

J'avais visité celui-ci cette année, en juillet. J'avais alors trouvé un endroit, où l'intensité radioactive dépassait 10 microsieverts/h. Je n'avais pas pu la mesurer de façon précise en raison des possibilités limitées de mon dosimètre. J'avais entendu dire que le mont était si pollué que les gens ne voulaient plus s'y promener. Je voulais savoir ce qu'il en était.

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

J'ai emprunté un vélo près de la gare de Fukushima. L'intensité radioactive y était de 0,24 à 0,27 microsieverts/h. Selon la norme étatique, les lieux pollués à plus de 0,23 microsieverts/h doivent être dépollués. Cet endroit-ci l'avait été longtemps auparavant, mais des produits radioactifs venus d'ailleurs, par voie aérienne, lui avaient à nouveau fait dépasser la norme.

 

J'ai roulé dix minutes et je suis arrivé au musée d'art départemental. Dans le jardin se trouvait un dosimètre qui indiquait 0,162, mais le mien montrait 0,23.

 

Entre le Musée et le mont Shinobu se trouve une rigole dans laquelle beaucoup de feuilles mortes étaient tombées. J'ai commencé à mesurer à cet endroit-là, mais le chiffre restait stable. Je me suis un peu déplacé vers le haut, j'ai remesuré et là, le chiffre augmentait de plus en plus, et le dosimètre a fini par indiquer 12,1 microsieverts/h. L'irradiation était là égale à cinquante-deux fois la norme ! C'était la première fois que ma main gauche était exposée à une aussi forte radioactivité.

 

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

J'ai continué à rouler jusqu'à un endroit où s'élevaient plusieurs maisons. Quelques hommes travaillaient dans les jardins, raclant de la terre qu'ils mettaient dans des caisses blanches (voir photo ci-contre). Ils en avaient déjà rempli plus de cinquante. Ensuite ils ont répandu de la terre non polluée. Où donc mettraient-ils la terre polluée ?

 

De nouveau, j'ai repris la route qui fait le tour du mont. J'ai rencontré quelques promeneurs. En deux endroits, j'ai pris la mesure de la radioactivité : dans le premier la radiation était de 0,37 microsieverts/h et dans le deuxième, de 1,11. Pendant le trajet à vélo, mon dosimètre continuait à fonctionner et il indiquait à peu près 0,34 microsieverts/h. Cela signifie que le mont lui-même est pollué, voilà pourquoi tant de radioactivité flotte encore dans l'air après qu'on a décontaminé la terre, et quand on se promène, on la respire. Les gens vivent ici dans cet air radioactif.

 

Il y avait un cimetière dans lequel la radiation était de 1,25 microsieverts/h et sur le belvédère d'où je pouvais voir le centre de la ville, il y avait 0,34 microsieverts/h. À cet endroit se trouvait un panneau avec les avertissements suivants :

  1. N'utilisez le parc que pendant une heure par jour au maximum

  2. Ensuite, lavez-vous les mains et le visage et rincez-vous.

  3. Ne prenez pas de sable dans vos mains.

Il s'agit là d'un ensemble de conseils adressés aux jeunes mères, qui font jouer leurs enfants dans le parc. Avec ce panneau aucune mère ne veut plus y conduire ses enfants.

 

Au sommet du mont se trouve un beau temple Yakuō-ji. L'intensité de radiation y est de 0,42 microsieverts/h et dans le belvédère situé derrière le temple, elle est de 0,49 microsieverts/h. Le bonze vit dans ce lieu contaminé.

 

J'ai poursuivi mon trajet à vélo jusqu'à la partie nord de la base du mont, où sont de nombreuses maisons. Devant un petit appartement un dosimètre marquait 0,266, et à côté du petit hall public du département de Seibu un autre indiquait 0,249. Tous ces chiffres dépassaient le maximum de la norme, soit 0,23.

Non loin de la gare de Fukushima, il y a un bureau nommé : “Espace informatif concernant la dépollution”, ouvert par le département de Fukushima. Sur le mur un tableau montrait la progres-sion des travaux dans les villes concernées :

 

Programme de dépollution de Fukushima :
Installations publiques :
- Planifié: 1 502 Effectué: 1 322 Pourcentage: 88%
Constructions privées :
- Planifié: 65 127 Effectué: 42 572 Pourcentage: 65%
Pourcentages de dépollution dans d'autres villes:
Date : 88% Nihonmatsu : 65% Motomiya : 31%

 

Ces pourcentages montrent que de très nombreuses personnes vivent encore dans des endroits pollués. Même après qu'on a dépollué des lieux, par la suite ceux-ci souvent subissent de nouvelles pollutions. Les habitants ne peuvent donc pas y vivre tranquilles. La plupart des informations, relatives à la radioactivité et à la dépollution, fournies par « l'Espace » sont très optimistes. Nous, qui sommes profanes, ne pouvons pas réfuter ces données fournies par des chercheurs et des scientifiques “employés de l'État”, mais le gouvernement a pour habitude de tromper les gens, c'est pourquoi je ne puis ajouter foi facilement à ces informations.

 

Hier je m'étais arrêté d'écrire ici. Aujourd'hui je m'aperçois que j'ai une stomatite (deux aphtes dans la bouche). Avant de pratiquer la hietori-thérapie (élimination du froid corporel par bains à mi-corps et port de cinq paires de chaussettes), je souffrais de stomatites fréquemment, mais après, rarement. Je soupçonne que ces aphtes sont dûs à l'exposition aux radiations que j'ai subie il y a une semaine.

 

D'après ce que j'ai pu lire, la radioactivité lèse les muqueuses, c'est pourquoi souvent une stomatite apparaît dans la bouche. Nul ne peut affirmer que la mienne a bien été causée par irradiation. Je suis âgé, je ne redoute donc pas beaucoup la radioactivité, mais si des enfants souffrent de stomatite après un accident nucléaire leur mère n'est pas tranquille. Et pourtant, un chercheur « employé de l'État » a fait cette recommandation : « L'inquiétude liée à la radioactivité est plus nocive que la radioactivité elle-même. Si vous vivez en riant, votre immunité s'en trouvera renforcée et la radioactivité se tiendra à distance de vous.» Je vais donc cesser de m'inquiéter, mais je voudrais bien savoir comment on peut rire, quand pleuvent des matières radioactives.

Lire la suite »

Bad Behavior has blocked 9797 access attempts in the last 7 days.