mardi, mars 3, 2015

japon

Est-ce que les générations d’irradiés s’additionnent ?

Est-ce que les générations d’irradiés s’additionnent ?

Le site lundimatin a commencé à mettre en ligne une série de trois témoignages concernant des Japonais qui ont réagi de manières différentes à la catastrophe nucléaire. Le premier entretien est consacré à Yuki qui a choisi de rester à Tokyo. Voici quelques extraits de son témoignage que vous pourrez lire en entier ou écouter dans l'édition originale « Rester à Tokyo ».

 

(source photo : lundimatin)

(source photo : lundimatin)

 

(…)

 

Est-ce que les générations d’irradiés s’additionnent ?

 

J’ai un ami qui fait partie de la troisième génération des irradiés, la première génération c’est ceux qui ont vécu les bombes de Hiroshima et Nagasaki, leurs enfants sont la deuxième génération et leurs petit-enfants la troisième, mon ami fait parti de ceux là.

 

Après l’accident, cet ami m’a dit : « Maintenant je suis irradié, donc je suis devenu un de la première génération des irradiés de Fukushima sans pour autant perdre ma qualité de membre de la troisième génération des irradiés de Hiroshima et Nagasaki, donc qu’est ce que je suis maintenant ? Est-ce que les générations d’irradiés s’additionnent ? Est-ce que je suis de la quatrième génération ? Qu’est ce que je suis devenu ? ». Je me suis rendu compte qu’un petit pays comme le Japon avait vécu plusieurs catastrophes nucléaires, dans une temporalité très courte.

 

La contamination n’est pas visible, elle n’a ni goût, ni odeur, pour cela, c’est seulement la peur qui s’accumule au fur et à mesure.

 

Je vis à Tokyo qui est une ville contaminée, mais la contamination n’est pas visible, elle n’a ni goût, ni odeur, pour cela, c’est seulement la peur qui s’accumule au fur et à mesure. Donc pour survivre dans ces conditions, j’ai établi plusieurs règles. La règle n°1 chez nous, c’est qu’on a mis un seau à côté de l’entrée et dès que l’on rentre dans la maison, on enlève tous nos vêtements pour les mettre dedans. Mon copain a très froid en hiver, ça me désole, mais je n’ai pas le choix. Et comme je me vois difficilement dire aux gens qui viennent chez moi de se mettre à poil, je n’invite personne... C’est une vie horrible.

 

J’adore les chats, j’ai toujours été une bonne amie des chats mais comme les chats vivent au sol, ils accumulent des radio-particules et de ce fait maintenant ils me font peur, donc je ne suis plus une bonne amie des chats. En hiver maintenant, je ne porte plus de pulls en laine, ni les chapeaux ou les écharpes, je préfère les matières plus lisses. Je me trouve assez dingue, donc je suis allé à l’hôpital psychiatrique, parce que mon copain n’éprouve pas cette radiophobie que je ressens et il trouvait que je m’inquiétais trop. Quand j’ai consulté le docteur, il m’a dit que je n’allais pas bien. Il m’a conseillé d’entamer une thérapie et m’a prescrit différents médicaments.

 

L’important ce n’est pas tellement la contamination mais l’ambiance générale qui règne à Tokyo, le tabou qui règne, et le fait que j’ai peur de dire que je suis effrayé par la radiation. Et quand je croise les gens qui s’en foutent complètement, ça me soulage tout de même parce que je me dis qu’il y a quand même des gens qui ont réussi à ne pas se faire reformater par l’accident de Fukushima.

 

« Et bien, il faut rentrer maintenant, c’est fini »

 

Lorsque je suis allé à Nagoya, la semaine que j’ai passé après l’accident chez Yabu, il y avait cette jeune femme avec un nourrisson. Cette dame, dont le mari est resté travailler à Tokyo, l’appelle au téléphone et lui dit « Et bien, il faut rentrer maintenant, c’est fini ! » et elle avait l’air très déstabilisée parce qu’elle est partie à Nagoya parce qu’elle avait peur des radiations et là, son mari qui exige d’elle qu’elle revienne... Alors si l’on met la famille en priorité, peut-être que j’ai tort mais j’ai voulu dire à cette femme : « ton choix de quitter Tokyo avec ton bébé était juste, tu avais raison de partir ».

 

Un mois après, il y a eu la grande manifestation à Tokyo à laquelle je me suis rendue. Là-bas, un ami m’a dit : « Mais pourquoi es-tu ici ? Tu vas être contaminée ».

 

 

(...)

 

 

 

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Lire l'article en entier ou écouter le témoignage audio en cliquant sur le lien suivant :

 

 

Rester à Tokyo

Après Fukushima Le 29 janvier dernier, l'Agence Internationale de l'Energie (AIE) annonçait ses préconisations en matière de production énergétique à l'échelle mondiale pour les années à ...

https://lundi.am/Rester-a-Tokyo

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Nous ne serons jamais japonais !

Nous ne serons jamais japonais !

Le Japon est incontestablement le laboratoire du monde, et pas seulement pour son irrésistible et catastrophique déclin démographique. Ce pays moderne prouve aujourd’hui qu’il est possible de vivre – ou à tout le moins de continuer à exister – sans marché obligataire! La troisième puissance économique du monde – du haut de son quadrillion de...

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Visite aux réfugiés dans la ville de Aizuwakamatsu

Rapport de HORI Yasuo, rédigé le 30 décembre 2014

traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET

 

 

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Visite aux réfugiés dans la ville de Aizuwakamatsu

 

Le 29 décembre 2014 la « Société de la ville de Maebashi visant à la suppression de tous les réacteurs nucléaires du Japon » a organisé une visite aux réfugiés qui habitent la ville d’Aizuwakamatsu, dans le département de Fukushima.

La centrale nucléaire n°1 de Fukushima est située sur le rivage de l'Océan Pacifique. Les gens qui logeaient autour de cette centrale ont dû chercher refuge en d'autres lieux. Nous avons visité le quartier des réfugiés venus de la ville d'Ōkuma. Ce quartier se trouve dans Aizuwakamatsu, ville située dans la montagne, dans le département de Fukushima.

Visite aux réfugiés dans la ville de Aizuwakamatsu

Quelle ville est Ōkuma ?

 

Dans la ville d'Ōkuma se trouvent quatre réacteurs de la centrale nucléaire n°1 de Fukushima endommagés par le tsunami. La ville avait environ dix mille habitants. Presque 60% d'entre eux travaillaient dans les centrales nucléaires de Fukushima. Il y avait de vingt à trente compagnies liées aux centrales. Le budget municipal dépend donc principalement de la subvention gouvernementale pour la centrale et des impôts  versés par TEPCO, ces compagnies et les employés.

 

Suite à l'accident, tous les habitants se sont réfugiés dans d'autres villes. À présent 4 211 d'entre eux logent dans la ville d'Iwaki, 2 071 dans Aizuwakamatsu, 1 133 dans d'autres villes du département de Fukushima, et les autres hors du département : il y en a par exemple 402 dans le département de Saitama, 408 dans celui de Ibaraki et 308 dans celui de Tokyo.

 

Le plan de restauration de la ville de Ōkuma est le suivant :

1. Retour des habitants dans la ville quand les conditions le permettront.

2. Entre-temps, l'administration municipale – actuellement réfugiée dans la ville de  Aizuwakamatsu – veillera aux conditions de vie des habitants.

3. La ville future comprendra trois districts :  une zone naturelle, une zone commerciale et une zone de logement.

4. On dépolluera d'abord deux districts, Ōkawara et Shimo-Ōno, qui serviront de base au renouvellement à partir desquels seront ouverts de nouveaux espaces logeables.

    5. Calendrier de réalisation du plan :

2018 : ouverture de ces deux districts de base.

2023 : ouverture du bureau municipal et des hôpitaux autour de la gare.   Réoccu-pation des logements dans les districts de base.

2028 : aménagement de nouveaux quartiers d'habitation. Ouverture de bureaux et de compagnies.

                  2033 : mise en place d'une information sur l'accident de la centrale nucléaire.

 2053 : déclaration du démantèlement complet des réacteurs endommagés.

 Préparation de la fondation du musée de la restauration de la ville d'Ōkuma.

 6. Prévisions par la ville de la réduction de la radioactivité dans les districts  suivants (en millisieverts/an. Le maximum prévu par la norme gouvernementale pour le logement  est de 1 millisievert/an):

 

 

2014

2018

2023

2O28

2033

2038

Ōkawara

Kuma

Kumagawa

Otosawa

5,7

22,9

53,6

118,6

3,2

5,4

12,6

65,1

2,1

3,7

8,6

19,0

1,7

2,9

6,8

15,1

1,4

2,4

5,6

12,4

0,7

1,1

2,6

5,8

 

 

Voici ce que je pense de ce plan :

1. Jusqu'à présent, la loi sur la radioactivité stipulait, et stipule encore, que l'on n'a pas le droit d'habiter un lieu dont la pollution est supérieure à 1 millisievert/an. Ce chiffre est officiellement considéré comme principe intangible, or s'il est interdit aux gens de loger dans de tels lieux, il leur sera impossible de revenir chez eux quasiment pour l'éternité, ce qui signifie que le gouvernement et TEPCO devront les prendre éternellement en charge par des subventions ou par d'autres moyens. C'est pourquoi le gouvernement tente à présent d'obliger les habitants à revenir dans les logements qu'ils ont quittés, si ceux-ci n'ont pas une pollution supérieure à vingt millisieverts. Ceci est absolument contraire à la loi, mais l'État impose aux habitants cette illégalité.

2. Certaines personnes âgées veulent revenir chez elles, même dans cette situation, mais cela signifie qu'alors elles ne recevront plus d'indemnités. Il leur sera difficile de gagner de l'argent par l'agriculture. Pourront-elles vivre avec seulement une petite retraite ?

3.  Les jeunes couples ne reviendront pas, car ils craignent pour la santé de leurs enfants. Sans attendre le moment où leur foyer redeviendra suffisamment dépollué, ils vont chercher à gagner leur vie dans d'autres villes et ils ne retourneront pas dans leur district d'origine.

Selon une enquête menée dans la ville en février 2014, presque la moitié des habitants ont déjà décidé qu'ils ne reviendraient pas :

Question : Voulez-vous emménager dans les districts de base ?

                       11,2% : Oui

13,3% : J'examinerai la situation et si c'est possible je veux revenir à Ōkuma.

45,8% : Je n'ai pas l'intention de revenir.

22,4% : Je ne peux pas prendre de décision.

 

Visite du quartier où sont les réfugiés d'Ōkuma

 

Nous sommes partis à sept heures du matin de ma ville de Maebashi par un bus plein de riz, de motchi (plat de riz pétri pour le Nouvel An) et de légumes, et nous avons atteint la ville de Aizuwakamatsu à onze heures. À ma grande surprise, il y avait beaucoup de neige et la couche sur les toits était épaisse de trente centimètres.

 

L'endroit auparavant était un parc,  dans lequel on a construit quatre-vingts maisons provisoires comportant chacune deux petites pièces, un wc, une salle de bains et une cuisine  Nous avions préparé du matériel d'aide pour quatre-vingts familles, mais trente cinq d'entre elles avaient déjà quitté le quartier. La plupart logent maintenant dans la ville de Iwaki, afin que les maris puissent travailler dans les centrales nucléaires de Fukushima.

Sous un ciel de neige les maisons provisoires se dressent, silencieuses.

Sous un ciel de neige les maisons provisoires se dressent, silencieuses.

Une trentaine de personnes âgées et deux jeunes étaient venus dans la salle  commune. Le chef du district, un ancien employé de la centrale, était fier d'être en excellente santé, bien qu'il ait travaillé là-bas pendant quarante années et qu'il ait été fortement exposé aux irradiations. Il avait parfois avalé ou inspiré des matières radioactives et on lui avait alors recommandé de boire beaucoup de bière pour les éliminer de son corps. Il soulignait que dans le manga  « Oishinbo » on voit des hommes souffrir de saignements de nez consécutifs à l'explosion des réacteurs, or d'après lui la chose est complètement fausse, car beaucoup de ses collègues n'ont jamais saigné du nez. Je lui ai opposé avec un peu d'hésitation que d'après certains rapports, des mères réfugiées avaient témoigné que leurs enfants avaient des saignements de nez, mais cet homme insistait, disant que ces rapports étaient mensongers.

 

Nous avons distribué du riz et des motchis.

Nous avons distribué du riz et des motchis.

Un autre homme a fait rire les gens présents en racontant sa vie future : « Lorsque je reviens provisoirement chez moi, j'y vois souvent des sangliers avec des petits très mignons. Les chiens viverrins et les faisans s'y multiplient. La ville dispose pour sa restauration d'un plan sur vingt ans. J'ai soixante-dix ans, mais je pourrai revenir à la maison … sous forme de cendres. J'ai exigé de la ville qu'elle construise en priorité une maison de retraite car presque tous les habitants ici sont vieux, et c'est donc la construction la plus nécessaire. Nous pourrons ainsi revenir chez nous, d'abord à la maison de retraite dans le district de base, ensuite dans notre tombe sous forme de cendres. »

 

Sa prévision se vérifiera, car ils sont originaires d'Otozawa et d'autres  districts, qui sont situés près de la centrale nucléaire. La radioactivité y est très forte, exemple dans le n°1 d'Otozawa, elle était de 184,4 millisieverts/an en 2012, et même en 2053 elle sera de 5,8 millisieverts/an.

 

Ensuite j'ai donné un concert avec des instruments de musique insolites, originaires du monde entier, et j'ai beaucoup fait rire les spectateurs. Ce fut le seul moment où leurs visages ont rayonné de joie comme jadis, mais le concert fini, leurs mines se sont de nouveau rembrunies. Il m'a semblé qu'ils n'avaient ni colère ni animosité à l'égard de TEPCO, seulement de la résignation.  Avant la construction des centrales nucléaires, la ville était pauvre, et donc ses habitants l'étaient aussi. Pour subvenir aux besoins de leur famille, les hommes travaillaient dans Tokyo l'hiver. Mais, grâce aux centrales, leur niveau de vie s'est élevé de plus en plus. C'est ainsi que leur existence est devenue très dépendante de TEPCO, et ils acceptent donc leur situation et leur sort en silence.

 

Les gens ordinaires, surtout les personnes âgées, ont une existence banale, sans dessein précis. Ils sont contents s'ils peuvent vivre sans soucis, voir grandir leurs enfants et leurs petits-enfants, avoir des amis autour d'eux et s'impliquer un peu dans la société. C'est ainsi que vivaient ces réfugiés et ils pensaient mourir chez eux, mais  l'accident nucléaire leur a fait perdre leur vie tranquille et ils doivent désormais vivre difficilement et d'une façon qui ne leur est pas coutumière. Ils ne savent pas comment affronter cette nouvelle situation. Le gouvernement et TEPCO ont précipité les habitants dans l'abîme, cependant ils ne font nullement leur auto-critique, ni ne demandent pardon, et ils essaient de payer le moins possible d'indemnités aux victimes dont ils attendent sûrement la mort prochaine.

 

 

 

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Texte original en espéranto

 

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La 30an de decembro 2014

 

Vizito al rifuĝintoj en la urbo Aidu-Ŭakamacu

 

La 29an de decembro 2015 « la Societo de la urbo Maebaŝi celanta nuligi ĉiujn nukleajn reaktorojn el Japanio » organizis viziton al rifuĝintoj loĝantaj en la urbo Aidu-Ŭakamacu de la gubernio Fukuŝima.

   La nuklea centralo n-ro 1 de Fukuŝima troviĝas laŭ la marbordo de la Pacifika Oceano en Fukuŝima. La loĝantoj, kiuj loĝis ĉirkaŭ tiu centralo, devis rifuĝi en aliaj lokoj. Ni vizitis la kvartalon de rifuĝintoj el la urbo Ookuma. Tiu kvartalo situas en la urbo Aidu-Ŭakamacu, la urbo en la montaro de la gubernio Fukuŝima.

 

Kia urbo estas Ookuma ?

En tiu urbo Ookuma troviĝas 4 reaktoroj de la nuklea centralo n-ro 1 de Fukuŝima damaĝitajn de la cunamo. La urbo havis/as ĉirkaŭ 10 mil loĝantojn. El tiuj preskaŭ 60% laboris por la nukleaj centraloj de Fukuŝima. Troviĝis 20-30 kompanioj rilatantaj al la centraloj. Do la urba buĝeto ĉefe dependas de la subvencio pri la nuklea centralo de la registaro kaj impostoj el TEPCO, tiuj kompanioj kaj la laboristoj.

Pro la akcidento de la centralo ĉiuj loĝantoj rifuĝis en aliaj urboj. Nun 4,211 homoj loĝas en la urbo Iŭaki, 2,071 en la urbo Aidu-Ŭakamacu, 1,133 loĝas en aliaj urboj en Fukuŝima kaj la aliaj loĝas ekster la gubernio Fukuŝima, ekzemple 402 en la gubenrio Saitama, 408 en Ibaraki kaj 308 en Tokio.

La plano de la urbo Ookuma por revivigi ĝin estas :

1. La loĝantoj revenu al la urbo Ookuma, kiam la kondiĉoj por tio estos pretaj.

2. Ĝis tiu tempo la urba administracio (nun en la urbo Aidu-Ŭakamacu) prizorgos la loĝantojn pri vivado.

3. La estonta urbo dividiĝos en la tri distriktojn: naturriĉa zono, komerca zono kaj loĝzono.

4. Komence oni purigos du distriktojn Ookaŭara kaj Ŝimo-Oono kiel bazojn por reviviĝo, de kiuj oni disvastigos loĝeblajn lokojn.

5. Laŭjara efektivigo de la plano:

2018 : ekfunkciigo de tiuj du bazaj distriktoj.

2023 : ekfunkciigo de la urba oficejo kaj hospitaloj

ĉirkaŭ la stacidomo. Ekloĝado en la bazajn

distriktojn.

2028 : aranĝo de novaj loĝkvartaloj. Malfermoj de

oficejoj kaj kompanioj.

  2033 : aranĝo por informi la mondon pri la akcidento

de la nuklea centralo.

  2053 : deklaro de perfekta forĵetado de la damaĝitaj

reaktoroj. Preparo por la fondo de la muzeo pri la reviviĝinta urbo Ookuma.

6. La urbo antaŭvidas la reduktiĝon de radioaktiveco jene en jenaj distriktoj (milisivertoj/jare. La registara maksimuma normo por loĝado estas 1 miliziverto/jare):

 

            2014  2018  2023  2028  2033  2053

Ookaŭara     5,7    3,2    2,1   1,7   1,4    0,7

Kuma               22,9      5,4    3,7   2,9   2,4    1,1

Kumagaŭa  53,6  12,6    8,6   6,8   5,6    2,6

Otosaŭa    118,6   65,1   19,0  15,1  12,4    5,8

 

Jen estas miaj opinioj pri tiu plano :

1. Ĝis nun la legistara leĝo pri radioaktiveco estas/is, ke oni ne rajtas loĝi en lokoj pli poluitaj ol 1 milisiverto/jare. Oficiale ĝi tenas tiun ciferon kiel la principon, sed se estas ne permesite al homoj loĝi en lokoj pli poluitaj ol 1 siverto/jare, ili ne povos reveni hejmen preskaŭ eterne, kaj tio signifas, ke la registaro kaj TEPCO devos zorgi pri ili eterne per subvencio kaj aliaj rimedoj, do nun la registaro provas devigi la loĝantojn reveni al siaj hemlokoj, se tiuj ne estas poluitaj je pli ol 20 milisivertoj. Tio estas tute kontraŭleĝa, sed ĝi trudas al la loĝantoj tiun kontraŭleĝecon.

2. Iuj maljunuloj volas reveni hejmen eĉ en tiu situacio, sed tio signifas, ke tiam ili ne povos ricevi kompensan monon. Estos malfacile al ili gajni monon per agrikulturo. Ĉu ili povos vivteni sin nur per malmulta pensio?

3. Junaj gepatroj ne revenos, ĉar ili estos maltrankvilaj pro la sano de siaj gefiloj. Ili ne atendas la tempon, kiam iliaj hejmon fariĝos sufiĉe puraj kaj dume ili serĉos vivrimedojn en aliaj urboj kaj forlasos sian distrikton.

Laŭ enketo farita de la urbo en februaro 2014 preskaŭ duono de la loĝantoj jam decidis ne reveni:

Demando : Ĉu vi volas loĝi en la bazaj distriktoj ?

   11,2% : Jes

13,3% : Mi konsideros la situacion kaj se eblos, mi volas reveni al Ookuma.

45,8% : Mi ne havas intencon reveni.

22,4% : Mi ne povas decidi.

 

Vizito al la kvartalo de la rifuĝintoj el Ookuma

   Ni ekveturis je la 7a matene de mia urbo Maebaŝi per buseto plena de rizo, moĉio (knedita rizaĵo por la nova jaro) kaj legomoj, kaj atingis la urbon Aidu-Ŭakamacu je la 11a. Post tagmanĝo, ni atingis la kvartalon Oogimaĉi proksima al la stacidomo de la urbo. Je mia surprizo estis tre neĝe kaj sur tegmentoj estis 30-centimetroj da neĝtavolo.

