lundi, août 3, 2015

japon

L’explosion de l’unité 3 de Fukushima Daiichi (1)

L’explosion de l’unité 3 de Fukushima Daiichi (1)

Le 14 mars 2011, à 11 h 01 exactement, une explosion d’une rare intensité s’est produite dans le bâtiment du réacteur n° 3 (BR3) de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Selon la seule vidéo connue, l’explosion s’est manifestée en deux temps : une... Lire la suite »

Protégeons notre santé en cas d’accident nucléaire

Protégeons notre santé en cas d’accident nucléaire

Le blog de Fukushima relaie l’appel de la Criirad à signer une pétition contre le projet de règlement européen qui autorise, en cas d’accident nucléaire, la commercialisation d’aliments très contaminés. La Commission européenne veut reconduire les niveaux... Lire la suite »

Japon:  La politique énergétique du gouvernement et l’opposition des citoyens

Japon: La politique énergétique du gouvernement et l’opposition des citoyens

Texte de HORI Yasuo rédigé le 25 juin 2015 traduit de l'espéranto par Paul SIGNORET avec l’aide de Ginette MARTIN . Des réacteurs soumis à l'examen de l'Autorité Nucléaire de Régulation Le tribunal de Fukui n'a pas approuvé la remise en marche de la centrale... Lire la suite »

Accueil d’enfants de Fukushima en France

Accueil d’enfants de Fukushima en France

L’association « Fukushima c’est eux, Fukushima c’est nous » offre chaque année un voyage en France à des enfants de Fukushima. Celui-ci a plusieurs effets : - Le premier sur la santé : alimentation bio, exercices au grand air. - Le deuxième leur redonne... Lire la suite »

Comment progresse le démantèlement des réacteurs endommagés de Fukushima ?

Comment progresse le démantèlement des réacteurs endommagés de Fukushima ?

Texte de HORI Yasuo rédigé le 19 juin 2015 traduit de l'espéranto par Ginette MARTIN avec l’aide de Paul SIGNORET . Sommaire Plan remanié pour le démantèlement des réacteurs Des robots ont exploré l'intérieur du réacteur n°1 Les muons travaillent pour... Lire la suite »

Papy-boom dans les prisons japonaises… et en France ?

Papy-boom dans les prisons japonaises… et en France ?

Enfin une bonne et rassurante nouvelle. Le vieux Français est moins agressif que le papy Japonais ! Car vous ne le saviez peut-être pas, mais au Japon la délinquance sénile est en plein boum, alors qu’en France la situation est loin d’être aussi préoccupante. Mais tout n’est pas si simple et qui sait ce que nous réserve l’avenir. Car tous les retraités de ... Lire la suite »

Ne cessez pas le soutien au logement pour les personnes évacuées de Fukushima !

Ne cessez pas le soutien au logement pour les personnes évacuées de Fukushima !

Alors que Fukushima est un désastre écologique permanent (3 cœurs nucléaires fondus polluant 300 m3 d’eau se déversant chaque jour dans le Pacifique, 3 réacteurs inapprochables contaminant l’atmosphère en continu car ayant perdu leurs barrières de confinement,... Lire la suite »

Ceci n’est pas une centrale accidentée

Ceci n’est pas une centrale accidentée

Ceci n’est pas une centrale accidentée Par Fonzy (4ème témoignage) « La situation à Fukushima est sous contrôle » a affrirmé le Premier ministre Shinzo Abe dans son discours en 2013 pour faire venir les Jeux Olympiques de 2020 à Tokyo. Evidemment, la... Lire la suite »

Nucléaire, le syndrome du Titanic

Nucléaire, le syndrome du Titanic

L’aveuglement des lobbys qui se refusent à imaginer s’être trompés pendant tant d’années, ajouté aux sommes faramineuses déjà dépensées font du nucléaire l’histoire même de l’échec prévisible.   Tout comme le Titanic, en effet, lui qui était réputé insubmersible, les tenants de cette énergie étaient convaincus qu’elle était l’avenir, et malgré les catastrophes récentes, ils se refusent encore à imaginer pouvoir ... Lire la suite »

Echapper aux « chaudrons de l’enfer »

Echapper aux « chaudrons de l’enfer »

