vendredi, février 27, 2015
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Notre cerveau est neurosocial!

Notre cerveau est neurosocial!

 

 

CAROLLE ANNE DESSUREAULT

Voici le trosi?me article sur les richesses incommensurables de notre cerveau!

L?article s?inspire du livre Votre cerveau n?a pas fini de vous ?tonner, une ?uvre pr?sent?e par Patrice Van Eersel, r?dacteur en chef du magazine Cl?s. M. Van Eersel interviewe dans son livre cinq chercheurs. L?article pr?sent fait suite ? l?entretien avec Boris Cyrulnik, ?thologue, et Pierre Bustany, neuropharmacologue qui travaille avec les nouvelles techniques d?imagerie c?r?brale.

Un cerveau seul, m?me sain, ne fonctionne pas. Il lui faut un autre cerveau pour se d?velopper

Les sp?cialistes du cerveau nous disent aujourd?hui que le cerveau est ?neurosocial?. Depuis la d?couverte des neurones miroirs et des neurones en fuseau, les journalistes scientifiques am?ricains disent que notre cerveau fonctionne en ?wifi??: exemple?: si je discute et que je m?entends bien avec quelqu?un, les m?mes zones s?allumeront dans nos deux cerveaux. De m?me, si nous nous disputons et nous ha?ssons.

?Les neurones miroirs

La d?couverte des neurones miroirs a ?t? faite par le neurophysiologue Pr Giacomo Rizzolatti.

Une d?couverte tout ? fait par hasard. Voici en quoi consistait l?exp?rience. Rizzolatti mit des casques ? r?sonance magn?tique ? ses singes, des macaques. ? un moment donn?, il fait une pause et va manger avec les techniciens du labo. Le macaque est l?, qui les regarde, avec son casque sur la t?te. Les humains ont devant eux un plateau de sandwichs. Rizzolatti tend la main vers un sandwich, quand il entend le cerveau du singe, qui le lorgne attentivement, se mettre ? cr?piter dans l?amplificateur. Le chercheur arr?te son geste. Tend ? nouveau la main vers le sandwich. De nouveau, le cerveau du singe cr?pite. Comme si le geste de l?humain faisait fonctionner le cerveau du macaque.

Rizzolatti va consulter ce que dit l?IRM (image r?sonance magn?tique). Sur l?image que lui envoie la machine ? r?sonance magn?tique, c?est la zone F5 du cerveau du singe qui s?allume, le pied de la frontale ascendante, celle qui correspond au geste de LEVER LA MAIN DROITE.

Conclusion?: bien que le singe ?tait immobile, il envoyait de l??nergie ? son cerveau COMME SI C??TAIT LUI-M?ME qui levait la main droite pour se saisir du sandwich. ? noter que ce n??tait pas la zone correspondant ? la faim qui s??tait allum?e, mais celle de la main. POURQUOI? Parce que prendre un sandwich pour le singe est un geste signifiant dans son monde. Rizzolatti en avait conclu que s?il avait pris un stylo ou un cigare, la zone F5 du macaque n?aurait pas cr?pit?.

Une autre situation o? les zones c?r?brales se mettent ? r?sonner au signal d?identification (notamment dans le syst?me limbique)?:

  • avoir un geste d?daigneux ou m?prisant (le singe et m?me le chien le sentent ? aussit?t cette zone s?allume et l?animal se soumet ? son ma?tre)
  • si une personne prend un stylo, la zone F5 du singe ne cr?pite pas, mais si la personne tend la main vers une banane, il cr?pitera.

Ce serait pour cette raison que les humains peuvent parler.

Un enfant seul ne parle pas. M?me s?il dispose de tout ce qu?il faut pour parler, s?il n?y a personne d?autre qui parle autour de lui, il ne parlera pas. Les cerveaux humains produisent des mots autour de l?enfant qui, petit ? petit, est stimul? par ces mots, jusqu?au jour o? vers l??ge de dix ou douze mois, l?enfant pointera le doigt? vers un objet signifiant -? comme le singe de Rizzolatti.