   La loko antaŭe estis parko, sur kiu oni konstruis 80 provizorajn domojn kun du malgrandaj ĉambroj, necesejo, banejo kaj kuirejo. Ni preparis helpomaterialojn por 80 familioj, sed jam 35 familioj forlasis la kvartalon. Plejmulte de tiuj 35 familioj nun loĝas en la urbo Iŭaki por ke la edzoj povu labori en la nukleaj centraloj de Fukuŝima.

 

Venis al la komuna salono ĉirkaŭ 30 gemaljunuloj krom 2 junuloj. La distriktoestro estis eksa laboristo en la centralo, kaj li fieris, ke kvankam li laboris tie 40 jarojn kaj elmetiĝis al multe da radioaktiveco, li estas tute sana. Li foje englutis aŭ enspiris radioaktivaĵojn en sian korpon, kaj tiam oni rekomendis, ke li trinku multe da biero por eligi ilin el la korpo. Li substrekis, ke en la manga-o « Oiŝinbo » aperas homoj, kiuj suferis pro nazsangado post la eksplodoj de la reaktoroj, sed tio estas tute mensoga, ĉar multaj liaj kolegoj neniam nazsangis. Mi heziteme argumentis, ke en kelkaj raportoj de la rifuĝintaj patrinoj iliaj gefiloj nazsangis, sed tiu viro insistis, ke tiuj raportoj estas falsaj.

 

Alia viro rakontis sian estontan vivon, ridigante la ĉeestantoj: « Kiam mi provizore revenas hejmen, mi ofte vidas aprojn kun tre amindaj idoj. Multiĝas niktereŭtoj kaj fazanoj. La urbo havas 20-jaran planon pri sia revivigo. Mi nun estas 70-jara, sed mi povos reveni hejmen…kiel la cindro. Mi postulis de la urbo, ke ĝi unue konstruu maljunulejon, ĉar preskaŭ ĉiuj loĝantoj ĉi tie estas maljunaj, do maljunulejo estas la plej necesa. Tiamaniere ni povos reveni hejmen, komence al la maljunulejo en la baza distriko, kaj poste kiel cindro al mia tombo ».

Lia antaŭvido estos prava, ĉar ili devenas de la distrikto Otozaŭ kaj aliaj, kiuj situas apud la nuklea centralo. La radioaktiveco estas tre forta, ekzemple en n-ro 1 de Otozaŭa ĝi estis 184,4 milisivertoj/jare en 2012, kaj eĉ en 2053 ĝi estos 5,8 milisivertoj/jare.

 

Poste mi havis etan koncerton pri nekutimaj muzikiloj el la mondo kaj ridegis la ĉeestantojn. Nur tiun momenton iliaj mienoj estis brilaj kiel antaŭe, sed kiam finiĝis la koncerto, iliaj mienoj denove fariĝis nebulaj kaj mallumaj. Ŝajnias al mi, ke ili havas nek koleron nek batalemon kontraŭ TEPCO, sed nur rezignacion. Antaŭ la konstruado de la nukleaj centraloj la urbo estis malriĉa, do ankaŭ la loĝantoj estis malriĉaj. Por vivteni la familion, viroj laboris en Tokio en vintro. Sed dank’ al la centraloj ilia vivnivelo pli kaj pli altiĝis. Tiamaniere ilia vivado multe dependis de TEPCO, do ili nun silente akceptas la situacion aŭ la sorton.

 

Ordinaraj homoj, precipe gemaljunuloj, vivas tre ordinale sen specifaj vivceloj. Ili estas kontentaj, se ili povas vivi sen zorgoj, ĝui kreskon de siaj gefiloj kaj genepoj, havi amikojn ĉirkaŭe kaj iom kontribui al la socio. Tiuj rifuĝintoj vivis tiamaniere kaj planis morti en sia hejmo, sed pro la nuklea akcidento ilia trankvila vivo perdiĝis kaj ili devas vivi malfacile kaj malordinare. Ili ne scias, kiel fronti al tiu nova situacio. La registaro kaj TEPCO faligis la loĝantojn en la abismon, sed ili nek kritikas sin, nek petas pardonon, kaj provas plejmalmulte pagi kompenson al la loĝantoj kaj certe atendas ilian baldaŭan morton.

 

 

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Décontamination à Fukushima : Si on ferme les yeux, tout est propre !

Rapport de HORI Yasuo du 13 décembre 2014

traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN

 

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Nouvelle visite au mont Shinobu


Profitant de la fête de Zamenhof* organisée par l'Association d'Espéranto de Fukushima qui avait lieu le 10 décembre, j'ai voyagé vers la ville de Fukushima et j'ai visité à nouveau le mont Shinobu.

 

*Note de la traductrice : Les espérantistes ont l'habitude de fêter chaque année la naissance du créateur de l'espéranto, qui est né le 15 décembre 1859.

 

Intensité de la radioactivité à divers endroits


J'ai mesuré la radioactivité sur le quai de la gare du train rapide Shinkansen, et le chiffre était de 0,09 microsieverts. Ce chiffre n'était pas inquiétant, car la norme du gouvernement pour la pollution radioactive commence à 0,23 microsieverts par heure (1 millisievert par an). A l'échelle mondiale, on accepte cette norme comme  irradiation acceptable pour l'homme. Selon la loi japonaise, les gens ordinaires ne sont pas autorisés à (ne peuvent pas) vivre dans les lieux contaminés par plus de 0,23 microsieverts par heure. Dans le département de Fukushima (et dans certaines villes voisines) on nettoie ces sites, en raclant la terre contaminée et en lavant les murs et les toits pollués, pour que ces endroits descendent sous le chiffre de 0,23 microsieverts.

 

À côté de la gare de Fukushima, j'ai emprunté un vélo. J'ai immédiatement allumé mon dosimètre et ai constaté que le chiffre était de 0,29. Ce chiffre m'a effrayé. Il dépassait la norme ! Plus tard, toujours à bicyclette vers le mont Shinobu et en circulant dessus, j'ai mesuré la radioactivité dans de nombreux endroits. Les résultats sont les suivants:

 

1-Trottoir à 10 m de la gare : 0,24~0,27

2- Ruelle jouxtant le musée départemental : 0,23~0,24

3- Rigole au pied du mont Shinobu: 10,7!!!

4- Jardin du musée : 0,18

5- Le temple Henshō-in : 0,26~0,42

6- Un endroit sur la route dans la montée : 0,53~0,90

7- Plus haut dans la montée : 0,35

8- Le belvédère No2 :0,23

9- Le parc sur le mont : 0,17 (là, une information datant du 9 septembre indique que le chiffre était de 1,25)

10- Au sommet, près de la tour de la télévision: 0,73

11. Le temple Haguro : 0,32

12- Le lycée Tōryō au pied de la montagne: 0,31

Décontamination à Fukushima : Si on ferme les yeux, tout est propre !

Dans l'image ci-dessus, la pancarte montre le chemin vers le temple shintoïste appelé "Grand Dieu de l'Air". C'est la première fois que je voyais un nom de temple aussi étrange. Le dosimètre montrait 0,90 microsieverts. Un lieu bien impur pour un temple... Sur la pancarte à côté du mot "Grand Dieu" on lit sur la gauche "Dieu Inari gardien des aliments». J'ai prié ces dieux de tout mon cœur, en leur demandant: «Si vous êtes des dieux de l'air et de la nourriture, purifiez l'air et la nourriture de Fukushima ! »

 

Efficacité du nettoyage


Au pied du mont Shinobu, côté sud, immédiatement derrière le Musée départemental, il y a un temple, et plus de dix maisons. Quand je suis arrivé ici en novembre, des ouvriers avaient nettoyé la terre autour des maisons près du temple. J'ai mesuré la  radioactivité à trois endroits, et les chiffres étaient de 0,36, 0,32 et 043. L'effet du nettoyage n'était pas bien grand. Et où avait-on porté cette terre polluée qu'on avait raclée ? Voyez l'image.

 

Décontamination à Fukushima : Si on ferme les yeux, tout est propre !

Devant l'entrée de la maison, il y a quelque chose dans un plastique vert. Dedans il y a de la terre raclée, d'abord couverte de terre non polluée et ensuite recouverte d'une toile plastique. Il semble que cette maison ne soit plus habitée. Peut-être les habitants ont-ils fui quelque part en raison de la forte radioactivité. Même si la maison et le jardin étaient assez propres, ils ne voudraient pas vivre ici, obligés de faire toujours face à cette montagne de déchets.

 

Dans un autre quartier, des ouvriers nettoyaient la maison et le terrain. Ils sont venus du département d'Aichi, à 1000 km de Fukushima. Certes, il manque des ouvriers dans le département de Fukushima, alors viennent maintenant de nombreux travailleurs d'autres départements. Ils raclaient le sol et le mettaint dans des caisses en plastique, puis ils faisaient un monticule de caisses et le couvraient avec une toile en plastique. J'ai mesuré la radioactivité de la terre dans cette caisse. Le chiffre était de 0,78.

 

J'ai mesuré la radioactivité du jardin dépollué. Les chiffres étaient 1,10, 0,96 et 0,98, donc, à ma surprise, les zones dépolluées étaient plus contaminées que la terre raclée et l'herbe. Le nettoyage n'a eu aucun effet. Les ouvriers ont réellement travaillé, donc j'ai dû en conclure que le nettoyage n'était pas très efficace. Par la suite, bien sûr, arrivera de la montagne de l'eau contaminée et elle continuera d'augmenter la pollution du sol. Donc, certains prétendent que le nettoyage est inefficace et constitue du gaspillage d'argent, et qu'il faudrait utiliser l'argent pour des choses plus vitales.

Décontamination à Fukushima : Si on ferme les yeux, tout est propre !

Si on ferme les yeux, tout est propre.


Dans la soirée, nous avons passé un joyeux moment dans les bains chauds de la station thermale d'Iizaka. Le 11 décembre au matin, j'ai mesuré la radioactivité du terrain de l'hôtel. Les chiffres étaient 0,65 ~ 0,72. A un autre endroit sur la pelouse, les chiffres étaient de 0,82 ~ 0,90. Je me suis hâté vers les gens de Fukushima, qui faisaient la pause dans le vestibule de l'hôtel, et j'ai montré mon dosimètre, mais personne n'a manifesté d'intérêt pour ces chiffres. Ces chiffres n'ont rien de nouveau pour eux. Ils ne peuvent pas changer la situation, si bien qu'ils doivent bon gré mal gré s'y adapter.

 

Cependant, je ne peux pas les critiquer pour leur attitude. La même chose arrive dans mon département. Après les explosions des réacteurs, des nuages radioactifs   sont venus jusqu'à mon département et ont contaminé la terre, mais à présent on n'en a jamais parlé, et on ne mesure pas la radioactivité. Nous vivons en accord avec le proverbe : "Si on ferme les yeux, tout est propre." Et le gouvernement agit avec l'énergie nucléaire selon un autre nouveau proverbe: «Si on ferme les yeux, tout est sûr."

 

Nettoyage dans le village d'Iitate


De retour du mont Shinobu, j'ai visité la "Place du nettoyage" située à côté de la gare. Elle a été fondée et parrainée par le gouvernement et le département de Fukushima afin de donner aux habitants des informations sur la radioactivité et le nettoyage. Dans le bureau, j'ai trouvé des informations sur l'état actuel de la décontamination dans divers villes et villages. J'ai été surpris de voir les informations sur le village d'Iitate.

 

Iitate n'est pas situé à proximité des centrales nucléaires mais à 60 km de celles-ci, donc les 6 500 habitants ont d'abord pensé que les explosions concernaient d'autres personnes, mais ensuite ils ont su que les nuages nucléaires étaient passés à travers le village et l'avaient beaucoup contaminé, et maintenant tous les habitants se sont réfugiés dans d'autres villes et personne ne vit dans le village. A l'intérieur de celui-ci travaillent maintenant 7 500 ouvriers, pour la plupart venus d'autres villes et départements pour le nettoyage. Chose bien surprenante !

 

Dans le livre "Le courageux village d'Iitate" les auteurs M. et Mme Hasegawa Kenichi et Hanako, qui étaient des habitants du village, décrivent en détail  comment on le nettoie. Je vais en traduire un résumé :

 

   "En janvier 2012, le ministère de l'environnement a publié le plan du nettoyage de 11 villes et villages, dans les régions à pollution intense. Selon lui, la décontamination sera achevée pour mars 2014.
    En septembre 2013, il a publié, que la décontamination ne sera pas terminée selon les prévisions et que, concernant Iitate, le nettoyage des maisons durera jusqu'en 2016.

   Dans le plan pour le nettoyage à Iitate, le ministère a pour objectif  5 millisieverts par an, tandis que dans d'autres villes et villages l'objectif est de 1 millisievert par an. Le maire Kanno veut faire rapidement revenir les habitants dans le village, et il a donc décidé de ce chiffre comme objectif, mais est-ce que les habitants pourront vivre tranquillement dans des lieux plus pollués que ne le sont des locaux spécialement autorisés dans les hôpitaux et centres d'exploration sur la radioactivité et les villages à Tchernobyl?

Décontamination à Fukushima : Si on ferme les yeux, tout est propre !

Modèle de nettoyage
   
   Selon le plan du ministère, on nettoie les endroits suivants: logements, bureaux, bâtiments communaux, rues, champs et forêts autour des maisons. On nettoie  bâtiments et rues par des jets d'eau à haute pression, on racle la terre jusqu'à une profondeur de 5 centimètres, dans un rayon de 20 mètres autour des maisons et on essuie les murs et les toits avec du papier absorbant, mais 75% de la ville est couvert de forêts, de sorte qu'à court terme l'eau, la terre et les feuilles contenant de la radioactivité voyageront jusqu'aux jardins et champs "nettoyés", et les pollueront à nouveau."

Décontamination à Fukushima : Si on ferme les yeux, tout est propre !

   Alors savoir où l'on doit mettre ces terre, herbe, branches, feuilles, papier pollués est un problème important. Dans le département de Fukushima on devra conserver 28 millions de tonnes de déchets quelque part, et le ministère projette de construire des entrepôts dans les villes autour de la centrale nucléaire n° 1 de Fukushima et de les faire fonctionner en janvier 2015. Jusqu'à ce moment-là, on devra conserver les déchets provisoirement au village, c'est pourquoi on voit partout des  monticules de  sacs noirs ((fle-con-bag, fleksible container bag, sac poubelle flexible) avec des déchets à l'intérieur. 

   Mais ces entrepôts restent encore à l'état de plan. Les responsables du ministère répondent sans arrêt : «Nous ne savons pas quand ces entrepôts seront achevés». (Fin du résumé)

 

Sur la "Place du nettoyage", j'ai demandé à l'employé si les ouvriers pour la dépollution ne viendront pas à manquer. La réponse a été : "La plus grande menace, ce sont les Jeux olympiques de Tokyo. on va payer des salaires plus élevés aux ouvriers du bâtiment pour les Jeux Olympiques, donc beaucoup de travailleurs quitteront Fukushima et on manquera alors d'ouvriers pour le nettoyage ".


La situation est grave, mais le gouvernement et le premier ministre sont très optimistes ou irréfléchis. Ils agissent selon le proverbe: " Si je vais bien, tout est en ordre."

 

 

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Texte original en espéranto

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La 13an de decembro 2015

 

Denove la monto Ŝinobu

   Profitante Zamenhofa Festo de la Fukuŝima-Esperanto-Societo okazinta la 10an de decembro, mi vojaĝis al la urbo Fukuŝima kaj denove vizitis la monton Ŝinobu.

 

Forteco de radioaktiveco en diversaj lokoj

   Mi mezuris radioaktivecon sur la kajo de la kugla trajno Ŝinkansen, kaj la cifero estis 0,09 mikrosivertoj. Tiu cifero tute ne estis timiga, ĉar la legistara normo pri radioaktiva poluo komenciĝas ekde la cifero 0,23 mikrosivertoj hore (1 milisiverto jare). Tutmonde oni akceptas tiun normon kiel akcepteblan homan elmetiĝon al radioaktiveco. Laŭ la japana leĝo ordinaraj homoj ne rajtas/povas loĝi en la lokoj poluitaj pli ol 0,23 mikrosivertojn hore. En Fukuŝima (kaj en iuj najbaraj urboj) oni purigas tiajn lokojn, skrapante poluitan teron kaj lavante poluitajn murojn kaj tegmentojn, por ke la lokoj fariĝu malpli poluitaj ol 0,23 mikrosivertojn.

   Apud la stacidomo de Fukuŝima mi pruntprenis biciklon. Mi tuj ŝaltis mian dozmetron kaj trovis, ke la ciferoj estas 0,29. Tiu cifero timigis min. Ĝi superis la normon! Poste, biciklante al kaj en la monto Ŝinobu, mi mezuris radioaktivecon en multaj lokoj. La rezultoj estis jenaj :

1. Trotuaro 100 metrojn for de la stacidomo : 0,24~0,27

2. Strateto apud la gubernia muzeo : 0,23~0,24

3. Flueto piede de la monto Ŝinobu: 10,7!!!

4. Ĝardeno de la muzeo : 0,18

5. La templo Henŝoo-in: 0,26~0,42

6. Loko sur la vojo en la monto : 0,53~0,90

7. Pli alta loko sur la vojo en la monto : 0,35

8. La belvidejo n-ro 2 : 0,23

9. La parko en la monto : 0,17 (tie estis informo pri radioaktiveco de la 9a de septembro kaj la cifero estis 1,25.)

10. Ĉe la pinto apud la televidturo: 0,73

11. La templo Haguro : 0,32

12. La supera mezlernejo Toorjoo piede de la monto : 0,31

 

   En la maldekstra foto la ŝildo montras la vojon al ŝintoisma templo nomata «  Aera Granda Dio ». Unuan fojon mi vidis tian strangan templan nomon. La dozmetro montris 0,90 mikrosivertojn. La templo staras en tiom malpura loko. En la ŝildo apud « la Granda Dio » estas skribita maldekstre « Manĝaĵkonserva Inari-dio ». Mi elkore preĝis al tiuj dioj, petante: « Se vi estas dioj de aero kaj manĝaĵoj, purigu la aeron kaj la manĝaĵojn de Fukuŝima! »

 

Efiko de purigado

   Sur la suda piedo de la monto Ŝinobu tuj malantaŭ la Gubernia Muzeo estas templo kaj pli ol dek domoj. Kiam mi venis ĉi tien en novembro, laboristoj purigis la teron ĉirkaŭ la domoj apud la templo. Mi mezuris radioaktivecon en tri lokoj, kaj la ciferoj estis 0,36, 043 kaj 0,32. La efekto de la purigado ne estis granda. Kaj kien oni portis tiun skrapitan poluitan teron ? Vidu la foton.

Antaŭ la enirejo de la domo estas io verde kovrita. En ĝi estas skrapita tero, unue kovrata de sakoj da nepoluita tero kaj due de la plasta tuko. Ŝajnis, ke tiu domo jam ne estas priloĝita. Eble la loĝantoj fuĝis ien pro alta radioaktiveco. Eĉ se la domo kaj la ĝardeno estus sufiĉe purigitaj, ili ne volus loĝi ĉi tie, ĉiam frontante al tiu monto de radioaktivaĵo.

En alia distrikto laboristoj purigis la domojn kaj teron. Ili venis de la gubernio Aiĉi, 1000 kilometrojn for de Fukuŝima. Certe mankas laboristoj en Fukuŝima, do nun venas multaj laboristoj el aliaj gubernioj. Ili skrapis la teron kaj enmetis ĝin en plastajn kestojn, kaj poste faris monton da kestoj kaj kovras ĝin per plasta tuko. Mi mezuris radioaktivecon de la tero en tiu kesto. La cifero estis 0,78.

Mi mezuris radioaktivecon de la purigita ĝardeno. La ciferoj estis 1,10, 0,96 kaj 0,98, do surprize la purigitaj lokoj estis pli poluitaj ol la skrapitaj tero kaj herboj. La purigado tute ne efikis. La laboristoj sincere laboris, do mi devis konkludi, ke purigado mem ne efikas multe. Poste, certe envenos de la monto akvo enhavanta radioaktivecon kaj denove plipoluos la teron. Do iuj argumentas, ke purigado estas senutila kaj misuzo de mono, kaj ke oni uzu monon por pli valoraj aferoj.

 

Se ni ne vidas, ĉio estas pura 

   Vespere ni havis tre ĝojan tempon en la varmfontejo Iizaka. Matene la 11an de decembro mi mezuris radioaktivecon de la tereno de la hotelo. La ciferoj estis 0,65~0,72. En alia loko sur la gazono la ciferoj estis 0,82~0,90. Mi hastis al la fukuŝima-anoj, kiuj paŭzis en la vestiblo de la hotelo, kaj montris la dozmetron, sed neniu montris intereson pri tiuj ciferoj. Tiuj ciferoj tute ne estas novaĵo al ili. Ili ne povas ŝanĝi la situacion, do ili devas vole nevole adaptiĝi al la situacio.

Tamen mi ne povas kritiki ilin pro ilia sinteno. Samo okazas en mia gubernio. Post la eksplodoj de la nukleaj reaktoroj radioaktivaj nuboj venis al mia gubernio kaj poluis la teron, sed nun oni neniam menciis tion, nek mezuras radioaktivecon. Ni vivas laŭ la proverbo: « Se ni ne vidas, ĉio estas pura ». Kaj la registaro agas pri atomenergio laŭ alia, nova proverbo: « Se ĝi ne vidas, ĉio estas sekura ».

