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http://www.centpapiers.com/ Le journal citoyen du Québec pour la francophonie
17 avril 2010 |
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Photo : midnightpoutine.ca
Lorsque je pense à la question de l’anglicisation de Montréal et de l’apprentissage du français chez les immigrants allophones, une scène de la comédie « Pure laine », mettant en scène une famille québécoise multiculturelle, me revient en mémoire. Dans cette scène, Dominique (le père) consulte son médecin, un immigrant indien parlant couramment l’anglais et possédant quelques bribes de français, une langue qu’il désire apprendre. Il lui explique en anglais que depuis son arrivée au Québec, il commence à perdre son peu de français parce que tout les québécois francophones à qui il s’adresse s’obstinent à lui parler en anglais dès qu’il se rendent compte qu’il a un accent étranger!
Il est tout à fait vrai que plusieurs québécois ont tendance à utiliser l’anglais avec les allophones, parfois même avec ceux d’entre eux qui parlent relativement bien le français mais qui parlent également l’anglais. Est-ce par soucis de paraître plus accueillant, pour mettre la personne à l’aise ou seulement pour montrer qu’eux aussi parlent bien l’anglais? C’est bien beau d’être tout fier de montrer ses connaissances mais on ne pourrait pas être un petit peu plus enthousiastes que ça à faire découvrir notre culture et notre langue aux nouveaux arrivants? En faisant aussi peu de cas de notre propre langue, ne les conforte-t-on pas dans l’idée que l’anglais est suffisant pour pouvoir fonctionner au Québec?
Une seule langue a le statut de langue officielle au Québec et il s’agit du français. Par contre, ce n’est pas tout évident pour un touriste ou un immigrant. Ça ne s’améliorera sûrement pas avec les coupures supplémentaires récemment annoncées dans la francisation des immigrant. Il devient de plus en plus difficile de vivre et de travailler uniquement en français au Québec, en particulier à Montréal, qui s’anglicise à toute vitesse et qui est désormais considérée comme une ville bilingue, voire multilingue, où le français n’est qu’une langue parmi d’autres. Le contenu musical des stations de radio commerciales francophones est majoritairement anglophone. Un francophone n’est même pas assuré de pouvoir être servi en français dans certains commerces du centre-ville.
Beaucoup d’immigrants sont surpris par l’importance accordée au bilinguisme dans le domaine de l’emploi, en particulier les immigrants francophones qui savent qu’ils ont été sélectionnés en grande partie à cause de leur langue. La surprise doit vraiment être à son comble lorsqu’ils constatent qu’il est plus facile à un unilingue anglophone de se trouver un emplois qu’à un unilingue francophone! Il est incompréhensible qu’au Québec, même dans un Montréal de plus en plus cosmopolite, un francophone doivent être pratiquement aussi bilingue pour un emploi dans la vente que pour un emploi de diplomate alors qu’il suffit à un anglophone ou à un allophone de maîtriser l’anglais pour se voir ouvrir presque toutes les portes. Comment en sommes-nous arrivés à accepter cette généralisation de l’exigence du bilinguisme, sans plus la remettre en question? Comment sommes-nous devenus si apathiques?
On n’apprend jamais si bien une langue que par l’immersion et pour cela, il faut se plonger dedans, l’entendre chaque jour. Pour cette raison, nous devrions aider les allophones dans leur désir d’améliorer leur français, en leur parlant dans cette langue lorsque l’occasion se présente. Si la personne n’a que peu ou pas de notion de français, pourquoi ne pas lui traduire des mots ou expressions courantes qui lui seront utiles? Plusieurs immigrants ne sont d’ailleurs pas tellement plus à l’aise avec l’anglais qu’avec le français, alors ce n’est pas nécessairement leur rendre service que de leur parler uniquement en anglais. Il est aussi important de signifier aux commerces n’assurant pas un service en français que nous n’acceptons pas la situation et qu’ils devront se passer de notre clientèle.
Parler une seconde langue est une richesse et une formidable manière d’accroître sa culture personnelle, tout le monde est d’accord là-dessus. Cependant, il est primordial que nous accordions la priorité au français dans notre façon de vivre avec nos concitoyens, fussent-ils d’origine étrangère. Une langue, ce n’est pas qu’un ensemble de mots servant à communiquer, c’est aussi une culture, une histoire, une identité, bref, c’est la mémoire collective d’un peuple. Le français est une langue riche et passionnante mais, entouré comme il l’est par l’anglais, le Québec n’a aucune chance de préserver son identité francophone si nous ne participons pas à son rayonnement et nous obstinons à compter dans notre propre filet. Les allophones ne comprendrons l’importance culturelle et historique du français au Québec que si nous lui accordons la même importance. Ayons la fierté d’être francophone et de promouvoir l’amour du français, afin de leur en faire découvrir la beauté.
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