INTERVIEW / Yauemon Sato : Fukushima doit reconquérir ses ressources énergétiques pour échapper aux « chaudrons de l’enfer ». Le 1er mai 2015 / Auteur : Toshihide Ueda, rédacteur principal, article paru dans « THE ASAHI SHIMBUN » / Lien Source : http://ajw.asahi.com/article/views/opinion/AJ201505010047... Lire la suite »

Fukushima… bye les robots

Fukushima… bye les robots

Décidément, Tepco joue de malchance, il pensait avoir trouvé une parade à la situation inextricable rencontrée : tenter de comprendre ce qui se passait au cœur des réacteurs fondus…trouver la trace du corium en balade, et tout ça grâce à un robot.   Il était question début mars 2015 de retrouver le corium perdu, et une mesure originale avait été tentée : ... Lire la suite »

Japon:  Le Maglev, ce train va presque aussi vite qu’un avion

Japon: Le Maglev, ce train va presque aussi vite qu’un avion

Le train japonais à sustentation magnétique Maglev a établi jeudi un nouveau record de vitesse à 590 km/h. La semaine prochaine, une tentative sera menée pour atteindre 600 km/h, a indiqué la société de chemins de fer Central Japan Railway Company. Le train Maglev se propulse grâce à l’énergie magnétique sans toucher la voie ferrée. Jeudi, il, a circulé pendant ... Lire la suite »

Action de protestation contre Tepco

Action de protestation contre Tepco

Quatrième témoignage de Permaria ______________ Action de protestation contre Tepco Mouvement du refus « provisoire » de paiement de facture d’électricité Ayant fini une action protestataire contre Tepco à la succursale à Kawasaki, j’ai vu que l’aiguille... Lire la suite »

Points de vue sur Fukushima

Points de vue sur Fukushima

Quatre articles ont été publiés récemment sur Fukushima. Ils montrent que rien n’est réglé, que les mêmes questions se posent depuis 4 ans. Partir est une solution pour ceux qui s’en donnent les moyens. Rester est-il pour autant un acte qui fait le jeu du gouvernement qui souhaite le retour des populations en zone contaminée ? Dans une situation qui reste inextricable, il y a plusieurs « solutions », chaque individu fait son choix ou son non choix.

  • À Fukushima, la population est dans une situation inextricable
  • Partir de Tokyo
  • Quatre ans après, Fukushima
  • Fukushima : cogérer l’agonie

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« À Fukushima, la population est dans une situation inextricable »

par Louise Lis (site Le journal du CNRS)

Logements provisoires pour personnes déplacées dans la municipalité de Minamisoma, dans la région de Fukushima - T. MUNITA/The New York Times-REDUX-REA

Logements provisoires pour personnes déplacées dans la municipalité de Minamisoma, dans la région de Fukushima - T. MUNITA/The New York Times-REDUX-REA

Quatre ans après l’explosion d’une centrale nucléaire à Fukushima, le sort des populations concernées est loin d’être réglé. La chercheuse Cécile Asanuma-Brice décrypte la politique qui vise à inciter ces personnes à réintégrer les zones encore contaminées.

Résidente au Japon depuis près de quinze ans, Cécile Asanuma-Brice travaille au bureau du CNRS à Tokyo et est chercheuse associée au centre de recherche de la Maison franco-japonaise de Tokyo et au Laboratoire international associé « Protection humaine et réponse au désastre » (HPDR) créé par le CNRS et d’autres institutions françaises et japonaises, à la suite de la catastrophe de Fukushima. Le 11 mars 2011, un tremblement de terre suivi d’un tsunami avait provoqué l’explosion, le lendemain, d’une centrale nucléaire dans cette région.
  
             

Combien de personnes restent déplacées ? Dans quelles conditions vivent-elles ?
Cécile Asanuma-Brice : Le gouvernement japonais fait état de 118 812 personnes déplacées1, dont 73 077 à l’intérieur du département de Fukushima et 45 735 à l’extérieur, ce qui représente une baisse puisque les mêmes statistiques officielles affichaient 160 000 personnes déplacées en 2011, quelques mois après la catastrophe. En réalité, le nombre de personnes déplacées est bien plus élevé que cela. Car le système d’enregistrement mis en place par l’Administration est extrêmement contraignant et une partie non négligeable des habitants n’a pas voulu s’y plier. J’ai personnellement interviewé plusieurs familles regroupées au sein d’associations qui ont refusé cet enregistrement, car cela aboutissait à leur faire perdre des droits, notamment quant à la gratuité de leur suivi médical.