L?enfant tente l?aventure de la parole pour que l?autre agisse sur l?objet signifiant. Ce ph?nom?ne est appel? la tierc?isation.

?L?enfant, trop petit pour attraper un objet, interpelle quelqu?un pour qu?il agisse sur cet objet. Tous ?les b?b?s ?pointent?, contents de partager leur cerveau avec celui de la personne r?f?rente (le p?re ou la m?re prend le b?b? dans les bras, aussit?t le b?b? d?signe quelque chose).

Le parent reformule ?Ah, oui, tu veux la poup?e ? un bonbon ?. Le hochet ? La pr?paration linguistique se met en place (le geste d?signatif est essentiel.)

*UN ENFANT QUI NE D?SIGNE PAS PAR L?INDEX ? PARTIR DE QUATORZE MOIS RISQUE D?AVOIR DES PROBL?MES DE LANGAGE ?.Il n?a pas int?gr? le ?coup linguistique? de la d?signation, et ceci est un d?pistage pr?coce d?un trouble de langage.

Gr?ce probablement aux neurones miroirs, et comme il faut deux cerveaux pour interagir, l?enfant est mis dans une situation o? il lui est impossible de ne pas imiter.

En fait, les sp?cialistes le disent?: l?enfant NE PEUT PAS ne pas imiter. Si la m?re sourit, il sourit. Pour apprendre ? parler, il faut deux cerveaux qui fonctionnent ensemble en syst?me de r?sonance, afin que l?enfant puisse se pr?parer au langage

La visualisation provoque des modifications pr?cises de fuseaux neuronaux qui envoient des informations dans le corps. Une repr?sentation mentale peut modifier notre corps

Les mots ont une r?sonance.

Exemple?: des skieurs sont ? l?entra?nement ? avant de partir, ils visualisent la descente et se la d?crivent dans leur t?te. ?L?, ?a tourne ? apr?s il y a une bosse ? ensuite je fonce ??.

?N?est-ce pas ce que nous faisons quand nous m?morisons un trajet pour se rendre ? un endroit, en conduisant par exemple?

Quand on branche des capteurs sur la t?te des skieurs ci-dessus mentionn?s pendant qu?ils font leur exercice de visualisation, celle-ci peut ?tre rep?r?e par la cam?ra magn?tique, qui montrera des r?ponses de la part des r?seaux neuronaux appel?s ?pr?parations biologiques ? l?action?.

Nos pens?es, croyances, attitudes et comportements qui constituent notre maillage neuronal peut ?tre modifi? par la psychoth?rapie. Pourquoi? Parce que, selon les sp?cialistes, quand les gens sont seuls, ils ont tendance ? ruminer ?J?ai fait ceci, j?ai dit cela, je n?aurais pas d?, etc. ?? Seuls, nous pouvons aggraver les processus n?gatifs tandis que communiquer avec des mots nous force ? nous d?centrer de nous-m?mes, pour agir sur le monde d?une autre personne.

L?impact du cyber-monde et de son hyper-communication ? distance sur nous

Un enfant qui baigne dans le monde intime et plein d?images et de sons de la t?l? est dans un ?tat S?CURIS?, mais de SID?RATION. Dans cet ?tat, il n?y a pas de rituel d?interaction. Les rituels d?interaction sont faits de milliers de petites mimiques infraverbales (hochements de t?te, de regards, d?intonations de la voix, qui nous font r?agir AU CENTI?ME DE SECONDE (gr?ce ? nos neurones miroirs et ? nos neurones fuseaux). En un ?clair, on sait face ? une personne si elle est f?ch?e, ou si on lui pla?t, si nous devons arr?ter de parler, ou au contraire, poursuivre ?. Les mimiques faciales sont tr?s codantes ? la moindre mimique signifie quelque chose.

Les rituels d?interaction sont nombreux ? par exemple?: on ne dit pas bonjour de la m?me mani?re ? la gardienne, au patron ou au conducteur d?autobus. C?est COD?. Les r?les sociaux sont cod?s jusqu?au moindre petit signe (bien entendu, c?est la plupart du temps inconscient).

