samedi, février 28, 2015
Accueil » T Y P E S » Articles » Les jardins secrets
Les jardins secrets

Les jardins secrets

 

ELYAN

Michel est pianiste, docteur pianiste. Il soigne la musique. Daniel est quelqu’un qui avait tent? de rejoindre la vie en soignant les gens hospitalis?s, mais qui peu ? peu s’est ?loign? du cadre dans lequel il se mourait, imperceptiblement, si anonymement.

Ils sont mes inconditionnels. A nous trois nous poss?dions le monde en pens?e. Nous performions par pur d?lice, sans comp?tition, sans attente, naturellement l? aussi, port?s par cette puissance qui ?tait la n?tre d’?tre si libres, si entiers. Moi j’?tais accroch?e ? la profonde libert? et je suis rest?e par choix au pays de l’enfance. ?J’en ai fait un besoin, une drogue, un paradis qu’on a maintes fois tent? de me faire quitter en me faisait miroiter des tr?sors vides de sens. Il ne sert ? rien d’?tre reine et exil?e.

Nous n’avions pas d’idole, pas de loi. Nous vivions sur une plan?te faite pour nous et nous nous contentions de passer outre les caprices des rois sans ch?teau.

Je sais que j’?tais ? ma place avec eux dans cette chimie bienheureuse parce qu’? nous trois nous portions le respect en banni?re et que les mots n’?taient que des accessoires. Nous nous sommes ris des convenances sans enfreindre les plus belles. Sans un mot nous ?tions complices et bien que nous n’ayons fait aucun fracas, pas un de nous n’a accept? de rentrer dans le rang ni de fermer les yeux sur tout ce que nous devinions ?tre une mainmise trompeuse.

Il est arriv? plus d’une fois que, sans nous consulter, nous nous retrouvions tous les trois en retenue apr?s les cours, au grand dam des professeurs qui semblaient plut?t d?sol?s de n’avoir ? nous reprocher que notre allergie aux moules sacr?s r?serv?s aux enfants compromis qu’on a reconduits aux portes du jardin pour les livrer sans pudeur en pature aux r?gles tordues et in?vitables d’une soci?t? qui d?truit la vie. Je me demande aujourd’hui si cela ne nous servait pas de pr?texte pour ?tre ensemble plus longtemps. Assur?ment, cela ne d?plaisait ? aucun de nous.

Puis nous avons tous les trois engag? nos vies, compromettant parfois notre libert? mais jamais celle qui nous unissait. Nous nous sommes revus plus d’une d?cennie plus tard et nous n’avons pas remarqu? que nous portions des v?tements quatre tailles plus grandes et que nous n’?tions plus ? v?lo. Il y avait l? une chimie au-del? des ?v?nements, des apparences et des besoins.

Michel s’est mis au piano et c’?tait hier que nous marchions ensemble. Il a jou? Ravel et s’est amus? ? s’entrem?ler les doigts. Je l’ai reconnu dans ce geste loufoque et inattendu, toujours pr?t ? faire une grimace aux conventions. Sa maison sentait bon la vie et la bonne vie. Tout comme lui, elle ?tait un oasis de paix. Un endroit loin du monde, au coeur de la ville.

Daniel m’a regard?e et m’a souri et j’ai vu que j’?tais toujours la m?me, effac?e au temps. Lui avait fait un jardin pour embellir la vie. Il ?crivait toutes ces histoires fantastiques dans lesquelles son esprit se plaisait ? errer. Des mondes nouveaux, r?invent?s. Moi j’?tais ? entreprendre tout ce qui pouvait l’?tre, ? vouloir tout embrasser et n’avoir jamais assez de 24 heures par jour, puisque tant de choses signifiaient l’oeuvre de toute une vie sur la route que je quittais sans cesse pour ne pas m’attarder. ?Je n’arrivais pas ? me r?soudre ? emprunter d?finitivement, la m?me route longue, lin?aire, trac?e.

Nous avions chacun nos vies dont nous gardions jalousement les d?tails. Point n’?tait besoin de se livrer pour s’appartenir. Pourtant nous avions tous trois travers? des temp?tes qui nous avaient bien peu ?pargn?es, mais jamais celles qui nous ont fait renoncer ? nous-m?mes. Nous ?tions donc inconditionnellement amis sans jamais avoir eu ? le dire et la vie veillait sur nos liens. Nous n’aurions pas pu ?tre autre chose les uns pour les autres que ce qui nous avait uni. Et c’?tait la douceur et la libert?.

Nous n’avons m?me jamais pens? nous aimer autrement, tant nous ?tions bien ainsi. Nous nous sommes gard?s de ne commettre aucune erreur les uns envers les autres et ce fut notre plus belle r?alisation.

Pour ces amours sans cat?gorie, il y a des ?crins. Peu de gens arrivent ? entrer dans nos vies avec autant d’aisance pour n’en ressortir jamais.

Remember how we laughed away the hours
And think of all the great things we would do
Those were the days, my friend
We thought they’d never end

 

ELYAN

A propos de

avatar

2 commentaires

  1. avatar
    Carolle Anne Dessureault

    @Elyan

    Très beau texte poétique, sensible, qui effleure le coeur.

    Carolle Anne

    • avatar

      Ces choses sont de merveilleux bagages pour la route de la vie. Quoi de mieux que ce qui nous ravit parfaitement.

      Merci pour le commentaire et bonne soirée,

      Elyan

Répondre

Bad Behavior has blocked 39014 access attempts in the last 7 days.

Conception site internet www.PrestigeInformatique.com