Dans un premier temps, le gouvernement japonais a ouvert à la gratuité le parc des logements publics vacants sur l’ensemble du territoire aux personnes qui souhaitaient s’installer ailleurs. Cette mesure était positive, même si elle ne s’est pas accompagnée de politiques d’aide à l’emploi qui auraient permis une intégration durable des nouveaux migrants dans les territoires d’accueil. En outre, cette directive a pris fin en décembre 2012. Simultanément, des logements provisoires ont été construits mais en partie sur des zones contaminées selon la carte de répartition de la contamination produite par le ministère de la Recherche du gouvernement japonais.

Dans la loi, la vie dans ces logements est limitée à deux ans en raison de l’inconfort des lieux. Mais le provisoire est en train de durer. Les réfugiés qui vivent sur ces terrains vacants aux marges des villes ont à leur charge la consommation d’électricité, de gaz et d’eau, et sont également contraints d’acheter les aliments qu’ils produisaient autrefois, la plupart d’entre eux étant fermiers. Le revenu de compensation de 100 000 yens (environ 750 euros, NDLR) par mois qui leur est versé par Tepco, l’entreprise de gestion de la centrale, est insuffisant pour couvrir ces frais. Enfin, des logiques de discrimination commencent à apparaître, pointant les réfugiés comme des « assistés », ce qui est extrêmement mal considéré dans un pays qui place très haut la valeur du travail.

Le 9 novembre 2013, M. Ônuma et son épouse sont venus déposer les os de leur défunt au temple de Futaba, leur ville d’origine aujourd’hui inhabitable à cause de la radioactivité. Sur le portique derrière eux, on peut lire : «Le nucléaire, l’énergie pour un futur radieux.» - © M. Ônuma

Le 9 novembre 2013, M. Ônuma et son épouse sont venus déposer les os de leur défunt au temple de Futaba, leur ville d’origine aujourd’hui inhabitable à cause de la radioactivité. Sur le portique derrière eux, on peut lire : «Le nucléaire, l’énergie pour un futur radieux.» - © M. Ônuma

Les populations expriment-elles le souhait de rentrer chez elles ? Quel est l’état d’esprit dominant ?
C. A.-B. : Beaucoup de familles sont installées loin de leur village d’origine tandis que les pères continuent de travailler dans le département où elles vivaient. Une majorité d’entre elles sont propriétaires de leur maison ou appartement ; elles ont emprunté pour cela et il leur est par conséquent très difficile de tout abandonner sans l’application d’un droit au refuge, soit l’assurance d’une compensation financière et d’une aide à la recherche d’emploi dans la région d’accueil. Cela serait envisageable si l’on considère les sommes faramineuses consacrées à la décontamination inefficace des territoires. Ces habitants sont mis dans une situation inextricable et cela se traduit par un taux de divorce élevé, de même que celui des suicides et des dépressions nerveuses…

Néanmoins, le gouvernement entretient soigneusement l’idée d’un retour possible et tend à rouvrir progressivement les zones qui étaient interdites à l’habitation. Ainsi, la zone de réglementation spéciale qui recouvrait les neuf collectivités locales autour de la centrale a été totalement supprimée, ce qui recouvre une population de 76 420 personnes. Un peu moins de deux tiers d’entre elles – 51 360 personnes exactement – se trouvent dans la zone de « préparation à l’annulation de la directive d’évacuation » – dont le taux de contamination est en deça de 20 millisieverts (mSv) –, ce qui signifie qu’elles peuvent se déplacer librement dans cette zone durant la journée afin d’entretenir leur habitat ou d’y travailler. L’annulation de la directive a été effective en partie en 2014. Dans la zone de restriction de résidence, qui concerne 25 % des habitants (19 230 personnes), il est permis d’entrer et de sortir librement pendant la journée mais pas de travailler.

 

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Lire la suite ici : https://lejournal.cnrs.fr/articles/a-fukushima-la-population-est-dans-une-situation-inextricable

 

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Partir de Tokyo

Témoignage de Yabu sur le site lundimatin

Où Yabu nous raconte sa fuite de la capitale le lendemain de l’accident nucléaire, et des rencontres improbables qui s’en sont suivies.

 

L’après-midi du jour du séisme...