Communiquer avec nos semblables nous fait traiter des milliers de micro-signaux infraverbaux, que le CYBER-HUMAIN NE TRAITE PLUS. Les cyber-machines ont des performances de communication stup?fiantes, mais emp?chent les rituels d?interaction ?motionnelle, ce qui inhibe l?empathie, cette aptitude ? se d?centrer de soi-m?me pour se repr?senter le monde de l?autre.

Notre communication s?est am?lior?e, mais la coexistence s?est alt?r?e ? une possible explication de la violence des tout-petits

Boris Cyrulnik explique que la communication dans notre cyber-monde s?est consid?rablement am?lior?e (en solo), mais que la coexistence s?est alt?r?e.

Il croit possible que la violence des tout-petits provienne de ce fait. Le nouvel univers fa?onn? par? nos machines induit une autre mani?re de faire fonctionner notre cerveau. Les enfants ?lev?s pr?s des a?roports s?endorment bien parce que le bruit des avions, pour eux, est familier. Quand ils se retrouvent dans un endroit silencieux, ils angoissent. Dans leur cerveau, la s?curit? li?e au bruit constitue une trace cognitive.

Sans doute, allons-nous vers un remodelage complet de nos structures corticales, donc psychiques.

? suivre.

Carolle Anne Dessureault

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Un commentaire

  1. avatar

    Bonjour CAD

    Je partage quelques phrases chocs de Cyrulnik :

    http://contacttv.net:80/i_extraits_texte.php?id_rubrique=600

    « L’écriture, que ce soit l’écriture réelle ou l’écriture psychologique, c’est une manière, c’est un moyen, une arme pour reprendre en main son destin. J’ai été bousculé par la vie, j’ai été traumatisé, la vie m’a jeté dans un torrent [où] je ne voulais pas aller, et puis voilà, on m’y a plongé, on m’y a poussé. Donc, si je veux reprendre, ou bien je me laisse noyer dans le torrent, ce que font beaucoup de gens, ce qu’on peut comprendre, ou bien si je veux survivre un peu, il faut que j’apprenne à me débattre, donc, je deviens psychologue ! »
    *******
    « La proximité affective donne aux mots la charge d’un pistolet, d’un revolver. Mais si je passe par le détour de l’œuvre d’art, je vais voir, je vais oser regarder une pièce de théâtre, je vais oser regarder un film, lire un roman qui va raconter l’histoire de quelqu’un qui, comme toi, a connu une histoire analogue. Et là, je vais pouvoir te comprendre en regardant le film ou en lisant l’histoire de quelqu’un avec qui je n’ai pas une proximité affective, ça m’intéresse, ça me touche, mais c’est un roman, c’est un film. J’ose regarder le roman, le film que je ne peux pas entendre de ta part. »
    *******
    « C’est-à-dire que, nous, êtres humains, on n’a aucune chance de se développer si, autour de nous, il n’y a pas des tuteurs de développement : famille, école, quartier, culture, récit. Aucune chance. C’est pas une vue de l’esprit, parce que quand je travaille avec les enfants abandonnés, ces enfants sont génétiquement sains, biologiquement sains, ils ne développent rien, ils font une atrophie cérébrale parce qu’il n’y a pas autour d’eux des tuteurs de développement. Ça, c’est la condition humaine, biologique et psychologique. »
    *******
    « Donc, je pense que le récit de soi, c’est notre colonne vertébrale identitaire, on ne sait qui on est que lorsqu’on est capable de faire le récit de soi. Là, je suis fort, là, je ne suis pas bon, là, il m’est arrivé ça de très douloureux, il m’est arrivé ça de très constructif. Alors, quand on fait un récit de soi, on s’identifie, on sait qui on est, et quand on sait qui on est, on sait un peu mieux comment il faut se défendre et s’organiser dans la vie. »

    Ce que je constate, c’est que les jeunes comblent le déficit dans le rituel d’interactions émotionelles par la caméra et le micro Internet. C’est probablement pour corriger l’état de « sidération » vécu avec la « gardienne » télévision ?

    Au plaisir.

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