 

Purigado en la vilaĝo Iitate

   Revenante de la monto Ŝinobu, mi vizitis « Placon pri purigado » situantan najbare al la stacidomo. Ĝi estis fondita aŭ aŭspiciita de la registaro kaj la gubernio Fukuŝima por doni informojn pri radioaktiveco kaj purigado al la loĝantoj. En la oficejo mi trovis informon pri la nuna stato de purigado en diversaj urboj kaj vilaĝoj. Mi estis surprizita vidi la informojn pri la vilaĝo Iitate.

   Iitate situas ne proksime al la nukleaj centraloj, sed 60 kilometrojn for de tiuj, do la 6500 vilaĝanoj komence opiniis, ke la eksplodoj estas aferoj de aliaj homoj, sed poste ili sciis, ke la nukleaj nuboj pasis tra la vilaĝo kaj multe poluis ĝin, kaj nun ĉiuj vilaĝanoj rifuĝis en aliajn urbojn kaj neniu loĝas en la vilaĝo. En tiu vilaĝo nun laboras 7500 laboristoj, plejmulte el aliaj urboj kaj gubernioj, por purigi ĝin. Tre eksterordinara afero !

   En la libro « Madei-a vilaĝo Iitate » la aŭtoraj ges-roj Hasegaŭa Keniĉi kaj Hanako, kiuj estas/estis loĝantoj de la vilaĝo, detale skribas, kiel oni purigas la vilaĝon. Mi resume tradukos ĝin.

*Madei: loka vorto, kiu signifas « sincere, zorege, diligente ».

 

   En januaro 2012 la ministerio pri medio publikigis la planon de purigado en dense pouitaj 11 urboj kaj vilaĝoj. Laŭ ĝi la purigado finiĝos ĝis la fino de marto 2014.

   En septembro 2013 ĝi publikigis, ke la purigado ne finiĝos laŭplane kaj ke rilate al Iitate la purigado pri domoj daŭros ĝis 2016.

   En la plano pri purigado en Iitate la ministerio celas 5 milisivertojn jare, dum en aliaj urboj kaj vilaĝoj la celcifero estas 1 milisiverto jare. La vilaĝestro Kanno volas plej frue revenigi la loĝantojn en la vilaĝon kaj pro tio li decidis tiun ciferon kiel la celon, sed ĉu la loĝantoj povos vivi trankvile en la lokoj pli poluitaj ol en la speciale permesitaj lokoj en hospitaloj kaj esplorejoj pri radioaktiveco kaj en la vilaĝoj en Ĉernobil?

 

 Modelo de purigado

 

Laŭ la plano de la ministerio ĝi purigas jenajn lokojn: domoj, oficejoj, komunaj konstruaĵoj, stratoj, kampoj kaj arbaroj ĉirkaŭ la domoj. Oni purigas konstruaĵojn kaj stratojn per altapremaj akvoŝpruciloj, skrapas teron ĝis la profundo de 5 centimetroj 20 metrojn radiuse ĉirkaŭ la domoj kaj viŝas murojn kaj tegmentojn per paperaj tualetoj, sed 75% de la vilaĝo estas kovrata de arbaroj, do baldaŭ akvo, tero kaj folioj enhavantaj radioaktivecon vojaĝos en la « purigitajn » ĝardenojn kaj kampojn kaj denove poluos tiujn.

Poste kien oni metu tiujn poluitajn teron, herbojn, branĉojn, foliojn, paperajn tualetojn, estas grava problemo. En la gubernio Fukuŝima oni devos konservi 28 milionojn da poluitaĵoj ie, kaj la ministerio planas konstrui konservejojn en la urboj ĉirkaŭ la nuklea centralo n-ro 1 de Fukuŝima kaj funkciigos ilin en januaro 2015. Ĝis tiu tempo oni devas konservi la poluitaĵojn provizore en la vilaĝo, tial ĉie oni vidas montetojn de nigraj sakoj (fle-con-bag, fleksible container bag) enhavantaj  poluitaĵojn.

 

   Sed la plano de tiuj konservejoj ankoraŭ restas plano. Respondeculoj de la ministerio respondadas : « Ni ne scias, kiam tiuj konservejoj finkonstruiĝos ». (Fino de la resumo)

 

   En « Placo pri purigado », mi demandis la oficiston, ĉu ne mankos laboristoj de purigado. La respondo estis : « La plej granda minaco estas Tokiaj Olimpikoj. Oni pagos pli da salajro al laboristoj pri la konstruado rilata al Olimpikoj, do multaj laboristoj forlasos Fukuŝima-on kaj sekve mankos laboristoj pri purigado ».

   La situacio estas serioza, sed la registaro kaj la ĉefministro estas tre optimismaj aŭ senpensaj. Ili agadas laŭ la proverbo: « Se mi estas en ordo, ĉio estas en ordo ».

 

 

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Appel de Kazuhiko Kobayashi : Aidez les enfants de Fukushima, arrêtez les centrales nucléaires !

Appel de Kazuhiko Kobayashi : Aidez les enfants de Fukushima, arrêtez les centrales nucléaires !

KAZUHIKO KOBAYASHI adresse au monde un message important : Aidez les enfants de Fukushima, arrêtez les centrales nucléaires !

 

Traduction française : Odile Girard (Fukushima is still news)

d’après la traduction anglaise http://vimeo.com/114145144 diffusée par  Projekt Soziales Europa

 

 

" Je m’appelle Kazuhiko Kobayashi et j’ai vécu en Europe pendant près de 29 ans. En 1997, je suis retourné au Japon. Depuis l’accident de Fukushima, le pire accident qui se soit jamais produit, je fais chaque année le tour de l’Europe pour faire des conférences pendant six semaines sur les armes et les centrales nucléaires. Cette fois-ci, je récolte des dons pour les enfants, qui sont les victimes de cette catastrophe. L’autre soir, j’ai fait une conférence en Autriche dans la ville de Krems où j’ai passé la nuit et c’est de là que je m’adresse à vous, mes chers auditeurs japonais.

 

Tepco, les ministères responsables et en particulier l’actuel ministère de l’Économie et de l’Industrie ainsi que tous les partis au pouvoir au Japon jusqu’à présent, n’ont pas tenu compte du fait pourtant essentiel que le Japon est connu pour être un pays extrêmement sujet aux séismes. Ils étaient bien conscients que d’un point de vue technique, il n’y a pas de sécurité absolue quant aux accidents qui peuvent se produire dans les centrales nucléaires. Malgré cela, ils ont répandu largement et délibérément parmi tous les citoyens japonais le mythe des “centrales nucléaires sans danger”; ce faisant ils ont trahi la confiance de la population. L’accident de Fukushima démontre sans conteste la grave responsabilité et le remords qu’ils ont à porter. Malgré cela, tous les responsables n’ont fait que déclarer que la magnitude du séisme et du tsunami avaient largement dépassé ce qu’ils avaient imaginé. Tout ce qu’ils ont fait jusqu’ici, c’est donc d’essayer de se débarrasser de leur responsabilité.

 

Tous les Japonais savent pertinemment qu’un séisme des plus violents peut frapper n’importe où et à n’importe quel moment au Japon. Ceux qui gèrent les centrales nucléaires dans un pays où la probabilité de séisme est si forte auraient dû avant tout mettre au point et appliquer les mesures de sécurité les plus fiables. Mais ils savaient que ces techniques n’existaient pas. Et malgré cela, ils ont poursuivi leurs programmes nucléaires.

 

On ne peut que qualifier cette attitude d’absolument criminelle ! Or, ces responsables ne sont toujours pas prêts à admettre leur culpabilité dans cette catastrophe. En outre, ils ont l’intention de redémarrer leurs centrales, bien qu’on soit encore très loin d’avoir éliminé les conséquences de l’accident de Fukushima. Les sommes nécessaires pour compenser les dommages dépassent de loin les capacités  financières de Tepco.

 

Comment se fait-il que Tepco ne soit pas encore en faillite ?

 

Compte tenu des principes de l’économie de marché et de l’éthique des affaires, tous les actifs de l’entreprise devraient être mis sur le marché. Les actifs de Tepco ont une valeur élevée et il existe suffisamment d’entreprises douées de pouvoir financier et de compétences techniques qui seraient intéressées pour assurer le fonctionnement. Tous les revenus obtenus par la vente des actifs et des droits de Tepco devraient servir à aider les gens qui ont été touchés par la catastrophe. Ce n’est qu’une fois que tout cet argent a été dépensé que les deniers publics devraient venir à la rescousse.

 

En réalité, c’est tout le contraire qui se passe. Les ministères en charge et le gouvernement veulent sauver Tepco de la faillite. Sans hésiter, ils utilisent l’argent public pour préserver de pertes gigantesques les grandes banques, qui sont en fait les plus gros actionnaires de Tepco. Ils veulent aussi absolument ne pas perdre le contrôle et leur pouvoir sur l’alliance qui relie les politiciens, les employés du gouvernement ainsi que les directeurs de Tepco.

 

Par contre, les paiements versés aux victimes innocentes que sont les citoyens de Fukushima sont calculés au centime près !

 

Tel est le vrai visage d’une politique fondamentalement mauvaise et injuste.

 

En vérité, on demande à la population japonaise de payer des sommes énormes pour sauver Tepco. En même temps les gens – et cela concerne tout particulièrement les gens de Fukushima - sont loin de recevoir une indemnisation suffisante pour les blessures physiques et psychiques incommensurables causées par la catastrophe. C’est donc comme s’ils étaient doublement punis.

 

Parmi les gens vivant à Fukushima, nombreux sont ceux qui non seulement s’inquiètent pour leur propre santé, mais sont en outre terrifiés à l’idée des malformations génétiques qui peuvent frapper leurs enfants. Ils n’ont pas suffisamment accès aux traitements médicaux et thérapeutiques. Ils sont obligés de rester à Fukushima, sans soutien suffisant du gouvernement.

 

Et surtout il y a là-bas 300 000 enfants en grand danger, car ils sont 6 à 8 fois plus affectés par la contamination radioactive que les adultes.

 

Toutes les instances responsables du Japon sont parfaitement conscientes que le danger des radiations de faible niveau a été prouvé scientifiquement. Elles n’hésitent pas cependant à laisser des gens vivre dans la région dangereuse qu’est Fukushima, et tout particulièrement ces enfants innocents qui vont porter notre avenir, en leur disant tout simplement : “il n’y a aucun danger”.

 

C’est à nous d’empêcher des actes aussi irresponsables et injustes. Pendant mes interventions en Europe, j’ai l’intention  d’informer la communauté internationale de la situation et de lui demander son soutien pour dénoncer publiquement les coupables. En même temps, je demande aux gens en Europe de faire des dons pour les victimes les plus durement touchées, c’est-à-dire les enfants de Fukushima qui sont bien sûr obligés de rester et de vivre là-bas.

 

Et partout où je vais durant cette tournée, les gens expriment leur profonde inquiétude et leur compassion pour la population de Fukushima et donnent beaucoup d’argent. Mais on entend simultanément de violentes accusations et des accès de colère contre les ministres japonais responsables, le gouvernement et Tepco. On se demande si les fonctionnaires, les hommes politiques japonais et les directeurs de Tepco ont la moindre parcelle de conscience ou le moindre sens moral ou éthique.

 

Quand on regarde leur façon d’agir, on ne peut qu’être choqué de cette démonstration de leur énorme avidité et de leur soif de pouvoir.

 

Toutes les technologies développées par l’homme peuvent s’avérer défectueuses. L’application de la sécurité maximum durant le déploiement d’une technologie dépend entièrement de l’existence de mesures de sécurité extensives et adaptées même aux pires des scénarios. 

 

Dans un tel cas, nul ne peut mettre un terme aux dégâts provoqués. Les conséquences de la contamination radioactive s’étalent que des milliers et des milliers d’années, voire plus. Elle détruit entre autres le patrimoine génétique de tous les êtres vivants, mettant ainsi en péril les générations suivantes. Comment les opérateurs de centrales, qui vont vivre au maximum cent ans, pourraient-ils prendre la responsabilité des dommages permanents et de la destruction à long terme causés par la contamination radioactive ?

 

Et même sans parler d’accidents, chaque centrale nucléaire produit des déchets nucléaires. À cette date nous ne disposons d’aucune technologie capable de neutraliser les déchets nucléaires qui sont quasiment éternels. Ils sont tout simplement  déposés sous le sol dans des conteneurs spéciaux. Peut-on parler ici de technologie responsable ?

 

Aujourd’hui les lobbies représentant les intérêts des partisans de l’énergie nucléaire font pression sur les gouvernements et répandent le mythe de la sécurité nucléaire qui n’est qu’un tissu de mensonges, juste pour pouvoir faire fonctionner leurs centrales et en construire de nouvelles. L’AIEA ne peut pas être considérée comme un organisme indépendant, puisqu’elle ne fait que représenter les intérêts des industries nucléaires du monde entier.

 

Nous avons aujourd’hui atteint un stade où de plus en plus de gens dans le monde entendent parler des dangers et de l’irresponsabilité de la technologie nucléaire. Je peux le confirmer durant mon tour actuel à travers l’Europe, où de plus en plus de gens crient de plus en plus fort : Nucléaire ? Non merci !

 

Chers concitoyens japonais, l’énergie nucléaire implique un risque de contamination irréparable et permanent pour toute la population, toute la nature et l’environnement.

Nous devons donc empêcher toute expansion future dans le monde !

 

Unissons nos efforts pour lutter contre les centrales nucléaires en ignorant les frontières !

 

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Vidéo en français :

https://www.youtube.com/watch?v=29F-a86NX4o

ou

https://vimeo.com/115666657

 

 

 

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7ème séance du procès en assises concernant l’accident nucléaire de Fukushima

7ème séance du procès en assises concernant l’accident nucléaire de Fukushima

Rapport de HORI Yasuo du 22 décembre 2014

traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET

Carte de la Région Océan Pacifique du département de Fukushima

Carte de la Région Océan Pacifique du département de Fukushima

La 7ème séance publique de Cour d'Assises concernant l'accident nucléaire a eu lieu dans ma ville

 

Dans ma ville, Maebashi, située dans le département de Gunma et distante de 250 kilomètres de la centrale nucléaire de Fukushima, logent environ 1 500 personnes réfugiées du département de Fukushima. 137 d'entre elles ont porté plainte, le 11 septembre 2013, afin d'obtenir une indemnisation de la compagnie TEPCO. Aujourd'hui s'est tenue la septième séance du procès en assises, au cours de laquelle une femme de 59 ans, qui habitait Minami-Sōma, ville voisine de la centrale nucléaire n°1 de Fukushima, a raconté sa vie après la catastrophe.

 

 

 "À cause de l'accident nucléaire, nous avons perdu notre vie"

 

« Mon mari, ma fille et moi-même habitions dans le district Takanokura de la ville de Minami-Sōma. Ce district de montagne, distant de plus de trente kilomètres de la centrale, est situé hors de la zone évacuée, cependant il est très radioactif.

 

Quand s'est produit le séisme du 11 mars 2011, tout a continué à fonctionner normalement dans notre maison, mais de plus en plus d'habitants du district se sont enfuis. Mon mari travaillait alors à la centrale nucléaire de Fukushima et il croyait qu'elle était la plus sûre au monde, si bien qu'en entendant parler des explosions des réacteurs, nous avons pensé que l'information était mensongère. Mais quand par la suite, la ville a fait savoir qu'il ne fallait pas boire l'eau, nous avons compris que la situation était sérieuse et nous nous sommes réfugiés chez ma fille aînée, dans le département de Saitama. Cependant, comme sa maison est petite, nous ne pouvions loger longtemps chez elle et nous avons fini par atteindre le département de Gunma, où nous habitons à présent, dans un appartement de la ville de Tatebayashi.

 

Ma fille, qui était alors étudiante, ne pouvant plus se rendre à l'Université a dû interrompre ses études et a fini par abandonner car nous n'avions plus suffisamment d'argent. C'est une fille d'un milieu simple aussi pensions-nous qu'il serait bon qu'elle se dirige vers des études polytechniques mais, en raison de l'accident nucléaire, elle a perdu tout espoir de travailler dans ce secteur. À présent, elle cherche du travail mais sans succès, car elle est considérée comme étant du niveau de fin d'enseignement secondaire. Et de plus, au cours des entretiens d'embauche, quand elle dit qu'elle vient de Fukushima, on lui demande combien de temps elle pourra travailler. Je comprends qu'on doive lui poser la question, mais ces interrogatoires la rendent nerveuse et elle ne réussit pas à avoir un emploi stable. Or elle a bénéficié d'une bourse qu'elle doit à présent rembourser, mais comment pourra-t-elle y arriver avec un travail précaire et un salaire bas ?

 

Après notre départ forcé, je suis devenue très malade. Mon diabète s'est aggravé. Je dois désormais m'injecter de l'insuline chaque jour et en outre je ne vois plus très bien de l'œil gauche. Ma tension artérielle a augmenté. Je souffre de stress, je pleure pour un rien et je dors mal. Ces difficultés m'amènent à me quereller pour des bagatelles avec mon mari et ma fille. Sans cet accident nucléaire jamais je n'aurais souffert de tous ces maux ni ne me serais disputée avec les miens. 

 

Dans notre ville de Minami-Sōma, nous vivions dans une ambiance amicale, nous rencontrions souvent des copains. Je travaillais dans un supermarché. Parfois j'indiquais aux clients de nouvelles recettes, et en remerciement, ils me faisaient cadeau de plats qu'ils avaient eux-mêmes cuisinés. Je travaillais aussi comme bénévole pour aider des personnes handicapées. Mais à présent, tout cela est fini. Je suis malade, je n'ai pas d'amis, j'ai perdu confiance en moi et je n'ai plus le courage d'entreprendre des choses nouvelles. J'habite au cinquième étage d'un immeuble sans ascenseur, il m'est donc difficile même de sortir.

 

Mon mari travaille maintenant dans la ville de Iwaki du département de Fukushima et il est seul dans l'appartement. Il part très tôt le matin au travail, il ne peut donc pas faire d'achats, même pour son petit déjeuner. C'est un homme très taciturne et très laborieux. Il travaille trop. L'été il a souffert de diarrhée et il est tombé malade à cause de la canicule. Si j'étais avec lui, je pourrais l'aider et il ne souffrirait pas.

 

Notre maison est détruite, nous ne pouvons plus y habiter. Elle était le foyer au cœur duquel se retrouvait toute la famille. Nous avons perdu non seulement nos biens, mais aussi notre cœur. Il faut que le gouvernement et que TEPCO comprennent combien lourdes sont nos pertes. Nous voulons retrouver notre vie d'antan. Si cela est impossible, qu'on nous assure au moins une existence stable et tranquille. 

 

Jusqu'à la catastrophe, nous étions très optimistes, mais à présent nous souffrons beaucoup, financièrement et mentalement. Logeant loin de la centrale nucléaire, nous nous étions persuadés que nous n'endurerions pas des souffrances aussi graves que ceux qui habitaient près d'elle, mais maintenant nous ne pouvons plus nous taire. Le gouvernement et TEPCO ont eux-mêmes fixé la norme selon laquelle ils nous indemnisent, mais nous ne voulons plus vivre selon cette norme-là. Aujourd'hui, j'ai la possibilité de parler de nos souffrances. Je remercie ceux qui nous soutiennent. »

(Fin de son témoignage)

 

Après la séance d'assises a eu lieu une réunion des avocats, des réfugiés et de leurs soutiens. Les avocats ont fait savoir qu'aujourd'hui ils avaient présenté à la cour les témoignages de tous les 137 plaignants, mais qu'ils ne pouvaient les rendre publics, car ils contiennent des informations confidentielles. J'ai proposé que nous ayons chaque mois une réunion au cours de laquelle les plaignants pourraient parler de leurs souffrances. Les réfugiés, originaires de diverses villes du département de Fukushima, logent à présent en divers endroits et il est donc malaisé de leur venir en aide groupés. En de telles réunions, ils auront l'occasion de s'exprimer et nous, leurs soutiens, nous aurons avec eux une  relation plus intime. Cela aidera beaucoup notre mouvement.

 

25 km séparent la centrale (qui fuit toujours) de Minamisoma

25 km séparent la centrale (qui fuit toujours) de Minamisoma

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Article original de Hori Yasuo en espéranto

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La 22an de decembro 2014

 

La 7a Publika asizo pri la nuklea akcidento okazis en mia urbo

 

   En mia urbo Maebaŝi de la gubernio Gunma, 250 kilometrojn for de la nuklea centralo de Fukuŝima, ĉirkaŭ 1500 homoj el Fukuŝima rifuĝinte loĝas. El tiuj fukuŝima-anoj, 137 homoj metis sian aferon al juĝo la 11an de septembro 2013, postulante kompenson de TEPCO. Hodiaŭ okazis la 7a asizo, en kiu 59-jara virino el la urbo Minami-Sooma, najbara urbo de la nuklea centralo n-ro 1 de Fukuŝima rakontis pri sia vivo post la katastrofo.

 

Ni perdis vivon pro la nuklea akcidento

 

Mi, mia edzo kaj mia filino loĝis en la distrikto Takanokura de la urbo Minami-Sooma. Tiu ĉi montara distrikto estas pli ol 30 kilometrojn for de la centralo kaj ekster la rifuĝiga zono, sed estas tre radioaktiva.

