vendredi, mai 22, 2015
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Comment nos neurones ?attrapent? les ?motions des autres

Comment nos neurones ?attrapent? les ?motions des autres

CAROLLE ANNE DESSUREAULT

Voici le quatri?me article sur les richesses incommensurables du cerveau!

?L?article s?inspire du livre Votre cerveau n?a pas fini de vous ?tonner de Patrice Van Eersel, r?dacteur en chef du magazine Cl?s. M. Van Eersel poursuit ici les d?couvertes sur la neuroscience. Il met aussi en sc?ne les recherches de Daniel Goleman, auteur du livre L?intelligence ?motionnelle, et d?un nouveau livre L?intelligence relationnelle.

La neuroscience sociale

Gr?ce au perfectionnement des techniques d?imagerie corticale, en particulier le scanner ? r?sonance magn?tique nucl?aire fonctionnelle (IRMf), qui permet de visualiser avec une pr?cision de plus en plus fine, les zones actives de notre cerveau lorsque nous agissons, pensons, parlons, r?vons, et surtout, quand nous entrons en contact avec une personne, une nouvelle discipline a pris naissance dans les ann?es 1990?: la neuroscience sociale.

Nos neurones ont absolument besoin de la pr?sence physique des autres et d?une mise en r?sonance empathique avec eux. Les relations cybern?tiques, SMS, Internet, ou autres contacts virtuels ne leur suffisent pas.

Comment nos neurones ?attrapent? les ?motions des autres?

Au moindre ?change ?motionnel avec autrui, a lieu un incroyable faisceau de r?actions en cascade dans notre syst?me nerveux central. Ce qui lui fait dire que nous ?attrapons? les ?motions des autres, comme on attrape des virus, en positif comme en n?gatif.

Sit?t que nous entrons en relation avec quelqu?un, des millions de nos neurones cherchent, litt?ralement, ? se connecter ? ceux de l?autre. Notre cerveau n?est pas le m?me selon que nous trouvons notre interlocuteur plus ou moins sympathique, int?ressant, dr?le, excitant, ou stupide, mou, rigide, dangereux.

??tudes faites sur les couples qui s?embrassent?: effets positifs sur leur sant?

Des neuropsychiatres am?ricains ont ?tudi? beaucoup de couples ? depuis l?amour fou jusqu?aux pires sc?nes de m?nage.

Sous le scanner IRMf, la neuro-anatomie d?un baiser r?v?le que c?est la totalit? des aires orbito-frontales des cortex pr?frontaux (COF) des deux amoureux qui se mettent en boucle. Le COF est une structure fondamentale du cerveau qui assure la jonction entre les centres ?motionnels et les centres pensants, et qu?elle relie, neurone par neurone, le n?ocortex au bulbe rachidien?: la mise en r?sonance provoqu?e par un baiser amoureux a des effets positifs profonds, soit une baisse de cortisol, indicateur du stress, une mont?e en fl?che des anticorps.

?Les m?mes effets se produisent quand les amants se regardent dans les yeux, m?me sans s?embrasser.

Les couples qui se disputent?: effets n?gatifs sur leur sant?

Une dispute conjugale si elle met les cerveaux des personnes en ?phase? a des effets n?gatifs?: la fonction cardiovasculaire entre en souffrance et les taux immunitaires baissent. Si les disputes se r?p?tent pendant des ann?es, les dommages deviennent cumulatifs.

Les neurones des femmes et des hommes

Les neurones des femmes ont tendance ? syst?matiquement passer en revue, ruminer, ressasser les derniers ?changes relationnels (amoureux ou pas). En revanche, les hommes le font aussi, mais avec beaucoup moins d??nergie et de d?tails.

De l?avis des chercheurs, le cerveau de la femme est plus ?social? que celui de l?homme, et cons?quemment, plus d?pendant de la qualit? relationnelle de l?existence.

Cette notion nous permet de comprendre un peu mieux les diff?rences de comportement entre les hommes et les femmes, et peut aider ? am?liorer nos ?changes.

L?intelligence relationnelle

Daniel Goleman compare les neurones miroirs ? une ?wifi neuronale?. Il s?agit d?un m?canisme qui fait que notre cerveau, d?s la naissance, ?mime? les actions qu?il voit accomplir par d?autres comme si c??tait lui qui agissait. Ou bien il se mime lui-m?me en imaginant une sensation ou une action, provoquant la m?me activit? neuronale que s?il sentait ou agissait pour de bon.

