mardi, mars 3, 2015
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Crise au Parti Qu?b?cois : les multiples facettes du d?sarroi national

Crise au Parti Qu?b?cois : les multiples facettes du d?sarroi national

Une excellente r?flexion d?Antonin-Xavier Fournier parue dans Le Devoir du 2 septembre vient apporter un ?clairage de haut vol ? la crise que traverse actuellement le Parti Qu?b?cois et, plus largement, le nationalisme qu?b?cois.

Pour l?auteur, cette crise s?explique principalement par la perte de conscience nationale due ? la disparition des crises politiques qui ont jadis attis? la flamme nationaliste et par le caract?re de plus en plus abstrait des revendications nationales (pensons, par exemple, ? la non-signature de la Constitution canadienne par le Qu?bec ou ? la revendication de pouvoirs dans le domaine des communications).

Le jeune professeur de sciences politiques au C?gep de Sherbrooke rappelle ?galement deux autres facteurs ?voqu?s par les commentateurs pour expliquer le d?clin du nationalisme qu?b?cois, soit la reconqu?te (relative) de l??conomie qu?b?coise par les francophones et l?id?ologie du multiculturalisme qui consid?re que la culture majoritaire n?en est qu?une parmi d?autres.

M. Fournier observe avec perspicacit? que ?depuis le r?f?rendum de 1995, […] la sc?ne politique qu?b?coise n?est plus aliment?e par les tensions nationales. […] En refusant syst?matiquement d?entrer sur ce terrain fertile, les partis f?d?ralistes coupent l?un des fondements les plus profonds du nationalisme qu?b?cois: le sens de l?histoire.? Les commentaires ? l?article publi?s sur le site du Devoir montrent que l?analyse semble exacte ? un bon nombre de personnes, m?me si certains nationalistes semblent plus press?s de trouver des ?solutions? que d?approfondir davantage la r?flexion.

Je vais donc tenter de le faire en prenant encore un peu plus de recul.

Il faut se souvenir que l?apparition du nationalisme qu?b?cois, au d?but des ann?es 1960, ?tait parfaitement en phase avec l??poque qui a marqu? l?apog?e du mouvement mondial de d?colonisation. Au m?me moment, les mouvements de gu?rilla foisonnaient en Am?rique Latine et Fidel Castro renversait la dictature de Batista. Le Qu?bec s?est joint, ? sa mani?re, ? cet ?lan lib?rateur.

Aujourd?hui la conjoncture mondiale est domin?e par la crise financi?re, la crise environnementale et la d?placement? du pouvoir ?conomique vers les pays dits ??mergents?. Et, en g?n?ral, le discours nationaliste est battu en br?che sauf dans certaines parties du monde o? les discriminations ethniques ne laissent qu?une issue.

Au Qu?bec, les crises ressenties comme telles par la population sont avant tout des crises internes : celles du syst?me de sant?, des transports et, dans une moindre mesure, de l??ducation et de la langue. Rien de cela n?a directement ? voir avec la ?question nationale?. Il n?est donc pas ?tonnant que la population per?oive moins la pertinence du discours nationaliste.

Les pr?occupations d?une? nouvelle g?n?ration

En 2009, lors du sommet de Copenhague sur l?environnement, Antonin-Xavier Fournier s?est demand? si le discours environnemental pourrait ?tre le moteur du changement social et la souverainet? un moyen de s?attaquer vraiment aux d?fis environnementaux. Ce qu?il faut noter, dans cette interrogation, est la pr?s?ance de la conjoncture et des probl?mes globaux dans la d?finition des priorit?s politiques locales. Je ne peux m?emp?cher de faire un parall?le avec la conjoncture globale du d?but des ann?es 1960. Et s?il y a une observation plut?t facile ? faire, ce serait que la multiplication des moyens de communication et des ?changes r?els au niveau mondial renforce un peu plus l?influence du contexte global dans la conception et la perception des probl?mes locaux.

J?ai ?t? frapp?, cet ?t?, lors d?un voyage en France par les similitudes de culture et d?apparence entre les jeunes Fran?ais et les jeunes Qu?b?cois. Bien s?r, il s?agit d?une impression tr?s intuitive mais je ne pouvais m?emp?cher de sentir qu?au-del? des sp?cificit?s locales, la sensibilit? de cette jeunesse avait plus de points communs que de diff?rences.

Et il semble assez ?vident que le discours nationaliste qu?b?cois ne s?est absolument pas ajust? ? l??volution de la conjoncture globale. Comme le dit Antonin-Xavier Fournier,?les revendications nationales prennent donc de plus en plus une dimension abstraite qui ne trouvent plus d?ancrage dans la soci?t? qu?b?coise.?

Il n?est donc pas ?tonnant que les Qu?b?cois soient attir?s par des discours davantage tourn?s vers les probl?mes concrets, soit carr?ment ? droite (ADQ), au centre-droit (la Coalition pour l?avenir du Qu?bec de M. Legault), soit plus ? gauche (Qu?bec Solidaire).

?videmment, la question nationale continue d??tre un ?l?ment de la dynamique politique qu?b?coise, mais elle est? rel?gu?e au second plan et l?ind?pendance a cess?, en pratique, de pouvoir ?tre une fin en soi (?la condition normale d?un peuple normal?). Elle ne pourra ?tre qu?un moyen en vue de fins.

Malheureusement pour le Parti Qu?b?cois, les ?tats g?n?raux de la souverainet? risquent de venir un peu tard et, surtout, il serait tr?s surprenant que ceux qui y participeront aient l?audace des grandes remises en question.

Pendant ce temps?

?vous n?avez pas pu ne pas remarquer comment Jean Charest concentre ses attaques sur Fran?ois Legault, le provoque, le somme de pr?ciser ses intentions, etc. Il peut se contenter de n?gliger Mme Marois pendant qu?elle se d?p?tre dans sa gestion de crise en sachant qu?il pourra l?achever par quelque remarque assassine sur l??tat de son parti.

Les prochains mois? seront probablement d?terminants pour l?alignement d?finitif des forces en vue du prochain scrutin. Tout me semble reposer sur la capacit? de Fran?ois Legault de se distancer suffisamment des positions de l?ADQ pour attirer un large ?lectorat ayant envie qu?on prenne les probl?mes concrets du Qu?bec ? bras le corps mais sans tomber dans les solutions simplistes et sans ?tre sous la coupe des entrepreneurs du Qu?bec. Cet ?quilibre ne sera pas facile ? atteindre. Mais, en ce moment, la fluidit? des choses est telle qu?on ne peut exclure une situation in?dite o? un parti formerait un gouvernement (majoritaire ou minoritaire) en ayant recueilli autour de 30% des votes.? La pertinence de la repr?sentation proportionnelle ou d?une modification importante du mode de scrutin pourrait devenir un th?me majeur du d?bat politique au Qu?bec.

Les Notes de Sutton sont r?dig?es par Christian Lamontagne.

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