Kiam okazis la tertremo la 11an de marto 2011, ĉio funkciis bonorde en mia domo, sed el mia distrikto pli kaj pli da loĝantoj fuĝis eksteren. Mia edzo laboris por la nuklea centralo de Fukuŝima, kaj kredis, ke la nuklea centralo de Fukuŝima estas la plej sekura en la mondo, do kiam ni aŭdis pri la eksplodoj de la reaktoroj, ni opiniis, ke tiu informo estas mensoga. Sed poste la urbo avertis, ke ni ne trinku akvon, kaj ni unuan fojon eksciis la seriozecon de la situacio, kaj ni fuĝis ĉe mia plej aĝa filino en la gubernio Saitama. Sed ŝia domo estas malgranda, kaj ni ne povis loĝi ĉe ŝi longe, kaj fine ni atingis la gubernion Gunma kaj nun ni loĝas en la apartamento en la urbo Tatebajaŝi.

Mia filino, kiu tiutempe estis studento, ne plu povis viziti la universitaton, do interrompis la studadon, kaj fine forlasis la universitaton, ĉar mankis al ni sufiĉa mono. Ŝi estis ordinara knabino, do ni opiniis, ke estos bone, ke ŝi studu en politeknika kampo, sed pro la nuklea akcidento ŝi perdis esperon labori en tiu kampo. Ŝi nun serĉas laboron en Gunma, sed vane, ĉar ŝi estas rigardata kiel fininto de supera mezlernejo. Krome kiam ŝi intervjuas kun la kompanianoj kaj diras al ili, ke ŝi devenas de Fukuŝima, ili demandas ŝin, kiom longe ŝi povos labori. Mi komprenas, ke ili devas demandi ŝin pri tio, sed pro tiuj demandoj ŝi fariĝas nervoza kaj eĉ nun ŝi ne povas akiri stabilan laboron. Ŝi ricevis stipendion, do ŝi devas redoni ĝin, sed kiamaniere ŝi povos, laborante malstabile kun malalta salajro?

Rifuĝinte, mi fariĝis tre malsana. Mia diabeto pliserioziĝis. Nun mi devas injekti insulinon ĉiun tagon kaj mi ne povas vidi bone per la maldekstra okulo. Mia sangopremo altiĝis. Mi suferas pro streso, mi facile larmas kaj mi ne povas dormi bone. En tiuj malfaciloj mi facile kverelas kun miaj edzo kaj filino pro bagatelaj aferoj. Se ne okazus la nuklea akcidento, mi neniam suferus pro malsano kaj neniam spertus tiajn kverelojn.

En la urbo Minami-Sooma ni ĝuis la vivon kun amika etoso, ofte renkontiĝante kun amikoj. Mi laboris en superbazaro. Mi foje montris novajn kuirmanierojn al la klientoj, kaj dankante al mi, ili donacias al mi memkuiritajn manĝaĵojn. Mi laboris ankaŭ por helpi handikapulojn kiel volontulo. Sed nun ĉio estas perdita. Mi nun estas malsana, ne havas amikojn kaj mi perdis memfidon, kaj ne havas kuraĝon alfronti al novaj aferoj. Mi loĝas en la 5a etaĝo de la apartamentaro sen lifto, do estas malfacile eĉ eksteren iri.

Mia edzo nun laboras en la urbo Iŭaki de Fukuŝima sola en apartamento. Li iras al la laborejo tre frue matene, do li ne povas aĉeti eĉ matenmanĝon. Li estas tre silenta kaj diligenta homo. Li laboras tro multe. En somero li suferis pro diarero kaj malsaniĝis pro varmego. Se mi estus kun li, mi povus helpi lin kaj li ne suferus.

Nia domo estis perdita, ni ne plu povos loĝi en tiu domo. Ĝi estis nia hejmo por ĉiuj familianoj, kaj nia koro. Ni perdis ne nur niajn posedaĵojn, sed ankaŭ nian koron. La registaro kaj TEPCO komprenu, kiom multe ni perdis. Ni volas reakiri nian eksan vivon. Se tio ne eblus, donu al ni minimume nian stabilan, trankvilan vivon.

Ĝis la katastrofo ni vivis tre optimisme, sed nun ni suferas multe finance kaj mense. Mi loĝis for de la nuklea centralo, do ni persvadis nin, ke nia sufero estas ne tre severa, kiel aliaj homoj loĝintaj najbare de la centralo, sed ni jam ne povas deteni nin de la silentado. La registaro kaj TEPCO mem decidis la normon kaj donas al ni kompensan monon laŭ ĝi, sed ni ne plu volas vivi laŭ tiu normo. Hodiaŭ mi havas okazon paroli pri nia sufero. Mi dankas al la subtenantoj.

(Fino de ŝia rakonto)

 

   Post la asizo okazis kunsido de la advokatoj, rifuĝantoj kaj subtenantoj. La advokatoj raportis, ke hodiaŭ ili prezentis atestojn de ĉiuj 137 akuzantoj al la juĝejo, sed ili ne povas publikigi tiun atestojn, ĉar tiuj enhavas personajn sekretojn. Mi proponis, ke ni havu kunsidon ĉiun monaton, en kiu la akuzantoj povu havi okazon paroli pri siaj suferoj. Rifuĝintoj el diversaj urboj de Fukuŝima loĝas dise en diversaj lokoj, do estas malfacile helpi ilin grupe. Tamen en tiuj kunsidoj ili havos okazon paroli kaj ni, subtenantoj, havos intiman rilaton al ili. Tio multe helpos nian movadon.

 

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Fukushima : des entreprises nucléaires accusées de négligence

Fukushima : des entreprises nucléaires accusées de négligence

S’adressant au ministre de l’Économie du Japon, Brian Victoria revient sur le procès intenté à Tepco par des « marines » américains, pour avoir été irradiés durant l’opération humanitaire menée au large de Fukushima après la catastrophe du 11 mars 2011.

Risqué ? Les membres de l'équipage de la marine américaine nettoient le pont d'envol pour éliminer la radioactivité du porte-avion USS Ronald Reagan le 23 mars 2011.| AP

Risqué ? Les membres de l'équipage de la marine américaine nettoient le pont d'envol pour éliminer la radioactivité du porte-avion USS Ronald Reagan le 23 mars 2011.| AP

Des entreprises nucléaires accusées de négligence dans une cour américaine à propos des retombées de Fukushima

 

 

Titre original : “Question of negligence hangs over nuclear firms in U.S. case over Fukushima fallout

Traduction : Odile Girard (Fukushima is still news)

 

 

Au ministre de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie, M.Yoichi Miyazawa,

 

Monsieur le Ministre,

 

Comme vous le savez peut-être, un juge fédéral américain a décidé récemment qu’une action collective pouvait être engagée par quelque 200 marins américains contre Tokyo Electric Power Company et d’autres défendeurs à qui ils attribuent la responsabilité de maladies provoquées par l’exposition à la radioactivité suite à la fusion des réacteurs nucléaires de Fukushima n° 1.

 

Les marins allèguent qu’en toute connaissance de cause et par négligence, Tepco a donné au public, en particulier la marine américaine, des informations fausses et trompeuses sur la véritable situation de la centrale nucléaire de Fukushima n° 1. Ils allèguent en outre que Tepco savait que les marins de l’USS Ronald Reagan seraient exposés à des taux de radiation dangereux, parce que l’opérateur était au courant que trois des réacteurs nucléaires de la centrale avaient déjà fondu (1).

 

À cet égard, l’action en justice indique que le 14 décembre 2013, Naoto Kan, Premier ministre au moment de la catastrophe, a déclaré à un groupe de journalistes en parlant de la première fusion : «  Les gens pensent que ça s’est passé le 12 mars, mais la première fusion a eu lieu en fait cinq heures après le séisme. »

 

Les marins concernés participaient à l’Opération Tomodachi, une mission d’aide humanitaire engagée pour répondre aux demandes d’assistance du gouvernement japonais. En accord avec le Traité de sécurité États-Unis-Japon, ces marins ont littéralement risqué leur vie pour venir au secours et protéger la population japonaise.

 

Les marins ont neuf motifs de réclamation de dommages et intérêts ; ils accusent notamment Tepco de négligence et de manquement au devoir d’avertir des dangers et des défauts de conception dans la construction et l’installation des réacteurs. À ce jour, les marins souffrent de maladies - leucémie, ulcères, cancer du cerveau, tumeurs au cerveau, cancer des testicules, saignements utérins anormaux, maladies de la thyroïde, problèmes d’estomac – et toutes sortes d’autres affections inhabituelles chez des adultes aussi jeunes.

 

L’une des questions principales qui doivent être décidées par ce procès est de savoir qui paiera les traitements médicaux actuels et peut-être les traitements à vie des marins. Non seulement il va falloir faire face à des maladies spécifiques, mais il faudra aussi financer à l’avenir le suivi médical des marins eux-mêmes et de leurs enfants, pour surveiller notamment les risques de mutations génétiques radio-induites. En effet, certaines des particules radioactives inhalées par les membres de l’équipage ont des demi-vies longues, allant de six à 50, voire 100 ans.

 

Il n’y a aucun doute que le gouvernement japonais dispose d’une mine d’informations sur ce qui s’est réellement passé à Fukushima n° 1 et à quel moment. Il semblerait donc juridiquement et moralement souhaitable que le gouvernement partage ces informations sur Fukushima avec la Cour fédérale du district sud de Californie.

 

Ceci pourrait se faire par exemple par l’intermédiaire d’un mémoire d’amicus curiae, c’est-à-dire soumis par une personne non-partie à une procédure judiciaire mais qui est cependant en possession d’informations pertinentes pouvant éclairer la cour. Ma première question, Monsieur le Ministre, est la suivante : êtes-vous, vous-même et le Gouvernement japonais, d’accord pour soumettre ce genre de mémoire ?

 

Un point extrêmement important est que les constructeurs des réacteurs de Fukushima n° 1, General Electric, EBASCO, Toshiba and Hitachi, sont également les défendeurs. La raison est que les réacteurs des unités 1, 2 et 6 ont été fournis par General Electric, ceux des unités 3 et 5 par Toshiba et ceux de l’unité 4 par Hitachi. C’est toutefois General Electric qui a conçu les six réacteurs et les plans architecturaux ont été réalisés par EBASCO.

 

Notons en particulier que GE savait, il a déjà plusieurs décennies, que la conception de ses réacteurs de type Mark I installés à Fukushima était défectueuse. Il y a trente-cinq ans, Dale G. Bridenbaugh et deux de ses collègues de General Electric ont donné leur démission, après avoir acquis la conviction que la conception du Mark I était si défectueuse qu’elle pouvait provoquer un accident catastrophique. Ils ont témoigné publiquement devant le Congrès américain de l’incapacité du Mark I à faire face aux niveaux de pression énormes qui résulteraient d’une perte du système de refroidissement du réacteur.

 

Leurs inquiétudes ne se sont révélées que trop exactes à Fukushima n° 1, une catastrophe qui est loin d’être terminée, vu la contamination radioactive massive et incessante de l’océan.

 

Compte tenu de tous ces éléments, Monsieur le Ministre, je me permettrai de terminer ce message avec une dernière question : pourquoi le Gouvernement japonais n’a t-il pas, comme l’ont fait les marins américains, engagé des poursuites contre les entreprises susnommées pour établir leur responsabilité légale ? En d’autres termes, pourquoi la population japonaise devrait-elle payer les actes potentiellement négligents de certaines des plus grandes entreprises mondiales ?

 

BRIAN VICTORIA

Auteur de Zen at War, ancien directeur du Programme d’Études bouddhistes au Japon de l’Université d’Antioch. Brian vit actuellement à Kyoto.

 

 

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Note du blog de Fukushima

 

(1) Effectivement, Tepco savait que les cœurs avaient fondu. L’opérateur a attendu le mois de mai 2011 pour divulguer l’information. Il porte donc la lourde responsabilité d’avoir caché une information cruciale. Mais que penser de la responsabilité de l’armée étatsunienne ? Comment imaginer que ce porte-avion militaire ne disposait pas d’appareils de mesure de la radioactivité ? Qui a donné l’ordre d’envoyer des soldats nettoyer le pont sans masque ni combinaison "adéquate" (en réalité, il n’existe pas d’équipement adéquat face aux rayons gamma qui traversent toute chose) ? Incompétence, ignorance ou ordre en connaissance de cause ?

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Kizuna « le Lien » : une association pour aider Naoto Matsumura

Kizuna « le Lien » : une association pour aider Naoto Matsumura

Kizuna « le Lien » : une association pour aider Naoto Matsumura

Une nouvelle association vient de naître, Kizuna « le Lien ». Suite à la lecture du livre d’Antonio Pagnotta sur Naoto Matsumura, la journaliste Sophie Mouton-Brisse a souhaité aider Naoto sur ses terres irradiées en créant cette organisation à but non lucratif. Elle espère ainsi rassembler une communauté prête à parrainer les animaux de Naoto via un site web qui sera en ligne dès le mois prochain. On peut d’ores et déjà prendre contact avec son projet par sa page Facebook Kizuna pour Naoto et en lisant sa présentation sur cette page.

Kizuna « le Lien » : une association pour aider Naoto Matsumura

« Depuis avril 2011, une zone interdite a été décrétée autour de la centrale nucléaire de Daii Ichi située dans la préfecture de Fukushima. La zone est interdite aux humains parce qu’elle a été fortement irradiée lors de la fusion des cœurs de trois réacteurs nucléaires de la centrale le 12 mars 2011. Presqu’un million d’animaux sont morts de faim et de soif lorsqu’ils ont été abandonnés lorsque la population a été contrainte à l’évacuation. Malgré l’ordre d’abattage systématique donné par les autorités préfectorales, aujourd’hui quelques centaines d’animaux abandonnés survivent dans les radiations. Certains sont sauvages, d’autres d’élevage ou de compagnie et ils sont vivants grâce à un homme seul.

 

Des bovins, des chats, des chiens, quelques chevaux et une autruche sont les survivants de cette catastrophe qui a produit l’évacuation obligatoire de 200 000 personnes et l’exode volontaire de 500 000 autres. Cette zone irradiée, un territoire sans hommes, reste le seul refuge de ces animaux désorientés sans les humains, leurs maîtres. Ils erraient condamnés à mourir de faim et de soif ou par les mains des vétérinaires de la préfecture chargés de l’abattage. Si l’Homme n’a pas su rester humble devant les technologies qu’il imaginait maîtriser, il est profondément injuste que ces vies animales innocentes – des vies dont il était responsable –, connaissent une fin atroce et douloureuse. C’est pourquoi nous avons décidé d’aider un homme qui depuis trois ans les protège.

 

Agriculteur, Naoto Matsumura a refusé l’évacuation et vit toujours dans sa ferme à Tomioka en partageant le sort des animaux : solitude et radiations au cœur de ce désert humain au silence accablant. Au péril de sa vie –  il est gravement irradié – Naoto Matsumura nourrit et soigne les rescapés de ce drame sans fin. « Toutes les vies sont égales » aime-t-il à dire.

 

Chaque jour, il nourrit avec affection ces animaux abandonnés et promis à une mort certaine.

 

Naoto Matsumura, en choisissant le respect de la vie, de toutes les vies, y compris les plus humbles, accomplit un geste de résistance infime mais pourtant de résonnance planétaire : « Être ici est ma façon de combattre » dit-il. C’est sa manière de lutter face à une technologie qui détruit l’humanité dans ses gènes et au cœur. Pour ce combat en solitaire, il a été surnommé « le dernier homme de Fukushima ».

 

Ne nous méprenons pas, le message du « dernier homme de Fukushima » est un message d’amour pour les animaux mais surtout un message pour notre humanité en danger : seul le respect de toutes les formes de vie qui pourra donner un sens à cette absurde tragédie qui sème la mort et produit le vide autour d’elle. Seule la compassion fera renaître l’espoir, celle d’un renouveau sur notre planète.

 

En perpétuant le lien avec le vivant sur cette terre meurtrie et abandonnée, Naoto Matsumura nous montre la voie de la dignité. Par l’exemple de Naoto Matsumura, si symbolique, nous pouvons nous reconnecter avec la nature et la vie ; redonner aussi un sens à notre vie où le lien fragilisé avec la nature doit être recréé.

 

Sans appartenance politique ou religieuse, nous souhaitons tout simplement, ici, créer une étincelle pour un monde plus humain, cette étincelle d’espérance que Naoto a su faire naître dans les pires conditions qui soient, pour que s’exprime notre compassion pour cette terre vivante dont nous sommes, tous, responsables.

 

Pour continuer son combat de compassion envers les animaux, Naoto Matsumura a besoin de notre aide. Nous proposerons dès janvier de parrainer un survivant de Fukushima, un des animaux de sa ferme, via notre site Web (actuellement en construction).

 

*En japonais, « Kizuna » signifie « lien » : il est le lien sacré qui unit l’homme à la terre, la mère à son enfant, l’époux à sa femme. C‘est un lien profond, de respect, de bienveillance et de protection. »

 

Kizuna « le Lien » : une association pour aider Naoto Matsumura
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Ce  Japon qui ne répond plus au keynésianisme !

Ce Japon qui ne répond plus au keynésianisme !

Les trillions de yens déversés par surprise en ce mois de novembre par la Banque du Japon afin de ressusciter son économie ont eu les effets très prévisibles d’affaiblir davantage sa monnaie et de propulser notoirement son marché boursier. Au total – et à ce jour – le Yen aura perdu près de 13% de...

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Nouvelles de Fukushima ? l?automne 2014

Nouvelles de Fukushima ? l?automne 2014

Au moment où Tepco s’apprête à faire de grosses dépenses de communication pour annoncer la fin du transfert du combustible de la piscine de l’unité 4, nous continuons à recevoir des nouvelles du Japon par HORI Yasuo dont les 3 derniers rapports sont riches d’enseignements : Tepco, qui a du mal à dévier l’eau de la nappe phréatique, ne réussit pas plus à geler l’eau des conduits souterrains, le système ALPS sensé décontaminer l’eau pompée tombe régulièrement en panne, on ne sait pas encore comment on va démanteler les 3 réacteurs dont les cœurs ont fondu, on recommence à commercialiser du riz issu de territoires contaminés, la route nationale n°6 a été rouverte malgré sa forte contamination, les Japonais s’opposent toujours à la réouverture des réacteurs nucléaires et les territoires décontaminés par le passé sont à nouveau radioactifs. Tepco, qui ne se reconnaît toujours pas responsable de la catastrophe et qui s’arrange pour diminuer les dédommagements aux victimes, va donc bientôt communiquer sur autre chose…

PF

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Rapports de HORI Yasuo

traduits de l'espéranto par Ginette MARTIN et Paul SIGNORET

 

Sommaire

 

- Comment pourra-t-on diminuer la quantité d'eau contaminée?
- Retirer  les barres de combustible nucléaire des réacteurs
- Message du maire de Hirono
- Récolte de riz dans la ville de Tomioka

- La route nationale n° 6 dans la préfecture de Fukushima a été ouverte

- Deux compagnies d'électricité ont commencé à discuter du démantèlement de leurs réacteurs

- 61% des gens s'opposent à la remise en service des réacteurs
- Un procès public d'assises sur l'accident nucléaire a eu lieu dans ma ville

- Ce qu'endure la réfugiée, madame E.

- Radioactivité autour du mont Shinobu, dans la ville de Fukushima

 

__________________

 

Rapport du 16 octobre 2014
Traduction : Ginette Martin


Nouvelles à propos de Fukushima et de la situation nucléaire

L'accident de la Centrale nucléaire de Fukushima n° 1 est déjà devenu pour beaucoup de gens une chose du passé, mais à présent les problèmes n'ont pas encore été résolus et ils font planer des menaces sur notre vie. Aujourd'hui, je vais parler de la situation concernant les problèmes nucléaires au Japon.

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

Comment pourra-t-on diminuer la quantité d'eau contaminée?


    Lorsque le Japon a invité les Jeux Olympiques de 2020, le Premier ministre a déclaré au monde entier que l'eau contaminée était sous contrôle et ne causerait pas de problème aux participants, mais les faits sont tout à fait différents. Il a invité les Jeux Olympiques au Japon avec des mensonges.

 

La centrale nucléaire n°1 se trouve au-dessus de flux d'eau souterraine, et chaque jour 400 tonnes d'eau pénètrent sous les réacteurs endommagés et se contaminent. Si on ne fait rien de cette eau, elle finira sa course dans la mer, donc elle polluera l'ensemble des mers dans le monde. Pour éviter cela, TEPCO puise cette eau et la met dans d'énormes bassins sur le sol de la centrale. La manière de réduire cette quantité d'eau qui entre est donc cruciale. TEPCO tente de le faire par trois moyens.


1) retirer l'eau avant qu'elle n'arrive à la centrale

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

TEPCO a commencé à puiser cette eau en mai dernier, avec l'intention d'en réduire la quantité à 100 tonnes, mais le résultat n'est pas encore évident. Depuis août, TEPCO a rendue publique la mise en œuvre d'un autre moyen : retirer l'eau à partir des ponts proches des réacteurs et la rejeter dans la mer après en avoir retiré les substances radioactives, mais les pêcheurs de la préfecture de Fukushima s'y opposent fermement, parce qu'ils ne croient pas TEPCO et ils craignent que cela n'accroisse leur mauvaise réputation ou bien n'augmente le discrédit à propos des poissons qu'ils  pêchent.