L’après-midi du jour de séisme, les transports publics ne marchaient plus à Tokyo, nous n’avions plus aucun moyen de rentrer à la maison, en tout cas pour tous ceux qui vivaient en banlieue. Des dizaines de milliers de gens marchaient jusqu’à leur maison, c’était une scène spectaculaire. Un ami m’avait prêté un vélo pour aller de Shinjuku à Kita-ku, il y a un peu moins de 10km, je suis donc rentré à la maison de cette manière. Heureusement, tout allait bien chez moi. J’ai allumé la télé, je crois me souvenir vers 18h ou 19h et j’ai vu un flash d’info qui parlait de la centrale de Fukushima Daiichi, ils disaient que le système de refroidissement était tombé en panne. Et comme j’avais déjà des connaissances sur le nucléaire avant l’accident, j’ai donc tout de suite compris l’ampleur de la situation, j’ai réalisé intuitivement que Tokyo ne serait pas à l’abri.

J’ai surtout pensé alors à comment protéger ma fille contre la radiation, je suis donc allé à la pharmacie, j’ai demandé des pastilles d’iode, mais il n’y en avait pas. Les pastilles d’iode ne sont pas des produits commercialisés qui circulent normalement, de ce fait, faute de mieux, j’ai acheté de la teinture de l’iode. J’en ai dilué et ma fille et moi en avons bu.

Points de vue sur Fukushima

Nous sommes partis avec ma fille

Le lendemain, la situation ne s’était pas vraiment arrangée, mais les transports publics reprenaient peu à peu. Je suis donc allé à la Gare de Tokyo pour voir si je pouvais prendre un Shinkansen (TGV japonais) pour Nagoya où vit ma mère, comme il circulait normalement, je suis parti avec ma fille. On a dû arrivés chez ma mère vers midi ou 15h, je regardais la télé pour suivre les infos, et c’est à ce moment là que j’ai appris que la centrale de Fukushima Daiichi avait explosé. Je me suis dit qu’il serait difficile de rentrer à Tokyo, c’est vrai qu’il y a tout de même 250 km qui séparent la ville de la centrale, mais il faut savoir que la plaine de Kanto, c’est tout plat, rien ne peut faire écran au panache radioactif, je me suis dit alors qu’il était fort possible que la contamination arrive jusqu’à Tokyo.

Je continuais à regarder la télé à Nagoya. Petit à petit, mes proches sont venus me rejoindre chez ma mère pour se réfugier temporairement. On regardait la télé tous ensemble, je crois me souvenir c’était environ le 20 mars. L’iode radioactif a à ce moment là été détecté dans l’eau du robinet de Tokyo, laquelle vient pour moitié du fleuve Tone-gawa, l’amont du fleuve Tone-gawa se trouvant dans le département de Tochigi, qui est un département voisin de Fukushima. Là-bas, c’était contaminé. Un peu plus tard, dans l’Est de Tokyo, notamment dans le quartier Tokatsu, un niveau de radiation élevé a été constaté dans l’air. Le panache radioactif était parvenu jusque là. Fin mars, nous avons déménagé précipitamment de Tokyo à Nagoya, en avril, ma fille a commencé à aller à sa nouvelle école [1] .

On s’est dit qu’il faudrait aller prendre des mesures par nous-mêmes
Au début, c’était très difficile d’avoir une idée de la contamination exacte à Tokyo, le problème étant qu’il n’y a qu’un point de surveillance, placé très haut, pour l’ensemble de la ville de Tokyo. C’est un équipement qui date de l’époque des essais nucléaires atmosphériques, il n’est donc pas adapté à un environnement humain. C’est pour cette raison que l’on s’est dit qu’il faudrait aller prendre des mesures par nous-mêmes. Je suis donc retourné à Tokyo pour cela, à la fin du mois de mai, après mon emménagement à Nagoya. Il me fallait d’abord des compteurs-Geiger mais ils étaient difficiles à trouver, j’ai donc demandé à mes amis japonais vivant en France qui m’ont fait savoir que la CRIIRAD viendrait bientôt faire une conférence à Tokyo, il était également prévu qu’elle se rende à Fukushima. Les gens de la CRIIRAD [2] nous ont proposé de nous donner deux compteurs-Geiger si nous les aidions à organiser la conférence à Tokyo.