Vus de l?ext?rieur, nous pouvons ?tre immobiles et silencieux alors qu?? l?int?rieur nos neurones ?dansent? ou ?jouent du piano?.

L?intelligence relationnelle repose sur un processus tr?s rapide. En moins de vingt milli?mes de seconde, notre cerveau peut capter, simultan?ment, que la personne en face de nous a tel ou tel air, est plus ou moins sympathique, plus ou moins franche, qu?elle sent telle ou telle odeur, qu?elle est physiquement plus forte ou plus faible que nous, qu?elle est pacifique ou mena?ante, qu?on peut lui parler ou pas, qu?elle nous pla?t ou pas.

La mise en r?sonance des syst?mes nerveux vaut pour tous les humains qui entrent en relation, qu?ils soient deux ou au-del?. Au travail, entre amis, en famille. Une foule baignant dans la m?me ?motion repr?sente une myriade de cerveaux se mettant au diapason ? incarnation neuronale de la ?passion unique?.

Les neurones en fuseau (seuls quelques animaux en poss?dent)

Les cellules nerveuses, tr?s grosses, qui permettent une grande rapidit? de r?action sur un grand nombre de plans simultan?ment s?appellent les ?neurones en fuseau.?

En situation de survie, en fonction de la r?ponse de l?organisme, on pourra sourire ? une personne ou lui envoyer un coup de poing ou se sauver ? toutes jambes.

Les neurones en fuseau sont aussi importants que les neurones miroirs. Ils mettent en branle des processus archa?ques qui se d?roulent hors de toute conscience ? la vitesse ?clair d?un r?flexe.

Cet archa?sme est r?cent. La plupart des animaux ne poss?dent pas de neurones fuseau. Seulement chez les chimpanz?s, les gorilles, les orangs-outangs, les bonobos et les baleines ? ces derni?res en ont d?ailleurs plus que les humains.

On appelle aussi les neurones en fuseau les neurones de l?amour

Aimer quelqu?un c?est s?av?rer capable de d?tecter chez lui d?infimes nuances dans l?expression de ses ressentis et ?ventuellement y r?pondre.

On aurait d?couvert quelques dix-huit fa?ons de sourire. Sourire est l?expression que le cerveau humain d?crypte avec le plus de nuances et le plus vite?: nos neurones pr?f?rent les visages heureux. En moins de vingt millions de seconde, nous pouvons tous reconna?tre lequel des dix-huit sourires-type nous adresse notre interlocuteur et ainsi d?crypter son ressenti et nous y adapter.

Voici une liste des diff?rents sourires?:

  • petit rictus fig? de politesse
  • le sourire g?n?
  • le sourire soulag?-pinc? (signifiant ?on l?a ?chapp? belle?)
  • le sourire ?puis? (de bonheur)
  • le sourire sadique
  • le sourire fatigu?
  • le sourire exc?d?
  • le sourire endurant (personne qui prend son mal en patience)
  • le sourire diplomatique
  • le sourire extatique
  • le sourire caricatural (imiter grossi?rement la joie)
  • la fa?on pr?occup?e (comme l?inventeur en train de cr?er)
  • mani?re m?prisante
  • mani?re simul?e
  • mani?re ravie (devant un b?b? qui nous ?meut)
  • mani?re chaleureuse (pour encourager autrui dans une action)
  • mani?re m?ditative (? la mani?re de Bouddha)
  • ou enfin, amoureuse (m?lange d?extase, ravissement, chaleur et excitation)

Si on g?n?ralise nos formes d?expression et de sensorialit? verbale et non-verbale, on aboutit ? ce qu?on appelle ?l?empathie?. Sans cette rapidit? et cette subtilit? de d?codage de l?autre, l?empathie serait impossible.

Sans nos neurones en fuseau, nous ne serions pas humains.

La ?voie basse? de l?intelligence relationnelle ne passe pas par la r?flexion

Cette communication ultra rapide et multiniveaux constitue ce que les neurologues nomment la ?voie basse de l?intelligence relationnelle?, c?est peut-?tre l?intuition et peut-?tre aussi la t?l?pathie (qui se nourrit de d?tails infimes entre personnes en relation affective forte).