 

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

2) Construire un mur de terre gelée autour des réacteurs détériorés
   On prévoit de construire un mur de terre gelée de 1,5 km de long et 30 mètres de profondeur. Pour le construire, on a commencé d'abord par geler les jonctions des bâtiments des réacteurs avec les tunnels souterrains pour retirer l'eau polluée des tunnels, mais pour l'instant on n'a pas réussi. Beaucoup de gens doutent maintenant que l'on réussisse à construire un si grand mur de terre.

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

3) Retirer les substances radioactives par le procédé ALPS
    ALPS est une machine qui peut extraire de l'eau 62 sortes de substances radioactives, sauf le tritium. On prévoit de mettre pleinement en service trois ALPS, et, d'ici à la fin de mars prochain, de dépolluer 400 000 tonnes d'eau contaminée sur les 470 000 tonnes conservées sur le terrain, mais  des dysfonctionnements successifs se produisent sur ces machines et on ne peut toujours pas les faire fonctionner à pleine puissance. En outre, même si on réussit, il restera du tritium dans l'eau "purifiée". On n'a pas encore décidé comment traiter cette eau. TEPCO et le gouvernement, bien sûr, veulent la rejeter à la mer.

 

Retirer  les barres de combustible nucléaire des réacteurs
   

   Pour démanteler définitivement les réacteurs endommagés, on doit d'abord en retirer les barres de combustibles. On a commencé à retirer de leur bassin celles du réacteur No 4 en novembre 2013 et, à ce jour, 80 % d'entre elles ont été enlevées.
    Dans les réacteurs n° 1, 2 et 3, les combustibles nucléaires ayant fondu sont tombés vers le bas et on ne sait même pas dans quel état est l'intérieur de ces réacteurs parce que le rayonnement est si fort que les gens ne peuvent pas s'en approcher.

 

Message du maire de Hirono


    La ville de Hirono est située juste au sud de la Centrale nucléaire de Fukushima. Mais déjà depuis quatre ans, on a permis aux habitants de retourner chez eux en raison d'une radioactivité faible. Cependant, de nombreux habitants ne veulent pas revenir, par crainte de la radioactivité et à cause de mauvaises conditions de logement. A l'occasion du 4e anniversaire de la permission de revenir, le maire Endō a fait un discours en citant les paroles de Yoshida Shōin (penseur, 1830 - 1859):

"Nous voulons aller de l'avant pour restaurer notre ville, en gardant toujours un rêve, comme l'a écrit Yoshida Shōin :
     Ceux qui n'ont pas de rêve n'ont pas d'idéal,
     Ceux qui  n'ont pas d'idéal n'ont pas de plan,
     Ceux qui n'ont pas de plan n'ont pas d'action,
     Ceux qui n'ont pas d'action n'ont pas de réussite,
c'est pourquoi ceux qui n'ont pas de rêve ne peuvent pas réussir."
(Le journal de Fukushima-Minp
ō,  3 Octobre 2014)

 

Cependant, la restauration sera très difficile. Maintenant 1679 personnes, un tiers des habitants, sont revenus et vivent dans la ville, mais ils ne sont pas les seuls, 3000 étrangers y logent également. Ils travaillent pour les centrales nucléaires. La ville a décidé de se faire attribuer un travail de réparation et de démantèlement des six réacteurs de la centrale nucléaire n°1. Dans cette situation, quel rêve pourront avoir les habitants ?

 

Récolte de riz dans la ville de Tomioka

 

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

    La ville de Tomioka, où se trouve la centrale nucléaire n° 2 de  Fukushima, est proche des réacteurs détruits, de sorte qu'on ne peut y loger. L'année dernière, dans certains champs on a essayé de cultiver du riz pour étudier l'influence de la radioactivité, et tout le riz récolté a été jeté. Cette année, pour la première fois après l'accident nucléaire, dans les champs du district de Shimo-Kōriyama, on a récolté du riz pour le vendre. Les cultivateurs, qui habitent dans la ville de Kōriyama loin de leur foyer, vont de temps en temps sur les champs. "L'agriculture est une industrie de base de la ville. Cette récolte est la première étape pour la restauration de la ville ", a déclaré M. Watanabe Yasuo. On essaie de produire du riz plus savoureux et moins coûteux pour l'année prochaine.
(Le journal de Fukushima-Minpō, 3 Octobre 2014)

 

La route nationale n° 6 dans la préfecture de Fukushima a été ouverte

 

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

Le 15 septembre 2014, la  route nationale n° 6 entre les villes de Futaba et Tomioka (14 km) a été ouverte aux voitures. Cette partie avait été fermée après l'accident en raison de la radioactivité intense. La route nationale n° 6 est très importante, elle relie Tokyo à Sendai, donc nous nous félicitons de l'ouverture. Cependant les piétons, les cyclistes et les motocyclistes ne peuvent pas y accéder, car la radioactivité est forte. Le 24 septembre,  l'un de mes amis est allé en voiture sur ce tronçon et il a détecté 19,51 microsieverts/h de radioactivité. Pour rappel, la limite maximale que le gouvernement a décrétée est de 0,23 microsieverts/h.

 

Deux compagnies d'électricité ont commencé à discuter du démantèlement de leurs réacteurs
 

   Au Japon, il existe maintenant 18 vieux réacteurs, qui ont plus de 30 ans. Après l'accident nucléaire, les règles sur les centrales nucléaires sont devenues plus sévères, si bien que, pour prolonger la vie de ces réacteurs au-delà de 40 ans, on doit les adapter à ces nouvelles règles en dépensant beaucoup d'argent. A cause de cela, deux compagnies d'électricité, Kansai et Kjūshua, ont commencé à explorer la possibilité d'en arrêter quelques-uns. Par ailleurs, en déclarant qu'ils vont arrêter les vieux réacteurs, ils visent à mettre de leur côté les populations pour la remise en service des réacteurs récents.

 

61% des gens s'opposent à la remise en service des réacteurs
 

   Les 27 et 28 septembre, la Société d'enquête a fait un sondage sur divers sujets, et a reçu une réponse de 1675 personnes sur 3000 interrogées. A propos de la remise en fonctionnement des réacteurs, les gens ont répondu ainsi :
Question: Le gouvernement a l'intention de remettre en service les  réacteurs que l'Autorité de Sûreté Nucléaire aura constaté comme sûrs. Êtes-vous pour ou contre cette remise en service ?
   Pour: 34,2%   Contre: 60,5%
   Autres: 5,3%
Hommes :  pour : 44%, contre : 52%
Femmes: pour: 24%, contre : 69%

 

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Rapport du 24 octobre 2014

Traduction : Paul SIGNORET

 

 

Un procès public d'assises sur l'accident nucléaire a eu lieu dans ma ville

 

Dans ma ville, Maebashi, dans le département de Gunma, à 250 kilomètres de la centrale nucléaire de Fukushima, logent environ 1 500 réfugiés du département de Fukushima. Quatre-vingt-dix d'entre eux, appartenant à trente-deux familles, ont déposé plainte le 11 septembre 2013, en demandant à être indemnisés par TEPCO. De même, dans 21 départements et régions, 8276 personnes ont déposé plainte et se battent contre TEPCO et le gouvernement.

Aujourd'hui s'est tenue la cinquième séance de la cour d'assises du tribunal de Maebashi. Comme il s'agissait d'une séance de préparation aux séances ultérieures, la présidente du tribunal s'est entretenue avec les avocats des deux parties et, après trente minutes, la séance a été levée. Y avaient assisté environ vingt avocats défendant la cause des réfugiés, tant de mon département que d'autres départements où des plaintes avaient été déposées. Pour TEPCO et le gouvernement il n'y avait qu'un seul avocat, mais beaucoup de fonctionnaires appartenant aux ministères concernés étaient également venus (aux frais du contribuable !).

Ensuite nous – les plaignants et leurs soutiens – nous nous sommes réunis dans la salle de l'Association des avocats et avons écouté les explications concernant la séance d'assises qui venait d'avoir lieu et sa signification.

L'argumentation comporte deux points principaux : premièrement, la compagnie TEPCO est-elle coupable de la survenue de l'accident ? TEPCO n'entend pas discuter de ce point et fait plaider qu'elle indemnise les dommages subis conformément à la Loi de compensation de pertes dues à des accidents nucléaires, et qu'il n'y a donc pas lieu d'argumenter sur sa culpabilité. Deuxièmement, ce tsunami était-il prévisible ? TEPCO plaide qu'il a été si extraordinairement grand, qu'elle ne pouvait pas en prévoir l'éventualité, et que par conséquent elle ne porte aucune culpabilité dans l'accident. Ainsi, TEPCO et le gouvernement visent à ne pas verser les indemnités ou à en amoindrir le montant.

Pour les plaignants, cette attitude de TEPCO est tout à fait inacceptable. Avant l'accident, à maintes reprises il lui a été demandé si les centrales nucléaires de Fukushima ne deviendraient pas dangereuses lorsque se produiraient de grands tsunamis, et au Parlement M. Yoshii Hidekatsu, membre du Parti Communiste Japonais, a interrogé Abe Shinzō – alors l'une des personnalités marquantes et actuel Premier ministre – sur ce danger, mais TEPCO et Abe n'ont jamais pris ces questions au sérieux, se contentant de répéter que TEPCO mettait en œuvre des contre-mesures parfaites et que jamais ne se produiraient de graves accidents.

Et même après l'accident, TEPCO et le gouvernement ne se conduisent pas correctement à l'égard des victimes. TEPCO indemnise, non en fonction de la situation et des exigences des victimes, mais selon ses propres règles égoïstes, et souvent elle refuse de payer. Elle veut même remettre en fonction les réacteurs dans le département de Niigata, bien qu'elle ne réussisse pas à maîtriser les quatre réacteurs accidentés de Fukushima. Le gouvernement, lui aussi, tente de faire taire les victimes en les payant et a l'intention de remettre en route la centrale située dans l'île méridionale de Kyushu.

Au cours de la réunion qui a suivi la séance d'assises, des gens ont exprimé leurs opinions. Certaines m'ont particulièrement frappé :

 

1. Les gens qui sont partis, fuyant une radioactivité supérieure à 0,23 microsievert* / heure, ont le droit d'exiger une indemnisation.

  * Selon la loi, un lieu pollué à plus de 0,23 microsieverts / heure doit être dépollué. Cela siginifie, que la loi précise bien que personne ne peut loger dans un tel lieu.

 2. Du début jusqu'à la fin d'un processus de pollution du milieu, le plus important est de ne pas oublier les souffrances des victimes.

 3. À Fukushima, ce qui pèse le moins c'est la vie humaine et les indemnités.

 

Ce qui motive les plaignants n'est pas l'argent. À preuve, leurs slogans :

Rendez nous notre cher foyer
et notre existence paisible !
Ne privez pas les enfants d'avenir !
Que TEPCO et le gouvernement reconnaissent leurs fautes !

 

Ce qu'endure la réfugiée, madame E. ?

 

Dans le dossier de l'accusation figure le témoignage de l'une des victimes. En voici la traduction :

 

"Je vivais avec mon mari et mes deux fils dans la ville de Nahara, proche de la centrale nucléaire n° 1 de Fukushima. Après le séisme du 11 mars 2011, nous nous sommes réfugiés chez mes parents, dans la même ville. Au matin du 13 mars est venu l'ordre donné à tout le monde de partir pour la ville voisine, et nous avons fui en hâte. Nous savions qu'il y avait eu un accident nucléaire, mais nous ignorions quel était le danger de la situation, et donc nous avons tous été exposés à une forte irradiation nucléaire. Je redoute que les suites n'en apparaissent plus tard.

J'ai été, à l'époque, très inquiète pour la santé de mes enfants et je me suis réfugiée dans la ville de Fukushima, distante de soixante kilomètres. Ensuite, sur le conseil de mon frère qui habite dans la ville de Tabasaki dans le département de Gunma, nous avons fui vers cette ville, où, après quelques séjours transitoires dans des refuges, nous avons trouvé un appartement dans lequel, depuis, nous logeons.

En 2005, ma famille, après avoir épargné longtemps, avait acheté dans la ville de Naraha une maison où tous ses membres vivaient tranquilles en compagnie d'un chien. Quand je suis revenue chez moi, après l'accident, la maison sentait très mauvais et partout grouillait de la vermine. Le jardin était couvert de mauvaises herbes. J'ai pleuré et j'étais désespérée.

Avant, nous étions fiers de travailler et nos ressources étaient suffisantes. Mes parents m'aidaient à élever mes enfants. Depuis que nous avons emménagé dans la ville de Takasaki, mes enfants sont psychiquement très instables, et comme mes parents sont loin, j'ai renoncé à travailler hors de chez moi. La firme de mon mari, dans le département de Fukushima, a fermé. Il a retrouvé un emploi, mais son salaire a été divisé par trois.

À cause de l'accident, j'ai dû vivre loin de mes parents, et mes enfants ont perdu leurs amis. J'ai dû abandonner mon chien qui faisait partie de la famille. J'éprouve à ce sujet un sentiment de culpabilité.

Nous sommes tristes d'être coupés de nos parents et amis, nous regrettons la maison et le travail perdus, nous sommes inquiets et perdons quasiment la tête face à notre avenir nébuleux, et outre ces soucis, nous devons craindre le risque que la radioactivité ne ruine notre santé. Mon mari et moi, nous sommes dans un tel état d'esprit que nous n'arrivons plus à bien dormir. Avant j'étais en bonne santé, mais à présent je sens le désordre dans mon corps.

Avant l'accident, je vivais tranquillement chez moi, j'avais plaisir à voir mes enfants pousser dru. Cette vie-là, nous l'avons perdue. Nous avons été précipités en enfer. Nous n'avons plus aucun avenir, aucun espoir. Nous avons été réduits à l'état de loques, physiquement et moralement. Que TEPCO et le gouvernement regardent donc quelle est notre quotidien et qu'ils sachent dans quelles conditions vivent les victimes ! L'accident nucléaire a blessé notre dignité d'hommes. Qu'ils assument donc pleinement leurs responsabilités !"

 

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Rapport du 10 novembre 2014

Traduction : Paul SIGNORET

 

Radioactivité autour du mont Shinobu, dans la ville de Fukushima

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

Les 2 et 3 novembre a eu lieu le Congrès Tōhoku, dans la ville de Morioka, du département de Iwate. Cette ville est distante de six cents kilomètres de chez moi, j'ai donc jugé que revenir tout de suite était une perte d'argent, et j'ai décidé de m'arrêter en route à Fukushima pour mesurer la radioactivité autour du mont Shinobu.

 

J'avais visité celui-ci cette année, en juillet. J'avais alors trouvé un endroit, où l'intensité radioactive dépassait 10 microsieverts/h. Je n'avais pas pu la mesurer de façon précise en raison des possibilités limitées de mon dosimètre. J'avais entendu dire que le mont était si pollué que les gens ne voulaient plus s'y promener. Je voulais savoir ce qu'il en était.

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

J'ai emprunté un vélo près de la gare de Fukushima. L'intensité radioactive y était de 0,24 à 0,27 microsieverts/h. Selon la norme étatique, les lieux pollués à plus de 0,23 microsieverts/h doivent être dépollués. Cet endroit-ci l'avait été longtemps auparavant, mais des produits radioactifs venus d'ailleurs, par voie aérienne, lui avaient à nouveau fait dépasser la norme.

 

J'ai roulé dix minutes et je suis arrivé au musée d'art départemental. Dans le jardin se trouvait un dosimètre qui indiquait 0,162, mais le mien montrait 0,23.

 

Entre le Musée et le mont Shinobu se trouve une rigole dans laquelle beaucoup de feuilles mortes étaient tombées. J'ai commencé à mesurer à cet endroit-là, mais le chiffre restait stable. Je me suis un peu déplacé vers le haut, j'ai remesuré et là, le chiffre augmentait de plus en plus, et le dosimètre a fini par indiquer 12,1 microsieverts/h. L'irradiation était là égale à cinquante-deux fois la norme ! C'était la première fois que ma main gauche était exposée à une aussi forte radioactivité.

 

Nouvelles de Fukushima à l’automne 2014

J'ai continué à rouler jusqu'à un endroit où s'élevaient plusieurs maisons. Quelques hommes travaillaient dans les jardins, raclant de la terre qu'ils mettaient dans des caisses blanches (voir photo ci-contre). Ils en avaient déjà rempli plus de cinquante. Ensuite ils ont répandu de la terre non polluée. Où donc mettraient-ils la terre polluée ?

 

De nouveau, j'ai repris la route qui fait le tour du mont. J'ai rencontré quelques promeneurs. En deux endroits, j'ai pris la mesure de la radioactivité : dans le premier la radiation était de 0,37 microsieverts/h et dans le deuxième, de 1,11. Pendant le trajet à vélo, mon dosimètre continuait à fonctionner et il indiquait à peu près 0,34 microsieverts/h. Cela signifie que le mont lui-même est pollué, voilà pourquoi tant de radioactivité flotte encore dans l'air après qu'on a décontaminé la terre, et quand on se promène, on la respire. Les gens vivent ici dans cet air radioactif.

 

Il y avait un cimetière dans lequel la radiation était de 1,25 microsieverts/h et sur le belvédère d'où je pouvais voir le centre de la ville, il y avait 0,34 microsieverts/h. À cet endroit se trouvait un panneau avec les avertissements suivants :

  1. N'utilisez le parc que pendant une heure par jour au maximum

  2. Ensuite, lavez-vous les mains et le visage et rincez-vous.

  3. Ne prenez pas de sable dans vos mains.

Il s'agit là d'un ensemble de conseils adressés aux jeunes mères, qui font jouer leurs enfants dans le parc. Avec ce panneau aucune mère ne veut plus y conduire ses enfants.

 

Au sommet du mont se trouve un beau temple Yakuō-ji. L'intensité de radiation y est de 0,42 microsieverts/h et dans le belvédère situé derrière le temple, elle est de 0,49 microsieverts/h. Le bonze vit dans ce lieu contaminé.

 

J'ai poursuivi mon trajet à vélo jusqu'à la partie nord de la base du mont, où sont de nombreuses maisons. Devant un petit appartement un dosimètre marquait 0,266, et à côté du petit hall public du département de Seibu un autre indiquait 0,249. Tous ces chiffres dépassaient le maximum de la norme, soit 0,23.

Non loin de la gare de Fukushima, il y a un bureau nommé : “Espace informatif concernant la dépollution”, ouvert par le département de Fukushima. Sur le mur un tableau montrait la progres-sion des travaux dans les villes concernées :

 

Programme de dépollution de Fukushima :
Installations publiques :
- Planifié: 1 502 Effectué: 1 322 Pourcentage: 88%
Constructions privées :
- Planifié: 65 127 Effectué: 42 572 Pourcentage: 65%
Pourcentages de dépollution dans d'autres villes:
Date : 88% Nihonmatsu : 65% Motomiya : 31%

 

Ces pourcentages montrent que de très nombreuses personnes vivent encore dans des endroits pollués. Même après qu'on a dépollué des lieux, par la suite ceux-ci souvent subissent de nouvelles pollutions. Les habitants ne peuvent donc pas y vivre tranquilles. La plupart des informations, relatives à la radioactivité et à la dépollution, fournies par « l'Espace » sont très optimistes. Nous, qui sommes profanes, ne pouvons pas réfuter ces données fournies par des chercheurs et des scientifiques “employés de l'État”, mais le gouvernement a pour habitude de tromper les gens, c'est pourquoi je ne puis ajouter foi facilement à ces informations.

 

Hier je m'étais arrêté d'écrire ici. Aujourd'hui je m'aperçois que j'ai une stomatite (deux aphtes dans la bouche). Avant de pratiquer la hietori-thérapie (élimination du froid corporel par bains à mi-corps et port de cinq paires de chaussettes), je souffrais de stomatites fréquemment, mais après, rarement. Je soupçonne que ces aphtes sont dûs à l'exposition aux radiations que j'ai subie il y a une semaine.

 

D'après ce que j'ai pu lire, la radioactivité lèse les muqueuses, c'est pourquoi souvent une stomatite apparaît dans la bouche. Nul ne peut affirmer que la mienne a bien été causée par irradiation. Je suis âgé, je ne redoute donc pas beaucoup la radioactivité, mais si des enfants souffrent de stomatite après un accident nucléaire leur mère n'est pas tranquille. Et pourtant, un chercheur « employé de l'État » a fait cette recommandation : « L'inquiétude liée à la radioactivité est plus nocive que la radioactivité elle-même. Si vous vivez en riant, votre immunité s'en trouvera renforcée et la radioactivité se tiendra à distance de vous.» Je vais donc cesser de m'inquiéter, mais je voudrais bien savoir comment on peut rire, quand pleuvent des matières radioactives.

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Première guerre mondiale : Le Japon, l’Allemagne et la France

Première guerre mondiale : Le Japon, l’Allemagne et la France

Pour souligner le Centenaire de la première guerre mondiale, avant que l’année 2014 s’achève, voici un texte paru dans Le Monde diplomatique. Charles Tremblay —Le Japon, la Grande Guerre et Beethoven— Pourquoi la France a-t-elle cru, au tout début de la guerre de 14-18, que le Japon lui apporterait une aide militaire ? Et comment la « Neuvième Symphonie » ... Lire la suite »

40 ONG demandent la r?vision du rapport de l?UNSCEAR sur Fukushima

40 ONG demandent la r?vision du rapport de l?UNSCEAR sur Fukushima

40 ONG demandent la révision du rapport de l’UNSCEAR sur Fukushima

L’organisation “Human Rights Now” et 40 organisations de la société civile issues du Japon et de 7 autres pays viennent de publier une déclaration demandant la révision du rapport du Comité Scientifique des Nations Unies sur Fukushima. Ce texte démontre que personne n’est dupe – même au sein de l’UNSCEAR – et confirme une critique internationale à l’encontre du déni général sur les conséquences sanitaires de la catastrophe nucléaire orchestré par les grandes organisations onusiennes. Le blog de Fukushima s’était déjà indigné des conclusions de l’UNSCEAR à l’occasion de la communication du pré-rapport sur Fukushima en juin 2013. Voici à présent la traduction française de cette déclaration adressée à l’ONU en langue anglaise.