J’ai fait appel aux amis de Tokyo pour organiser la conférence, nous l’avons intitulée : « Mesure citoyenne de la radiation pour les amateurs, pour n’importe qui ». Les chercheurs de la CRIIRAD ont expliqué comment utiliser un dosimètre, son principe, etc. Mais nous avons été victimes de notre succès, plus de 200 personnes sont venues, beaucoup de jeunes pères et mères comme moi-même, et ce bien qu’elle ait été organisée en urgence. La salle était trop petite pour accueillir tous ceux qui voulaient entrer.

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Lire la suite ici : https://lundi.am/Partir-de-Tokyo

 

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Quatre ans après, Fukushima

par Kolin Kobayashi

 

Quatre ans ont passé, nous sommes toujours dans l’état d’urgence. Cet état d'urgence ne sera levé qu'à condition que le niveau radioactif passe en dessous de 1mSV/an et qu’il n’y ait plus de zone sous contrôle.

Dans la loi japonaise, si le taux radioactif dépasse 40 000 bq/m2, la zone est mise sous contrôle administratif. Deux tiers du département de Fukushima et quelques autres zones chaudes sont dans ce cas de figure. Ces espaces sont en principe inhabitables, parcourus par des experts qui ont le droit d’entrer et sortir, l’eau est impropre à la consommation, alors qu’il y a environ 2 millions d’habitants qui y vivent encore aujourd’hui. Ces zones doivent donc être classées officiellement comme zones sous contrôle administratif, c'est ce que déclare avec insistance le Prof. Koïdé Hiroaki. (Par parenthèse, à Tchernobyl, il y a 15 millions d'habitants qui vivent aujourd'hui dans les régions qui devraient être considérées comme des zones sous contrôle administratif selon les normes internationales. Les conséquences de Tchernobyl n'est donc pas finies aujourd'hui encore après 29 ans).

 

Sur tous les fronts, la bataille fait rage

D'abord, la question du redémarrage :

On sait que le gouvernement Abé voudrait faire redémarrer malgré d'autres risques de séisme possibles. Le ministère de l'économie et de l'industrie essaie de corrompre les communes où se situent les centrales en proposant une subvention trois fois plus importante que celle de l'an dernier, soit 2,3 milliards de yen (=775 190 euros), afin qu'elles acceptent rapidement le redémarrage. Les centrales de Sendai, de Takahama, et de Ohi ont déposé une demande de redémarrage et l'Autorité de régulation nucléaire a l'intention de leur donner son feu vert. N'oublions pas que le président de l'Autorité est un scientifique, venu du lobby nucléaire dont la nomination a été très contestée. Tout de même, il y a une question administrative à surmonter. A la question d'un député d'opposition sur l'obtention de l'accord des communes situées dans un rayon de 30 km autour des centrales, le ministère de l'écologie a répondu que cet accord était indispensable, pour des raisons de mise en place des dispositifs d'évacuation des populations en cas d'accident. Quant à la centrale de Sendai, le gouverneur de Kagoshima et le conseil général ont donné leur aval, mais il y a un certain nombre de communes qui restent en désaccord justement sur la question de l'évacuation.

 

Retour de la population et travaux de décontamination

La politique gouvernementale du régime Abé sur les réfugiés consiste à ouvrir des zones de préparation au retour pour 32 000 personnes, comme Minami-Soma, Naraha, ou une partie de Tomioka et de Kawachi, Katsurao et Kawamata. La normalisation de ces zones et la sortie de l'état d'urgence sont nécessaires pour pouvoir commencer à préparer les Jeux olympiques de Tokyo de 2020. D'après les sondages, il n'y a qu'entre 12 et 17% de cette population qui accepterait de revenir dans les zones préparées, principalement des personnes de plus de 50 ans.

Mais les travaux de décontamination ne décontaminent pas et transfèrent la radioactivité ailleurs. Le gouvernement annonce quand même qu'ils ont avancé que 14 % sur l'ensemble des zones à décontaminer.

 

Gestion de l'eau contaminée

Cela a commencé depuis le tout début de l’accident en 2011. La fuite d'eau devient un défi quotidien impossible de 6 000 travailleurs nucléaires sur place. Mais cette affaire est finalement ingérable, c'est comme le mythe de Sisyphe. Concernant la dernière fuite ( février 2015), le niveau radioactif est 70 fois plus élevé que le taux normaux, TEPCO a caché l'information depuis mai dernier et l'Autorité de régulation nucléaire la laisse faire sans aucun contrôle.

