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Centpapiers

  • Les jardins secrets

    10 février 2013 | 2 commentaire(s) | vu 104 fois

     

    ELYAN

    Michel est pianiste, docteur pianiste. Il soigne la musique. Daniel est quelqu’un qui avait tenté de rejoindre la vie en soignant les gens hospitalisés, mais qui peu à peu s’est éloigné du cadre dans lequel il se mourait, imperceptiblement, si anonymement.

    Ils sont mes inconditionnels. A nous trois nous possédions le monde en pensée. Nous performions par pur délice, sans compétition, sans attente, naturellement là aussi, portés par cette puissance qui était la nôtre d’être si libres, si entiers. Moi j’étais accrochée à la profonde liberté et je suis restée par choix au pays de l’enfance.  J’en ai fait un besoin, une drogue, un paradis qu’on a maintes fois tenté de me faire quitter en me faisait miroiter des trésors vides de sens. Il ne sert à rien d’être reine et exilée.

    Nous n’avions pas d’idole, pas de loi. Nous vivions sur une planète faite pour nous et nous nous contentions de passer outre les caprices des rois sans château.

    Je sais que j’étais à ma place avec eux dans cette chimie bienheureuse parce qu’à nous trois nous portions le respect en bannière et que les mots n’étaient que des accessoires. Nous nous sommes ris des convenances sans enfreindre les plus belles. Sans un mot nous étions complices et bien que nous n’ayons fait aucun fracas, pas un de nous n’a accepté de rentrer dans le rang ni de fermer les yeux sur tout ce que nous devinions être une mainmise trompeuse.

    Il est arrivé plus d’une fois que, sans nous consulter, nous nous retrouvions tous les trois en retenue après les cours, au grand dam des professeurs qui semblaient plutôt désolés de n’avoir à nous reprocher que notre allergie aux moules sacrés réservés aux enfants compromis qu’on a reconduits aux portes du jardin pour les livrer sans pudeur en pature aux règles tordues et inévitables d’une société qui détruit la vie. Je me demande aujourd’hui si cela ne nous servait pas de prétexte pour être ensemble plus longtemps. Assurément, cela ne déplaisait à aucun de nous.

    Puis nous avons tous les trois engagé nos vies, compromettant parfois notre liberté mais jamais celle qui nous unissait. Nous nous sommes revus plus d’une décennie plus tard et nous n’avons pas remarqué que nous portions des vêtements quatre tailles plus grandes et que nous n’étions plus à vélo. Il y avait là une chimie au-delà des évènements, des apparences et des besoins.

    Michel s’est mis au piano et c’était hier que nous marchions ensemble. Il a joué Ravel et s’est amusé à s’entremêler les doigts. Je l’ai reconnu dans ce geste loufoque et inattendu, toujours prêt à faire une grimace aux conventions. Sa maison sentait bon la vie et la bonne vie. Tout comme lui, elle était un oasis de paix. Un endroit loin du monde, au coeur de la ville.

    Daniel m’a regardée et m’a souri et j’ai vu que j’étais toujours la même, effacée au temps. Lui avait fait un jardin pour embellir la vie. Il écrivait toutes ces histoires fantastiques dans lesquelles son esprit se plaisait à errer. Des mondes nouveaux, réinventés. Moi j’étais à entreprendre tout ce qui pouvait l’être, à vouloir tout embrasser et n’avoir jamais assez de 24 heures par jour, puisque tant de choses signifiaient l’oeuvre de toute une vie sur la route que je quittais sans cesse pour ne pas m’attarder.  Je n’arrivais pas à me résoudre à emprunter définitivement, la même route longue, linéaire, tracée.

    Nous avions chacun nos vies dont nous gardions jalousement les détails. Point n’était besoin de se livrer pour s’appartenir. Pourtant nous avions tous trois traversé des tempêtes qui nous avaient bien peu épargnées, mais jamais celles qui nous ont fait renoncer à nous-mêmes. Nous étions donc inconditionnellement amis sans jamais avoir eu à le dire et la vie veillait sur nos liens. Nous n’aurions pas pu être autre chose les uns pour les autres que ce qui nous avait uni. Et c’était la douceur et la liberté.

    Nous n’avons même jamais pensé nous aimer autrement, tant nous étions bien ainsi. Nous nous sommes gardés de ne commettre aucune erreur les uns envers les autres et ce fut notre plus belle réalisation.

    Pour ces amours sans catégorie, il y a des écrins. Peu de gens arrivent à entrer dans nos vies avec autant d’aisance pour n’en ressortir jamais.

    Remember how we laughed away the hours
    And think of all the great things we would do
    Those were the days, my friend
    We thought they’d never end

     

    ELYAN

    vu 104 fois   Voter
  • 2 commentaires

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    • Carolle Anne Dessureault

    @Elyan

    Très beau texte poétique, sensible, qui effleure le coeur.

    Carolle Anne

    avatar

    Elyan a répondu:

    Ces choses sont de merveilleux bagages pour la route de la vie. Quoi de mieux que ce qui nous ravit parfaitement.

    Merci pour le commentaire et bonne soirée,

    Elyan

    18 h 35 min, le Mardi 12 février 2013

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