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La société civile japonaise et celle de 7 autres pays

demandent la révision des rapports

du Comité Scientifique des Nations Unies sur Fukushima

 

 

[Publié sur cette page web le 29/10/2014] :
http://hrn.or.jp/eng/news/2014/10/29/japanese-civil-society-and-that-from-7-other-countries-request-the-reports-of-the-united-nations-scientific-committee-on-fukushima-to-be-revised/

 

Traduction : Phil Ansois
Révision : Pierre Fetet

 

 

Déclaration collective


Les groupes de la société civile demandent la révision du récent rapport de l’UNSCEAR (Comité scientifique de l'ONU sur les conséquences des émissions radioactives *) intitulé : “Le niveau et les effets de l’exposition à des émissions radioactives due à l’accident nucléaire suite au Grand Tremblement de Terre à l’Est du Japon et au tsunami.“

 

L’organisation “Human Rights Now”, accompagnée de 40 organisations de la société civile issues du Japon, des USA, de Tunisie, d’Azerbaïdjan, des Pays-Bas, d’Allemagne, de France et d’Irlande ont publié une déclaration demandant que l’UNSCEAR et la Quatrième Commission de l’Assemblée Générale révisent le rapport et ses conclusions du point de vue de la perspective des droits de l’homme. Veuillez trouver la déclaration complète ci-dessous.

La version PDF originale en anglais est disponible ici: Letter to UNSCEAR2014

 

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Le 24 octobre 2014

 

A l’attention des Membres de la Quatrième Commission de la 69ème Session de l’Assemblée Générale des Nations Unies,
des Membres de l’ UNSCEAR,
et des Membres de l’Assemblée Générale des Nations Unies :

 

Les groupes de la société civile demandent la révision du récent rapport de l’UNSCEAR (Comité scientifique de l'ONU sur les conséquences des émissions radioactives*) intitulé : “Le niveaux et les effets de l’exposition à des émissions radioactives due à l’accident nucléaire suite au Grand Tremblement de Terre à l’Est du Japon et au tsunami.“
 

La catastrophe de Fukushima en 2011 a transformé la surveillance par les Nations Unies des effets indésirables de la radioactivité en une question de la plus haute importance mondiale. Les buts et les critères de cette surveillance devraient être la protection et la promotion des droits humains à la santé et au bien-être, qui comprennent un environnement aussi exempt que possible d’exposition aux émissions radioactives d’origine humaine. Nous, soussignés, demandons instamment à la 4ème Commission d’examiner de manière critique à la fois les conclusions scientifiques du rapport de l’UNSCEAR, et les preuves scientifiques qui ont été omises de ce rapport.
 

Les médecins de 19 sections nationales affiliées à l’IPPNW (L'Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire **), dont « Physicians for Social Responsibility » (USA) et IPPNW Allemagne ont écrit, diffusé, et publié une « Critique du rapport de l’UNSCEAR »*** qui met en question les présomptions et les données utilisées par l’UNSCEAR, et les interprétations et les conclusions qui en découlent.


Nous apprécions les efforts significatifs produits par les membres du comité de l’UNSCEAR pour évaluer les données vastes et complexes concernant la catastrophe nucléaire de Fukushima. Cependant, leur conclusion comme quoi il n’y a « pas d’effet discernable », maintenant ou dans le futur, est un défi au sens commun et sape la crédibilité de l’UNSCEAR. La « Critique » fait remarquer que sur base du rapport de l’UNSCEAR lui-même, nous pouvons nous attendre à l’apparition, au Japon, d’à peu près 1000 cas de cancer de la thyroïde supplémentaires, et aussi de 4300 à 16800 autres cas de cancer supplémentaires, à cause des retombées radioactives de Fukushima. Nous croyons qu’il s’agit là d’effets très discernables pour les individus, les familles et les communautés affectées par ces cancers, ainsi que pour tous ces individus qui vont être affectés par les autres formes de maladies induites par la radioactivité.
 

En outre, la conclusion de l’UNSCEAR, affirmant qu’il n’y a “aucun effet discernable” est en train d’induire en erreur le gouvernement Japonais, en le poussant à ne pas mettre en œuvre les contremesures permettant d’éviter la surexposition des individus, et à ne pas lancer une surveillance complète des effets sur la santé. De ce fait, cette conclusion cause de sérieuses violations des droits humains.

 

Cette catastrophe ne fut pas un événement singulier qui a abouti à une fin, mais c’est plutôt un événement en cours de développement dont le point final est inconnu. La fuite des éléments radioactifs dans la biosphère se poursuit et les individus continuent d’être exposés aux émissions radioactives parce qu’ils vivent dans des zones contaminées, consomment de la nourriture et de l’eau contaminées, et inhalent de l’air contaminé. En plus, la plupart des effets de Fukushima sur la santé vont prendre des dizaines d’années, voire des générations pour s’exprimer. En conséquence, le rapport actuel de l’UNSCEAR devrait être considéré comme un préliminaire ou comme une estimation initiale des effets de Fukushima sur la santé. Dans l’avenir, il faudra encore pendant une longue période exercer une surveillance permanente et améliorée, ainsi qu’une mise à jour continuelle de cette estimation. Le rapport 2014 de l’UNSCEAR est un commencement, pas une fin.

 

Nous demandons que la Quatrième Commission agisse de deux manières à propos du rapport de l’UNSCEAR :


1) Renvoyer le rapport à l’UNSCEAR pour qu’il soit révisé sur base de la « Critique », en prenant en considération les points soulevés dans la « Critique », et que l’UNSCEAR élargisse la composition du comité afin d’inclure en tant que membres à part entière des scientifiques qui sont critiques vis à vis des activités nucléaires.

 

2) Nous demandons aussi que la Quatrième Commission demande instamment à l’Assemblée Générale de passer une nouvelle résolution recadrant le mandat fondateur de l’UNSCEAR de manière à assurer que la mission première de l’UNSCEAR soit de promouvoir et de protéger la santé publique et le droit à la santé des individus les plus vulnérables. Le Principe de Précaution devrait être employé quand il s’agit de déterminer les régulations concernant l’exposition, le nettoyage et la décontamination, ainsi que la radioactivité après un désastre nucléaire. Ce Principe de Précaution devrait aussi être employé dans la détermination des mesures éducatives conçues pour minimiser et réduire les risques d’exposition individuelle et la surveillance à long terme des sites contaminés. Un nouveau mandat de l’ONU pour l’UNSCEAR est essentiel afin de permettre aux membres du Comité d’être en mesure d'utiliser pleinement leurs compétences dans le but de protéger la vie et la santé de la communauté mondiale.


Cette requête reçoit le soutien des organisations suivantes :

 

- Physicians for Social Responsibility, USA

- International Physicians for the Prevention of Nuclear War – Germany, Germany

- Human Rights Now, Tokyo, Japan

- Peace Boat – US, USA

- Niji to midori no kai, Japan

- Greens Fukushima, Japan

- Workers’ Executive Committee For Anti-nuclear Power Movements, Japan

- Kai Fukushima Downwind, Japan

- The Nature Conservation of Fukushima, Japan

- Friends of the Earth Japan, Japan

- Showa Shell Labour Union, Japan

- Chernobyl Health Survey and Health-care Support for the Victims – Japan Women’s Network, Japan

- Nuclear Disaster Information Center, Japan

- Japan International Volunteer Center, Japan

- Campaign for Nuclear-free Japan, Japan

- Fukushima Network for Denuclearization, Japan

- Hairo Action Fukushima, Japan

- Fukushima Women Against Nukes, Japan

- People in Fukushima-NPP 30km area, Japan

- Refugee Living with Fukushima in Niigata Prefecture, Japan

- Shinshu 3.11 Network, Japan

- National Network of Parents to Protect Children from Radiation, Japan

- The Civil Forum on Nuclear Radiation Damages (CFNRD), Japan

- Takagi School, Japan

- AEEFG – Association de l’Education Environnementale pour les Futures Générations, Tunisia

- NGO of “Ecolife”, Azerbaijan

- Women in Europe for a Common Future International, Netherlands

- Women in Europe for a Common Future, Germany

- Les Femmes d'Europe pour un Avenir Commun (WECF), France

- Irish Doctors’ Environmental Association (IDEA), Ireland

- Nuclear Information and Resource Service, USA

- Nuclear Age Peace Foundation, USA

- Nuclear Age Peace Foundation, New York, USA

- Nukewatch/The Progressive Foundation, USA

- Nuclear Watch New Mexico, USA

- Georgia WAND – Women’s Actions for New Directions, USA

- Physicians for Social Responsibility – Kansas City, USA

- Gray Panthers, USA

- Center for Safe Energy, USA

- Nuclear Energy Information Service, USA

 

[Les réponses à cette requête peuvent être envoyées à :
Physicians for Social Responsibility USA
Alfred Meyer, Board Member
alfred.c.meyer(a)gmail.com
+1-202-215-8208]
 

__________________________

 

* http://fr.wikipedia.org/wiki/UNSCEAR

**http://fr.wikipedia.org/wiki/Association_internationale_des_m%C3%A9decins_pour_la_pr%C3%A9vention_de_la_guerre_nucl%C3%A9aire

***Analyse critique :

http://www.fukushima-disaster.de/fileadmin/user_upload/pdf/english/Akzente_Unscear2014.pdf

 

__________________________

 

Documents de l’UNSCEAR :

 

- Texte en rapport avec les critiques exprimées dans ce document : http://www.unscear.org/docs/14-06112_Ebook.pdf

Liste des documents publiés par l’UNSCEAR en relation avec Fukushima :
http://www.unscear.org/unscear/fr/fukushima.html

- Rapport de la 68ème session :
http://www.unscear.org/docs/GAreports/A-68-46_e_V1385727.pdf

Annexe scientifique :

http://www.unscear.org/docs/reports/2013/13-85418_Report_2013_Annex_A.pdf


 

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Paroles de Masao Yoshida, ancien directeur de la centrale de Fukushima Daiichi

Paroles de Masao Yoshida, ancien directeur de la centrale de Fukushima Daiichi

Paroles de Masao Yoshida, ancien directeur de la centrale de Fukushima Daiichi

La diffusion du témoignage de l’ancien directeur de la centrale de Fukushima Daiichi, aujourd’hui décédé, est primordiale car il montre l’impuissance des hommes – fussent-ils ingénieurs, politiques ou présidents – face au feu nucléaire déchaîné. Les 28 heures d’auditions de cet homme-clé, effectuées par la commission d’enquête indépendante sur l’accident nucléaire de Fukushima Daiichi, ont été transcrites sur plus de 400 pages qui représentent une source historique inestimable. Bien évidemment, il nous est impossible de restituer ce document dans sa totalité, mais grâce à Hori Yasuo, Ginette Martin et Paul Signoret, nous avons la chance de pouvoir bénéficier de larges extraits en langue française, ce qui nous permet d’appréhender la manière dont ont été gérés les premiers jours de la crise nucléaire nipponne.

PF

_____________________

 

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 8 octobre 2014,

traduit de l'espéranto par Ginette Martin et Paul SIGNORET

 

 

Auditions de Yoshida Masao*, directeur de la centrale nucléaire n°1 de Fukushima

    Après l'accident nucléaire de Fukushima en mars 2011, la commission d’enquête gouvernementale sur l'accident a interrogé 772 personnes, dont des ministres, des responsables gouvernementaux, des dirigeants de TEPCO et des employés de la centrale nucléaire, etc., leur demandant comment ils avaient agi pendant et ce qu'ils avaient fait après l'accident [cf. Rapport officiel de la commission d’enquête indépendante sur l’accident nucléaire de Fukushima, N.D.E.]. Initialement, le gouvernement avait l'intention de ne pas publier l'ensemble des procès-verbaux, mais par la suite des parties ont été divulguées dans quelques journaux, si bien que le gouvernement a décidé de publier la totalité.

 

Je pense que, parmi toutes ces auditions, celle de Yoshida Masao, directeur de la centrale nucléaire n°1 de Fukushima, est la plus importante. Au début, j'ai essayé de traduire l'article du journal Mainichi, mais quand j'ai lu l'article du journal Asahi, j'ai vu que les deux différaient beaucoup. Peut-être les journalistes respectifs avaient-ils choisi, en les résumant, les parties qui à leurs yeux méritaient d'être rapportées. Donc, j'ai renoncé à traduire ces articles. Je vais traduire, en les résumant et selon mon point de vue personnel, les textes originaux que j'ai trouvés sur internet. Et quand ce sera nécessaire, je ferai référence aux deux articles.

 

Toutefois, le contenu est trop abondant, avec de nombreux termes que je ne suis pas sûr de pouvoir traduire avec exactitude, mais je crois que ma traduction vaudra mieux que rien.

*Yoshida Masao (17/02/1955 - 09/07/2013). Depuis juillet 2007 jusqu'au 1er décembre 2011 était responsable de la centrale nucléaire n°1 de  Fukushima. Il est mort d'un cancer de l'œsophage.

 

   Cet ensemble de  procès-verbaux comprend les auditions suivantes:
1- Etat de la centrale et actions menées à l'occasion de l'accident
(22 juillet 2011, six auditions, 68 pages en format A4)
2- Etat de la centrale et actions menées à l'occasion de l'accident
(29 Juillet 2011, six auditions, 60 pages)
3- État de la centrale et actions menées à l'occasion de l'accident  1
(8-9 août 2011, deux auditions, 35 pages)
4 -État de la centrale et actions menées à l'occasion de l'accident 2
(8-9 août 2011, deux auditions, 31 pages)
5 -État de la centrale et actions menées à l'occasion de l'accident 3
(8-9 août 2011, deux auditions, 35 pages)
6-État de la centrale et actions menées à l'occasion de l'accident 4
(8 -9 Août 2011, deux auditions, 68 pages)
7- Batailles contre l'eau contaminée
  (9 août 2011, une audition, 4 pages)
8- Conjecture au sujet d'eau très contaminée avant le 24 mars et discussions à la session du 4 avril
(13 octobre 2011, deux auditions, 5 pages)
9 - Etat de la centrale et actions menées à l'occasion de l'accident
(6 novembre 2011, trois auditions, 66 pages)
10-  État de la centrale et actions menées à l'occasion de l'accident
(novembre 6 2011, deux auditions, 37 pages)
 

Le texte original est lisible ci-dessous:

http://www.cas.go.jp/jp/genpatsujiko/hearing_koukai/hearing_list.html

 

Le 11 mars 2011

– La première lame du tsunami a atteint la centrale à 15h27. Avez-vous eu le sentiment qu'il fallait refroidir en urgence les trois réacteurs 1 à 3 ?
"Oui. Oui, j'ai eu un sentiment de crise très grave. J'avais peur que, lorsque les vagues se retireraient, nous ne puissions pas fournir de l'eau dans les réacteurs. Si cela arrivait, j'allais devoir mettre de l'eau provenant d'autres sources. Il nous fallait nous préparer pour ce travail ".

– Vous avez ensuite été informé de la perte de toutes les sources de courant alternatif. Que vouliez-faire faire?
"J'ai été choqué, pensant que le pire état critique était arrivé. Un accident grave pourrait se produire. Nous devions être prêts pour cela. Ne pourrions-nous pas utiliser un générateur diesel de secours ? Si nous ne pouvions pas l'utiliser, que devais-je faire? Si nous disposions d'un condensateur de secours contenant encore de l'eau, nous pourrions refroidir les réacteurs pendant quelques heures. Ces pensées tournaient dans ma tête ".

– Il était clair qu'on ne pouvait pas utiliser un générateur diesel de secours.
"J'étais au désespoir. J'ai dit aux membres de l'équipe, qu'ils devaient trouver un moyen de refroidir les réacteurs. Je réfléchissais et réfléchissais, mais je n'arrivais pas à trouver de bonne idée. Le guide disait qu'il fallait mettre en route la pompe à incendie diesel, mais j'ai jugé que ce serait difficile. En tout cas, la chose la plus importante était de pomper de l'eau pour en injecter à l'intérieur. J'ai ordonné qu'on trouve des pompes qu'on pourrait utiliser grâce à une source d'électricité du bâtiment n°2.

Bâtiments sinistrés dans la centrale nucléaire n° 1

Bâtiments sinistrés dans la centrale nucléaire n° 1

Système de refroidissement des réacteurs

Système de refroidissement des réacteurs

– Où avez-vous trouvé la source électrique nécessaire?
"Pour avoir une source de courant alternatif, il faut un camion équipé d'un générateur d'électricité. J'ai demandé au Bureau Central de TEPCO, mais j'ai dû attendre, très fâché, pendant de nombreuses heures. J'ai aussi demandé une source de courant continu pour pouvoir utiliser les dispositifs de contrôle. Ces choses que je demandais sont arrivées peu à peu, mais pour nous, qui travaillions sur place, elles nous ont semblé arriver très très lentement. TEPCO nous a envoyé tout ce que la compagnie avait rassemblé, mais nous devions faire un tri. Il nous fallait juger ce qui était utilisable et ce qui ne l'était pas. Pour ce travail, il nous fallait des renforts en hommes. Cela fut une grande perte (de temps). Nous désirions très fort que TEPCO nous envoie uniquement des appareils appropriés. "

– Vous a-t-on informé du fait que le condensateur ne fonctionnait pas?
"Non. A propos du condensateur, le responsable continuait de croire que le système fonctionnait ".

– N'avez-vous pas été préoccupé au sujet de la dégradation du cœur du réacteur?
«Au fond, je ne comprenais pas la situation. Je dois faire maintenant mon autocritique, mais il ne m'est pas venu de rapport du chef de groupe des générateurs. J'aurais dû m'assurer et confirmer que le condensateur fonctionnait. J'avais un préjugé. Je pensais que cela fonctionnait bien, car le niveau de l'eau n'était pas si bas. Si un SOS me parvenait, je m'occuperais de la main-d'œuvre, mais j'étais responsable de l'ensemble, par conséquent, il était difficile pour moi de tout gérer à la fois. Maintenant, je m'en veux de ne pas avoir posé de questions sur la situation ".

– Pensiez-vous que le condensateur fonctionnait durant la nuit du 11 mars?
«En voyant le niveau de l'eau, j'étais un peu rassuré, mais j'avais un petit doute. La pression dans l'enceinte de sécurité du réacteur avait augmenté et le niveau d'eau n'avait pas changé, et par la suite la pression a encore augmenté. Compte tenu de ces choses, j'ai eu un doute sur le niveau de l'eau. J'avais une autre préoccupation, à savoir le niveau de la radioactivité à 21h51. J'avais entendu dire qu'elle était très forte. Si l'enceinte de sécurité avait été refroidie, la radioactivité n'aurait pas été aussi élevée, parce que les substances radioactives n'auraient pas diffusé au travers. Je ne connaissais pas l'état du réacteur, mais j'ai soupçonné qu'il y avait une possibilité de dégradation des combustibles nucléaires. "


Le 12 mars 2011

– Le Premier ministre Kan est arrivé à la centrale. Que vous a-t-il dit ?
«Il m'a demandé d'un air sévère quelle était la situation, alors je lui ai répondu que presque toutes les sources d'électricité étaient hors d'usage et que nous ne pouvions pas contrôler les réacteurs. Il m'a posé une question sur la décompression ( En cas d'urgence, évacuation des gaz, même radioactifs, hors de l'enceinte de sécurité, afin que celle-ci ne soit pas endommagée par un excès de pression interne.) et je lui ai répondu que nous essayions, mais que la situation était très difficile. Je me souviens uniquement de ces conversations. "

– A 6h50, le ministre de l'économie et de l'industrie a ordonné la "décompression".
«J'étais en colère. Nous ne pouvions pas l'exécuter. Sachant cela, pourquoi l'exigeait-il ? Il ne suffisait pas d'ordonner pour que ce soit possible. J'étais dans cet état d'esprit ".

– L'intervention du premier ministre vous a-t-elle gênés dans votre travail?
"Non. Nous voulions réduire la pression dans l'enceinte de sécurité, mais nous ne le pouvions pas. Afin de maintenir le réacteur en sécurité, il nous fallait absolument le faire, c'était notre volonté. De l'équipe de service je ne recevais que des informations inutilisables. Et ceux qui ordonnaient d'en haut ne comprenaient pas notre situation. Les travailleurs étaient en grande difficulté, certains exposés à 100 millisieverts de radioactivité. J'ai décidé que, finalement, nous devions faire une "décompression" manuelle, au risque d'une forte contamination, mais en réalité, nous ne pouvions même pas nous approcher de la valve de sécurité et nous avons renoncé à le faire. "

– A 14h30, on a réussi à faire sortir des substances radioactives avec la décompression.
"Si la radioactivité à la sortie de la cheminée augmentait, nous pourrions constater que la décompression avait réussi, mais nous ne pouvions pas observer cela. À ce moment-là, la télévision filmait le réacteur n°1 et à l'image on voyait de la fumée blanche, et en même temps la pression dans l'enceinte de sécurité a chuté, si bien qu'on a conclu que la décompression avait réussi ".

