mercredi, mai 27, 2015
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La ?d?mocratie? ?lectorale am?ricaine comme obstruction bourgeoise syst?matique

La ?d?mocratie? ?lectorale am?ricaine comme obstruction bourgeoise syst?matique

PAUL LAURENDEAU ?Sur les questions ?lectorales, la constitution am?ricaine fonctionne comme une horlogerie abstraite implacable. Tout y est organis? de fa?on ? ce que la classe politique ne puisse pas faire d?p?t, com?don, caillot, et, ainsi, coller, se d?poser, perdurer. Les ?lections sont ? dates fixes (si un pr?sident meurt ou est destitu?, son vice-pr?sident termine le mandat ? impossible, donc, soit d??tirer un mandat pour affronter une conjoncture contraire, soit de d?clencher des ?lections anticip?es pour profiter d?une conjoncture favorable), les mandats pr?sidentiels sont restreints ? deux (Franklin Delano Roosevelt tira sur la corde un peu trop dans les ann?es de guerre et on vit, par le 22i?me amendement, ? ce que ?a ne se reproduise pas), le dispositif bicam?ral est int?gralement ?lectif (pas de s?nat nomm? et inamovible, donc), le bipartisme est solidement institutionnalis? (fausse alternance politique, centre-droitisme et continuit? de fait). Tout, dans ce dispositif, semble con?u pour assurer un roulement bien huil?e de la classe politique. ? cela s?ajoute, et la notion n?est pas banale, le fait que le pr?sident, un civil, est le commandant en chef des arm?es (ce r?le ne revient ? un militaire que si ce dernier troque la gabardine galonn?e pour le costard pr?sidentiel ? notons d?ailleurs qu?il y a eu un bon lot de bidasses grad?s devenus de non-n?gligeables pr?sidents: George Washington, Andrew Jackson, Ulysse Grant, Dwight D. Eisenhower, pour ne nommer que les plus ?minents). La constitution am?ricaine est un automate transcendant, hautement perfectionn?, visant, sans malice apparente, ? prot?ger la r?publique des putchs, des juntes, des grands guides politiques inamovibles, des patriciens non-?lus, des politburos de sarcophages sempiternels, des dictateurs parano et tentaculaires genre Richard Nixon? On veut que le personnel politique roule, change, se renouvelle. Et il le fait effectivement. C?est que la machine le broie, le concasse, le remplace, le redeem, le reconfigure.

Fondamentalement bourgeoise, affairiste, yankee trader et toutim, la culture politique am?ricaine v?hicule une longue tradition de rejet convulsionnaire face ? tout ce qui est appareil ?tatique, classe politique, carcan gouvernemental. Les stentors du mouvement de droite du TEA PARTY sont tr?s explicites et tr?s ostensibles sur cette question. Leur pesante r?f?rence au fameux BOSTON TEA PARTY (?quivalent am?ricain de la Prise de la Bastille ou de la mutinerie du cuirass? Potemkine) est particuli?rement malhonn?te, au demeurant. En 1773, du th? anglais en ballots arrive par navires dans le havre de Boston. Ce th?, provenant des Indes en passant par le centre de l?Empire, est d?j? tax?. Tu l?ach?tes, la taxe est automatiquement int?gr?e dans le prix de vente et c?est non n?gociable. Les bostonnais du temps sont hautement r?fractaires ? l?id?e de payer des taxes ? des personnages qu?ils n?ont pas ?lu. Ils exigent ?comme d?autres ports coloniaux du continent l?avaient fait auparavant avec succ?s d?ailleurs? que ce th? pr?-tax? soit tout simplement rembarqu? pour l?Angleterre. Devant le refus des autorit?s coloniales, un commando jette nuitamment les ballots de th? dans la rade de Boston. On pr?f?re d?truire le produit de consommation plut?t que de payer dessus une taxe implicite ? une puissance (d?j? per?ue comme) ?trang?re. Sauf que les bostonnais de 1773 ne refusaient aucunement de payer la taxe si les avoirs financiers allaient aux personnages qu?ils avaient ?lu ou allaient ?lire. En se r?f?rant abusivement ? cet incident historique symbolique, la grosse droite ronflante contemporaine fait donc passer une appropriation du pouvoir de taxation par un ?tat r?publicain naissant pour un rejet sans alternative ET de la taxation ET de l??tat. C?est du bricolage historique m?diocre et de la calomnie pure. En un mots, les tea-partiers contemporains transforment le fameux slogan, tonitruant mais malgr? tout subtil, NO TAXATION WITHOUT REPRESENTATION en NO TAXATION tout court, biaisant totalement, de ce fait, l?id?e d?organisation et de r?partition des richesses fondant leur si ch?re r?publique? Inutile de redire que, ce faisant, ils mettent leur rejet hargneux et ?go?ste des responsabilit?s les plus ?l?mentaires de la vie civile au service, encore une fois, de la sempiternelle bastonnade ? l?am?ricaine du politique, de l??tatique, du gouvernemental.