En 2013, d’après TEPCO, l'eau contaminée évacuée contenait 14 milliards de Bq/par jour du Strontium90, 25 milliards de Bq/jour de Césium137, et 25 milliards de Bq/jour Tritium.

En 2014, 5 milliards de Bq/j de Tr90, 2 milliards de Bq/j de Césium137, et 15 milliards de Bq/j de Tritium.

En 2015, le Tr90 en est à 7230 Bq/litre.

L'AIEA préconise de verser l'eau contaminée dans la mer après l'avoir filtrée par un système de décontamination globale, mais qui ne filtre pas le Tritium puisqu'il fond dans l'eau. La Fédération nationale des syndicats de pêcheurs japonais s'oppose farouchement contre une telle décision.

 

Situation sanitaire

Au Japon, nous sommes toujours sous l'état d'urgence décrété le 11 mars 2011. Pour que la déclaration soit levée, il faut que le niveau radioactif redevienne normal, c'est-à-dire 1 mSV/an et que des zones sous contrôle soient supprimées, sauf les zones de non-retour. C’est la raison pour laquelle le gouvernement japonais se précipite de faire revenir la population locale dans son habitat d'origine. Mais on n'est encore très loin de la normalisation.

Quand on aborde la question de la santé après l'accident de Fukushima-Daiichi, on a l'impression d'être dans un brouillard épais. Pourquoi cette invisibilité profonde ? Il y a deux raisons principales. Premièrement, les effets des radiations sur le corps humain ne sont pas toujours évidents, il y a les effets dits stochastiques et les déterministes. Les premiers se verront dans dix à vingt ans, voire plus de trente ans, les seconds sont les réactions immédiates, dont on n’a pas besoin de parler puisqu’ils sont déjà reconnus (brûlures, détérioration de peau, saignements, cheveux tombés, cancers,  décès...). Mais pour les effets stochastiques, avec le temps, ils pourraient être attribués à d’autres causes, car le savoir scientifique d'aujourd'hui refuse de reconnaître l'impact de la radioactivité dans certaines maladies somatiques. Pourtant, depuis Tchernobyl, la science a connu un certain progrès, notamment dans le domaine de la biologie moléculaire pour déterminer les réactions des radionucléides dans les tissus. Deuxièmement, il y a une volonté de minimisations, de falsification, et de désinformation de la part des autorités nationales et internationales, de TEPCO, et des experts de radioprotection des organisations internationales, et Yves va aborder précisément cette question. Ces procédures ne sont pas nouvelles à Fukushima, mais on les observe depuis l'accident de Tchernobyl. C’est souvent le même discours, le même dogme mensonger propagé par les mêmes acteurs. Chaque fois qu'on parle de la gestion de la santé lié aux accidents nucléaires, on doit dénoncer ce système de censure instauré par la mafia atomique qui comprend non seulement les autorités locales et nationales mais aussi les organisations internationales telles que l'AIEA, l'UNSCEAR et la CIPR.

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Lire la suite : http://echoechanges-echoechanges.blogspot.fr/2015/03/quatre-ans-apres-fukushima.html

 

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Fukushima : cogérer l’agonie

par Nadine et Thierry Ribault

Cet article a été publié sur le site de Paul Jorion

 

En ce 11 mars 2015, quatre ans après l’inachevable désastre nucléaire de Fukushima, on peut, bien entendu, établir un bilan officiel : 87 enfants atteints d’un cancer de la thyroïde, 23 autres suspectés de l’être, 120.000 « réfugiés », 50.000 liquidateurs mobilisés au seuil sacrificiel dûment relevé, des piscines remplies de combustibles prêtes à nous exploser au nez, des rejets massifs et réguliers d’eau contaminée dans l’océan, pas moins de 30 millions de m3 de déchets radioactifs à stocker pour l’éternité.

Ce bilan existe. Nous vous y renvoyons.

 

L’État fait des habitants de Fukushima des cogestionnaires du désastre

Une fois ce « bilan » dressé, une fois les victimes et les inquiétudes considérées avec respect, il s’agit de tirer les conclusions qui s’imposent. L’une d’entre elles est la suivante : au fur et à mesure que se mettait en place l’aide fournie par des groupes citoyens, des ONG, des structures plus ou moins indépendantes, l’État faisait des habitants de Fukushima, indéniablement et sous couvert de « participation citoyenne », des cogestionnaires du désastre. On pourra nous opposer que cet élan civique a relevé de la spontanéité, voire de l’amour du prochain, que l’État n’a donné aucun ordre allant dans ce sens, que chacun était, et reste, libre de « s’engager » dans de tels mouvements, certes ! Cependant, beaucoup des hommes et des femmes qui l’ont fait, même si c’est inconsciemment, ont fait le jeu de l’État.

