dimanche, juillet 5, 2015
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La crise de la dette europ?enne : v?ritable manne financi?re pour les argentiers

La crise de la dette europ?enne : v?ritable manne financi?re pour les argentiers

L?Union europ?enne, qui formait autrefois avec les ?tats-Unis un bloc de prosp?rit? pour les d?tenteurs de capitaux suscite d?sormais le doute?! Cette cr?dibilit? bafou?e est en grande partie imputable ? l?extraordinaire expansion de sa dette publique.

La dette ou comment s?enrichir sans risque??

L?accroissement de la dette publique europ?enne est la cons?quence directe de d?cennies de politiques fiscales favorables aux grosses fortunes et aux grandes entreprises. Suite ? la crise des?subprimes?aux ?tats-Unis, de nombreuses banques europ?ennes qui d?tenaient des actifs toxiques se sont trouv?es au bord de la faillite. Les plans de sauvetage mis en place par les ?tats n?ont rien am?lior?, tout du contraire?! Entre 2008 et 2009, pas moins de 2.000 milliards d?euros ont ?t? inject?s pour contrer la d?route des banques?|1|. R?sultat?: les dettes massives du secteur priv? (des banques) ont ?t? transf?r?es vers le secteur public (Les Etats), sans que la moindre contrepartie r?elle ne soit exig?e. Partout les gouvernements europ?ens ont augment? la dette publique pour ??sauver?? le syst?me bancaire de la zone euro sans nullement en profiter pour prendre le contr?le du secteur financier afin d?en changer radicalement les pratiques.

L?un des effets les plus pervers de la crise est d? aux d?cisions politiques qui ont permis aux banques de l?ouest europ?en (principalement fran?aises et allemandes mais aussi belges, n?erlandaises, luxembourgeoises, britanniques, irlandaises?) de faire du profit sur la dette des Etats, largement creus?e par le sauvetage de ces m?mes banques. Le m?canisme est simple?: les fonds massivement pr?t?s ? tr?s bas taux d?int?r?ts par la R?serve f?d?rale des ?tats-Unis et par la BCE (Banque Centrale Europ?enne) sont ? leur tour pr?t?s aux ?tats (Gr?ce, Irlande, Portugal, Espagne)?|2| mais ? des taux d?int?r?t largement sup?rieurs.

L?all?geance aux banques?: r?gle d?or de la BCE

Au centre de la gestion de la crise de la dette de l?Union europ?enne, la BCE est tr?s largement assujettie aux int?r?ts des banques priv?es. Deux m?canismes parmi tant d?autres permettent d?en t?moigner. Tout d?abord, les statuts de la BCE ainsi que le Trait? de Lisbonne lui interdisent de pr?ter directement aux ?tats. Elle pr?te donc aux banques priv?es et autres investisseurs institutionnels (les assurances, les grandes banques, fonds sp?culatifs, les fonds de pension?) qui ? leur tour pr?tent aux ?tats en pr?levant au passage une juteuse commission. Ainsi, les banques empruntent ? la BCE ? du 1 ou 1,5% pour pr?ter ? certains ?tats ? un taux qui varie entre 3,75 et 5%?|3|.

Gr?ce ? ces taux d?int?r?t plus ?lev?s, les banques priv?es avaient devant elles la perspective de juteux profits et ont encourag? les ?tats, notamment de la p?riph?rie de la zone euro, ? emprunter sans compter?|4|?!

Elles ont ind?niablement une grande part de responsabilit? dans l?endettement massif des pays europ?ens. Les banques n?ont pas h?sit? ? prendre des risques estimant que les grands pays europ?ens voleraient ? leur secours d?s qu?elles seraient menac?es par le d?faut de paiement d?un ?tat sur-endett?. L?histoire leur a donn? raison?: jusqu?? pr?sent, les gouvernements, la BCE et la Commission europ?enne leur ont apport? un soutien sans faille au prix du saccage des finances publiques.

Cependant, l?accumulation de dettes dans les pays europ?ens de la p?riph?rie constitua progressivement une r?elle menace pour les banques ouest-europ?ennes?|5|.