Culture politique de l?anti-politique, donc? on ne se refait pas. Et on a bel et bien une situation o? une machinerie constitutionnelle pr?cise et perfectionn?e, con?ue au d?part pour prot?ger les institutions ?lectives du d?p?t encrassant et freinant d?une classe politique nomenklaturesque, finit par basculer dans un autre type d?obstruction, bien plus lourd et nuisible: celui de la classe bourgeoise m?me. Il est d?abord assez ?vident, quand on regarde la facture ?lectorale (grosso-modo un milliard de dollars par candidat pr?sidentiel en 2012, le chiffre montant ? six milliards quand on inclut les diverses aventures ?lectorales de repr?sentants et de s?nateurs, lors du m?me scrutin), que l??lectoralisme am?ricain est d?sormais profond?ment et durablement ploutocratis?. Ce qu?il faut bien voir, c?est combien la structure fondamentale du dispositif constitutionnel, con?u initialement pour prot?ger la bourgeoisie coloniale de jadis du frein du politique, s?inverse et sert aujourd?hui ? la bourgeoisie m?me pour contr?ler les leviers politiques. Il faut du fric, et cons?quemment des amis puissants, pour arriver ? ?merger dans un syst?me constitutionnel si glissant, si fluide, ne donnant prise ? aucune assise politicienne durable, se pr?sentant devant l??lectorat tout les vingt-quatre mois, sans faute (une l?gislative, une pr?sidentielle, une l?gislative, un pr?sidentielle ? m?me les guerres mondiales n?ont pas emp?ch? cette clepsydre de continuer de palpiter sans heurt). La constitution am?ricaine, dans son intendance ?lectorale permanentis?e, se prot?ge bel et bien d?un Tito ou d?un Per?n, mais c?est au prix de rendre un Barack Obama, ?lu puis r??lu tout ? fait dans les formes, totalement inop?rant. Il est bloqu?, certes, par l??lectorat sudiste cr?tin, qui roule pour le Parti R?publicain en confondant niaisement conservatisme social et conservatisme fiscal. Il est coinc?, certes, par l?obstruction syst?matis?e ?manant du bras de fer bicam?ral (s?nat d?mocrate, chambre r?publicaine ? cohabitation?? rallonge, souque ? la corde sempiternel). Mais ne vous y trompez pas. Ce qui rend le plus sciemment un pr?sident de la trempe d?Obama totalement inop?rant, c?est la collusion fondamentale de l?Horloge (le temps) et de l?Horlogerie (la machine constitutionnelle am?ricaine abstraite servant, sans d?lai et sans r?pit, le constant plouto-recyclage des cadres politiques).

Avez vous dit Constitution Bourgeoise? Je r?ponds: passage de l?anti-monarchisme m?thodique des p?res fondateurs au court-circuitage affairiste de l??tat, par certains de leurs impudents h?ritiers? Et notez finalement que, comme tous les dispositifs bien-pensant ? autol?gitimation translucide, ce syst?me politique pervers se prot?ge parfaitement des objecteurs superficiels. Personne de s?rieux ne voudrait qu?on revienne ? un s?nat nomm?, que le pr?sident soit ?lu ? vie, ou que sa camarilla de laquais colle au pouvoir pour une d?cennie, comme en Chine! La ?protection de la constitution??(une des ci-devant cruciales responsabilit?s pr?sidentielles) est donc un enjeu faisant massivement consensus, du simple fait qu?il est impossible de s?y objecter sans sortir de la roue. Et c?est justement cela qui fait de la ?d?mocratie? ?lectorale am?ricaine une obstruction bourgeoise syst?matique. Tout le caramel que la bourgeoisie fait passer dans la structure pour bien l?engluer ? son avantage exclusif (action feutr?e des int?r?ts sp?ciaux, ploutocratisation ?lectorale, obstruction cam?rale, philibuster m?diatique) n?a pas d?existence constitutionnelle. Tout ce qu?on a devant soi, c?est une classe politique, oblig?e constitutionnellement de se glisser dans le dispositif, en dansant la gigue sur un parquet toujours pench? et bien luisant, devant une bourgeoisie ? qui rien n?interdit de coller, elle, au susdit dispositif. La solution de cet immense probl?me structurel sera peut-?tre politique (socio-politique) mais elle ne sera certainement pas politicienne ou ?d?mocratique? (au sens truqu?, ?lectoral et bourgeois de ce terme chausse-trappe).

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2 commentaires

  1. avatar

    Encore un de ces textes dont vous avez le secret, où les choses sont dites avec beaucoup de finesse. Permettez moi d’ajouter un mot du Macedonien, celui qui appelle une casserole une casserole

    Ce que nous avons n’est pas une démocratie et ne conduit pas à une démocratie. Il va falloir rebrousser chemin jusqu’au dernier carrefour et prendre une autre voie. Rebrousser chemin, helas, c’est revenir pour un temps a un autoritarisme pur et dur. On ne fera pas l’économie d’une dictature. Souhaitons-nous qu’elle soit éclairée et que ce qui doit être fait le soit vite.

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/06/15/un-mauvais-moment/

    Pierre JC Allard

  2. avatar

    Une analyse en finesse, déterrant ou détressant la complexité du système.
    Tout ça dans un texte aussi court…
    Bravo!
    Bravo, parce qu’il faut la saisir cette réalité, mais savoir également l’écrire.
    Bonne journée!

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