Voilà ce que nous avons constaté.

La plupart de ses groupes citoyens, ces ONG, ces structures plus ou moins indépendantes ont appelé les habitants à s’équiper de dosimètres, les ont aidé à s’en procurer ou à s’en fabriquer sur le mode do-it-yourself, les ont assistés dans la tâche pharaonique d’une impossible décontamination, ont réuni des fonds aux sommes parfois colossales pour acheter des équipements permettant d’effectuer des anthropogammamétries, y ont fait asseoir leurs congénères pour leur asséner des chiffres dont ils ne savaient que faire, ont élaboré des cartes des retombées radioactives au mètre près, ont ouvert des dispensaires dédiés à l’évaluation des doses reçues et au suivi sanitaire des populations. Ces « initiatives citoyennes » ont visé à rendre compte d’une réalité dont les protagonistes estimaient qu’elle était niée par les autorités. Ce faisant, plutôt que de les mener à « sauver leur vie », autrement dit prendre leurs jambes à leur cou (comme l’ont fait certaines structures, dans le Yamanashi par exemple, aidant les gens à refaire leur vie ailleurs), la plupart d’entre elles ont aidé les gens à rester sur place, ce qui a fait le jeu d’un État qui n’avait d’autre objectif, dès le début des évènements, que de maintenir les populations en place. Ce faisant, plutôt que de remettre en question la thanato-politique de folles sociétés humaines bâties sur le danger et le gouvernement par la mort, ces structures ont appris aux gens à vivre avec, attendu que les dosimètres créeraient le miracle.

De Tchernobyl à Fukushima, la cogestion a fait faire un bond qualitatif à l’administration du désastre : travaillant à la grande inversion du désastre en remède, elle a porté à un degré de perfection jamais atteint jusqu’à présent la responsabilisation de chacun dans sa propre destruction et la nationalisation du peuple qui la fonde.

 

Groupes indépendants… intégrés

Prenons deux exemples qui montrent comment, un jour ou l’autre, ces structures plus ou moins indépendantes l’ont été de moins en moins et se sont, avec plus ou moins d’état d’âme, ralliées aux structures étatiques.

Premier exemple : Ethos, programme développé en Biélorussie dans les années 1990 pour « améliorer les conditions de vie dans les zones contaminées », soutenu par la commission européenne, dont le leader était notamment directeur du CEPN, Centre d’études sur l’évaluation de la protection dans le domaine nucléaire, association financée par EDF, le CEA, la Cogema et l’IRSN. Un clone de ce programme, Ethos in Fukushima, est né au Japon six mois après le 11 mars 2011, à l’initiative d’une ONG locale visant à soutenir le moral des troupes contaminées à travers des réunions d’information où sont prônées l’entraide entre les habitants et des mesures illusoires de protection contre la radioactivité. Le mot d’ordre de l’ONG, dont la foi, logiquement, renverse les montagnes, est : « Malgré tout, vivre ici, c’est merveilleux, et nous pouvons transmettre un avenir meilleur ». L’élève ayant rapidement dépassé le maître, cette initiative a fait l’objet d’une prise en main de la Commission Internationale de Protection Radiologique (CIPR), qui a mené à la mise en place de « Dialogues ». Ces séminaires participatifs ont alors rassemblé des élus, des experts scientifiques et des groupes de citoyens soucieux de « revitaliser » les zones contaminées qui en avaient bien besoin, afin d’inculquer une « culture pratique radiologique » et d’aider chacun à « optimiser les doses ».

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Lire la suite : http://www.pauljorion.com/blog/2015/03/13/fukushima-cogerer-lagonie-par-nadine-et-thierry-ribault/#more-73924

 

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Est-ce que les aliments quotidiens sont pollués ?

Est-ce que les aliments quotidiens sont pollués ?

Troisième témoignage de Permaria

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Est-ce que les aliments quotidiens sont pollués ?