Inqui?tes ? l?id?e de se voir imposer un r??chelonnement des paiements ou une r?duction de la valeur de leurs cr?ances (dans le cadre d??ventuelles ren?gociations de dettes) d?tenues sur les titres de la dette des pays dits ??? risque?? (essentiellement la Gr?ce et l?Irlande), les banques priv?es et autres acteurs des march?s financiers ont exig? de ces pays des taux d?int?r?t de plus en plus ?lev?s?|6|.

Parall?lement, les banques ont pris soin de diminuer leur exposition sur les dettes souveraines. Les banques fran?aises et allemandes se sont ainsi d?faites de titres grecs pour des sommes non n?gligeables (cot? fran?ais, en 2010, leurs engagements sont pass?s de 27 ? 15 milliards d?euros et pour les banques allemandes de 16 ? 10 milliards d?euros entre mai 2010 et f?vrier 2011). Toujours ? la rescousse des banques, qui sans son intervention ?taient contraintes de vendre au rabais les titres grecs et ceux d?autres ?tats en difficult?, la BCE, ? partir du 8 aout 2011, racheta nettement au-dessus du prix du march? et en tr?s grosse quantit? les obligations de ces ?tats ??? risque??. Cette ?ni?me man?uvre au service des int?r?ts priv?s illustre bien la totale soumission de la BCE aux march?s financiers.

Un pour tous, tous pour un?! Le FMI, fid?le destrier de la finance?

Outre la BCE, les banques priv?es peuvent compter sur le soutien inconditionnel de deux autres alli?s d?importance?: le FMI et la Commission europ?enne. Apr?s avoir mis ? genoux les populations du Sud, apr?s avoir perdu toute sa l?gitimit? entre 2004 et 2008, le FMI, suite au G20 de Londres en 2009, s?vit d?sormais en Europe. Il y applique exactement les m?mes recettes empoisonn?es que celles ass?n?es pendant pr?s de trente ann?es aux pays du Sud?|7|. Si les acronymes diff?rent (les plans d?ajustement structurels se sont mu?s en politique d?aust?rit??), la logique mortif?re demeure. Toujours fort soucieux de la sauvegarde des int?r?ts priv?s au d?triment de ceux des peuples, le FMI alloue des pr?ts aux pays en difficult? afin que ceux-ci puissent rembourser les banques priv?es en contrepartie d?une aust?rit? brutale et injuste. Si ces ?tats n?avaient ?t? renflou?s, ils n?auraient pu ??honorer?? leur dette ? d?tenue ? 80% par les banques et d?autres compagnies d?assurance, leur occasionnant ainsi des pertes s?ches. On comprend d?s lors que ces pr?ts ne servent nullement les int?r?ts des populations des ?tats ??aid?s??. Au nom d?une dette publique estim?e pl?thorique, ces plans d????aide?? sont la courroie d?imposition de mesures d?aust?rit? drastiques portant atteintes aux droits sociaux des peuples.

Non ? la servitude du syst?me dette?! Les peuples s?opposent et auditent

Face ? ces politiques n?olib?rales qui touchent les plus vuln?rables et ?pargnent les diff?rents responsables de la crise, face ? cette dette d?tenue par les march?s financiers qui d?truit l?Etat social et spolie les populations, nous devons r?agir. Il nous faut auditer les comptes publics des Etats pour d?cider si les peuples doivent ou non continuer ? payer une dette en grande partie ill?gitime car cons?cutive d?une politique ayant favoris? une infime minorit? au d?triment de la majorit? des citoyen-ne-s.

L?objectif d?un audit, r?alis? sous contr?le citoyen, est d?aboutir ? une annulation de la partie ill?gitime ou odieuse et ill?gale de la dette publique et d?en r?duire fortement le reste.

Progressivement, l?exigence de la r?alisation d?audits gagne du terrain en Europe. En 2011, un collectif national pour un audit citoyen de la dette publique s?est mis en place en France (www.audit-citoyen.org). Cette initiative rassemble de nombreux mouvements sociaux et politiques, et l?appel ? sa constitution a ?t? sign? par des dizaines de milliers de personnes. Dans plus de la moiti? des d?partements fran?ais, des collectifs locaux se sont cr??s. Le collectif pour un audit citoyen de la dette publique r?fute le discours sur la n?cessite de ??rembourser la dette?? et de ??rassurer les march?s financiers??. Il remet en cause la culpabilisation de la population qui aurait ??trop d?pens? alors que les d?penses sociales n?ont pas augment? depuis des d?cennies et que c?est la baisse des recettes (cons?cutive des cadeaux fiscaux aux riches et aux grandes entreprises et des sauvetages des banques) qui a creus? les d?ficits publics.