– A 15h36 a eu lieu une explosion dans le réacteur n°1. Comment avez-vous compris la situation?
«Je ne m'attendais pas à l'explosion. A ce moment-là nous étions prêts à injecter de l'eau. A cet instant, j'ai senti un bref tremblement qui venait d'en dessous, et j'ai pensé qu'un tremblement de terre avait eu lieu. Pendant ce temps les gens sont revenus des lieux de travail et ils ont rapporté que la partie supérieure du bâtiment n°1 n'était plus qu'un squelette. Je me demandais ce qui s'était passé. Sont revenus également des blessés, qui ont informé qu'une explosion semblait s'être produite. Maintenant, je sais que l'hydrogène sortant de l'enceinte de sécurité s'était amassé sous le toit et avait explosé, mais à ce moment-là je ne comprenais pas quelle en était la cause. Peut-être deux heures plus tard, nous sommes arrivés à cette conclusion. "

– Que pensiez-vous de l'état du cœur du réacteur n°1 avant l'explosion?
"La pression dans l'enceinte du réacteur était élevée, donc nous avons essayé de faire une décompression, mais, même maintenant, je ne suis pas sûr qu'elle ait été vraiment accomplie, car nulle part les écrans de contrôle ne fonctionnaient. Nous essayions alors de faire une décompression et une injection d'eau. "

– A 14h53, les pompiers ont déversé 80 tonnes d'eau, et à 14h54 est venue une instruction du directeur de la centrale à propos d'une injection d'eau de mer.
«J'avais déjà donné des instructions à propos d'un déversement d'eau de mer. Nous n'avons pas pu prendre de l'eau directement dans la mer, car nous n'avions pas de pompes. Je savais que dans le bâtiment du réacteur n°3, il se trouvait beaucoup d'eau de mer abandonnée par le tsunami, et j'ai décidé de l'utiliser et j'ai donné les instructions à 14h54 ".

– Aviez-vous déjà entendu parler auparavant d'expériences de déversement d'eau de mer dans les enceintes de réacteurs?
"Pas du tout. On n'a jamais fait cela nulle part dans le monde, mais il n'y avait que l'eau de mer que nous pouvions utiliser sans limite, donc nous n'avions pas d'autre choix. Nous nous occupions seulement de deux choses: diminuer la pression dans l'enceinte du réacteur et y injecter de l'eau. Les autres questions étaient des bagatelles. Afin de contrôler le réacteur en furie, nous ne devions compter que sur l'eau de mer ".

– Vous n'avez pas pensé que si vous utilisiez de l'eau de mer, tous les appareils deviendraient inutilisables et que cela coûterait très cher?
"Pas du tout. Comme les barres de combustible étaient endommagées, on ne pourrait plus utiliser ce réacteur. Donc trouver le moyen de le contrôler était le plus important. Je n'ai jamais pensé à sa réutilisation. "

– Il y a un rapport sur l'heure du déversement de l'eau de mer. Il y est consigné que c'est à 20h20 qu'on a commencé à déverser de l'eau de mer, mais selon le rapport de TEPCO c'est à 19h04. Pourquoi cette différence?
"Tout de suite après que nous avions commencé à verser de l'eau de mer, à 19h04 est venu un coup de téléphone de Takeguro Ichirō de TEPCO, disant que le gouvernement n'autorisait pas encore le déversement, mais je n'avais pas du tout l'intention de l'arrêter, donc j'ai demandé au responsable de ne jamais arrêter, même si j'allais dire le contraire à TEPCO. Puis vint l'autorisation du gouvernement, et nous avons décidé de déclarer officiellement que le déversement avait commencé à 20h20 ".

– A 20h45 on a un rapport sur le déversement d'eau avec du borax. Pourquoi avez-vous utilisé ce mélange à ce moment-là?
«Je voulais utiliser du borax depuis le début, mais la radioactivité était très forte et on avait besoin de temps pour le dissoudre, donc j'ai décidé de déverser en premier de l'eau, et quand l'eau additionnée de borax a été prête, nous l'avons utilisée. Et à ce moment-là il était 20h20.

– Lorsqu'a eu lieu une explosion dans le bâtiment n°1, avez-vous discuté des moyens de prévenir une explosion dans les 5 autres bâtiments ?
"Oui, bien sûr. A propos du bâtiment du réacteur n°2, par hasard les panneaux de décompression étaient ouverts, peut-être à cause de la pression lors de l'explosion du bâtiment n°1, donc j'étais un peu tranquillisé. A propos du bâtiment n°3, nous avons beaucoup réfléchi, et même voulu demander aux soldats de faire des trous avec des armes à feu".


Le 13 mars 2011

– A partir de la panne du système de refroidissement HPCI jusqu'au déversement d'eau à 9h20, il s'est écoulé 6 heures et 40 minutes. Que pensiez-vous de l'état du réacteur n°3 ?
"Je pensais que j'allais mourir. Je voulais verser de l'eau le plus tôt possible, mais les conditions n'étaient pas au rendez-vous ".

– Tôt dans la matinée du 13 mars, le système de refroidissement HPCI du réacteur n°3 s'est arrêté, et vous avez essayé de mettre de l'eau avec le système RCIC (système pour refroidir le réacteur au moyen d'eau dans le condensateur), mais vous avez échoué, et vous avez estimé que le système de refroidissement du réacteur s'était mis en panne à 4h15. Compreniez-vous alors, qu'une grande partie du combustible nucléaire était déjà à nu?
"Bien sûr, oui. Pour cette raison, ma tâche la plus importante était de faire cesser cet état dès que possible, mais nous ne pouvions mettre en place les moyens pour cela. Des personnes extérieures nous ont critiqués en disant que nous travaillions très lentement. Je ne leur pardonne pas. Nous étions peu nombreux à travailler contre les trois réacteurs déchaînés".

– Il était 9h20, lorsque vous avez pu injecter de l'eau dans le réacteur n° 3.
«L'eau est entrée et la pression et le niveau de l'eau ont commencé à se normaliser. J'étais très content. Mais en réalité, j'ai été trompé par le témoin du niveau d'eau qui était endommagé. J'ai commencé à traiter le réacteur n°2. Il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais d'hommes obligés de combattre en même temps contre trois réacteurs accidentés. Je ne veux plus me souvenir de tout ça ".

– Avez-vous pensé qu'il fallait s'occuper de la piscine destinée aux combustibles usagés dans le bâtiment n°4?
"Oui. Quand a eu lieu le tremblement de terre, le réacteur n°4 était en examen. C'est pourquoi les 548 barres de combustible avaient toutes été retirées et mises dans le bassin. Elles avaient été brûlées dans l'année, donc elles étaient très chaudes et des plus difficiles à traiter. Donc j'ai pensé qu'il était très important de savoir comment traiter le réacteur n°4 "


Le 14 mars 2011

– Vers sept heures du matin le réacteur n° 3 a commencé à se comporter de façon très anormale, avec forte radioactivité et pression élevée.
« J'ai signalé que le réacteur n°3 était dans le même état que le n°1 ; il y avait un risque d'explosion, c'est pourquoi à 9 heures 30 ou à 10 heures, j'ai donné à tout le monde l'ordre de se réfugier dans le quartier général antisismique, avant que l'explosion ne se produise à 11 heures 01. Il y a eu un appel téléphonique de M. Mutō de TEPCO. À sa demande, j'ai envoyé des gens à leur poste de travail. Et une explosion s'est produite. Je dois demander pardon aux membres du corps de défense, qui sont partis vers le réservoir d'eau avec leur camion et commençaient à travailler lorsque, à ce moment-là, a eu lieu l'explosion. »
« Dans un premier temps est venue une information faisant état de la disparition d'une quarantaine de personnes. J'ai alors eu l'intention de mourir. Si autant de gens étaient morts, je devais me faire harakiri. Par la suite, il devint clair qu'en fait il y avait quelques blessés mais pas de morts. Ce fut une chance parmi tant de grands malheurs. Étonnamment, personne n'était mort à l'endroit où étaient tombées des masses de béton arrachées au bâtiment. Certainement Buddha nous avait bénis. »
« Tous étaient abasourdis et ne savaient que faire. J'ai donc commencé par m'excuser auprès d'eux d'avoir apprécié la situation de façon erronée et j'ai dit : "Maintenant l'alimentation en eau s'est arrêtée. Si nous ne faisons rien, les choses deviendront pires. Je vous demande d'aller déblayer les gravats et de réparer les tuyaux. Prenez garde à la radioactivité." J'ai été touché de voir que tous étaient d'accord pour aller travailler. Après que j'ai procédé à la répartition des tâches, ils sont sortis. Au cours de ce travail, la plupart d'entre eux ont atteint la dose maximale d'irradiation. Grâce à eux, nous avons réussi à rétablir l'apport d'eau à seize heures trente. ».

– En ce qui concerne le réacteur n°2, de quelle façon pensiez-vous pouvoir rétablir l'apport d'eau ?
« Nous ne pouvions introduire de l'eau tant la pression était élevée. Le premier travail était de la faire baisser. Nous avons discuté des moyens. À ce moment-là il y a eu un appel téléphonique du cabinet du premier ministre, et M. Madarame (alors président de la Commission de sûreté nucléaire) m'a ordonné de faire baisser la pression et d'envoyer de l'eau à l'intérieur, et M. Shimizu (alors président de TEPCO) a crié la même chose pendant une séance de télévision. Je me suis étonné qu'ils puissent exiger cela, alors qu'ils ignoraient quelle était, ici, la situation. Tous voulaient rétablir l'apport d'eau, mais pour ce faire il faut d'abord des préparatifs, or cela ils ne le comprenaient pas. Ils pensaient simplement que nous hésitions. Je voudrais les battre, ces gens-là. ».

– Il vous a fallu beaucoup de temps pour faire baisser la pression. Quelle en était la cause ?
« Je ne la comprends pas bien moi-même. D'abord il n'y avait pas de batteries. Nous avons tenté d'ouvrir les valves de diverses façons mais en vain, et le niveau de l'eau baissait de plus en plus. Nous étions au plus près de la mort. Si nous n'arrivions pas à les ouvrir, nous serions désarmés, mais finalement nous avons réussi. Ensuite ce fut le tour du camion des pompiers qui n'avait plus d'essence, car il nous avait attendus longtemps. Il est reparti faire le plein et enfin nous avons pu envoyer l'eau. Je reprenais vie. Jusqu'alors j'étais comme mort. Toutes les quatre heures, ce camion de pompiers doit refaire le plein. Pendant le temps d'attente et le trajet vers la station d'essence les gens sont très exposés aux radiations. Ceux qui ont reçu cent et quelques dizaines de millisieverts sont ceux qui travaillaient à réparer les tuyaux et à livrer l'essence. ».

– Pendant ce temps les équipiers de TEPCO travaillaient en milieu très radioactif.
« Il y avait parmi nous une femme, qui s'occupait du ravitaillement en essence du corps des pompiers. Elle faisait son travail vite et bien. J'ai voulu qu'elle se retire, mais elle a refusé. Elle avait un très fort sens du devoir. Elle restait à l'intérieur du quartier général antisismique où elle était assise à côté de la porte. L'explosion du bâtiment du réacteur n°1 a endommagé la porte et, à travers les fentes, l'air extérieur chargé de radioactivité a pénétré, si bien qu'elle a été irradiée au-delà de la limite admise et qu'elle souffrait en outre de l'exposition interne. Elle avait une mission de travail, mais son cas a été présenté par les mass media comme l'exemple même d'une mauvaise gestion de la centrale nucléaire. Je suis très remonté contre ces sales médias. »

– La température du bassin de refroidissement du réacteur n°4 était de 84 degrés, à 4h08. Est-il prévu que l'on doive faire quelque chose dans ce cas-là ?
« Oui. Nous devions ajouter de l'eau, mais nous manquions de main d'œuvre car il nous fallait nous occuper de trois réacteurs. J'ai donc demandé à la compagnie TEPCO de faire elle-même tout le nécessaire pour le réacteur n°4 ».


Le 15 mars 2011

– Entre 6h et 6h10, le matin du 15 mars, une explosion s'est fait entendre. Avez-vous ressenti une secousse ou entendu un bruit dans le quartier général antisismique ?
« L'explosion n'a pas été ressentie dans le quartier général. Une information m'est parvenue au sujet d'un petit bruit : "¨Pan !". J'ai pensé qu'une avarie avait pu se produire dans l'enceinte de sécurité, ce qui engendre une situation critique. J'ai ordonné alors qu'à l'exception des cadres tout le monde se mette à l'abri. Entre-temps un membre de l'équipe de direction, qui était allé dans le bâtiment n°4, a apporté l'information que la partie supérieure des murs avait craqué. Je ne peux toujours pas dire, si ce bruit provenait du bâtiment n° 2 ou du bâtiment n° 3 ».

– Est-ce que, à peu près à cette heure-là, le premier ministre est venu au bureau central de TEPCO ?
« Oui. À la télévision, j'ai vu le président et d'autres responsables de TEPCO se réunir et le premier ministre était très en colère et criait. Entre-temps s'était produite cette situation de crise, j'ai donc dit à TEPCO que j'allais évacuer les membres du quartier général. Nous, qui travaillions sur le terrain, nous devions nous préparer au pire, nous avons donc préparé des autobus et avons envoyé les membres du Q.G à la centrale nucléaire n°2. »

– Le bâtiment n°2 était en difficulté et vous avez constaté les avaries du bâtiment n°4, et ensuite le feu s'est déclaré. Qui a donné l'alarme ?
« L'intensité radioactive était telle autour de tous les bâtiments, que, même dans les salles des commandes, il était impossible d'assurer le service, donc de temps en temps les membres du Q.G. s'y rendaient pour recueillir des données. L'un d'eux a vu de la fumée sortir du bâtiment n°4. J'ai vérifié la chose avec des jumelles, car le système de télévision ne fonctionnait plus. Les pompiers ne sont pas venus en raison de la forte radioactivité, j'ai donc demandé par téléphone à M. Hosono (alors ministre de l'environnement), qu'il obtienne de l'aide, soit du corps de défense japonais, soit de l'armée américaine. Mais avant que l'aide n'arrive, le feu s'était éteint.»

– Dans le bâtiment n°4, la partie supérieure a été endommagée et le feu a pris au troisième ou au quatrième étage, et le 16 mars de nouveau le feu a repris. Qu'est-ce qui, selon vous, est arrivé là ?
« Je n'ai pas compris d'où provenait le premier bruit, j'ai donc soupçonné que les combustibles dans leur bassin étaient devenus trop chauds et avaient explosé. Mais ensuite, j'ai pu constater que les barres de combustibles étaient en état normal et que la cause du bruit était autre. Beaucoup disent à présent que de l'hydrogène issu du bâtiment n° 3 avait envahi le bâtiment n° 4 et avait explosé, mais je ne le crois pas, car je ne comprends pas de quelle manière il aurait pu y entrer, ni pourquoi seuls les murs sud et nord ont été rompus. Il n'y a pas de trous dans les murs situés à l'est et à l'ouest.»

 

* L'article paru dans le journal Mainichi rend compte du contenu du rapport jour après jour, jusqu'au 15 mars et j'ai conservé cette présentation. Pour les jours suivants, Mainichi procède par thèmes, et là encore je trouve que sa présentation est bonne. Donc, à présent, je traduis par thèmes.

ORDRE D'URGENCE D'OPERATIONS A EFFECTUER

– Il y a un document daté du 16 mars, à 10h04, dans lequel est écrit « Classement par ordre d'urgence des opérations à effectuer ». La première est l'apport d'eau dans le bassin de refroidissement des barres de combustible du réacteur n°4, la deuxième est la reconstruction d'une source extérieure de courant électrique, la troisième est la construction d'une voie pour les camions et la quatrième, l'apport d'eau dans les bassins des barres de combustible des réacteurs n°1 et 3.
« Dans le bâtiment n° 4 il y avait des barres de combustible extrêmement chaudes. Je craignais qu'elles n'aient été endommagées, donc il était très important d'en normaliser l'état. Je voulais que nous réparions des appareils et pour ce faire il est indispensable d'avoir du courant. Il importait donc en premier lieu de rétablir une source extérieure de courant et, si cela était impossible, d'utiliser alors des camions porteurs de générateurs. Le bâtiment n° 2 n'était pas endommagé, donc, au lieu d'effectuer un apport d'eau, nous avions l'intention de faire la réparation à l'intérieur.

– Le 17 mars, le réacteur n° 3 a été refroidi et non le n° 4. Pourquoi le n° 4 n'a-t-il pas été refroidi le premier ?
« Le matin du 17 mars, un hélicoptère a survolé la centrale cucléaire avec à son bord un équipier du Q.G. Celui-ci a filmé le bâtiment n°4 et nous avons vu de l'eau dans le bassin de refroidissement des combustibles. Voilà pourquoi nous avons refroidi d'abord le n°3. »


L'APPORT D'EAU EFFECTUE PAR LE CORPS DE DEFENSE A-T-IL ETE EFFICACE ?

– Le corps de défense a fait un apport d'eau par hélicoptères et par camions à haute pression du corps des pompiers, et la préfecture de police et le bureau du corps des pompiers ont de leur côté fait des apports d'eau par camions de pompiers à haute pression. Lesquels ont été efficaces et lesquels ne l'ont pas été ?
« À vrai dire, toutes les actions du corps de défense ont été inutiles. La quantité d'eau était trop faible et il est douteux que l'eau projetée ait atteint son but. Les actions menées par la préfecture de police et le bureau du corps des pompiers ont été inutiles, elles aussi. »
– Ensuite sont intervenus les Girafes et les Eléphants (camions dotés de très longs tuyaux destinés à déverser du béton). Ont-ils été efficaces ?
« Ils l'ont été. On a fixé les tuyaux juste au sommet du réacteur, et on a donc réussi à verser l'eau au bon endroit.»


DES AIDES VENUES DE NIIGATA

– Les membres du Q.G. sont-ils peu à peu revenus ?
– Le 15 mars, tous s'étaient réfugiés dans la centrale nucléaire n° 2. Puis certains sont aussitôt revenus et plus tard, peu à peu, les autres membres du Q.G. sont revenus à leur tour, n'est-ce pas ?
« Oui. Le terrain était si radioactif, que des gens ayant en charge la mesure et la recherche des radiations faisaient défaut. Des aides en assez grand nombre sont donc venus en renfort de la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa, dans le département de Niigata ».
– Si un accident se reproduisait, devrait-on faire appel à des aides venus d'autres centrales nucléaires ?
« Fondamentalement oui. Mais l'un des problèmes est que les équipements changent de plus en plus, or chaque centrale a son propre équipement. Donc il peut arriver que des aides de Kashiwazaki soient incapables de réparer l'équipement d'une autre centrale. Un autre problème est que des salariés de TEPCO n'ont pas fait eux-mêmes certaines des tâches, mais les ont fait faire par des ouvriers d'entreprises sous-traitantes. En résumé : les gens ne peuvent pas s'adapter immédiatement à des équipements nouveaux, et les salariés de TEPCO n'ont pas l'expérience leur permettant de réparer eux-mêmes ces équipements. »


AU SUJET D'EAU POLLUEE

– Le 1er avril, le ministre de l'environnement, M. Hosono, s'est opposé au rejet d'eau polluée dans la mer.
« Quand j'ai entendu sa déclaration, je me suis étonné : qu'allait-on faire de l'eau polluée ? Nous avons versé de l'eau dans les bâtiments des réacteurs et cette eau ressort quelque part. Nous devons la traiter, mais c'est un problème qui n'avait pas à être traité entre le Bureau Central de TEPCO et le sous-ministère de la Sécurité nucléaire industrielle. C'est pourquoi j'étais très irrité.»