Cette ?voie basse? ne fait pas de compromis ni de diplomatie. Laiss?e ? elle-m?me, elle peut s?av?rer grossi?re et sauvage (donc, inhumaine), r?agissant face ? l?autre en ?j?aime/je n?aime pas.?

La ?voie haute? de l?intelligence relationnelle ? cerveau civilis?

La ?voie haute?, l?autre pilier cortical, (contrairement ? la basse qui r?agit sans r?fl?chir) commence par la r?flexion consciente. C?est notre cerveau civilis?.

La ?voie haute? est beaucoup plus lente, mais plus riche, sophistiqu?e que la basse, faisant intervenir la m?moire, les valeurs, les croyances, la culture de la personne.

Elle fonctionne ? coups d?h?sitations, mais elle s?av?re flexible et multifonctionnelle.

Une personne ?quilibr?e fait coop?rer la lente intelligence r?fl?chie de sa ?voie haute? et les fulgurantes intuitions de sa ?voie basse?.

Nous vivons cette coop?ration en permanence, avec des courts-circuits g?n?ralement inconscients (qui sont des refoulements.) Exemple?: les neurologues constatent qu?au cin?ma notre ?voie basse? r?agit comme si le film ?tait vrai ? avec bonheur et terreur selon le sc?nario ? et que notre ?voie haute? doit exercer un contr?le tyrannique pour que nous restions sagement assis dans notre fauteuil au lieu de participer ? la sc?ne ou nous sauver.

Suite ? l?observation de l?int?rieur du cerveau, les chercheurs ont pu constater que les relations harmonieuses (entre conjoints, entre enfants et ?l?ves, entre soign?s et soignants) mettent tous les chronom?tres neuronaux des personnes en phase, dont il en r?sulte un meilleur m?tabolisme, peut-?tre accru d?un bonheur sup?rieur.

L?altruisme est un instinct

La plupart des chercheurs et praticiens qui travaillent actuellement sur ces questions aboutissent au constat que l?altruisme est un instinct. Pourquoi? Sch?matiquement, parce que nous ressentons, en nous-m?mes, la souffrance de l?autre, et qu?en le secourant, nous cherchons fondamentalement ? nous soulager nous-m?mes.

?Daniel Goleman cite ces mots du po?te W.H. Auden?: ?Il faut nous aimer les uns les autres, ou mourir.?

Ce ne serait pas un souhait moral, mais plut?t une observation neuronale!

Malheureusement, de nos jours, nous vivons dans des conditions qui bloquent notre altruisme ou le d?tournent. Dans notre cerveau, les ?neurones? qui ressentent l?autre c?toient les neurones moteurs, qui permettent d?agir; ainsi, lorsque nous ressentons de la compassion pour quelqu?un, notre sollicitude devrait tout de suite pouvoir se traduire par une action.

Or, cette mise en action est aujourd?hui bloqu?e de plusieurs fa?ons. Premi?rement, nous sommes bombard?s d?informations n?gatives et tragiques par les m?dias qui ne nous permettent pas d?agir, sinon de fa?on d?tourn?e, comme envoyer un ch?que ? une ONG ou en signant une p?tition. La plupart d?entre nous vivent dans des grandes villes, o? la densit? des contacts est telle qu?il faudrait ?tre un saint pour r?pondre ? toutes les invitations ? la compassion que nous recevons en permanence. De plus, m?me avec nos amis et nos proches, nous sommes de plus en plus en relation par l?interm?diaire de machines, qui ne permettent pas l?expression physique imm?diate d?une compassion. Or, nos neurones ont besoin de contacts directs, physiques et sensoriels.

Dans un prochain article, un entretien entre Patrice Van Eersel et Pierre Bustany, neurophysiologue et neuropharmacologue? au CHU de Caen, un expert en neuro-imagerie, qui depuis les derni?res ann?es, s?est concentr? sur les liens entre fonctionnement c?r?bral et cognition lors du stress traumatique, avec l?objectif de cerner les causes de la r?silience, ainsi que les liens entre neurones et pens?e.

Notre cerveau n?a pas fini de nous ?tonner!

Carolle Anne Dessureault

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4 commentaires

  1. avatar

    Absolument passionnant! Merci

    André Lefebvre

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    Carolle Anne Dessureault

    @André Lefebvre,

    Merci André. En tout cas, je ne sais pas si c’est la même chose pour toi, mais déjà de lire le texte fait travailler nos neurones …

    Carolle Anne

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