Le collectif entend impulser un large d?bat d?mocratique sur la fa?on dont sont g?r?s les fonds publics. De la sorte, il incarne la volont? des citoyen-ne-s d?exercer un contr?le d?mocratique sur les affaires publiques et donc communes[[D. Millet et E. Toussaint,???L?audit citoyen de la dette?: comment et pourquoi?????,?30 d?cembre 2011. En Gr?ce, en Irlande, en Espagne, au Portugal, en Italie et en Belgique des initiatives pour la mise en place d?audits citoyens progressent ?galement. L?annulation des dettes ill?gitimes, odieuses et ill?gales et la r?duction de l?endettement public est un premier pas pour sortir par le haut de la crise. De nombreuses mesures compl?mentaires sont indispensables?pour avancer vers un monde socialement et ?cologiquement juste?: arr?t des plans d?aust?rit?, r?forme fiscale redistributive, transfert du secteur de la finance dans le domaine public, resocialisation des secteurs cl?s, r?duction du temps de travail avec maintien des revenus et embauche compensatoire, etc. Seules des mobilisations citoyennes fortes et radicales dans la rue permettront de changer le rapport de forces et d?s lors, de rendre tous ces changements possibles.

Notes

|1| Commission europ?enne, ??Document de travail des services de la Commission, R?sum? de l?analyse d?impact accompagnant le document Proposition de R?glement du Parlement europ?en et du Conseil concernant les exigences prudentielles applicables aux ?tablissements de cr?dit et aux entreprises d?investissement??, 20 juillet 2011.

|2| Entre Juin 2007 (d?but de la crise des?subprimes) et septembre 2008 (faillite de Lehman Brothers), les pr?ts des banques d?Europe occidentale ? la Gr?ce ont augment? de 33% passant de 120 ? 160 milliards d?euros. Voir E. Toussaint,???Dans l??il du cyclone. La crise de la dette de l?Union europ?enne??, octobre 2011,?http://www.cadtm.org/Dans-l-oeil-du-cyclone-la-crise-de

|3| Ce m?canisme est toujours d?actualit??: le 21 d?cembre 2011, la BCE a accord? le plus gros pr?t de son histoire aux banques. Au total, 523 banques lui ont emprunt? pr?s de 500 milliards d?euros pour 3 ans ? un taux voisin de 1%.?http://www.france.attac.org/articles/noel-la-banque-centrale-europeenne-des-cadeaux-pour-les-banques-la-rigueur-pour-les-peuples. Tout laisse pr?sager que cet argent?va ?tre replac? sur les march?s ? des?taux ?lev?s dans une logique purement financi?re. Il servira ni ? desserrer le cr?dit ni ? financer le secteur productif mais seulement ? permettre aux banques d?engranger encore plus de profits.

|4| En octobre 2009, la Gr?ce a ?mis des titres du Tr?sor ? 3 mois avec un rendement tr?s bas?: 0,35%. Le gouvernement grec cherchait alors ? r?unir la somme de 1,5 milliard d?euros. Les banquiers et autres zinzins (investisseurs institutionnels?) ont propos? plus de 7 milliards, soit pr?s de 5 fois cette somme. Finalement, le gouvernement a d?cid? d?emprunter 2,4 milliards d?euros.

|5| Elles d?tiennent plus de 80% de la dette totale d?un ensemble de pays europ?ens en difficult? comme la Gr?ce, le Portugal, l?Irlande, l?Italie, l?Espagne et les pays de l?Est europ?en. Cf. E. Toussaint,?Op. Cit.

|6| En mai 2011, les taux grecs ? dix d?passaient 16,5%, ce qui a oblig? ce pays ? n?emprunter qu?? trois ou six mois, ou ? s?en remettre au FMI et aux autres gouvernements europ?ens. Cf. D. Millet et E. Toussaint,?Op. Cit.

|7| Les plans d?ajustement structurel furent synonymes?: de r?duction drastique des budgets sociaux, de privatisations massives, de la lib?ralisation absolue de l??conomie, d?ouverture des march?s favorisant les multinationales au d?triment des producteurs locaux?

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