– Selon le rapport du 2 avril, on a découvert que beaucoup d'eau polluée s'est échappée du réacteur n° 2.
« Pendant la réunion du 4 avril au matin, il m'a été ordonné de faire cesser le rejet d'eau, mais personne n'a proposé une façon de traiter l'eau et de la conserver, j'ai donc beuglé qu'on y réfléchisse sérieusement, et ce n'est qu'après qu'on a commencé à penser à ce problème. »
– Etait-ce la montée du niveau de l'eau dans le réacteur n° 3 qui vous a poussé à hausser le ton au sujet de l'eau polluée ?
« Oui. Mon opinion était que nous devrions rejeter l'eau polluée à l'extérieur pour vider le bâtiment n°3, car nous n'avions aucun endroit pour l'y mettre. »
– Au sujet de l'eau dans le canal d'écoulement souterrain des bâtiments n° 5 et 6.
« Si l'eau endommageait le système électrique, nous perdrions le moyen de refroidir le réacteur, et il s'ensuivrait une phase critique. J'étais donc d'avis, que nous devions de toute façon rejeter l'eau à l'extérieur. »
– Il a été décidé de rejeter 1 500 tonnes d'eau polluée. Que pensez-vous de cette décision ?
« Je voulais retirer l'eau du canal d'écoulement souterrain, j'ai donc été étonné, que l'on ait décidé de cette quantité. »
– Nous entendons dire, que vous aviez déjà décidé, sans attendre l'autorisation du gouvernement, de mettre le réacteur n° 6 hors service quand il entrerait en phase critique par inondation.
« Oui, J'avais pris cette décision pour protéger l'usine, même si je devais être renvoyé. Si le réacteur n° 6 avait été inondé et que le réseau électrique soit hors service, cela aurait pu causer une fusion du cœur, il s'agissait donc de quelque chose de très grave. »


ACCIDENT EN 1991 ET SEISME DE CHŪETSU

Le réacteur n° 2 avait eu un accident à cause d'une fuite d'eau, en 1991. Cela avait entraîné l'arrêt de presque tous les systèmes de refroidissement. Ce fut un très grave accident, occupant peut-être le premier ou le second rang parmi les plus dangereux au Japon, mais on ne le considère pas comme tel. Cet accident m'a appris que l'eau est un danger et qu'il nous faut prévoir une parade contre les infiltrations d'eau, mais rénover de vieux réacteurs déjà en place n'est pas chose facile. Nous avons procédé à diverses restaurations, mais rénover de façon parfaite est très difficile, à cause entre autre des coûts. Nous devons certes en suivre le principe, mais le mettre en œuvre n'est pas aisé.
Quand la condition première, par exemple touchant la puissance supposée d'un éventuel tsunami, change, le mieux est de construire de nouvelles installations, mais si cela est impossible, nous utilisons les anciennes, ou bien nous les rénovons partiellement. Telle est notre manière de faire. Cependant, la puissance du tsunami de 2011, d'une hauteur de quinze mètres, a dépassé toutes nos prévisions, nous ne pourrons donc pas continuer d'y faire face ainsi.
En 2007, lors du séisme de Chūetsu qui détruisit simultanément plusieurs installations de la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa, il y eut de grands dégâts mais l'arrêt se fit en toute sécurité. Malgré l'énorme tremblement de terre, les réacteurs s'arrêtèrent sans problème. Par la suite, nous avons examiné les équipements : presque tous étaient indemnes. Nous avons pensé qu'en un temps très bref, le séisme avait déployé une énergie capable d'arrêter tous les réacteurs. Mais il n'avait détruit aucune des sources de refroidissement. Il dépassait de beaucoup la puissance maximale qui avait été prévue lors de la construction, pourtant les réacteurs s'étaient arrêtés sans dégâts. Nous en avons conclu un peu trop vite, que le projet japonais tenait la route.


REPLIES OU PAS

« Pendant un temps, il nous fut impossible de verser de l'eau dans le réacteur n°2. J'avais fait baisser la pression, mais les camions des pompiers ne roulaient plus faute d'essence, donc il y eut des heures pendant lesquelles, nous ne pouvions pas faire d'apport d'eau. Mon cœur alors s'affolait chaque seconde dans la crainte que nous ne pussions pas y parvenir. En ce cas ce serait la fusion du cœur avec dégagement d'une énorme quantité de radioactivité, et par suite l'impossibilité, pour nous, d'aller aux réacteurs n° 1 et 3 qui se trouveraient alors dans la même phase critique, et enfin, même dans la centrale nucléaire n°2, nous ne pourrions pas travailler. La seule chose que je pouvais faire durant ces heures était d'attendre en priant.
C'est dans cette situation que j'ai fait savoir par téléphone à M. Hosono, alors ministre de l'environnement, que hormis les techniciens, les responsables de réparation et d'alimentation en eau, les pompiers, les manipulateurs et moi-même, je pouvais envoyer les autres se réfugier temporairement dans la centrale nucléaire n°2. À la télévision on a utilisé les mots de "repli de tous", or je n'ai jamais employé ce terme. C'est pourquoi je proteste énergiquement.»
(Fin des traductions)

 

COMMENTAIRES DE HORI YASUO

 

Ci-dessus j'ai traduit les comptes-rendus des auditions de Yoshida selon mon point de vue et l'intérêt que j'y trouvais en feuilletant les pages. L'article du journal Asahi disait ceci, en citant des paroles de Yoshida que je n'ai pu retrouver :

 

"À cause des difficultés dues à la présence de décombres et à la radioactivité, les apports d'eau par camions de pompiers ont été un échec, et la pression à l'intérieur des enceintes de sécurité a dépassé la limite. Le danger de voir se répandre partout une énorme quantité de radioactivité se rapproche. Cette situation M. Yoshida l'a exprimée ainsi : “Le syndrome chinois va se réaliser”, “En imagination, nous avons vu détruite toute la partie orientale du Japon.”"

 

Après avoir traduit, j'ai pensé les choses suivantes :

1. Au début, le gouvernement n'avait pas l'intention de publier ces comptes-rendus. C'est là, de sa part, une attitude inadmissible. Les gens ont le droit de connaître la vérité. Tous ont souffert, ou souffrent encore, à cause de l'accident nucléaire, donc nous avons le droit d'en savoir le plus de choses possibles. Si nous ne partagions pas l'information entre nous tous, comment pourrions-nous prévenir un nouvel accident ? Certainement le gouvernement, qui veut remettre en marche les centrales nucléaires, ne souhaitait pas que les gens aient une information véridique et terrifiante sur le danger de l'énergie atomique.

 

2. Nous ne pouvons pas dépendre à cent pour cent des médias. Asahi et Mainichi sont des journaux relativement consciencieux, mais les contenus de leurs articles respectifs sont très dissemblables. Il est possible que Yomiuri et Sankey, journaux de droite, aient traité le sujet selon des points de vue fort différents. Nous devons avoir accès au texte original, et nous devons même voir ce qui s'est passé et se passe derrière cet original.

 

3. Quand TEPCO construit et rénove une centrale, il semble que le plus important soit l'argent. Par exemple, pour restaurer ou rehausser la digue anti-tsunami, la compagnie a besoin de très grosses sommes. Elle ne veut pas dépenser tant d'argent pour un tsunami, qui pourrait ne pas venir. Si la digue n'était pas destinée à protéger la centrale nucléaire, cette attitude serait admissible, mais la centrale présente un danger d'une tout autre nature. Lorsque c'est l'argent qui gouverne, c'est toujours un danger et cela ne devrait pas être permis.

 

4. Enfin, j'exprime mes condoléances à M. Yoshida, qui est mort jeune, en se vouant à la lutte contre l'accident nucléaire.

 

 

(Crédit photo : Asahi Shimbun)

(Crédit photo : Asahi Shimbun)

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N.D.E.

 

L’Asahi Shimbun a mis également en ligne des traductions anglaises des auditions de Yoshida :

 

Table of Contents

Prologue

Interview for more than 28 hours

Chapter 1: Who is there to halt nuclear reactors?

1. Reality of the ‘Fukushima 50’‘I just ordered a temporary retreat but ...’

2. The hardest part to remember‘All this could turn into a China syndrome’

3. Nobody came to help‘I still hold a big grudge against them’

Chapter 2: Can residents be evacuated?

1. Fresh water or seawater?‘Listen, we have run out of water’

2. Public relations: who cares?‘A press release: do as you like’

Chapter 3: Can humans stop a crisis?

1. In went ‘suicide squads’‘It all has to be done manually in the end’

2. ‘Hubris of wisdom’‘We can only discuss it empirically’

Epilogue

Water is there!

 

 

 

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Des métastases aux poumons retrouvés chez des enfants de Fukushima atteints de cancer de la thyroïde

Des métastases aux poumons retrouvés chez des enfants de Fukushima atteints de cancer de la thyroïde

Mari Takenouchi se bat pour l’évacuation des enfants et des femmes enceintes des territoires contaminés par la catastrophe nucléaire de Fukushima. Dans un billet du mois d’août 2014, elle rapporte une information qui a été peu diffusée, à savoir que pour deux enfants atteints du cancer de la thyroïde, des métastases s’étaient propagées aux poumons.

Elle revient également sur les attaques qu’elle continue de subir. Malgré la suspension des charges dont elle avait fait l’objet suite à la plainte d’une responsable d’Ethos à Fukushima, Ryoko Ando (alias Yoko Kamata), des trolls et des harceleurs diffusent des infos calomnieuses comme quoi elle serait paranoïaque et coupable de fraudes. Manifestement, son combat entre en conflit avec des intérêts politiques et économiques.

Parallèlement, Jan Hemmer, un de ses amis militant en Allemagne, a également reçu des messages hostiles après que celui-ci ait soutenu Mari Takenouchi dans son blog .

A partir du 10 décembre 2014, la loi de protection des secrets d’Etat va être appliquée au Japon. Ce qui est arrivé à Mari Takenouchi préfigure ce qui peut se passer : un simple tweet pourra envoyer quelqu’un en prison. C’est pourquoi il est important de soutenir les journalistes et les blogueurs qui continuent à informer sur ce qui se passe dans les centrales nucléaires japonaises, sur la réalité de la contamination et sur les conséquences sanitaires de la catastrophe nucléaire en cours.

 

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Des métastases aux poumons retrouvés chez des enfants de Fukushima atteints de cancer de la thyroïde


Mari Takenouchi

 

Source : http://savekidsjapan.blogspot.fr/2014/08/2-thyroid-cancer-fukushima-kids-had.html

Traduction : Cécile Monnier

 

Aujourd’hui [29 août 2014], j’ai appris une nouvelle très triste par l’Agence Kyodo News. Deux enfants de Fukushima atteints d’un cancer de la thyroïde avaient aussi des métastases dans leurs poumons.

 

Je réclame l’évacuation des enfants et des femmes enceintes depuis les tout premiers instants après l’accident de Fukushima.

 

Quelles que soient les précautions que l’on prend pour manger, personne ne peut s’arrêter de respirer. J’ai eu moi-même des toux persistantes après avoir été exposée à la radioactivité à Tokyo le 15 mars, et ce dont j’ai eu le plus peur, c’était d’avoir un cancer des poumons.

 

J’ai visité Fukushima une seule journée, à l’automne 2011. Ce jour-là, mon échine s’est glacée quand j’ai vu des affiches annonçant la tenue d’un marathon féminin à Fukushima.

Des métastases aux poumons retrouvés chez des enfants de Fukushima atteints de cancer de la thyroïde

Après ça, j’ai appris que même des marathons pour enfants étaient organisés dans des zones avec des doses correspondant aux zones où l’on contrôle la radioactivité.

Des métastases aux poumons retrouvés chez des enfants de Fukushima atteints de cancer de la thyroïde

NHK, une chaine japonaise de télévision publique, n’évoque jamais l’incidence du cancer de la thyroïde dans la préfecture de Fukushima (alors qu’elle le fait sur NHK International, mais jamais dans les programmes domestiques), et à la place, elle continue de couvrir les événements sportifs en extérieur et la cueillette des fruits par les enfants à Fukushima.

 

NHK diffuse des programmes qui encouragent les habitants des zones contaminées à rentrer chez eux, et ils ne parlent jamais de ces questions graves.

 

Pendant ce temps, j’ai été accusé pénalement par un leader d’ETHOS, une ONG de Fukushima qui encourage les habitants à rester vivre chez eux, et j’ai été menacée par d’innombrables trolls sur Internet.

 

Je crois vraiment qu’un gouvernement ou un média qui ignore la santé/ la vie de ses propres enfants est fou.


http://takenouchimari.blogspot.jp/2014/08/pm-abe-tried-to-hid-donation-from-nhknhk.html

En outre, récemment, le Premier ministre Abe a été pénalement accusé d’avoir dissimulé le don fait par le producteur en chef de la NHK à son organisme de gestion de campagne, mais la NHK a ignoré ce scandale important.
 

Je veux que ces faits soient connus de tous les citoyens éveillés du monde.




 

De Kyodo News


Le 28 août, à la Société Japonaise de Traitement du Cancer, le professeur Shinichi Suzuki de l’Université de Médecine de Fukushima a présenté des exemples concrets d’enfants ayant ou étant soupçonnés d’avoir un cancer de la thyroïde, à partir des examens de la thyroïde réalisés dans le cadre du suivi de la population de la préfecture de Fukushima après l’accident de Fukushima Daiichi.

Après avoir expliqué son point de vue selon lequel l'influence de l'accident nucléaire serait faible, il a souligné, que "son traitement était conforme à la norme."
Les examens de la thyroïde ont été réalisés sur 370 000 enfants de moins de 18 ans vivant dans la préfecture de Fukushima au moment de l’accident. Les cas [note des traducteurs : de cancer] confirmés sont au nombre de 57 et les cas suspectés 46. Comparé à l’accident nucléaire de Tchernobyl en 1986, le professeur Suzukia déclaré : « Aussi bien les symptômes que la distribution des âges sont différents ».

Sur les 54 patients atteints d’un cancer de la thyroïde qui ont été opérés à l’Université de Médecine de Fukushima [note des traducteurs : 3 patients ont été opérés ailleurs], plus de 80% avaient une tumeur d’une largeur supérieure à 10mm, ou une métastase sur les ganglions lymphatiques ou d’autres organes, qui a nécessité une opération. Deux avaient des métastases dans les poumons.

Les 9 derniers patients avaient des tumeurs inférieures à 10 mm, sans métastase. Mais, selon le professeur Suzuki, « 7 d’entre eux avaient un cancer proche des voies respiratoires et l’intervention chirurgicale était une bonne décision ». L’opération des deux derniers aurait pu attendre un examen ultérieur, mais ils ont été opérés à leur demande et à celle de leurs familles.

90% des patients ont subi une ablation de seulement la moitié de la thyroïde.
Pour le cancer de la thyroïde à Fukushima, quelques experts ont demandé « N’y avait-il pas de cas où la chirurgie n’était pas nécessaire ? » et l’appel à la divulgation des données des patients prenait de l’ampleur.

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Le mythe de la sûreté nucléaire

Le mythe de la sûreté nucléaire

Le mythe de la sûreté nucléaire

Deux articles parus ces derniers jours permettent de comprendre comment le Japon manipule l’opinion pour faire revenir les habitants évacués dans les zones contaminées et relancer son programme nucléaire. Les autorités prétendent qu’en dessous de 100 mSv/an, il n’y aurait pas de danger sanitaire alors que des études scientifiques prouvent le contraire. Selon un membre de l’AIEA, « tout est une question de communication, et il s’agit d’abord de calmer les inquiétudes « irraisonnées » des populations dues, selon lui, au terme « contamination » qui (…) fait peser sur l’irradiation une image négative », rapporte Cécile Asanuma-Brice dans sa dernière tribune intitulée « La légende Fukushima ».

Kolin Kobayashi revient quant à lui sur le programme Ethos qui, expérimenté sur les populations vivant en territoire contaminé par Tchernobyl, est maintenant appliqué sous d’autres formes – publication 111 de la CIPR par exemple – et aboutit aux mêmes recommandations pour la population de Fukushima. Il permet de demander localement une participation active des habitants, ce qui les rend responsables de la catastrophe dont ils sont pourtant victimes. Il permet également d’imposer une norme annuelle entre 1 et 20 mSv/an pendant la « période de reconstruction » et de 20 à 100 mSv/an dans une période d’urgence.

Ce qui se passe pour les populations vivant en territoires contaminés autour de Tchernobyl et de Fukushima sera bien évidemment appliqué dans n’importe quel pays du monde où aura lieu la prochaine catastrophe nucléaire. En France, la norme actuelle est 1 mSv/an, mais s’il y a un accident, ce sera 20 mSv/an et si vous avez la malchance d’habiter trop près du désastre, vous aurez droit à 100 mSv/an.

On comprend que les autorités nucléaires s’adaptent à toutes les situations, le curseur se déplaçant selon les circonstances, et l’idée rabâchée de la sûreté devient un véritable mythe.

PF

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La légende Fukushima

 

Cécile Asanuma-Brice

 

(extrait)

« Trois ans et demi après l’accident de Fukushima, le nombre de décès relatifs à l’explosion de la centrale nucléaire Tepco Daiichi de Fukushima ne cesse de s’accroître. Selon le journal Tokyo Shimbun, plus de 1 100 décès sont comptabilisés au 11 septembre. La population vieillissante, relogée dans des logements «provisoires», a été la première touchée. Le droit au refuge ne leur ayant pas été accordé, en dépit des recommandations faites par le rapporteur aux droits de l’homme de l’ONU, Anand Grover, suite à sa mission au Japon fin 2012, aucun accompagnement financier ne permet à ces habitants le relogement. Leurs conditions sanitaires se dégradent au fur et à mesure du temps qui passe, alors que d’autres décident de partir à leurs frais devant l’instabilité environnementale insupportable au quotidien. La chute dans une spirale de paupérisation touche une partie d’entre eux, livrée à la dépression et à l’alcoolisme. Les villes de Namie (333 décès), Tomioka (250 décès), Futaba (113 décès) et Okuma (106 décès), adjacentes à la centrale dont les fuites d’eau contaminée sont toujours hors de contrôle, comptent au total 802 décès, identifiés officiellement comme conséquents de l’explosion de la centrale (55 ont été enregistrés dans les six derniers mois). Le journal Fukushima Minpo tirait la sonnette d’alarme le 21 juin en rapportant les propos du ministère de l’Intérieur sur le nombre de suicides en recrudescence. La multiplication du nombre des cancers de la thyroïde doit également être prise en compte dans le bilan des conséquences sanitaires de l’explosion. Selon la commission d’enquête du département de Fukushima, 104 enfants de moins de 18 ans, parmi les 300 000 composants l’échantillon, ont été diagnostiqués comme atteints d’un cancer de la thyroïde. Les voix d’épidémiologues, à l’intérieur comme à l’extérieur du Japon, se lèvent pour contrer la position des experts de la commission départementale de Fukushima, selon laquelle ces cancers ne seraient pas conséquents de l’explosion. Ceux-ci « justifient » l’augmentation du nombre de cas par le perfectionnement des outils radiologiques actuels.

Dans la même logique d’une tentative de réconfort moral des habitants, et la double perspective de la réouverture de la zone d’évacuation afin d’y reloger la population au plus vite, et du redémarrage programmé de deux centrales en 2014, le ministère de l’Environnement soutient, dans un rapport du 17 août, qu’en-deçà de 100 msv/an, il n’y aurait aucune conséquence sur la santé. »

(…)

Lire en entier l’article de Cécile Asanuma-Brice

 

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Du projet Ethos au mythe d’une sûreté sereine,

ou "la gestion post-accidentelle" du lobby nucléaire

 

Kolin Kobayashi

 

(extrait)

« Le mythe d’une sûreté sereine à Fukushima

L’Autorité de régulation de l’énergie nucléaire du Japon a installé en septembre 2013 une équipe de réflexion sur les mesures de sûreté sereine pour le retour au sein de l’organisation. L’Autorité de régulation de l’énergie nucléaire, formée en majorité par les personnalités scientifique qui viennent du lobby nucléaire, fondée en sept 2012, est dans une contradiction absolue. Son premier article de la loi de fondation de la ladite autorité stipule à la fin de ces phrases : « l’Autorité a pour but de contribuer à assurer la vie, la santé, les biens du peuple, et la sécurité de l’environnement et de la nation. » En donnant son accord pour le redémarrage de la centrale Sendaï à Kagoshima, le Président de cette autorité, Shunichi TANAKA a confirmé clairement lors de sa dernière conférence de presse, que l’examen effectué ne garantit nullement la sécurité, mais se contente de vérifier si la demande de redémarrage est conforme selon ses réglementations. Avec en son sein, les nominations de membres pro-nucléaires il est clair qu’il y a un conflit d’intérêt fondamental et total. Assurer à la fois la sécurité de la population et défendre l’intérêt du lobby nucléaire est incompatible. Cette autorité pose un réel problème déontologique.

De surcroît, il faut préciser que l’équipe de réflexion sur les mesures de sûreté sereine pour le retour est composée toujours des même acteurs, notamment, Dr. NAGATAKI Shigenobu, le Prof. NIWA Otsura, et le Prof. BAN Nobuhiko.

Ces deux derniers membres japonais de la CIPR ont des liens très étroits avec Jacques Lochard, bien entendu. Le prof. Niwa prône officiellement la méthode Ethos pour convaincre la population qu’il n’y a pas de conséquence sanitaire. Leur méthode est d’appliquer la publication 111 de la CIPR, quintessence du projet Ethos-CORE. Les membres de la CIPR bénéficient bien entendu de subventions de la part de l’association des opérateurs électro-nucléaires par le biais de REA, Radiation Effects Association.

Toutes les mesures qui ont été prises par le gouvernement pour le retour en zone contaminée, sont en parfait accord avec l’esprit Ethos. Lochard a d’ailleurs déclaré à l’Asahi Shimbun qu’on n’avait pas besoin de refaire Ethos au Japon parce qu’il y était d’emblée déjà bien établi.

Ce 17 aout, le gouvernement japonais a lancé une campagne d’information dans les journaux nationaux et locaux de Fukushima, intitulée « Ayons une connaissance véritable sur la radiation ». Dans cette annonce gouvernementale, sont citées quelques lignes de la conférence de M. Rethy Keith Chhem de l’AIEA et du prof. NAKAGAWA Keiichi, radiologue de l’université de Tokyo. Ce dernier prétend qu’il n’y a pas de conséquence grave à une exposition de moins de 100 mSV /an. Le premier explique qu’il y a des radiations naturelles partout et qu’on utilise aussi des rayonnements ionisants pour la médecine, des arguments qui banalisent la radioactivité de Fukushima. »

(…)

Lire en entier l’article de Kolin Kobayashi

 

 

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Photo d’entête : Unité 4 de Fukushima Daiichi, détail (source Tepco)

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