Activités de la station de mesure de la radioactivité d’Akita

 

 

Je me souviens de l’été dernier 2014. Le taux de radioactivité de l’environnement dans la ville d’Akita était de 0.08μSV/h sur mon Geiger. C’était une valeur un peu plus élevée qu’à Kawasaki où j’habite. Mais c’est juste un peu plus et les habitants du département continuent de vivre comme si de rien n’était.

 

Au supermarché, on vendait du cabillaud au rayon poissonnerie. Il y avait une étiquette marquant la zone de pêche. On a appris qu’il venait d’Aomori mais pas plus. Aomori, c’est un département au bout de l’île de Honshu qui donne sur trois étendues d’eau : l’océan Pacifique, le détroit de Tsugaru et la mer du Japon. On ne savait donc pas de quelles eaux d’Aomori venait ce poisson vorace. Comme il y a une grande différence de taux de radioactivité entre les poissons pêchés dans l’Océan Pacifique et ceux de la mer du Japon, je n’ai pas eu envie d’en acheter, faute de précision.

Est-ce que les aliments quotidiens sont pollués ?

Les consommateurs avertis et méticuleux appellent ce poisson « champignon noir de la mer » parce que cet animal marin carnivore absorbe et accumule facilement les substances radioactives. Mais, dans cette ville provinciale de taille moyenne qu’est Akita, on dirait qu’aucun client ne payait d’attention à la provenance du cabillaud.

 

Le 25 février 2015, on a appris que Tepco avait laissé fuir de l’eau fortement radioactive vers l’Océan Pacifique, depuis déjà l’année dernière, sans rien dire. Cette nouvelle a indigné la société coopérative des pêcheurs à Iwaki, ville portuaire ayant de nombreux petits ports de pêche. Les pêcheurs n’ont plus confiance en la compagnie d’électricité.

 

Or, depuis justement l’année dernière, juste après la semaine d’Or au mois de mai, le Ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales a arrêté de publier le rapport quotidien des résultats de mesure de radioactivité des aliments, mais seulement hebdomadairement. Je pense que ce n’est pas un travail correct pour un ministère qui se charge de la santé de la nation. Et puis, la publication hebdomadaire a rendu la tâche de lecture et de vérification très difficile parce qu’il nous faut lire une quantité de données en une seule fois pour comprendre la situation et qu’ il y a plus de décalage de temps qu’avant entre la publication des informations et les circuits  d’approvisionnement alimentaires. Mais, il faut choisir et acheter des produits agricoles et de la pêche non pollués pour vivre sain. Alors il faut éviter le cabillaud, les champignons, surtout les champignons noirs, et les poissons d’eau douce. Et je bois de l’eau minérale Crystal Geyser importée des Etats-Unis.

 

Mais l’automne dernier, j’ai découvert, par hasard, dans un film intitulé  “Nucléaire sauvage : Les îles du projet secret 4.1”, que les deux sources de Crystal Geyser n’étaient pas loin du désert du Nevada où ont été effectués plusieurs essais nucléaires pendant la guerre froide par le gouvernement américain. J’en ai tressailli : en évitant l’eau minérale japonaise douteuse, je courais au risque d’empoisonnement causé par l’exposition interne… Il m’a fallu vite faire mesurer la radioactivité de cette eau. C’était important.

 

Justement à Akita, il y a une station de mesure de la radioactivité, tenue par un couple bénévole. On peut voir tous les résultats des mesures de la radioactivité chez eux « Beguredenega ? » (N’y a-t-il pas de substance radioactive (Bq) dedans ? en dialecte d’Akita) sur leur site : http://ameblo.jp/metabolism-akita/entrylist.html

Alors, je leur ai envoyé une énorme quantité de Crystal Geyser, 43,56 litres !

 

L’eau a été soigneusement condensée jusqu’à la limite chez eux, envoyée au bureau de Monsieur Shozugawa, assistant à l’Université de Tokyo et mesurée par un détecteur Germanium avec haute précision. Le résultat a été rassurant : pas de substance radioactive qui dépasse la limite de détection. Alors, je continue de boire cette eau toute rassurée.

 

Mais, je pense en même temps qu’il faudrait faire mesurer toutes les eaux minérales produites au Japon. Les frais de mesure sont assez élevés, mais en groupe, on peut les partager. Si le résultat était bon, ce serait plus économique de consommer de l’eau minérale japonaise parce qu’on est au Japon. Seuls les résultats vraiment fiables scientifiquement pourront empêcher « le risque de réputation » des produits japonais.

 

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